Édition du
28 March 2017

De la meilleure manière de bouffer "bagratte litèma"

La récente décision de suspension des crédits à la consommation appelle à plusieurs lectures, aussi complexes qu’elles sont imbriquées les unes aux autres.

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A l ‘origine de ce qui allait devenir une situation ubuesque, la formidable manne pétrolière allait permettre au régime d’amasser un trésor fabuleux tombé miraculeusement entre ses mains.
Mais comment se l’approprier, ou du moins en prélever la part du lion, sans faire scandale?
Aller chez le banquier du coin et lui ordonner de remplir la chkara? Non, trop flagrant, quoique certains barons du régime ont déjà eu recours à cette technique. L’affaire Khalifa par exemple. Mais i existe d’autres moyens, moins directs, et qui vous font passer pour le père des pauvres, pendant que vous leur sucez la jugulaire.

L’une des premières mesures dans la gestion de cet argent tombé du ciel, ou plutôt sorti des tréfonds de la terre, à la faveur de la flambée des prix des hydrocarbures, dont certains économistes allaient contester l’opportunité, et les méthodes qui y ont prévalu, a été de payer par anticipation, et rubis sur l’ongle, presque tous les créanciers du pays. La dette extérieure fut presque entièrement effacée.

Mais montrons nous bons joueurs, et ne pinaillons pas trop sur la la question. Considérons que c’est une bonne chose de faite, puisque l’endettement, et ses « services » qui en font une spirale dont on ne peut plus se dépêtrer, faisaient de notre pays un endetté perpétuel, soumis à des diktats divers. Rappelons qu’en une vingtaine d’années l’Algérie a payé 84 milliards de dollars de remboursement du principal et 34 milliards de dollars pour les intérêts. C’est dire !
Ce sera, en tous les cas, autant d’argent qui ne nous sera pas volé par les satrapes qui nous gouvernent. Encore que les mécanismes de remboursement de la dette ont dû leur permettre de négocier des marges importantes, et tout à fait intimes, versées discrètement dans leurs comptes personnels. Mais bon !

La deuxième mesure, moins transparente et autrement plus sujette à question, a été de placer plus de 50 millliards de dollars en bons américains et, dans une moindre mesure, dans des banques d’investissement internationales. Avec des taux d’intêret minimes et surtout l’impossibilité pour les Algériens de pouvoir disposer de leurs capitaux dans des termes courts, sous peine de perdre l’avantage des interets.

Là aussi, malgré l’opacité qui a entouré cette opération, et qui s’est déroulé avec la collaboration intime du « clan américain » proche de Bouteflika, avec les accointances que nous imaginons, et les dessous de table qui vont avec, nous pouvons nous estimer heureux, puisque le principal de ces placements est autant d’argent soustrait à la voracité des pillards embusqués dans l’antre du régime.

Un autre train de mesures concernant les dépenses publiques, quoique totalement improvisé, décidé dans la précipitation, souvent sur des considérations régionalistes, et surtout hors de prix, a consisté à doter le pays d’aménagements tout à fait opportuns, voire indispensables, tels que la construction d’autoroutes, de routes, du rail, de métro, de tramways, de barrages hydrauliques, de logements et autres infrastructures et de services tout aussi salutaires. Passons sur certaines affaires, comme celle de la téléphonie mobile et autres méga arnaques.

Ne nous attardons pas sur les conditions d’octroi des marchés, ni sur les sacro-saintes commissions et rétrocommissions, sur les droits d’entrée en dessous de table, ni même sur les participations aux bénéfices imposées par les barons du régime à tous les opérateurs qui ont remporté les marchés, souvent dans l’opacité la plus totale. Nous négligerons cet aspect sordide de la question, parce qu’il relève, chez nous, du lieu commun. Une pratique presque normale, voire légale. Une sorte de droit de cuissage dû aux seigneurs des lieux. Puisque le lieu dit Algérie est leur propriété. Du moins dans leurs propres convictions.
Et là aussi, hormis pour les ouvrages qui se sont déjà révélés inexploitables ou impraticables, comme un certain barrage, ces dépenses profiteront à la multitude.
Nous passerons aussi, mine de rien, sur ce projet de construction de la plus grande mosquée du monde après celle de la Mecque, puisque cela est censé servir de ticket d’entrée au paradis, tout près de Dieu, pour une certaine personne. Rien à dire, puisque les damnés de cette vallée des larmes qu’est devenue notre pauvre pays, ne seront pas dépaysés dans l’enfer de l’autre vie. lls sont blindés, il serait très étonnant qu’ils y soient plus malheureux et de toute façon, ils n’ont pas assez de moyens pour s’acheter un ticket pour le paradis. Même en strapontin.

