Édition du
27 July 2017

La tentation du pouvoir

Moussa_Dadis_Camara-eb699EL WATAN
02 octobre 2009

Visite guidée hier des hôpitaux guinéens, notamment d’une morgue où étaient déposés les cadavres des dizaines de citoyens guinéens mitraillés ou plutôt froidement assassinés par les militaires de leur pays. Leur crime ? Croire en la possibilité d’un ordre démocratique par leur simple présence à un meeting de l’opposition qui entendait, en ce qui la concerne, forcer la junte au pouvoir à respecter ses propres engagements. Le lieu était un stade de la capitale, restreignant du coup tout risque de débordement. Mais l’armée a commis l’irréparable en tirant sur des populations désarmées. Ce n’est pas nouveau en Guinée puisque l’armée a la gâchette facile pour étouffer toute aspiration au changement. Un bain de sang que l’opération de relations publiques d’hier avait tendance à revoir à la baisse, alors qu’il est question de 157 tués et 1200 blessés. Une bien triste idée que de faire le tour des hôpitaux et triturer des statistiques déjà macabres. Une bataille de chiffres qui tente d’éluder l’essentiel, puisque ce qui est évident, c’est qu’il y a eu mort d’hommes. Des militaires qui tiraient sur des hommes qui voulaient respirer un autre air que celui que leur propose la junte venue au pouvoir à la mort du président Lansana Conté, un autre putschiste. Une tradition qui n’est pas propre à ce pays, mais à beaucoup d’autres en Afrique, malgré la décision de l’Union africaine d’exclure de ses rangs les régimes issus de coups d’Etat.

Un texte mis à jour au sommet d’Alger en 1999, mais resté lettre morte en raison de ce qui n’est rien d’autre que la tentation du pouvoir. Depuis cette date, on ne compte plus les coups d’Etat en Afrique, que l’institution africaine n’a d’autre possibilité que de déplorer. C’est le cas de le dire au sujet du chef de la junte guinéenne qui revient progressivement sur ses engagements de céder le pouvoir aux civils au début de l’année prochaine, déclarant explicitement que lui et tous ceux qui l’avaient accompagné dans la prise du pouvoir y renonçaient. Mais jusqu’à un temps très récent, avant qu’il ne revienne sur ses décisions. C’est la faute à l’armée, déclare-t-il, affirmant être l’« otage » de cette institution que l’on dit désorganisée et indisciplinée. Et en même temps portée sur l’exercice du pouvoir puisque, assure son chef, « Si les leaders politiques le veulent aujourd’hui, je leur donne le pouvoir : ils ne feront même pas deux jours ! » Et comme pour bien appuyer son propos, le chef de la junte demande une « commission d’enquête internationale » et un gouvernement d’union nationale. Cela veut dire quoi au juste quand l’opposition est menacée de disparition et ses chefs de liquidation physique par l’homme fort du pays qui les rend coupables de tous les maux du pays ? C’est le propre des régimes dictatoriaux qui refusent toute espèce d’ouverture. C’est la régression quand d’autres avancent par la seule force de l’argument et du débat démocratique.

Par T. Hocine


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