Édition du
27 March 2017

Réponse au harrag qui a ecrit à la houkouma

lettreLe Quotidien d’AlgériePar ammi Saïd

Cher frère harrag,

C’est avec un cœur lourd et plein de désespoir que je répond à ton E-Mail.
Sache que moi, aussi, j’ouvre régulièrement ma boite et que je suis donc branché comme tous les gouvernements de la terre.
A la lecture de tous les E-Mail que je reçois, j’ai compris combien je suis un gouvernement dur, terrifiant et sans cœur. J’ai compris que toutes les demandes convergent vers une demande impossible à accepter et satisfaire: autodétermination du peuple, son droit de choisir ses élus ou de les changer à chaque élection et la liberté dans un état juste et au service du peuple dans le respect total de ses choix et te ses demandes. Tout ce qui nous fait peur. Car ceux qui te gouvernent ont peur. Nous avons une peur difficile à décrire et à t’expliquer mon frère. Une peur futée, maligne et rusée comme un vieux renard mon frère. Une peur qui a une peur bleue de la vérité. Une peur qui menace de dévoiler tous nos secrets. Un peur noire, sûre et sans remède facile et sans effets secondaires graves mon frère. Une peur qui parfois terrorise nos âmes et violente nos nuits par des cauchemars mon frère. Un peur devenue mûre, insensible et impossible à apaiser mon frère.
Une peur plus grave que celle qui t’a fait fuir même en risquant ta vie mon frère. Cette vie qui t’appartient, encore, mon frère et qui nous échappe mon frère car, elle est totalement gouvernée par notre peur mon frère. Celle qui nous répète sans cesse: vous allez perdre le pouvoir si vous refusez d’appliquer ce que je vous suggère, mon frère. Vous allez perdre le pouvoir et surtout ses privilèges: l’impunité, la richesse, l’aisance vaste comme l’univers, la sécurité et la gloire, mon frère. Ce que nous ne pourrons jamais posséder dans un cadre clair, juste et légal, mon frère. Parce que, bien avant votre indépendance, mon frère, nous avions accompli des actes impardonnables mon frère, des actes dont étaient victimes, tout nos frères et donc, vos pères les plus courageux, les plus intelligents et les plus sincères, mon frère (ou peut-être carrément mon fils, mon frère). Des actes barbares qui consistaient à éliminer sans pitié tous ceux ou celles qui voudraient que le pouvoir puisse échapper à nos mains qui tuent, qui volent, qui castrent, qui égorgent, qui torturent, qui violent et qui ne savent rien faire d’autre, mon frère. Des actes qu’il faut répéter sans arrêt pour asseoir un pouvoir autoritaire, violent et impitoyable, mon frère. Seul pouvoir ou système capable de nous rassurer de notre peur, mon frère. Cette peur qui nous dit: ne laissez pas les Algériens s’unir, se parler, se construire, se comprendre et s’entendre, mon frère. Ne les laissez pas travailler, créer, inventer, se développer et devenir autonomes et responsables, mon frère. Ne les laissez pas réfléchir, penser, choisir et tenter de réaliser leurs propres rêves et leurs doux et simples désirs, mon frère. Ne les laissez se servir des valeurs de leurs grand- pères, leurs grand-mères et leurs pères et mères, mon frère. Ne les laissez pas respirer l’air vivifiant et pur de la morale, de la fraternité, du savoir et de la liberté, mon frère. Ne les laissez pas se nourrir des mets exquis et fortifiants de la confiance en soi, de la confiance entre eux, de l’insoumission déterminée et pacifique et de l’amour désintéressé pour leur pays et sans peur, mon frère. Ne les laissez pas s’organiser pour construire, indépendamment de vous, leur pays, ses infrastructures, ses repères et l’avenir des générations futures, mon frère. Ne les laissez pas s’épanouir, respecter leur peuple et le rassurer en lui disant, nous sommes là n’aies pas peur. Ne les laissez pas découvrir les noms et les rôles des usurpateurs de leur histoire, des tueurs et des commanditaires des massacres, des assassinats et des disparus d’hier et de ceux qui disparaissent chaque jour (dans les mers, l’exil, le suicide, l’alcool, la folie, la drogue, le désespoir, la violence, le crimes, la prostitution, la soumission, le mensonge, la perversité, l’intolérance, le racisme, la haine, l’ignorance, la terreur, le deuil, la misère…). Ne les laissez pas écrire, peindre, chanter, voyager, sculpter, avancer, aimer, se marier, travailler, dignes…Ne les laissez pas se révolter, s’opposer, se politiser, s’associer…dont le but de réclamer un gouvernement à leur service et non plus pour votre service, mon frère. Fermez tout et verrouillez tous les nerfs et tous les cerveaux. Prenez tout et laissez les quémander de quoi survivre sans pouvoir hurler. Soyez des rois puissants et froids et rendez-les comme des esclaves fatalistes et sans horizon que celui de la servitude et de la soumission. Tuez tout les idées qui éveillent les consciences et qui réveillent ceux qui nous avions anesthésiés. Divisez les pour qu’ils puissent devenir des millions de petits morceaux impossibles à recoller. Créez entre-eux : la suspicion, la corruption, la méfiance, la haine, la rancune, la jalousie, l’intolérance, le déshonneur…afin de faciliter la tache de vos nègres, de vos flatteurs, de vos courtisans, de la main qui tue et qui vole pour vous, de la langue qui diffuse vos mensonges et vos slogans….
Tu vois mon frère, nous avons peur et c’est pour cela que nous vous terrorisons, mon frère. Nous sommes obligés de boucher toutes les issues pour tuer les cafards. Nous sommes obligés de vous maintenir emprisonnés pour vous empêcher de nous nuire. Vous êtes nos ennemis et un militaire et son civil ont le devoir de traiter leurs ennemis sans pitié. J’espère que ma réponse t’arrivera et te fera comprendre que c’est à nous de décider ce qui est faisable et ce qui est interdit pour toi, mon frère.
Mes salutations dominatrices et sans peur, mon frère.