Entrons maintenant, doucement et une chose après l’autre, dans un autre chapître. Celui de la manipulation politique, de la grande corruption et du détournement massif des fonds publics.

La manipulation

Le Président Bouteflika, dont on dit qu’il a la baraka, et qui y croit lui même très fort, puisque ses sympathies, et ses relations assidues avec une espece de gourous, ou plutôt de marabouts ayant kouba sur rue, pour rester dans le cru, a été désigné, ce n’est un secret pour personne, puisque lui même le reconnaît, par la junte qui avait pris le pouvoir à la faveur du coup d’état qu’ils avaient perpétré.

Ces généraux putchistes, qui allaient devenir des bourreaux génocidaires, au prétexte de sauver la république, une étrange république, et dont il reconnaîtra lui même, pendant son premier mandat, qu’ils lui avaient tracé des lignes rouges à ne pas franchir, allaient néanmoins découvrir que leur poulain était en fait un cheval de retour. A fortiori qu’il les connaissaient tous très bien quand ils étaient des officiers subalternes, quand ils débarquaient l’un après l’autre, à la vingt cinquième heure, après avoir reçu l’ordre de leurs supérieurs français de déserter et d’aller infiltrer l’ALN, au moment où lui était un officier supérieur, du bon côté de la barricade, puisqu’il était proche du clan d’Oujda, et surtout de celui qui allait détourner le fleuve de la révolution algérienne, pour le capter et en faire une dynamique de pouvoir personnel. Le fameux Houari Boumediène.

Bouteflika avait frayé avant et après la guerre de révolution, avec ceux qui allaient comprendre que l’argent, la main mise sur la distribution des rentes et des privilèges, et leur usage pour diviser le clan adverse étaient les maitres atouts pour s’accaparer du pouvoir, et le monopliser.
L’un de ses amis les plus proches était feu Zegggar Messaoud,dit Rachid Casa, bras droit de Boumediène, richissime homme d’affaires, qui avait initié, après l’indépendance, le Colonel Boussouf au commerce international. Cet homme de l’ombre, qui fut l’ami intime de deux présidents américains, et qui a rendu des services immenses à la CIA, a été emprisonné par le président Chadli. Il en mourra de chagrin. Bouteflika le pleura à chaudes larmes.

Mais quelles étaient ces lignes rouges imparties au président Bouteflika par les généraux ? Nous mentirions si nous disions que nous les connaissons. Mais tout le monde sait que parmi elles, Bouteflika ne pouvait nommer aucun haut responsable, de quelque secteur que ce soit, diplomatique, politique, économique ou autre, sans l’aval du DRS. Il ne pouvait pas, non plus, traiter du dossier islamiste et devait avaliser, sans même en discuter, toute décision de la junte de ce dossier. Il devait rejeter catégoriquement toute initiative d’enquête sur le responsabilité de la junte dans les massacres de civils et dans la manipulation de la violence par celle-ci. Il ne devait pas remettre en question les privilèges de la junte et leur contrôle sur les sociétés étrangères d’exploitation et d’exploration des ressources hydrocarbures. Il ne devait pas prendre de mesures majeures sans l’accord des généraux, telles que la convocation de référundums, la dissolution du parlement et autres mesures qui étaient pourtant de ses prérogatives constitutionnelles. Et, cerise, il ne devait pas se représenter à un deuxième mandat sans leur accord formel.

