Édition du
22 July 2017

La culture du lamento

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Par :Mustapha Hammouche

“Il fait chaud !” “Quelle chaleur !” : ce genre d’exclamations tend à faire office de salutations entre Algériens qui se croisent. L’échange se fait forcément sur le ton de la plainte. Pourtant, des températures de trente, trente-cinq ou même quarante degrés aux mois de juillet ou août, en Algérie, ne seraient-elles pas conformes à la norme climatique du pays ? Même si la quête des signes du médiatique phénomène de réchauffement climatique préoccupe tout le monde, l’effet n’est sûrement pas perceptible au niveau du confort personnel : à un degré près d’écart autour de la moyenne annuelle, le changement ne doit pas être physiquement perceptible.
Alors, qu’est-ce qui fonde cette forte propension nationale aux jérémiades ? On pourrait se laisser émouvoir par ce réflexe de lamentation si l’on ne se rappelle pas que, d’un côté, des hommes sont arrivés à se faire une place au paradis terrestre dans le désert du Nevada et que, de l’autre, des concitoyens affrontent avec les moyens du bord la rigueur caniculaire de notre Grand-Sud. Chez nous, la complainte semble plutôt tenir lieu de motif à notre paresse nationale.
Car enfin, évoquer un excès de chaleur survenu en plein été comme l’on se lamenterait d’une catastrophe naturelle est signe de malaise plus psychologique que physique. Mais, d’ailleurs, de quoi ne se plaint-on pas dans notre pays ?
En tout cas, nous déplorons nos propres œuvres : l’insalubrité de notre environnement, alors qu’Alger, par exemple, est la seule ville au monde où les camions de ramassage des poubelles passent deux à trois fois par jour, pendant que nous reconstituons à longueur de journée nos écuries d’Augias ; les prix, aussi, alors que la paresse nationale, sauf dans quelques oasis de bonne gestion, nous fait battre des records d’absentéisme et d’improductivité.
L’inconséquence ne tient seulement pas au fait que nous revendiquons ce pour quoi nous refusons de faire un effort ; nous refusons de changer ce que nous déplorons ! Ainsi, tout le monde se plaint du pouvoir, de sa nonchalante gestion, de son incompétence, de sa corruption, de ses penchants pour le régionalisme et le népotisme… Mais à la question de savoir comment le changer, la riposte fuse : “Mais par qui ? Bouteflika “parle bien”, Ouyahia “est intelligent”… Alors, laissons les choses en l’état, puisque le changement suppose un effort de choix !
Dans les sociétés qui se portent bien, le mécontentement, la critique et la revendication sont des signes de bonne santé morale. Ils prolongent un effort citoyen déployé dans le travail et dans la vie quotidienne. Une fois en règle avec son devoir, l’administré exhibe ses exigences ainsi légitimées par sa participation à la prospérité générale.
Finalement, la lamentation n’est, chez nous, qu’un trait de société. Même quand elle prend la forme de vocifération, elle sert au citoyen-plaignant, pour qui “l’État n’a rien fait”, de se mettre en règle avec une conscience qui l’interpelle sur sa condition et elle sert au responsable à qui “on n’a pas donné les moyens” de justifier son échec.
Alors, en guise de causerie, on se plaint entre nous. On se plaint de l’État, des autres et même de la nature. La complainte générale fait office de débat national. Et nous fait oublier notre impuissance organisée.

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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3 Commentaires sur cet article

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  • thirga
    7 août 2009 at 15 h 33 min - Reply

    Notre aimé Hamouche vient au secours d’un système, un pouvoir, totalement dégénéré au point de se croire éternel, seule solution à notre bonheur. Non, Monsieur Hamouche, le drame Algerien est connu, isolé, déterminé. C’est le sysème putschiste. Il vient de fermer meme les portes de l’Espoir en condamnant celui qui se jette à la mer, non de desespoir mais pour une vie meilleure ailleurs loin de ce système de Zombies. Un système hier basé sur le parti unique et qui vient d’évoluer au règne d’un seul homme, un homme unique. Le temps et l’environnement ne font qu’exacerber le desespoir de chacun en face d’un système qui ne sait meme pas où il va et qui a oublié d’où il vient. Le déreglement climatique a exité depuis que la mémoire humaine s’en rappelle. Ne dit-on pas en Kabylie : Ayesmi ttrad our thwith a3mayen our thoudem thiguith!




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  • MTM
    7 août 2009 at 21 h 36 min - Reply

    Vous vous trompez lourdement Monsieur Hammouche. La lamentation n’est pas un trait de société, mais une réaction naturelle à une condition d’asservissement, d’oppression et de répression multiforme d’un peuple qui n’en peut plus. Les lamentations sont une conséquence naturelle à l’absence de justice équitable, aux dénis des droits souvent élémentaires, aux laxismes et à l’hypocrisie générale de la classe politique face à la dégradation du pouvoir d’achat et des conditions de vie. Lorsque dans un pays quelconque, les journalistes font l’autruche devant les graves dérives politiques et économiques du pouvoir, le peuple est réduit instinctivement à souffrir dans le silence ou à se défouler dans les émeutes à l’occasion d’un trop-plein. Lorsque ces journalistes viennent au secours aux potentats et faire obstruction à la vérité et pour pérenniser le système inique, il est indécent de se tourner vers le peuple et s’attarder sur leurs inconséquences. Dieu a donné au Sultan ce qu’il n’a pas donné au Coran : la puissance de dissuasion et le pouvoir de redresser le tort par le glaive. Le respect des lois et des règlements ne peut être assuré que par le Pouvoir. Vous ne pouvez pas mettre l’anarchie et le chaos ambiant sur le compte de l' »inculture » ou de l’incivisme du peuple. Au temps du colonialisme français, il n’y avait tant de saleté et d’insécurité dans les villes. Le peuple se plaignait tout autant, mais pour d’autres raisons. Il ne faut pas noyer le poisson dans l’eau en oubliant l’incurie des gouvernements fantoches et leur indigence politique.

    Vous ne pouvez pas occulter l’absence de l’Etat sur le terrain si vous vous intéressez par exemple, à l’invasion de l’informel (commerce et services) dans l’espace public. Le rapport entre les deux est trop évident. On ne va pas jusqu’à vous rappeler le vieil adage du chat et de la souris qui dansent…C’est le même constat qui est fait partout et dans tous les secteurs.

    Le jour où Bouteflika a montré un peu de fermeté (pour amuser la galerie), en évinçant une vingtaine de walis au début de son premier mandat, beaucoup de fonctionnaires (haut et moins haut) ont tremblé et ont vite repris les bonnes habitudes de travail. Beaucoup de fonctionnaires ont subitement commencé à arriver au lieu du travail à huit heure du matin, au lieu de 9 h 30 min. Sous le choc de la nouvelle, ils ont renoué, un certain temps, avec le respect strict les horaires réglementaires; chose qu’ils avaient complément oublié depuis des lustres. Lorsqu’un pouvoir fort commence par lui-même et assure la même justice pour tous, tout le monde rentre dans les rangs spontanément…




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  • Ammisaid
    8 août 2009 at 0 h 28 min - Reply

    Fou mais en réalité très sage de mon village a donné une explication au fait que ces dernières années, l’Algérien aime à se plaindre de la Chaleur, la voilà: 40° température habituelle+ 40° dus au feu de forêt + 40 en liens avec notre nervosité de ces dernières années = 120 degrés. Ceci explique tout !




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