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30 March 2017

Tout ne va pas si mal…?

mendiantspar K. Selim

Le Quotidien d’Oran, 11 août 2009

Quand l’espace politique national devient une fiction, les mouvements de régression prennent fortement le dessus. On n’en finit pas d’en recenser les signaux sous la fausse tranquillité apportée par le bâillonnement des opposants et la docilité de ce qui est censé être la classe politique.

L’histoire, la nôtre et celle des autres, a beau enseigner que les sociétés les mieux armées sont celles qui sont organisées et structurées librement. C’est vrai que cela est ardu et qu’il faut gouverner, du plus bas au plus haut, en sachant qu’on a des comptes à rendre. Et que l’on prend des décisions qui peuvent être approuvées par les uns et contestées par les autres. C’est dans ces interactions, ardues et rudes, qu’une société apprend à résoudre ses problèmes de manière pacifique. C’est là que les accumulations se font et nous évitent, tels des Sisyphe de plus en plus fourbus, de répéter les mêmes erreurs.

Dans une Algérie où un système politique paraît satisfait d’avoir réussi la grande prouesse de ne plus avoir de débats gênants et une société qui dit de manière inorganisée son insatisfaction, le décalage semble profond. Jamais l’adage qui veut que l’on recule si on n’avance pas ne s’est autant vérifié. La «décennie rouge» a enfanté une décennie mièvre et régressive. Les historiens pourront trouver dans les écrits banalement racistes, sexistes et bigots de certains canards, les signes d’une mauvaise passe, malgré une réduction drastique du niveau de la violence terroriste.

Pendant que l’on se demande, sans trop savoir, si le nouveau week-end dit «semi-universel» verra son vendredi matin travaillé ou chômé, on redécouvre la hideuse régression en marche. A Oum El Bouaghi, une bataille rangée entre «arouch» pour une histoire confuse de terres s’est soldée par un mort et des blessés. Après 47 ans d’indépendance – et pendant que certains nous alimentent d’une guerre furieuse faite d’échanges d’accusations d’être des «harkis» ou d’une empoignade religieuse oiseuse sur de vieilles miniatures populaires -, on prend en plein visage ce retour vers le passé.

Que l’on règle à coups de gourdins et d’instruments contondants un vieux contentieux sur des terres «archs», cela ne peut que faire frémir. Et cela amène à poser des questions graves sur l’état de l’Etat et de la société.

Il y a dans le désert politique algérien une source de tranquillité inquiétante pour les tenants du pouvoir. Quand les opposants sont réduits à ne s’exprimer que par des communiqués que les journaux veulent bien diffuser et que ceux qui font office de personnel politique ne s’occupent que de «leurs affaires», on prend le risque de s’aveugler. Après avoir basculé dans des violences extrêmes, le pays est insidieusement invité à une nouvelle variante du «tout va bien». C’est le «tout ne va pas si mal».

Oui, tout ne va pas si mal si l’on feint de ne pas voir que l’aspiration puissante à une Algérie des citoyens est en train d’être remplacée par une Algérie des archs et des houmates…


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5 Commentaires sur cet article

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  • nomade
    15 août 2009 at 22 h 13 min - Reply

    aucun commentaire concernant cet article de la part des assidus internautes de ce site , preuve que la déchéance et la pauvreté de leur concitoyens ne les concernent pas.
    dans le cas ou l’article traitait du berberisme ou l’arabo-islamisme …oh mon dieu ….
    il y aurait eu une participation avec des commentaires-theses, des commentaires-fleuves !!!!!




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  • Aît Yahiatène
    16 août 2009 at 10 h 57 min - Reply

    Vous avez certainement raison. Pour ma part, je viens de tomber sur cet article qui traite de la violence en Algérie d’une manière un peu légère et qui frise l’anecdote.
    Puisque ce journaliste traite de ce problème, soit . Mais pas de cette façon qui laisse entendre que les Algériens règlent leurs comptes, leurs différends à coups de machettes, de sabres et autres armes primitives de nos ancêtres. L’ esprit Far West ( sans les colts, heureusement pour nous ! ) ou peut-être Baghdad occcupé .
    Ce qu’il  » oublie  » de préciser , c’est que les Algériens ne font plus confiances aux  » autorités  » judiciaires de leur pays et que la justice sociale la paix civile ont déserté les lieux depuis bien des decennies. Se faire justice soi-même devient la règle avec la dissolution des liens sociaux .
    L’ hyper violence meurtrière, destructrice qui a endeuillé l’Algérie, les ravages sociaux de l’ultra-liberalisme économique  » durable  » qui bat son plein , le désespoir noir qui frappe les esprits les plus endurcis, la situation de  » l’état d’urgence permanent  » avec les pleins pouvoirs que se sont octroyés les fossoyeurs galonnés et/ou en cols blancs sont les ingrédients, les causes profondes de cet état de non-droit qui prévaut .
    L’ insoutenable légèreté , le style condescendant teinté de mépris dont fait preuve ce journaliste à l’encontre de ses concitoyens qu’ il considère comme une « masse » de « gueux » incultes voire moyenâgeux , est le trait caractéristique de ces intellectuels cooptés par leurs réseaux de complices du Système qui brise toutes les bonnes consciences et les acculent à un individualisme féroce .
    Ce n’est là, cher « nomade », qu’ une des réflexions que cette  » feuille de chou » m’inspire et que je vous livre à chaud. La situation que décrit d’une façon parcellaire ce journaliste pigiste, est bien trop dramatique pour qu’elle soit traitée sérieusement et dans tous ses aspects, à travers un simple commentaire. Ce serait faire là, injure, une de plus, à notre malheureux peuple , otage de criminels sans foi ni lois.
    Bien à vous.




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  • hirga
    16 août 2009 at 15 h 45 min - Reply

    K. Selim avance dans son canard comme un non-voyant en plein jour. L’Algerie a restauré son Etat depuis 47 ans et 42 jours mais non la souverainté populaire. Depuis, une secte d’extraterrestes a mis main basse sur la maison Algerie. Usant d’artifices comme djihad, patrie, religion, langue, famille révolutionnaire … la secte usée, vieillie, sénile, criminelle continue son dictat sur un peuple hier seul Héros….. Tous vos constats de regression sont à facturer à la secte au pouvoir que votre canard ne cesse de faire l’éloge.




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  • nomade
    19 août 2009 at 22 h 31 min - Reply

    @ Ait Yahiaten.

    J’AI ETE TELLEMENT TOUCHE PAR LA PHOTO DE LA FEMME QUE JE N’AI PU M’EMPECHER D’EMETTRE MON COMMENTAIRE(le premier) .LA MISERE ET LA DECHEANCE DE CETTE FEMME FERONT VIBRER DES MONTAGNES.
    MALHEUREUSEUMENT LE COEUR DES ALGERIENS RIVALISE AVEC LA ROCHE EN DURETE.
    NEFSSI .. NEFSSI .L’EGOISME , L’INDIVUDIALISME, LA CUPIDITE ONT EU RAISON DE CE PEUPLE.




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  • samaritain
    20 août 2009 at 0 h 45 min - Reply

    « L’homme qui agit n’a jamais de scrupules ; seul est scrupuleux le contemplatif. »
    Johann Wolfgang von Goethe
    C’est triste comment elle a pu devenir notre Algérie , sans âme et sans scrupule! Dommage!.
    Saha Ramdankoum Mes Chers Compatriotes Les Zawalis.




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