Édition du
28 March 2017

BENYOUCEF BENKHEDDA

Benkhedda

Que la tragédie d’Abane nous serve de leçon!

Efforçons-nous les uns les autres de sauver l’Algérie à nouveau. Réconcilions-nous avec nous-mêmes, et acceptons-nous dans le respect de nos mutuelles différences en sorte que ces différences ne soient plus sources de fitna mais matière à enrichissement par tolérance interposée.
Si chacun se mettait à tuer quiconque n’est pas de son bord, si nous persistions à nous entre-tuer, si nous ne faisions preuve de tolérance les uns vis-à-vis des autres, alors, d’autres Abane tomberaient, le pays poursuivrait sa chute libre, s’enfonçant dans une régression sans rémission. Nous aurons alors préparé de nos mains inconséquentes le terrain à une autre forme de colonisation plus cruelle, plus pernicieuse, plus terrifiante que celle dont nous avions triomphé. La tolérance, rien que la tolérance, tel devrait être dorénavant notre mot d’ordre pour que nos enfants et les enfants de nos enfants puissent vivre dans une société de justice, de paix et de progrès, car en elle réside le secret de notre renouveau et de notre réussite.
Que la tragédie d’Abane nous serve de leçon.

Benyoucef BENKHEDDA
Ancien président du GPRA.
La tribune 21 juin 2000


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10 Commentaires sur cet article

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  • Ammisaid
    11 octobre 2009 at 23 h 20 min - Reply

    Allah yehdi ceux qui sont au pouvoir et ceux qui veulent les remplacer pour sombrer eux aussi dans l’intolérance en créant la fitna perpétuelle. L’Algérie a vraiment enfanté des hommes. Ressuscitons leurs messages, l’Algérie ressuscitera. InchAllah !




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  • A.By
    12 octobre 2009 at 5 h 23 min - Reply

    Allah Yerahmek Monsieur le Président. Que dieu vous accueille dans son vaste paradis.
    Vraiment dommage que vous étiez mal entouré et conseillé en 1962, surtout pendant l’épopée du fameux slogan de : « Sébâa Senin Barakat…7 ans ça suffit ».
    Hélas malheureusement l’exemple de l’assassinat de Abane Ramdane aurait du pourtant suffire à allumer toutes les consciences et à accentuer toutes les vigilances…




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  • El Houari
    12 octobre 2009 at 14 h 06 min - Reply

    En visitant la galerie des Présidents Algériens, je ne retrouve pas celle du Président Benyoucef Benkhadda, et pourtant il a bien dirigeait l’Algérie indépendante de juillet a septembre 1962.

    Je m e pose la question suivante pourquoi a-t-on effacé cette période de la mémoire collective, quoique l’histoire ne pourra jamais, quant à elle être effacée. Il suffit de parcourir les textes officiels et cette mémoire reprend vie.




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  • mokdad
    13 octobre 2009 at 6 h 38 min - Reply

    Bonjour à tous ,

    extrait du livre la crise de 1962 du Président Benyoucef BEN KHEDDA Rabi Yerahmou le Sage du pays . Acteur et témoin de la guerre de libération nationale.

    «  »….Devant cette situation chaotique, Khider déclare que le BP n’est plus en mesure d’exercer ses fonctions. Boudiaf démis-sionne, l’insécurité grandit : enlèvements d’Européens et d’Algé-riens collaborateurs, réquisitions arbitraires de logements et de locaux, perceptions illégales de cotisations… La France, à nou-veau, menace d’intervenir et ses troupes opèrent un mouvement dans l’Algérois. Des fusillades éclatent encore une fois à la Cas-bah. L’UGTA appelle à la grève contre l’effusion de sang. Les masses excédées défilent dans les rues d’Alger au cri de « Sebaâ sinine, barakat ! » (Sept ans, ça suffit!) Après avoir détruit le GPRA, le BP n’arrive pas à s’imposer comme autorité nationale créant ainsi un vide politique effrayant ; le navire Algérie dérive. Boghari, Sour-El-Ghozlane et Chlef, aux limites de la wilaya 4, sont le théâtre de combats violents et meurtriers. Les journaux parlent de mille morts. La population encore une fois intervient à ses risques et périls, afin de faire cesser les tueries entre frères ennemis. Elle avait vu défiler dans la capitale en l’espace de deux mois : les unités de la zone autonome d’Alger venues encadrer l’entrée du GPRA dans Alger, puis celles de la wilaya 4 qui s’étaient emparé de la ville et évincé la ZAA, enfin celles de la wilaya 3. Le peuple, désabusé, répugne à pencher pour les uns ou les autres ; il ne veut plus de guerre. Cette aspiration à la paix favorise les desseins de Boumédiène qui fait son entrée à Alger le 9 septembre 1962 à la tête de ses troupes, accompagné de Ben Bella.