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8 Commentaires sur cet article

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  • papousse
    2 septembre 2009 at 1 h 50 min - Reply

    Cher Ammi said,

    Merci pour cet article du fond du coeur, mais je voudrais vous demander aussi un poème du coeur pour tous ces harragas qui sont au fond de la mer, dans les morgues ou ceux ou celles qui s’apprétent à le devenir. Un poème qui restera graver dans la mémoire collective des algériennes et algériens.
    Les actes et les paroles s’en iront un jour ou l’autre, mais les écrits resteront et demeureront éternellement. Encore une fois merci d’avance et que votre plume on ne l’oubliera jamais.

    Cordialement et saha ftourek mon ami.




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  • BRAHIM
    2 septembre 2009 at 20 h 09 min - Reply

    Merci @ammi saîd pour cette lettre. Mais comme te t’aime bien car tu es plus sage que moi qui m’emporte souvent, je te fais part d’un de mes articles concernant ces citoyens algériens qui ont choisi l’exil comme solution pour une et plusieurs raisons. C’est un article que j’ai posté sur un autre site que le Quotidien d’Algérie. Le voici et merci de me lire : « Bon dieu de bonsoir (moi je dis souvent plutôt ya dine erab , je m’excuse) !!! Comment se fait-il que des milliers et des milliers de citoyens de notre pays l’Algérie cherchent à rejoindre ceux qui sont déjà partis. Ils ont choisi n’importe quel endroit de la planète sauf l’Algérie. Ces citoyens sont de toutes les catégories socioprofessionnelles. Ils sont francisants, arabisants et même analphabètes, athés ou croyants et ce contrairement à ce qui pensent certains qui ne pointent du doigt que les intellectuels SEULEMENT. On demande aux algériens d’aimer leur pays, mais pourquoi demander à quelqu’un qui ne se sent pas bien chez lui, de l’aimer « besif « . C’est un pays qui n’est plus l’ALGERIE car notre pays a été détruit : culturellement, politiquement, économiquement, historiquement, architecturalement, et j’en passe. Si les exilés sont plus ou moins identifiés, il ne faut pas aussi oublier cette catégorie de « citoyens » qui sont aux pouvoirs et qui ne cherchent pas ENCORE à fuir l’Algérie. Savez-vous pourquoi ils ne sont pas dans la statistiques des exilés ? Eh bien ce sont des « citoyens » qui ne cherchent pas ENCORE à fuir le pays et qui font croire que se sont des patriotes. Ceux sont ce qui nous gouvernent (civils et militaires) et leur progénitures et qui ont les « moyens » de leur « patriotisme » : ils peuvent sortir du territoire comme ils veulent, ils sont du côté des forts et donc ils profitent de la déliquescence de la justice, ils amassent des fortunes colossales et donc assurés l’avenir de leur enfants en Algérie et à l’Etranger. Pourquoi ne parle t‘on pas de ces « patriotes ». Alors de grâce ne demandez pas seulement du patriotisme aux citoyens qui ont préféré l’exil. Le problème est profond et le drame c’est que cela continue !!!!!! Inchallah un quatrième mandat ou un prochain homme providentiel pour l’Algérie, oh ! mon pays que je ne peux pas l’aimer dans cet état. » Voilà, c’est tout ce que j’avais à ajouter.