Les ruses de l’Andalous

Si le président Bouteflika allait se conformer strictement à son « cahier de charges » durant les premiers mois de son mandat, il n’allait pas tarder à tester les généraux par des sorties et des initiatives qui allaient les inquiéter, et même les diviser. L’un de ses dictons préférés est : « El andaloussi bel ichara ».
Il commenca par déclarer, dans un discours à la nation, que les généraux étaient mécontents de lui, et qu’il voudrait bien savoir en quoi il avait franchi les lignes rouges qu’ils lui avaient assignées. Avec une habileté rare, lui qui sait si bien alterner les temps de mutisme total avec des périodes de volubilité excessive, avec un dosage d’alchimiste, il se mit à distiller des rumeurs de toute sorte, en ayant l’air de ne pas y toucher.
Et dans le même temps, usant de ses relations, mais aussi de certains de ses contacts internationaux, y compris avec les Américains via ses amis du Golfe, mais aussi Français, via d’autres connections, il parvint à remettre au goût du jour une question que les relais français des généraux avaient réussi à totalement occulter : La responsabilité des généraux dans les massacres des populations, dans les attentats contre des étrangers, et dans la pratique institutionnalisée de la torture. Sa baraka, qui ne se démentit pas à ce moment là, allait le servir au délà de ses espérances. Des révélations, des témoignages, et même un livre d’un militaire algérien qui avait fui à l’étranger, « La sale guerre », allaient briser la chape de plomb que les complices occidentaux des généraux, souvent rémunérés, faisaient peser sur l’atroce réalité de la sale guerre, et sur le « terrorisme pédagogique » que les généraux avaient programmé et mis en oeuvre, au prétexte de sauver la république du péril vert, mais dans la réalité pour garder le pouvoir, et profiter de la tragédie pour amasser des fortunes colossales.

Le vent avait tourné, et les généraux, affolés et presque à terre, se préparaient à négocier leur tranquilité. Ils étaient à un cheveu de partager le sort de ceux qui les avaient précédé devant les juridictions internationales pour crimes contre l’humanité. Leurs amis français, qui leur avaient permis de mener le carnage et la dévastation à huis clos, en contrepartie de valises discrètes, étaient aux abois. Et pour damer le pion, une semaine après que Ahmed Ouyahia ait déclaré publiquement que les victimes de la tragédie nationale étaient au nombre de 35 000 morts, Bouteflika, dans un cinglant démenti, annonca le chiffre de 200 000 morts… »au moins! » appuya-t-il.

Et brusquement ce fut le 11 septembre 2001. Les avions qui s’écrasaient sur les Twin Tower furent le gong qui les sauva du K.O final.

Un Quitus pour les crimes commis…

Il n’y avait plus de guerre sale. Les généraux qui disaient, par l’entremise de leurs journalistes attitrés, qu’ils ne pouvaient pas faire de guerre avec des gants blancs, contre l’ennemi qui menacait le monde entier, devinrent les vedettes de l’année, les chouchous d’un occident affolé. Il devinrent le rempart contre le terrorisme. Plusieurs officiels américains, du Pentagone, de la CIA, et jusqu’au secrétaire d’Etat, leur rendirent un vibrant hommage, s’inclinèrent devant leur grande compétence, oubliant que celle-ci consistait seulement à créer des groupes armés « islamistes », à tuer des populations désarmées, à faire activer la gégenne, à confier des femmes et des enfants à des sadiques sexuels, et à exécuter des pères de familles sur le bord des routes.

Bouteflika se retrouva seul. Il n’attendait aucun secours du peuple algérien qu’il méprisait, qu’il considérait comme un troupeau docile et dont il n’avait jamais tenu le plus petit compte dans ses stratégies.

La réaction des généraux ne se fit pas attendre. Ils lui firent savoir qu’il pouvait se représenter à un deuxième mandat, mais qu’il ne serait pas leur poulain. Il servirait juste de facade à des élections qui étaient déjà réglées comme du papier à musique. Comme d’habitude, et il le savait très bien. Le candidtat qu’ils avait choisi était Ali Benflis, chef du gouvernement et Secretaire général du parti le plus plus puissant, ou plutôt le plus « côté » du régime, le FLN.

Ali Benflis avait reçu l’assurance qu’il allait évoluer sur une voie royale. Il se voyait déjà président. Il n’aurait pas courru le risque, sinon, de sacrifier une carrière « brillante » et prometteuse. C’est ce qu’il dira à certains de ses proches qui ne voulaient pas s’engager avec lui s’il n’était pas le favori de la junte.

Mais c’était compter sans le redoutable potentiel de Bouteflika. Celui-ci allait mettre tous ses atouts dans le jeu, toutes ses ressources, et surtout sa formidable capacité à se servir de la force de son adversaire pour le terrasser. Il usa de ses relations internationales, il usa par des moyens que nous ne connaissons pas, mais surtout de la cupidité vorace de certains généraux, pour se les rallier. Parmi ceux-ci, qui lui etait le plus proche, et sur lequel il avait barre par l’entremise de ses relations françaises, le général major Larbi Belkheir, dit le « Cardinal », le plus retors, et le plus manipulateur de la junte.