    Le 20 septembre se déroulent les élections à l’Assemblée nationale constituante composée de 196 députés présentés par le BP sur une liste unique avalisée sans surprise.

    Une partie du CNRA dont plusieurs membres du GPRA et leurs alliés en est éliminée. Ironie du sort ! Ceux qui, au sein du Mouvement national avaient milité des années durant pour une Assemblée nationale constituante souveraine s’en voyaient écartés. C’est dans ces conditions que fut inauguré le régime du parti unique tendant à exclure de la gestion du pays toute oppo-sition ou contestation où il voyait une entrave à sa marche vers le pouvoir hégémonique et qui va se poursuivre pendant trois décennies.

    Le 27 septembre Ben Bella présente le premier gouverne-ment de l’Algérie indépendante à l’Assemblée nationale présidée par Ferhat Abbas.

    Ainsi prit fin la carrière du GPRA, désintégré sous la pres-sion des forces militaires et politiques coalisées autour de l’état-major et au profit de ce dernier ; et c’est dans ces conditions que je procédais à la « passation des pouvoirs » – plutôt symboliques- du GPRA à l’Assemblée nationale constituante, toute résistance armée me paraissant inutile et ne faisant qu’allonger la liste des morts. Le GPRA avait pratiquement cessé d’exister en tant qu’entité. Je n’ignorais certes pas que des chefs militaires étaient prêts à « aller jusqu’au bout » pour le faire triompher, mais aurait-il pu remporter la victoire ? J’en doutais. Et surtout à quel prix ?…..

    ….Le compromis avec le Bureau politique ayant échoué, il ne restait guère au GPRA qu’une alternative : poursuivre le combat au risque d’une guerre fratricide à l’issue incertaine, ou céder, afin de diminuer le nombre de victimes, et éviter au pays d’aller vers l’inconnu. Il est des situations historiques où, pris entre deux maux, la dictature et le chaos, on se trouve contraint de choisir le moindre mal, la dictature plutôt que le chaos….

    ….Des amis me conseillèrent de fuir à l’étranger. Je m’y refusais. Je ne voulais pas rééditer l’erreur du CCE auquel j’avais appartenu en 1957 et qui quitta Alger pour l’extérieur . Je restai à Alger. Plutôt que d’ajouter à la confusion ambiante en me lançant dans de vaines diatribes ou des polémiques inopérantes contre ceux à qui il ne répugnait guère de faire couler le sang algérien, je me résignais, la mort dans l’âme, à renouveler inlas-sablement mes appels désespérés au calme et à l’unité. J’essayais de maintenir contre vents et marée la légalité, d’être un pôle, au cas, où, me disais-je, aucune autorité, ni Alger, ni Tlemcen, ni Tizi Ouzou n’arrivaient à s’imposer.

    Je redoutais par-dessus tout l’anarchie générant une situa-tion à la congolaise, à la plus grande satisfaction de l’ennemi aux aguets, qui maintenait toujours une forte armée dans le pays. Mon cauchemar était de la voir s’impliquer dans nos affaires sous prétexte de «défendre» ses «nationaux» ou encore au nom du slogan bien connu des colonisateurs que «l’Algérie n’était pas mûre pour l’indépendance.» Après des années de guerre et d’affrontements il était permis d’être méfiant vis à vis de l’adversaire et de lui prêter des arrières pensées.

    Bien qu’il soit détestable de parler de soi, j’aimerais ou-vrir une parenthèse à propos de critiques que m’a valu l’attitude de pondération qui avait inspiré ma conduite pendant la crise. J’aurais fait montre de flottement, de tiédeur, d’irrésolution, là où il m’incombait de trancher dans le vif.

