Édition du
22 July 2017

LA LOI DE FINANCES COMPLÉMENTAIRE DIVISE LES PATRONS : La grande zizanie

L’Expression

Ils demandent tantôt la protection du marché, tantôt une libéralisation sans bornes du commerce extérieur.

Certains patrons crient au scandale. D’autres, en revanche, la saluent. Loin de faire l’unanimité, la loi de finances complémentaire 2009 ne laisse personne indifférent. En effet, la volonté du gouvernement de réguler les importations a donné lieu à des réactions partagées de la part des patrons d’entreprise.
Les premiers signes de fissure commencent à apparaître. Si cette tendance continue, il y a de fortes chances pour que les patrons se présentent en rangs dispersés à la prochaine tripartite qui devrait se tenir dans quelques semaines.
Certains patrons commencent effectivement à sortir de leur silence pour considérer que les mesures prises par le gouvernement sont salutaires pour l’économie nationale. Depuis la fin du mois de juillet, c’était un tout autre avis qui prévalait dans les milieux du patronat qui n’a pas hésité à proclamer l’union sacrée contre les décisions du gouvernement. Il fallait se tourner du côté des partis à l’instar du Parti des travailleurs et de quelques organisations comme l’Union générale des travailleurs algériens pour découvrir des entités qui applaudissent les mesures prises par le gouvernement dans le cadre de la loi de finances complémentaire.
Les adeptes de la régulation du commerce extérieur ne sont pas allés chercher leurs arguments très loin. Selon eux, on n’a pas besoin d’être grand clerc pour s’apercevoir que le marché regorge de produits de toutes sortes avec une qualité douteuse. La plupart du temps, il y a des indices qui ne trompent pas sur la qualité. Le client trouve toujours des produits avec un prix peu élevé afin qu’il soit attiré sans être trop regardant.
Alors si l’Etat vise, entre autres, à limiter ce phénomène, il trouvera toujours des gens qui seront de fervents supporters du durcissement des conditions d’activités des sociétés importatrices. Selon certaines sources, il est hors de question de laisser le produit étranger concurrencer, sans aucun moyen de résistance, le produit local. Certains rappellent que même le Forum des chefs d’entreprise (Fce) avait lancé, et veut même relancer la campagne made in Bladi qui vise justement à avantager le produit local lorsqu’il est d’une qualité qui satisfait le client.
Certains ont du mal à comprendre la finalité pour l’Etat d’avoir consacré au profit des entreprises publiques une opération d’assainissement ayant nécessité plus de 40 milliards de dollars entre 1991 et 2008 s’il doit ensuite les laisser mourir de leur belle mort et sans leur avoir assuré un débouché.
Il est ajouté que la protection du marché local a été une revendication sans cesse renouvelée par le patronat depuis les années 1990. D’ailleurs, les opposants à l’Accord d’association avec l’Union européenne, puis à la tentative d’adhésion à l’OMC, ont justifié cette levée de boucliers par la nécessité de protéger les produits locaux contre la concurrence étrangère.
Le camp de ceux privilégiant la voie de la préférence locale n’est pas à court d’argument. Il commence par dire que tous les pays du monde adoptent des mesures protectionnistes.
L’histoire de l’acier américain contingenté avant l’accès aux territoires de l’Union européenne en est un exemple. Les Etats-Unis d’Amérique n’ont pas trouvé de problème à limiter l’entrée des produits agricoles d’origine étrangère, comme les bananes, sur leur territoire. Et tous ces exemples sont puisés d’entités ayant adhéré à l’OMC.
Outre la protection du marché, le gouvernement trouve qu’il y a vraiment urgence à assainir certaines pratiques commerciales qui nourrissent le secteur informel. Il n’est pas rare, selon le ministre des Finances, Karim Djoudi, de s’apercevoir que des registres du commerce soient établis au nom de vieillards afin de brouiller les pistes et de ne jamais retrouver les véritables responsables.
Or, consacrer 40 milliards de dollars à l’importation des marchandises mène tout droit à l’épuisement des ressources financières en devises de l’Etat.
A côté de cela, il n’est un secret pour personne que les acteurs du commerce extérieur contribuent à alimenter la sphère informelle en procédant au change parallèle des devises, même si cette part n’est pas très importante par rapport aux sommes transitées dans le circuit formel.
Actuellement, les entrepreneurs commencent à se rallier à certaines mesures du gouvernement même s’ils continuent à demander leur assouplissement. La Confédération des industriels et des producteurs algériens (Cipa) regrette que la réglementation du mode de paiement des importations touche les matières premières.
Toutes ces considérations ne doivent pas faire oublier que le plus grand grief fait à l’Etat par le patronat est le manque de concertation. La réponse du gouvernement est simple: décidons d‘abord, discutons ensuite.

Ahmed MESBAH


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