Édition du
30 March 2017

Autoritarisme, rente et misère de la politique

boutefLiberté
Par :Mustapha Hammouche

Le RCN – Rassemblement pour la concorde nationale – vient d’essayer de rendre public un communiqué qui dit, en résumé ceci : “Nous venons d’apprendre par l’hebdomadaire El Khabar Al Ousbou’i l’intention de Mustapha Bouteflika, frère du président de la République de présider notre parti. La direction, les cadres, les militants et les militantes de toutes les wilayas soutiennent cette démarche qui ouvre une ère nouvelle pour les Algériens et qui, peut-être, inaugurera une étape pour la justice, le droit et révolutionnera les conceptions idéologiques, philosophiques, etc.”
Dans le communiqué signé par le président de la formation politique, il est révélé que le parti a écrit, en date du 15 mars 2009, au frère du président pour l’inviter à le présider. Ce qui ferait donc que l’initiative de ce dernier ne serait qu’une réponse à l’OPV (Offre publique d’achat) du RCN.
Ce rassemblement, dont on ignore d’ailleurs s’il est agréé ou non, s’est illustré surtout en 2007 quand il a lancé une pétition pour réunir douze millions de signatures exigeant l’octroi du prix Nobel au président Bouteflika. Bien sûr, dans le contexte abrutissant de notre vie publique, personne n’a osé arrêter cette démonstration écrite de notre ignorance des procédures d’octroi de ces prestigieuses récompenses et notamment la souveraineté du Comité Nobel norvégien. Ce qui permit à Bougerra Soltani de surenchérir en suggérant de demander à l’ONU de remettre ce même prix à notre président.
Il y a un côté cocasse dans le fait qu’un président de parti, au titre de docteur soigneusement rappelé par la griffe, se réjouisse d’ “apprendre”, par simples conjectures de presse, qu’une autre personnalité s’apprête à le déposer pour prendre sa place. On pourrait se limiter à en sourire, si ce n’était plutôt affligeant de savoir que les auteurs d’une démarche aussi fantaisiste soient sérieusement convaincus de leur habile opportunisme : accueillir le frère du président dans leur structure, c’est tout bénéfice.
Par quel phénomène de régression culturelle et par quel étrange renversement de l’échelle des valeurs, l’allégeance intéressée, forme la plus dégradée de l’engagement politique, est aujourd’hui brandie avec un tel aplomb et une telle ostentation ?
Le RCN est né pour “soutenir” et voilà que les forces soutenues intègrent, par la personne du frère du chef de l’État, le parti créé pour seulement soutenir ! Fini la galère des appuis pas toujours récompensés ; c’est désormais lui, le parti du président par alliance qui sera couru.
Par la force et par l’argent, le pouvoir a fait de la politique une marchandise. Soutien contre privilèges, facilités financières, immunité judiciaire, etc. L’immense réserve de personnel politique ainsi formaté pour “soutenir” n’a même pas besoin de s’assurer d’une base militante pour négocier sa place dans le système de la rente. Le jour venu, il y aura le Trésor public et des affairistes pour offrir, contre l’espoir d’un renvoi d’ascenseur, de quoi payer la main-d’œuvre qui remplace le militant, l’électeur et le citoyen éradiqués.
Le ridicule ne tue pas. Sinon, à la place du paysage politique aussi prospère que stérile, c’est un immense cimetière qui s’étendrait sous nos yeux.

M. H.
musthammouche@yahoo.fr

Note de LQA: L’image a été rajoutée par nous.


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