    Je n’ai rien d’un «boute-feu».

    Préserver la vie de mes compatriotes, même s’ils sont devenus entre temps mes ennemis, telle était ma devise.

    L’esprit d’indécision, pour ne pas dire de démission n’existe que dans l’esprit de ceux qui s’obstinent à m’imputer la responsabilité historique d’avoir, par mes «faiblesses», ouvert la voie du pouvoir à l’état-major.

    On parle de frilosité alors qu’en y regardant de près, c’est de scrupule qu’il s’agit, de sens des responsabilité, devant la menace de guerre civile. L’indépendance, elle était entre nos mains. Pour rien au monde, je n’aurais accepté de cautionner des tueries d’Algériens contre d’autres Algériens, quelque soit le «légitimité» de l’acte. Mon attitude est à mettre au compter d’une certaine conception de la morale qui, en Islam, rend cha-cun comptable de chaque goutte de sang versé, et de surcroît générerait immanquablement haine et vengeance dans la popula-tion, peut-être sur des générations.

    J’accepte d’être traité de pussilaminité dont on m’a d’ailleurs si outrancièrement gratifié plutôt que de vouloir se maintenir au «koursi» fut-ce au prix de la vie d’un seul Algérien. Autant je fais preuve de détermination face à l’ennemi, autant je suis plein de scrupules vis-à-vis de mes frères.

    Un autre engagement complémentaire est de ne jamais transiger sur la cohésion de mes coreligionnaires et de repousser avec la dernière énergie toute initiative tendant à semer la divi-sion et l’effusion de sang. Je suis alors enclin au compromis afin de faire triompher ces idéaux au risque de paraître «faible», «hésitant», «timoré».

    Grâce soit rendue à Dieu. J’ai contribué, tant soit peu, à écarter, à ma modeste échelle, le spectre immonde de la guerre civile, privilégiant le sens moral sur toute autre considé-ration, ne désespérant pas du verdict final de l’Histoire.

    D’aucuns diront : cela n’a été que partie remise, puisque la violence a repris trente ans après.

    Nous ne pouvons comparer la situation de 1962 à celle d’aujourd’hui. En 1962 le peuple était épuisé par plus de sept ans et demi de guerre et n’aspirait qu’à la paix et à la stabilité. Par contre la violence actuelle est due au régime qui, pendant trois décennies a imposé sa loi de fer au peuple au lieu de le préparer à gérer ses propres affaires et lui permettre de choisir librement ses gouvernants grâce à la souveraineté reconquise de haute lutte. C’est contre ce régime tyrannique et corrompu que le peuple a fini par se soulever.




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  • mokdad
    14 octobre 2009 at 6 h 15 min - Reply

    Suite extrait du livre du Président BEN KHEDDA Rabi Yerahmou : la crise de 1962

    L’ABSENCE DE QUALITES
    MORALES ESSENTIELLES

    La crise de l’été 1962 ne fut pas le triomphe d’une idéo-logie sur une autre, ou d’une politique sur une autre. Le groupe de Tlemcen n’était pas plus « révolutionnaire », ni plus « socialiste », ni plus « radical » que le groupe d’Alger. Le Programme de Tripoli impliquant le socialisme et le parti unique avait été admis par tous les membres du CNRA sans exception. Pas une seule voix ne s’était élevée contre cette option.

    Le groupe de Tlemcen, coalition hétéroclite, s’était en-tendu pour abattre le GPRA ; et une fois celui-ci par terre, ce groupe éclata par suite de divergences d’ordre subjectif tournant parfois à la tragédie . Certains n’avaient d’autre souci que le Pouvoir quitte à marcher sur les cadavres de leurs frères. Chez eux, la fin justifiait les moyens.