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  • BRAHIM
    2 septembre 2009 at 20 h 29 min - Reply

    @ammi saîd , encore des haragas que j’ai oublié , je m’excuse : même des islamistes se sont exilés.




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  • R?ponse au harrag qui a ?crit ? la houkouma – Forum Algerie
    4 septembre 2009 at 0 h 01 min - Reply

    […] […]




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  • nomade
    4 septembre 2009 at 20 h 25 min - Reply

    chapeau …. ammisaid pour votre ecrit, toujours egal a vous-meme.vous me rassurez qu’il a des algeriens qui pensent comme moi.




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  • Ammisaid
    5 septembre 2009 at 23 h 53 min - Reply

    Assalam, azul, bonsoir
    Les Algériennes et les Algériens aime l’Algérie mais « besif » ils sont arrivés à détester ceux qu’ils l’incarnent, de force, cher frère Brahim. Ils avaient pris l’Algérie par la ruse, les fausses promesses et le crime. Le crime frustré, dur et jamais satisfait. Le crime qui aime, passionnément, la chair, le sang et les âmes de tout ceux aiment l’Algérie d’un amour: sur, pur et mur. Le crime sans caméra, sans micro et sans télé. Le crime qui tue en silence, le silence qui n’entend que le cri ou le râle de celui qui vient d’être égorgé, haché, explosé, estropié et assassiné. Le crime qui torture, qui humilie, qui viole, qui avilit, qui domine…son frère, celui dont il est convaincu qu’il est responsable de ce pays qui l’avait transformé en une bête féroce, en un charognard affamé et en esclave du meurtre, de la hogra, de dra3, de la violence, de l’absurde et de la honte. Le crime qui tranche, qui divise, qui oppose, qui sème et arrose amoureusement, tendrement : la méfiance. Celle qui fait voir l’ennemi dans son propre fils, son propre frère, son propre père et sa propre ombre. La méfiance qui fait retourner le coeur, le retour son retour, le retour éternel. La méfiance qui se transforme en crime. Ce crime qui a avalé, ingéré, metabolisé et intégré les regrets, la honte, les remords et la culpabilité au point ou il les a assassiné. La culpabilité assassinée appellera à la vengeance aussi longtemps que durera la fitna, la guerre et le mensonge. Et, de ce fait, il tuera encore et encore des innocents, des humbles, des sages, des malheureux et le miroir de tout ceux qui mangent, mangent, mangent, pètent et rotent, mangent, mangent et mangent la chair de leurs frères en croyant manger un méchoui royale et exquis. Le crime tue. Il tue les valeurs morales et ancestrales, il invente des concepts et des théories, il use et abuse des religions, il falsifie l’histoire et il la transforme pour sa propre gloire et ils volent la misère en jurant qu’ils avaient, vraiment, faim. Ils mangent et ils crient j’ai soif et j’ai faim, je veux boire le sang et manger la chair de mon frère. Les slogans : tahia, tahia, la illah ila allah, 2endi elhek, ess3i3 elhak, je suis le plus beau, le plus doux, le plus bon, le plus sage, le plus conscient et le plus sincère, venez, venez, suivez moi, suivez moi, votez, fraudez, violez, volez, tuez, massacrez, égorgez, estropier, endeuillez, attristez, écrasez, castrez…suivez moi, je vous emmènerai à l’abattoir. Entre-tuez vous, violez, cassez, humiliez vous entre vous. Vous êtes de la race des maudits, des soumis et ennuis. Mayfath ethch3al ethmes atsargh koulech. Lorsque le feu est allumé, il suffit de l’attiser, il brûlera tout ceux et celles qui se trouveront sur son chemin. Le chemin du crime. Le crime sociale: alcoolisme, divorce, folie, violence, émeutes, chômage, suicide, harragas, hogra. Le crime économique : le gaspillage, le détournement, le vol, les pourcentages (qui peuvent aller jusqu’à 20% Maintenant), les festins, les coffres forts, les comptes à l’étranger, les biens immobiliers en occident , les requins, les riches avares, le surarmement dont le but est la surpression, l’immobilisme, les mauvaises habitudes, fachal, la3edhez, les soucis, la tristesse, l’impuissance, la peur, l’angoisse, l’avarice, de tout ce qui t’éloigne de ton humanisme prédestiné (que dieu nous protège d’eux et de leurs méfaits), la hogra, la haine, la jalousie, la rancune,…Qui détruisent la machine qui pense, qui sent, qui aime, qui tolère, qui respecte, qui montre l’exemple à suivre : le sage au burnous blanc et au coeur pur. Le sage à la voix douce et au savoir sur. Le sage aux actes tendres et vrais et à la patience légendaire. Le sage dans lequel se voit le film que nous font jouer les malins: tuez, tuez, tuez ! volez, volez, volez ! violez, violez, violez ! divisez, divisez, divisez ! torturez, torturez, torturez ! haïssez, haïssez, haïssez ! humiez, humiliez, humiliez ! méprisez , méprisez, méprisez ! dominez, dominez, dominez ! vos frères et vos soeurs ! Que dire sur l’avenir si nous n’avons plus de désir, ni de mémoire, ni de rêves, ni d’amour, ni d’espoir, rien, tout est fermé, verrouillé et définitive. Nous allons sucer l’Algérie jusqu’à l’os. Nous allons détruire toute sa terre ou la graine pousse, ou l’arbre grandit ou l’herbe renaît sans cesse ou les moutons broutent ou l’eau coule en millions de petits ruisseaux. Nous allons boire tout son gaz et tout pétrole. Nous allons détruire une à une à une ses valeurs : confiance, fraternité, solidarité, fidélité, dignité, liberté, soutien, thimechret, la vérité, le respect, l’amitié, la fierté…Nous allons fermer toutes les issues et nous allons nous entre-tuer pour nous empêcher d’aboutir à notre unité. Nous allons construire le mur de de l’impossibilité de se réconcilier, de l’autodestruction et de l’auto disparition. Ou nous allons revenir à la réalité. Nous réconciliez, arrêtez le pire, cessez les querelles inutiles, infantiles et puériles, assiez-vous autour d’une table et décidez de remettre l’Algérie sur les railles. Que justice passe. Que le pardon grandisse, qui la confiance renaisse, que l’espoir fleurit, que la fraternité s’impose, que le sérieux règne, que l’union marche, que le savoir se réveille, que le travail construit, que la main produit, que la terre soit labouré, que la solidarité s’étale… Que l’heure de la délivrance s’approche et s’installe sans violence, ni faux promesses, ni le changement de couvercle sur un feu invisible.
    Fraternellement à toutes et à tous
    Sahaftourkoum




