Édition du
29 March 2017

21 ANS APRÈS LE 5 OCTOBRE 1988, Les ingrédients de la révolte sont toujours là

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Le Soir d’Algérie, 5 octobre 2009

A la fleur de l’âge, des jeunes Algériens fuient par felouques et radeaux de fortune leur pays où il ne fait pas bon vivre. C’est qu’ils étouffent grave dans ce coin du globe, vingt et un ans après que des jeunes de leur âge eurent libéré, dans une violente révolte, leur trop-plein de frustrations et, par leur sang versé, permis pour un temps l’éclosion de quelques bourgeons de liberté. Une révolution inaboutie, le 5 Octobre 1988 ? Incontestable.
Sofiane Aït-Iflis – Alger (Le Soir) – La situation dans le pays ne s’est pas fondamentalement améliorée avec défilement inexorable des ans depuis que des jeunes ont bravé le tout-respressif du Front de libération nationale (FLN), le parti-Etat. La misère, telle une grangère, se métastase dangereusement à l’ombre d’une économie voulue de marché mais qui reste encore de bazar. Le chômage, n’en déplaise à ceux qui ont pour charge de soigner la statistique en la matière, accable toujours. Le champ des libertés est drastiquement rétréci. L’ouverture politique et médiatique, le plus précieux acquis d’Octobre 1988, est obstruée par le maintien de l’état d’urgence. La remise en cause du principe de l’alternance au pouvoir à travers la suppression de la limitation à deux des mandats présidentiels, a replacé le pays dans une situation quelque peu semblable à celle qui prévalait avant la révolte juvénile d’Octobre 1988. La seule différence, peut-être, est que l’Algérien ne vit pas les pénuries en tout genre et de tout ordre au quotidien mais ulcéré par son pouvoir d’achat considérablement dégradé. Les couches laborieuses sont indistinctement éprouvées par la vie onéreuse. C’est pour toutes ces raisons que la harga, cette périlleuse et clandestine traversée de la Méditerranée, est devenue un véritable phénomène de société. C’est pour toutes ces raisons que, aussi, les enseignants, tous paliers confondus, ont décidé de faire du 5 octobre 2009 une journée de grève et de protestation. L’Intersyndicale de l’enseignement compte, ce jour, faire entendre sa voix et souligner sa mobilisation. Son action pourrait fort bien faire des émules parmi le reste des entités professionnelles, tant le malaise est partout. Profond, au point où l’observateur averti et quidam partagent le constat de ce que les ingrédients pour une explosion sociale sont réunis. Paradoxalement, comme en 1988, c’est du côté de l’enseignement que gronde la protestation. On sait que, il y a vingt ans, tout partit de la grève des lycéens dans l’Algérois. Le mouvement, on s’en souvient, a fait tache d’huile. Il n’est peut-être pas valable de toujours attester que les mêmes causes produisent les mêmes effets mais considérant la déliquescence sociale et politique qui mine le pays, la révolte risque de sonner une nouvelle fois. Le décor politique n’est certes pas le même qu’en 1988 où le parti unique régnait sans partage. Ce qui en a fait une soupape salvatrice. Le monopole de la décision politique et économique est toujours de mise. L’opposition politique survit tant bien que mal, elle qui vit de plus en plus gênée dans son action et dans son rôle. Pourquoi Octobre 1988 a produit tant de ratées ? Peut-être que le ver était déjà dans le fruit à cueillir. D’aucuns ont eu à affirmer que la révolte juvénile d’il y a vingt et un ans était tout sauf spontanée. C’est pourquoi elle est restée une révolution inaboutie.
S. A. I.


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