    L’indépendance a été une victoire, un acquis, mais un acquis fragile qu’il fallait consolider, renforcer, gére honnête-ment et intelligemment, afin de permettre au pays de décoller dans les meilleures conditions possibles. Malheureusement, les qualités morales sans lesquelles l’homme ne peut agir positive-ment sur la société ont été bousculées. L’irresponsabilité, l’aven-turisme, la démagogie et ce qu’elle sous-tend de mensonge et de duplicité l’ont emporté sur les principes de solidarité, de vérité, d’intégrité qui avaient fait notre force jusque-là. Notre principal atout, l’unité, a été piétiné. C’est l’individualisme qui a prévalu au détriment de l’intérêt général. La morale (Akhlaq) était ab-sente.
    Le coup d’état entrepris contre le GPRA a porté un coup irrémédiable à la légitimité du pouvoir et le pays ne s’en est tou-jours pas remis. Il a servi de précédent au putsch du 19 juin 1965, puis à celui du 11 janvier 1992 dont les auteurs ont annulé purement et simplement le choix du peuple, le premier choix libre depuis l’indépendance. (Annexe 21) Cette série de coups d’état, bien loin d’améliorer la situation au niveau de la direction du pays, n’a fait au contraire que l’aggraver.

    Si l’on se réfère à une autre crise, la crise de 1954 entre le Comité central et Messali, on constate que les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Messali avait alors demandé les « pleins pouvoirs » pour diriger seul le parti, et le CC les lui avait refusés. Ce fut la crise puis la scission.

    Dans tous les cas, l’esprit de concertation a été banni ; et c’est l’égo (Nefs), le Moi, source d’orgueil et d’autoritarisme, qui l’a emporté, cette maladie de nos zouâma qui les rend sourds à toute contestation et les fait glisser insensiblement au pha-raonïsme. Lorsqu’à ces maux s’ajoutent la médiocrité et l’incompétence, il faut s’attendre au pire. Combien d’hommes, opposés à des régimes dictatoriaux, ont dépassé leurs maîtres dans la violence et le despotisme, une fois qu’ils les ont rempla-cés. C’est cette absence de valeurs et de principes moraux qui transformera certains d’entre eux, après l’indépendance, de vic-times du colonialisme en bourreaux de leur peuple….. a suivre




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  • thirga
    15 octobre 2009 at 0 h 05 min - Reply

    Le défunt president BenKheda connaissait les intentions des putschistes. Ils avaient assassiné son compagnon Abane. Ils ont imposé la tenue d’un CNRA hors frontière (après le 19 mars 1962!) pour le faire avorter avec l’esclandre du mercenaire Marocain de Benbella en plein CNRA qui a tenu un langage ordurier envers le presidentdu GPRA. Houari Boumedienne a trompé tout le monde comme il a trompé sa propre famille (Boukharouba) en se reniant (de Mohamed en Houari).
    L’Histoire se construit, hélas, avec ses acteurs!




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  • mokdad
    15 octobre 2009 at 5 h 31 min - Reply

    tiré de la crise de 1962 par le Président feu Benyoucef BEN KHEDDA
    suite 3
    VIDE IDEOLOGIQUE ET CULTUREL

    ……Le GPRA, aussi bien que le CNRA, n’avaient rien prépa-ré pour l’après – indépendance en vue du développement du pays (ce n’est pas ici le lieu d’en déterminer les causes). Ni projet de société, ni études, ni plan de reconstruction. A un mois de l’in-dépendance, le CNRA adopte à la hâte, avec précipitation et à l’unanimité Le Programme de Tripoli fondé sur l’option socia-liste et le parti unique. (Dieu nous pardonne, et le peuple algé-rien !) S’inspirant d’idéologies étrangères à notre société et à ses valeurs civilisationnelles, il érigea le socialisme en Vérité absolue et unique, désorganisant tout notre système de vie. Et c’est là où se situe la déviation.

    Le cours de la Révolution fut détourné de son objectif initial du 1er Novembre1954 : « l’Etat algérien souverain, dé-mocratique et social, dans le cadre des principes islamiques ».

    Les masses algériennes payèrent un lourd tribut à la guerre imposant à l’adversaire l’indépendance et la souveraineté nationale grâce à leurs immenses sacrifices et à leur combativité à toute épreuve. Ce sont elles qui ont assuré la victoire. Elles ont eu pour motivation essentielle le Djihad, bien qu’incapables d’en formuler le contenu sous ses aspects les plus divers : culturel, politique, économique et social. Chez elles, le patriotisme était sous-tendu par la foi islamique, cette foi qui a façonné l’âme du peuple algérien durant quatorze siècles, lui permettant de résister à la conquête coloniale d’abord, à la politique d’assimilation française ensuite. Ce qui a développé chez lui à un haut degré le compter sur soi. A chaque épreuve il s’en remettait à Dieu. A ce point de vue l’Algérie a été le seul pays du tiers monde à se libérer par ses propres moyens, sans être inféodé au bloc communiste. D’ailleurs, les communistes n’ont jamais pu constituer un maquis en Algérie, leur idéologie ayant été de tout temps repoussée par la population.

