Édition du
23 July 2017

ALGERIE : UN ETAT D’URGENCE PERMANENT.

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Abdenour Ali Yahia

ERRABITA n°2. LADDH

La vie politique est conçue avec un seul objectif, pérenniser le système politique en place depuis l’indépendance du pays, conforté par la rente pétrolière. Il manque une prise en charge de l’humain dans sa globalité. Il y a un dérapage du pouvoir sur la question des droits de l’Homme et des libertés, qui ont fait l’objet des mesures de restriction, pour des motifs ayant trait à l’état d’urgence, donc à l’ordre public et à la sécurité nationale qui implique le contrôle permanent du pouvoir sur la société.

Le pays est sous état d’urgence depuis 17 ans, cela a permis au pouvoir de maintenir sa mainmise sur la société, de la museler et de marginaliser les formations politiques de l’opposition. Le pouvoir qui impose en permanence un état d’urgence, investit l’Etat, se prend pour la nation entière, considère tout opposant comme traître et ennemi des intérêts supérieurs du pays, assimilés abusivement à celui des clans et des féodalités, promus sur les seuls critères de la courtisanerie et de l’affairisme.

L’état d’urgence qui date du 9 février 1992 marque la crispation et le durcissement du pouvoir. Il a gravement altéré la crédibilité du pouvoir à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et fait voler en éclat la confiance du peuple. Il faut voir la réalité de l’état d’urgence, avec le regard de ceux qui la vivent quotidiennement et subissent ses effet néfastes.

L’état d’urgence a permis, dès sa signature, l’ouverture de 9 camps de concentration dans le Sahara, alors que le droit national et international édicte que personne ne peut être privé de sa liberté, si ce n’est par voie de justice. Toute décision qui concerne la liberté de la personne humaine, relève du judiciaire et du juge, et non de l’administration centrale ou du gouvernement. L’internement administratif qui a obligé vingt mille Algériens à payer leurs convictions politiques et religieuses de la privation de leur liberté et de leurs moyens d’existence, s’est fait au mépris des lois internes et des conventions et pactes internationaux ratifiés par l’Algérie.

Aucun homme, aucune femme, attachés à la dignité humaine ne laisseront le silence se fermer sur la détention de prisonniers, non par voie de justice, mais par voie administrative, par lettre de cachet. Tout ce qui cède au rapport de force ou au fait accompli, méprise, humilie la personne humaine, est à combattre. Les écoutes téléphoniques et le contrôle du courrier qui sont une atteinte à la vie privée des gens, relèvent de l’autorisation du juge. Avec l’état d’urgence, elles relèvent de la police et des services de sécurité. Au nom de la sécurité, les libertés ont été altérées et aliénées.

L’état d’urgence ne permettant pas au mécontentement populaire de s’exprimer de façon légale, par des marches pacifiques, il était fatal que les actes de violence se multiplient comme on a pu le constater. Les revendications non satisfaites engendrent des émeutes. Le droit de se rassembler et de manifester qui est un droit constitutionnel, est soumis à l’autorisation préalable des Walis. La constitution reconnaît le pluralisme politique, syndical, mais la justice saisie par les pouvoirs publics condamne les syndicats autonomes qui ont régulièrement déposé leurs dossiers au niveau du ministère du travail. Le récent procès contre les représentants des syndicats autonomes, ont mis en relief la soumission de la justice au pouvoir exécutif.

Le travail définit la condition humaine, notamment le droit à la liberté syndicale dans ses deux dimensions, le pluralisme syndical et l’adhésion libre, sans que les réunions syndicales et autres ne soient publiées, et les manifestations publiques brutalement réprimées. Des années durant, le pouvoir expliquait sur un ton incantatoire que l’état d’urgence allant ramener la paix. La contradiction réside dans le fait que le terrorisme est déclaré « résiduel, réduit à quelques poches » alors que l’état d’urgence est maintenu pour les impératifs de la lutte antiterroriste. Les hommes politiques sont comme les oiseaux, ils ne volent pas tous à la même altitude.