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  • Babafikrane
    9 septembre 2009 at 7 h 54 min - Reply

    @ Ammisaid et Papousse

    Lettre laissée a l’ami d’un harrag mort naufragé.

     » A n’ouvrir que si je périt dans la traversée.

    A notre Houkouma

    Lorsque vous lirez cette lettre, dans les journaux je présume, je serai loin, très loin, je serai la ou les houkoumates comme la notre n’ont aucune emprise sur les hommes libres, ni aucun monopole sur l’espoir. Je flotterais dans le non temps et dans le non lieu avec ceux et celles qui bien avant moi ont bravé leur destinée en quête de dignité, et de liberté. Je paye ce privilège avec ma vie moyennant quelques dinars payés au prix d’une « livre de chair » dans l’espoir de conquérir, ailleurs, la liberté des hommes. J’aurais voulu les offrir à ma mère, mais dans sa terreur de me voir partir, comme partaient autrefois ceux qu’on bannissait, j’entrevoyais dans son regard maternel bouleversé, une flamme qui jaillissait du fin fond de son être, qui titillait mon âme, qui me parlait, qui me disait : « vas mon fils, vas la ou ton cœur te guide, Allah yasatrek, Allah yahdik ou ya’tik ma tetmena.» Elle seule connaissait mon projet.