    Quant à ceux qui dirigeaient le FLN et l’ALN de l’exté-rieur et qui avaient choisi l’option de Tripoli, ils étaient en majo-rité culturellement sous l’influence de l’Europe. Ils croyaient sincèrement au socialisme et à ses vertus, mais sans l’avoir au préalable analysé, approfondi ou confronté à l’Islam, base de notre identité culturelle et de notre conscience nationale. Même les pratiquants parmi eux n’en n’avaient pas une claire vision entendue dans son intégralité matérielle et spirituelle où les liens sont indissolubles chez l’homme entre la foi, la politique, la mo-rale, l’économie, la culture, le social… La plupart d’entre eux, passés par l’école française, avaient une conception laïque de la religion telle qu’elle est pratiquée en Occident. Pour eux, le so-cialisme c’était l’aspiration au bien-être et à la justice sociale et semblait en parfait accord avec leurs croyances religieuses.

    Les quelques arabophones aux organes de direction étaient soumis à la propagande de l’arabisme socialisant de Djamal Abdel-Nasser ou à celui du Baâth laïc syrien. Le courant islamique en tant que porteur de projet de société ou simplement de pôle politique était quasiment absent.

    L’erreur historique qui allait marquer la post – indépen-dance fut inaugurée par la déviation de Tripoli en 1962, reprise par la Charte d’Alger de 1964 et aggravée par la Charte de 1976 qui poussa d’un cran le socialisme pour passer au socialisme « basé sur la science » ou «socialisme scientifique », pur produit du marxisme-léninisme connu pour son matérialisme athée.

    En fait, l’idéologie de la guerre révolutionnaire a masqué une dissociation entre les fondements religieux du nationalisme chez les masses et le nationalisme chez les dirigeants plus ou moins influencés par la gauche française, la plus intolérante d’Europe.
    Peut-être, pour expliquer ce phénomène, faut-il remonter à la gestation du Mouvement national au cours de la décennie 1930-1940, qui fut marqué par une double incapacité :

    ? celle du courant de l’Islah – Association des Ou-lama musulmans algériens- à s’introduire dans la logique révolutionnaire,

    ? et celle du nationalisme militant – Etoile nord – africaine – PPA-MTLD – qui était insuffisam-ment imprégné de la conscience religieuse et de la culture islamique, bien qu’il fût à l’avant-garde de la lutte pour l’indépendance.

    En fait il n’y a pas eu complémentarité entre les deux courants afin de former un même ensemble.

    Cette contradiction occultée pendant la guerre de libéra-tion grâce au Front qui a pu, ou su éviter les conflits idéologiques – état laïque ou état islamique -, s’est révélée au grand jour après l’indépendance . Depuis, elle n’a fait que s’étaler plus lar-gement. Il n’y a pas eu d’efforts dans le domaine de la pensée et de la réflexion, ni de débats. Les travaux théoriques qui éclai-rent la pratique ou servent à l’élaboration d’un projet de société ou tout simplement à la stratégie d’un développement ont cruel-lement fait défaut.

    Pareille carence pourrait être, à la rigueur, tolérée vis-à-vis d’une direction engagée dans une guerre totale où la survie d’un peuple était en jeu et où toutes les énergies étaient tendues vers un même but : l’indépendance, mais pas pour le pouvoir qui, après 1962, disposait de moyens énormes, tant humains que matériels. Il n’a fait appel ni au peuple, ni aux cadres de la na-tion pour engager la confrontation d’idées ou de des débats. Il aurait pu même arrêter les frais de l’expérience socialiste dont l’échec était devenu patent dès les premières années de l’indé-pendance, et rechercher une autre voie plus conforme aux aspi-rations populaires. Mais il fallait du courage politique et une certaine capacité d’autocritique dont nos gouvernants, étaient, hélas, dépourvus.

