Édition du
25 March 2017

La frénésie du R plus X

yaziddib2.gifLe Quotidien d’Oran

par El Yazid Dib

Le foncier, depuis un certain temps, est devenu une monnaie fort attrayante. Destiné à faire asseoir une industrie ou une demeure, il stimule les convoitises, suscite l’intérêt et attise la sensation du gain. Des villes, des bourgs et des patelins se sont vus injectés des tonnes et des tonnes de bitume, de ciment et de béton.

La ferraille toute dimension émaille leur ceinture et clôt définitivement tout ce qui leur fut beau et agréable. Exemple d’une ville d’ailleurs.

La ville a certes pris des allures d’une métropole. Une grande métropole. Des milliers de logements y sont construits, tous segments confondus. Du participatif au locatif passant par le promotionnel et le personnel, le logement semble devenir le couplet le plus entonné, tant dans le discours, au sein des bilans que dans l’approvisionnement du commérage et la digression. Il ne s’est pas empêché de créer involontairement des adeptes et des dissidents. Pour les premiers, il est pris pour la panacée face au déficit itératif que connaît le parc immobilier et qu’accentue davantage la demande sans cesse croissante. Ils y voient un nouvel élan dans le développement économique régional par l’essor qu’il arrive à susciter dans l’intérêt de s’y installer. La machine locale et aussi extra-locale du bâtiment et de ses démembrements y trouve un moyen de prospérité. Pour les seconds, il n’est qu’un facteur essentiel dans l’accroissement démographique inutile et engendrant dans son sillage des effets pervers à subir par le noyau urbain central. Ces effets s’étendent pour s’affirmer à rendre quasiment impuissante toute politique communale d’entretien et de quête de propreté. Comme il est, quelque part, appréhendé un certain non suivi ou espacement comportemental citadinement exemplaire. Un écart dans l’attitude citadine. La sur-urbanisation, comme l’aurait dit un ancien chef du gouvernement mais en tant que penseur, créerait sans doute une caste de rutadins.

Une ville nouvelle est née à son nord-est. El-Hidhab, Gaoua, Douar Lemharga sont, entre autres reliefs, les sites qui hébergent l’implantation du logement social participatif, du campus universitaire, de ses dépendances et autres équipements publics ; lycée, écoles ; squares ; placettes… etc. Sans audace ni prétention ; une ville bis est là ! D’autant plus qu’il est agrémenté par de grands boulevards, des voies pénétrantes et d’un tracé d’évitement genre périphérique extérieur parisien.

Au bonheur de ses résidents, ce bis commence déjà à faire berceau pour de futurs souvenirs. Le premier enfant qui y est né aurait été prénommé Nourredine, la fille, Wi-am !

Revenons à la ville. Mais par la rue de Constantine s’il vous plait. Cette ville que tout le monde connaît par sa fontaine monumentale, le théâtre, les arcades, la salle des fêtes, les bains romains et autres icônes très expressives, est en phase d’une presque déperdition. Cependant, l’entretien des routes et autres espaces verts connaît une nette amélioration. Mais l’inflation immobilière aidant, la ville aurait vu une nouvelle géométrie imposant une architecture dite rentable prendre le relais aux lieux et places d’une demeure bellement agencée et franchement aérée. Cour et jardin. Une habitation individuelle datant de x temps, bien répartie au sol, ancrée dans un lot de 200 mètres carrés, faisant office de maison de maître et, pour des raisons d’héritage dans la majorité des cas, se trouve inévitablement en situation de vente.

Une fois cédée à prix fort, l’on voit peu de temps après ; l’émergence de poteaux dignes de prendre une battisse de RDC plus X. Garages, cage d’escaliers et voilà l’architecture rentable, la construction fructueuse !

Ainsi, dans les endroits les plus structurés, l’on y voit des quartiers, jadis faisant le fleuron esthétique de la ville ; connaître une métamorphose les jetant davantage dans la notion anarchique du lotissement, de la périphérie ou des ex-réserves foncières communales. Ces termes renferment quand bien même un style donné d’une certaine construction. Grande mais hideuse, laide, mastodonte. Les lilas qui ornaient dans le temps les jardins de villas, notamment celles situées aux cités des Cheminots et de Beaumarché ont été rasés pour faire honneur à l’implantation d’immeubles obèses et moches, car immenses. Secs car désherbés. Sans forme allègre car cubiques. Il semblerait, que le crâne de tout promoteur en ce sens n’est rempli que d’une brique, d’un parpaing ou d’une dalle mal vêtue.

Alors, à l’instar de toutes les villes, la ville-ville, noyau central se meurt petit à petit comme le sont d’ailleurs ces bordures en pierres taillées, sauvées in extremis, après coup par le maire et quelques citoyens amoureux de leur ville. Ce lieu centre-urbain disparaît en silence dans les paraphes de signatures peu enclins au contrôle rigoureux des normes imposées pour l’octroi du permis de construire. Il se perd aussi dans l’écart que l’on conserve ou non pour ses références urbaines qui ont vu grandir, au fil du bon temps, bon nombre de ses enfants. Construire c’est créer. Démolir pour bien construire est parfois vital. Bien construire c’est bien habiter, diraient les avertis. Bien construire c’est envahir tout le terrain, diraient les rationalistes mercantiles. Mais, construire n’est jamais détruire le beau, anéantir l’historique, ou putréfier le naturel ! Est-il temps d’arrêter cette disparition progressive ? Et c’est vrai lorsque l’on pense que la ville se construit déjà dans ces rames de papiers que constituent les dossiers administratifs d’octroi de différents permis, arrêtés, décisions, autorisations, permissions tant pour construire, démolir, modifier, clôturer, agrandir etc. Autrement dit, la ville se fait construire, démolir ou modifier petit à petit par les actes de gestion de ceux qui sont investis du pouvoir de signature de ces effets. Mais l’on sait tous, et d’emblée, que l’acte administratif délivré n’est que légal et réglementaire. Quant à son application sur un lopin de terre, on est loin de la conformité et de l’authenticité physique et matérielle. Contrôle, suivi, redressement ? très rarement.

Aussi, est-il à constater que dans chaque ville existe une partie urbanisée, disons au mieux construite, que l’on attribue involontairement à tel wali ou à tel autre.

Chacun y laisse son empreinte. Pourvu qu’elle soit belle et jolie.


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