La sécurité des Algériens ne peut se traduire par l’aliénation de leur liberté. L’Algérie veut l’ordre et la paix, à condition qu’il ne soit pas l’ordre des prisons, ni l’ordre des cimetières.

La doctrine des droits de l’Homme, au service de la personne humaine, de sa dignité et de ses droits, est à la fois une revendication minimale, et la matrice de toutes les revendications démocratiques.

Abdennour Ali-Yahia
ERRABITA n° 2. Juillet 2009


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6 Commentaires sur cet article

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  • BRAHIM
    24 juillet 2009 at 20 h 56 min - Reply

    Monsieur Abdennour Ali-Yahia que je respecte profondemment. Arrêtons de nous plaindre . Passon à l’action en se regroupant . Oui une alliance des forces démocratiques est possible: il suffit juste d’exclure les partis politiques au pouvoir ( FLN, RND, FLN et UGTA) et de se regrouper dans un front unique avec une direction COLLEGIALE le temps de faire plier le régime par des actions très précises (manifestation de rue malgré l’interdiction, tracts, utilisation des médias étrangers, des nouvelles technologies de l’information, presse nationale progressiste etc….). Une fois l’objectif de regroupement atteint sur la base d’une plate forme démocratique claire, il faut par la suite exiger une constituante sur la base d’un fondement institutionnel consensuel et d’un projet de société claire : reconnaissance de la triptyque civilisationnelle que sont l’amazighité, l’arabité et l’islamité, ouverture vers la modernité , interdiction de l’utilisation de la religion et du régionalisme à des fins politiques, séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, liberté de presse, alternance, liberté d’opinion, liberté de culte, respect des minorités. Voilà ce qu’attendent les algériens libres, patriotes et amoureux de leur pays. C’est çà le vrai courage politique. L’atomisation des partisans du changement de régime ne mèneront à rien sinon à consolider le régime autocratique et prédateur des Tagarins et son corollaires les islamistes (je dis bien les islamistes pas les musulmans, grande nuance !!!). C’est cà le dynamisme politique. Moins j’en ai marre d’entendre les personnalité politique et de la société civile se plaindre sans proposition concrète. Y en a marre. J’ai de plus en plus envie de prendre la pirogue de l’inconnu. C’est plus sûr en terme de résultats : soit la mort , soit la liberté même dans la misère.




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  • Abdelwahab Benyelles
    24 juillet 2009 at 21 h 00 min - Reply

    @ Maitre Ali Yahia Abdenour.

    Je ne sais pas si vous lisez ce Quotidien d’Algérie, mais je tenterai ma chance à vous poser une question laquelle a été motivée par l’une de vos phrases clé et pleine d’objectivité dans votre déclaration :

    « Les hommes politiques sont comme les oiseaux, ils ne volent pas tous à la même altitude. »

    Pourquoi ne pas essayer de régler une fois pour toutes « l’altimètre » de tous ces hommes politiques et intellectuels et d’organiser un deuxième San Egidio ?

    En tant qu’avocat, ancien ministre du système et défenseur des droits de l’homme, vous êtes, je le présume, la personne idoine qui puisse rassembler tous les acteurs politiques de toutes les tendances pour une telle réunion historique.

    Toute la nouvelle génération d’officiers supérieurs de l’ANP est entrain d’attendre une initiative sérieuse de la part de notre intelligentsia civile, surtout de la part des historiques intègres qui sont tous, comme vous, septuagénaires.

    Donnez pour une fois, un coup de baroud d’honneur avant de quitter cette planète, d’autant plus que la génération qui vient après vous et je pense aux signataires de l’appel historique du 19 Mars ont déjà fait un premier pas dans la sensibilisation partielle politique de la société algérienne.

    La moindre des choses était de soutenir cet appel « apolitique » et d’être solidaire par rapport à « l’altitude » de votre génération qui vous succède et qui manque de « coordination réseautique » parce que votre connaissance du sérail, votre sagesse et clairvoyance faisaient défauts ou du moins sporadiques depuis toujours dans des moments où nous tous (nouvelle génération) avions besoin de vous, et je ne vous vise pas personnellement.