    Bien plus, ils ont persisté dans l’erreur. Le parti unique inspiré de l’étranger (états de l’Europe ex – communiste) et décidé à Tripoli leur a servi de modèle pour imposer un régime totalitaire. Le peuple ne connut ni la Choura, ni le dialogue, ni l’exercice de sa souveraineté. Dès la proclamation de l’indépen-dance, la République algérienne démocratique et populaire a été transformée en dictature du Parti qui a évolué peu à peu vers la dictature d’un seul homme, notamment après le coup d’état du 19 juin 1965. Quiconque exprimait une opinion contraire à la sienne était menacé dans ses biens, sa famille, son emploi, voire dans sa vie. Il a concentré entre ses mains tous les pouvoirs. Il était à la fois ministre de la Défense nationale et patron du FLN. Lui seul décide de l’option du pays, dispose de ses hommes, de ses ressources, de son budget, déclare la guerre ou la paix, se réserve le droit d’engager l’armée comme bon lui semble. Sous son règne apparut la corruption, ce mal terrible qui prendra des proportions inquiétantes avec les gouvernements qui suivront.

    Les trois «révolutions » qu’il a entreprises dans la voie du développement ont été un désastre. La «révolution agraire » a ruiné l’agriculture. La «révolution industrielle» a englouti des sommes colossales, inaugurant un système d’endettement crois-sant dans des proportions alarmantes, qui hypothèque l’avenir de nos enfants. La «révolution culturelle », si elle a fait reprendre à la langue arabe sa place naturelle de langue nationale et offi-cielle, nous a, par contre, éloignés des principes islamiques – moraux – de Novembre 1954.

    La Charte de 1976, confectionnée sous son égide, bien que se réclamant de l’Islam « religion d’état », a adopté la concep-tion européenne de l’homme qui ne voit en lui que le côté maté-riel : production, rendement, PNB, accroissement (si encore ces objectifs avaient été réalisés), et a réduit les valeurs morales et spirituelles à une affaire personnelle. L’Islam «religion d’Etat », cela signifie : l’Islam «monopole d’Etat ». Malgré cette politique d’hégémonisme à outrance, on assiste chez le peuple à un phénomène de rejet de ces idéologies étrangères, contraires à son génie et à sa personnalité, et à un retour à lui-même et à son authenticité. Pour ceux qui en doutent encore, le choix populaire de décembre 1991 est là pour le leur rappeler. (Annexe 21.)

    Un pays ne peut avancer dans la voie de la modernité et s’épanouir qu’à partir de ses propres valeurs, de son identité et de sa culture et de sa langue. Le Japon qui les a conservées est aujourd’hui une puissance mondiale, la deuxième après les Etats-Unis. La Turquie qui a abandonné son patrimoine islamique reste sous-développée, malgré son appartenance à l’OTAN et ses tentatives infructueuses d’adhérer à l’Union européenne. ……..




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  • El Houari
    15 octobre 2009 at 18 h 20 min - Reply

    Dans l’accord d’Evian ce qui intéresse la France est noté clairement dans ce paragraphe,

    Accords d’Evian

    Dans les départements actuels des Oasis et de la Saoura, la mise en valeur des richesses du sous-sol aura lieu selon les principes suivants:
    a) La coopération franco algérienne sera assurée par un organisme technique de coopération saharienne. Cet organisme aura un caractère paritaire.
    Son rôle sera notamment de développer l’infrastructure nécessaire à l’exploitation du sous-sol, de donner un avis sur les projets de loi et de règlements à caractère minier, d’instruire les demandes relatives à l’octroi des titres miniers : l’État algérien délivrera les titres miniers et édictera la législation minière en toute souveraineté
    b) Les intérêts français seront assurés notamment par:
    – l’exercice, suivant les règles du code pétrolier saharien, tel qu’il existe actuellement, des droits attachés aux titres miniers délivrés par la France;
    – la préférence, à égalité d’offre, aux sociétés françaises dans l’octroi de nouveaux permis miniers, selon les modalités prévues par la législation minière algérienne;
    – le paiement en francs français des hydrocarbures sahariens à concurrence des besoins d’approvisionnement de la France et des autres pays de la zone franc.