    La veille de mon départ, dans la panique du moment, pleurant a chaudes larmes en silence, elle implora Rabi sabhanou pour l’assister à surmonter cette épreuve et l’interpelait sur cette malédiction qui l’affligeait : « a’llach had el mehna ya rabi, a’lach». C’est le moment de la vie d’une personne ou la « digue cède » sous l’immense pression d’un tsunami d’angoisse, envoutant, envahissant de terreur, elle frappait sa poitrine de ces deux mains et pour un instant j’ai cru que mon départ allait la rendre folle. Je réalisais l’immense plaie que mon projet avait ouvert chez elle et la voyant ainsi j’en perdis l’esprit et la raison a tel point que j’en aurais abandonné mon projet, mais dans un moment de lucidité inouï, elle se ressaisie : « prend soin de toi, habille toi chaudement ou « chedd fi rabi.» » Elle avait probablement compris que je continuais de vivre uniquement pour mon projet. L’abandonner m’aurait tué une deuxième fois. C’est la douleur de ma mère qui continuera de hanter mon âme jusqu’au jour du jugement dernier. Puisse-t-elle me pardonner. Pour ce déni d’espoir qui punit les mères, je vous maudis jusqu’à la fin des temps.

    Mon père lui ne parlait plus, on lui avait arrache sa virilité le jour ou votre houkouma l’a licencie après 20 ans de service public. Il n’osait plus regarder ma mère dans les yeux, maintenant qu’il ne pouvait plus subvenir aux besoins essentiels de notre famille. Nos rapports étaient devenus tendus, parce qu’il voulait que j’étudie, mais moi rien ne m’intéressait, je voulais seulement réunir les sous nécessaires pour mettre les voiles. El harga, c’est la seule chose qui m’intéressait. « Tu vas devenir comme ces va-nu-pieds, qui ne « foutent » rien de leurs vies, ces bras cassés qui vivent au crochet de leur famille jusqu’à l’âge de 50 ans! » se plaisait-il à répéter et ca me blessait au plus haut point car lui-même était diplômé et chômeur, le dernier des chauffeurs de taxi gagnait mieux sa vie que lui. Je m’étais juré qu’on ne m’aura pas comme on l’a eu lui. Yemma me disait souvent : « Ton père est un homme fier qui refuse catégoriquement de demander a qui que soit de le pistonner et tu sais : sans ktefs dans ce pays tu n’es rien! ». Je sentais dans le ton de sa voix que malgré sa condition, elle respectait son choix, j’ai même senti de l’affection chez elle à son égard. « Ils finiront bien par nous voir ces aveugles de houkoumat chkoupi, sinon, un jour il va venir une « hemla » qui va tous les prendre et nous avec eux, Allah yastar » disait mon père. Pour ce qui me concerne, il n’allait rien se passer aujourd’hui ou demain, alors tout cela c’est des paroles qui tuent a petit feu. Mais peut-être que mon père a raison, il faut être patient et se battre ici. Mais mon choix est fait : « nahrag ou Rabi kbir.» Chaque journée vécue dans le silence, l’injustice et la douleur est une victoire des despotes qui nous gouvernent et je n’ai plus de patience. Alors pour ce déni de dignité je vous maudirais jusqu’à la fin des temps.

    Je sais que ma disparition ne suscitera absolument aucune émotion dans votre houkouma, loin de la; certains penseront qu’il y aura moins de « vermine » et de ghachi en Algérie : La vie a si peu de valeur chez nous. Je me rappelle, il n’y a pas si longtemps notre président criait a cette mère, qu’il ne pouvait pas tirer les disparus de sa poche. J’en ai pleuré de rage. Comment oser denier a une mère le droit de s’enquérir de son fils disparu : en vertu de quelle éthique, de quel morale de quelle éducation? Dans quelle culture et dans quel pays cela est-il possible, ya Mohamed sidi! Dans mon quartier seulement, quatre familles attendent depuis plus de 15 ans leurs enfants. Le frère de l’un d’entre eux embarquera demain avec moi. Nous nous sommes juré de couler plutôt que de subir votre loi scélérate qui sanctionne elharragas et leurs parents. Encore une fois c’est el zawaliyas, qui payent pour que vous ayez bonne conscience. Rabi A’lem, j’aurais tout fait pour déchirer la camisole de force que vous m’avez cousue.