    Laissez votre trace dans l’histoire, le dernier Juge vous récompensera !

    Cordialement.




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  • Iqbal Benyahia
    4 août 2009 at 5 h 22 min - Reply

    reponse a Si Brahim
    J’ai suivi beaucoupd de vos interventions ya si Brahim, elles sont toutes pertinentes et pleines d’honnetete, avec un point faible cependant: chaque fois que vous touchez au troisieme volet de votre triptyque vous perdez pied. Qu’il sagisse d’Islam, d’islamite ou d’islamisme, on ne sait plus de quoi sera fait ce troisieme compartiment dans votre Algerie: vous dites les musulmans pas les islamistes, lesquels des musulmans? Pratiquants non pratiquants voire sympathisants? Et puis il y a beaucoup de musulmans qui sont islamistes de meme que parmis les islamistes il y a de tres bons musulmans honnetes et sinceres!
    Or on ne trouve pas ce meme souci d’intransigeance chez vous quand il s’agit des 2 autres chapitres: amazighite/arabite, et pourtant ceux la aussi ont leurs integristes et leurs baathistes.
    Vous dites also dans votre intervention qu’il suffit d’exclure les partis au pouvoir, sans mentionner les pseudo-partis islamist qui y font parti, j’espere que c’est la juste une omission.
    Filaman




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  • BRAHIM
    4 août 2009 at 10 h 08 min - Reply

    @Iqbal Benyahia: La différence que je fais est très claire : un musulman est un homme pieu tout simplement (à l’instar d’un chrétien, boudhiste etc…) un islamiste est un musulman qui utilise la religion à des fins politiques donc un individu qui veut régir la société par les lois coraniques. Et cette façon de gouverner une société , je la combats en tant qu’invidu et citoyen. C’est clair non et je n’ai rien contre les musulmans.




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  • Chavez_or
    5 août 2009 at 9 h 23 min - Reply

    @Brahim selon votre optique vous permettez aux laico-fasciste et aux berbèristes lucifériens de « s’interesser » à la politique mais pas aux musulmans drôle de conception fascisante.




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  • Iqbal
    5 août 2009 at 21 h 08 min - Reply

    @Brahim effectivement c’est tres clair, vous n’avez rien contre les musulmans mais a condition qu’ils se la ferment et meditent en silence et surtout vous laisse gerer leur societe. Vous dite: « un islamiste est un musulman qui utilise la religion à des fins politiques donc un individu qui veut régir la société par les lois coraniques »,d’abord cette definition est par trop caricaturale et simplist, mais en admettant que cela soit vrai, pourquoi cela vous irrite t-il tant? N’est-ce pas cela la democratie que vous pronez:: chacun, sans exclusive et dans la transparence, etale sa vision sociale et politique du pays. Le peuple, respecte par tous, est seul souverain de l’option a suivre, meme si on n’y souscrit point. Vous ajoutez: « cette façon de gouverner une société , je la combats en tant qu’invidu et citoyen », tres bien et ce sera de bonne guerre…a condition bien sure que ce combat ne soit pas « douteux » et se fasse de maniere civilisee c’est a dire politiquement et pacifiquement.
    Pas tres loin de nous des apprentis sorciers, comme feu Nahna et S. Sadi, ont panique et ont appelle le djeich pour sauver, l’un la democratia, et l’autre la republique! On voit aujourd’hui ou une telle derive nous a tous mener.
    A mon humble avis il y a chez une frange de notre elite, qui s’exprime sur cet espace, unpeu trop d’autosatisfaction ce qui parfois mene a l’arrogance. En effet si qelqu’un se veut algerien non musulman, libre a lui, mais en aucun il ne peut s’arroger le droit de dicter aux autres ce qu’ils doivent etre ou faire pour etre « pieux ».
    Auusi qui etes vous pour denier a un musulman d’etre Islamiste?
    Et puis il y a comme une confusion: la politic n’est pas une fin en soi, c’est juste un moyen, parmis d’autres, et l’islamiste, comme vous a le doit de s’exprimer politiquement, en utilisant ce moyen pour mener le bled vers de meilleurs rivages.




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