La cohésion des généraux « décideurs » était rompue. Désormais, ils n’avaient plus un seul poulain. C’était leur première divergence majeure.

Ceux qui lui avaient préféré Ali Benflis ont tenté d’engager la lutte. Une lutte sourde, mais totale. Ils avaient désigné des journaux pour mener une propagande active contre Bouteflika, et n’hésitaient pas à aller chercher dans le canniveau. Le passé de Bouteflika fut étalé sur la place publique, souvent de façon extrême. A la guerre comme à la guerre. Dans ces milieux là, on ne tire pas à blanc.

La plume qui fait pencher la balance…

Mais la discorde entre les généraux compliquait la situation. Les relais du régime, partisans, médiatiques, tribaux, administratifs, syndicaux, corporatistes, et tout le reste de la machinerie restait dans l’expectative. Parce que dans ces milieux là, opportunistes et qui ne s’engagent qu’aux côtés du plus fort, c’est à dire celui qui a été désigné par la junte, on ne savait plus à quel saint se vouer. Ils attendaient que la situation se décante au profit de l’un ou de l’autre. Et la casquette oscillait.

Ali Benflis, totalement démuni, allait user, comme d’un leitomtiv, d’une phrase du général major Mohamed Lamari, qui lui était mollement acquis, et qui avait déclaré à la presse que l’armée restait neutre dans ce genre de situation, pour en faire son thème de campagne, tentant de convaincre les opportunistes que sa victoire était possible.

Mais Bouteflika allait sortir un ultime atout de sa manche. La plume qui allait faire tomber la balance. Une plume trempée dans le sang.
Il fit savoir aux généraux que quoi qu’il arrive, leur sort resterait suspendu à la conjoncture internationale, et qu’ils restaient elligibles à des poursuites pour crimes contre l’humanité. Il leur affirma que lui avait la panacée pour les tirer de cette menace, et les faire absoudre de leurs crimes. Il leur a promis, s’il est élu, de faire appel au peuple algérien pour un référundum pour adopter une « Charte pour la réconciliation nationale ». Dans cet arsenal juridique, éminement scélérat, le peuple souverain pardonnait à tous les acteurs de la tragédie nationale, et, point d’orgue de cette loi, nul n’aurait le droit de porter plainte contre eux, d’évoquer leurs crimes, ni même d’entreprendre des recherches sur la vérité, serait-ce par des chercheurs universitaires. Cette Charte les consacrait « agents honorables de l’Etat » et saluait le rôle héroïque qu’ils avaient rempli en sauvant la république et ses institutions.

Les jeux étaient faits !

Toute la junte se rangea derrière Bouteflika.

Tout aussitôt, la machine opportuniste se mit en branle. Tous les relais du régime, sans aucune exception se rangèrent derrière le désormais « béni ». Les comités de soutien fleurirent. On en vint aux mains. Dans le pays profond, y compris dans le propre fief de Ali Benflis, on se battait comme des chiffonniers pour avoir le privilège de diriger le comité local de soutien à Bouteflika. Au point, où pour départager tout le monde, la direction de campagne de Bouteflika accepta qu’il y en ait plusieurs par ville.

Dans le bateau Benflis, l’heure était au naufrage. Les rats quittaient le navire par milliers. On connait même des cas de certains qui tentèrent de rallier les comités de soutien de Bouteflika. Et qui en furent chassés comme s’ils étaient frappés d’ignominie.

La réélection de Bouteflika fut une simple formalité.

Puis, pour Bouteflika triomphant, et pour son clan, ce fut l’heure de la vengeance. Tous ceux qui soutinrent Ali Benflis furent broyés. Le seul cas qui fit exception fut le journal Liberté. Un journal qui s’était pourtant engagé à fond pour Benflis. Un membre influent de la junte, probablement le général major Mediene Toufik, le tout puissant patron du redoutable DRS, mit le patron de ce journal, Issaad Rebrab, sous sa protection. Ce patron de presse, et néanmoins l’un des hommes d’affaires les plus riches du pays, fut épargné. Il dût néanmoins se débarasser du directeur qu’il avait nommé à la tête du journal pendant la campagne électorale. Ce jounaliste se le tint pour dit et s’exila promptement.

A suivre


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UN COMMENTAIRE

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  • jila
    6 août 2009 at 5 h 12 min - Reply

    Mon DIEU tout ça pour un pouvoir éphémère et sans gloire!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!




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  • Congrès du Changement Démocratique