    Je ne regrette rien, la harga est le seul cri de liberté qui m’est resté après avoir épuisé tous ce qui est humainement disponible comme ressources matérielles, psychiques et physiques. Je suis épuisé mais debout. Votre système ne crée que de l’angoisse, de la mal vie et de la hogra. Comme dans la hogra il y a un haggar et un mahgour, le haggar lui tire profit de son geste en avilissant tout un peuple, ma’lich Rabi kbir wa elmout kayna. Oui, je sais aujourd’hui que vous êtes riches et prospères et nous pauvres et misérables, je sais que vous êtes puissants et nous faibles et fragiles, mais la dignité ne se vend pas au souk et elcharaf n’est pas une commodité négociable et vous n’avez ni l’une ni l’autre.

    Sachez que nous sommes des centaines de milliers, peut-être des millions à vouloir fuir votre géhenne, et si votre progéniture bénéficie de tous les avantages que lui confère votre pouvoir, sachez qu’elle aussi a des rêves de harga, version féodale.

    Je vais regretter mes amis, tous harragas potentiels ou en devenir, je n’ai jamais vécu une aventure aussi forte, elle m’a transformé. Je leur dois cette transformation. Je ne suis plus la même personne. Ainsi va la vie, il y en a qui gagnent, mais il y en a beaucoup qui perdent. Je ne sais pas à lequel de ces deux groupes j’appartiens. Une chose est certaine, c’est que j’aurais suivi mon cœur dans sa quête de justice et je pars la conscience tranquille, confiant d’avoir fais la seul chose qui était a ma portée dans les circonstances, pour m’affranchir.

    A mon père :
    Sois fier, relève la tête, ais le pas sûre, le regard droit et vis dignement. Dis à tous tes détracteurs que tu as mis au monde au monde un homme. Rien de plus rien de moins. Un homme avec ses forces et ses faiblesses, un homme qui a fait des erreurs et qui a fait l’expérience extraordinaire de vivre, ce n’est pas rien! Un homme qui a connu des moments bonheur, souvent dans des choses simples comme l’amitié, et des moments de douleur, un homme qui a rêvé, qui a été a la hauteur de son rêve et qui n’a pas eu peur de prendre ses responsabilités quand l’injustice voulait faire de lui un harrath. Prends soin de ma mère et de mes frères et sœurs. Tu me manques incroyablement.

    Yemma, la pression qui me tient à la gorge et la boule que j’ai au ventre, sont dues à l’idée même de deviner ta souffrance. Pardonnes moi d’avoir échoué dans ma quête de liberté mais saches que je pars serein et confiant de faire ce qui est juste. On dit que partir c’est un peu mourir mais je suis persuade que partir c’est aussi renaitre. Je ne suis pas le seul à avoir choisi l’exil, notre prophète (saws) s’est exilé quand il ne put plus vivre parmi les siens, des millions d’Algériens ont fuis la misère coloniale, l’Émir Abdelkader, Einstein, Rostropovitch, Mahmoud Darwish et des millions d’autres étaient des exilés. J’ai le sentiment de les suivre à mon tour. Sèches tes larmes, mets ta djebba bleue et prends mon frère Adam et ma sœur Meriem dans tes bras, serres les fort, rassures les, je vis en eux aussi. Soit patiente avec baba et faites que notre famille soit forte et unie comme les doigts d’une seule main. Merci d’avoir accepté qui j’étais, d’avoir été lucide dans mes moments de folie, patiente dans mes moments d’angoisse, tendre dans mes moments de détresse, protectrice dans mes moments de faiblesse, complice dans mes rêves, samhini, nabghik, Allah yahafdek.  »

    Salam
    Saha ftourkoum ou siyamkoum
    Babafikrane




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  • papousse
    9 septembre 2009 at 10 h 56 min - Reply

    @ Babafikrane

    Merci pour cette lettre qui a déchiré mon cœur, je pleure, je sanglote dans mon exil lointain lequel est déjà une première mort. Je pense à ma mère et à toutes les mères qui ont perdus leurs chairs dans cette mer pleine d’âmes amères. Je prie Dieu tout puissant en ce mois de ramadhan que leurs larmes chaudes et ininterrompues noieront à jamais ces cerbères de ce pouvoir algérien traitre et assassin au fond des abimes de l’enfer.
    Allah yerham tous les chouhadas que ce soit du djebel ou de la mer.

    P.S.: Ce témoignage « vivant » doit être diffusé partout sur le net, dans toute la presse du monde et envoyé comme pièce à conviction à la ligue internationale des droits de l’homme pour dénoncer haut et fort ce régime infanticide corrompu jusqu’à l’os.




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  • Congrès du Changement Démocratique