Édition du
24 July 2017

Je me souviens

D.Touat

Le Quotidien d’Algérie
par Babafikrane

Je me souviens

Te souviens-tu, à mille lieux d’ici
De ce sentier de terre, tapi sous les roseaux ?
Te souviens-tu, il y a de cela une vie
L’odeur du jasmin, le clapotis de l’eau ?
Les vagues qui gambadent, le sable chaud ?
Le chant des moineaux sur des airs de sirocco ?
Te souviens-tu ?
Te souviens-tu des invasions barbares ?
De leurs mensonges de leurs avatars ?
Du meurtre de l’innocence, sur des airs d’adagio
Te souviens-tu ?
Des cris des enfants enfumés par Saint Arnaud ?
Du sang dans les oueds qui coulait a flots ?
Du viol de mon verbe et de mes mots ?
Te souviens-tu ?
De leur mission civilisatrice qui rase nos hameaux
Et qui déchire nos cités pour mieux nous conquérir ?
Te souviens-tu
De ces hommes fiers qu’on caporalise
Pour leur rappeler, qu’en ce siècle le pouvoir se modernise ?
Te souviens de cet horizon si bleu où naissait l’innocence
Et de ce soleil témoin de notre insouciance
Te souviens tu de cette terre si noir,
Rêve d’Adonis et d’Apollon ?
De ces vagues de dunes, qui ponctuaient l’espace
Et de ces vies d’Hommes qui ordonnaient le temps ?
Te souviens-tu ?
Te souviens-tu du rire de ma mère et de ses sanglots?
Du regard de mon père qui sondait mon âme et de ses propos ?
Te souviens-tu ?
Te souviens-tu de cet espoir, vaste comme l’océan
Dont on nous a nourri un matin de printemps ?
Te souviens-tu ?
Te souviens-tu ?
De ce matin bleu parfumé de jasmin
De ce vendredi de Juillet aux contours d’hirondelles
De ces pères arc-boutés, la foi sans faille
Qui du matin au soir travaillent et bataillent
Te souviens-tu ?
De ces mères matinales,
Attelées au labeur d’une famille sans égale
Te souviens-tu ?
Te souviens-tu des invasions de loups
Venu de l’Est venu de l’Ouest
Enchainer A l’aube de sa vie
Ce peuple déjà a genou
Te souviens-tu ?
Des printemps étranglés
Mi carmin mi carnassiers
Sans amour ni genets
Te souviens-tu ?
De ces étés de géhenne
Mi acier mi déchiquetés
Tout de vengeance et de haine
Te souviens-tu ?
Des automnes galvaudés
Mi désespérés mi exécutés
Aux rythmes de tambours et de bottes
Te souviens-tu ?
Des hivers noyés
Mi ocre mi sienne
Aux cris d’enfants charriés
Vivants des bras de leurs mères
Je me souviens, Je me souviens, Je me souviens….

Saha ftourkoum
Salam
Babafikrane


Nombre de lectures : 896
2 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • Ammisaid
    7 septembre 2009 at 22 h 28 min - Reply

    Assalam, azul, bonsoir
    Je me souviens de tout
    De ses rêves pleins la tête
    De ces nuits de liesses et de fête
    Dans une ambiance fraternelle et sincère

    Je me souviens
    De ces moments de rien (Walou)
    Qui nous rendaient heureux
    Et qui éloignaient les jaloux et les curieux

    Je me souviens bien
    De cette époque ou j’étais entouré des miens, des siens et des tiens
    Tous prêts pour relever
    Les défis les plus élevés

    Je me souviens de ce pain
    Pétri et préparé par cette douce main
    Qui me disait, résiste mon fils, demain
    Commencera par un beau et lumineux matin

    Je me souviens de la fierté
    Que je ressentais quand je me souvenais
    D’être né sur cette terre de dignité et de liberté
    Pour laquelle s’étaient sacrifiés mes aînés

    Je me souviens de mon refus
    Rigide, égoïste et têtu
    De croire qu’un frère va tuer
    Un frère qui ne lui avait rien fait

    Je me souviens d’avoir été choqué
    De voir les hommes sensés
    Diriger et bien gérer notre patrie
    Habillés du burnous de la perversité, de la violence et de l’hypocrisie

    Je me souviens d’avoir pleuré
    Quand la liste des morts assassinés et égorgés
    Des intellectuels et journalistes s’allongeaient
    Sans personne pour les sauver ou les protéger

    Je ne souviens de ce que je ne dois pas oublier
    De continuer toujours à espérer
    Une année qui dessinera l’unité
    Qui recouvrira notre dignité et notre liberté

    Fraternellement à toutes et à tous
    Saha ftourkoum




    0
  • Hamma
    8 septembre 2009 at 12 h 38 min - Reply

    Salam

    Merçi aux frères Babafikrane et Ammi Saïd pour ces instants de poèsie.

    Je voulais intervenir juste pour dire à ce pouvoir inculte « Rendez au peuple ses souvenirs, prenez tout ce que vous voulez et tirez -vous! »

    Fraternellement.

    Salam




    0
  • Congrès du Changement Démocratique