    La charte de tripoli, a permis de dénoncer et de mettre a nu les intentions néo- colonialistes de la France, mais aussi les contradictions politiques et sociales du FLN ainsi que les ambitions individuelles des Algériens qui étaient mus par la cupidité.

    Charte de tripoli

    Il est Evident que le concept de coopération, ainsi établi, constitue l’expression la plus typique de la politique néo-colonialiste de la France. Il relève, en effet, du phénomène de reconversion par lequel le néo-colonialisme tente de se substituer au .colonialisme classique.

    La tâche Immédiate du FLN est de liquider, par tous les moyens, le colonialisme tel qu’il se manifeste encore après le cessez-le-feu sons sa forme virulente à travers les actions criminelles de I’O.A.S. Mais il devra, également, élaborer, dès à présent, une stratégie efficace en vue de faire échec aux entreprises néo-colonialistes qui constituent un danger d’autant plus grave pour la Révolution qui se parent des dehors séduisants du libéralisme et d’une coopération économique et financière qui se veut désintéressée
    Les accords d’Evian constituent une plate-forme néo-colonialiste que la France s’apprête à utiliser pour asseoir et aménager sa nouvelle forme de domination.
    Les impérialistes français font tout pour que le tournant tactique esquissé par le FLN à Evian se transforme en Retraite idéologique et aboutisse A une renonciation pure et simple aux objectifs de la Révolution.
    Le gouvernement français ne s’appuiera pas seulement sur ses forces armées et sur la minorité française pour infléchir I ‘évolution de I ‘Algérie. il exploitera avant tout les contradictions politiques et sociales du FLN et tentera de trouver au sein de ce mouvement des alliés objectifs qui seraient susceptibles de se détacher de la Révolution pour se retourner contre elle.

    C’est à coups de milliards que la France essayera d’attirer à elle toute une couche de gens mus par la cupidité, l’ambition personnelle, ou qui ont pris goût aux profits malsains de la guerre coloniale.
    Elle tentera, A la faveur de nos carences et de nos erreurs, de renverser le cours de la Révolution pour organiser la contre-révolution
    La politique commerciale de I ‘Algérie doit s’inspirer des principes suivants :
    – Supprimer à un rythme et selon des modalités à fixer le régime préférentiel entre la France et I ‘Algérie.
    Assurer des échanges équilibrés fondés sur I ‘égalité et I ‘avantage réciproque.

    Quant a la constitution de 1976, elle reste a mon avis la plus Algérienne des constitutions pour les Algériens.
    Je rappelle ici quelques extraits des différentes constitutions qui ont permis l’émergence de ce pouvoir qui au nom du peuple, il a piller les richesses du peuple, et c’est exactement ce qui a été dénoncé dans la charte de tripoli.

    Constitution de 1963

    Article1: L’Algérie est une République démocratique et populaire.
    Article 2 : Elle est partie intégrante du Maghreb arabe, du monde arabe et de l’Afrique.
    Article 3 : Sa devise est : <>.
    Article 4 : L’Islam est la religion de l’Etat. La République garantit à chacun le respect de ses opinions et de ses croyances, et le libre exercice des cultes.
    Article 5 : La langue arabe est la langue nationale et officielle de l’Etat.
    Article 8 : L’Armée nationale est populaire. Fidèle aux traditions de lutte pour la libération nationale, elle est au service du peuple et aux ordres du Gouvernement.
    Elle assure la défense du territoire de la République et participe aux activités politiques, économiques et sociales du pays dans le cadre du parti.

    Constitution de 1976

    Article 1: L’Algérie est une République démocratique et populaire, une et indivisible. L’Etat algérien est socialiste.
    Article 2 : l’Islam est la religion de l’Etat.
    Article 3 : L’Arabe est la langue nationale et officielle. L’Etat œuvre à généraliser l’utilisation de la langue nationale au plan officiel.
    Article 4 : La capitale de la république est Alger. L’hymne national, les caractéristiques du sceau de l’Etat et du drapeau sont définis par la loi.
    Article 5 : La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par la voie du référendum ou par l’intermédiaire de ses représentants élus.
    Article 7 : L’Assemblée populaire est l’institution de base de l’Etat. Elle constitue le cadre dans lequel s’exprime la volonté populaire et se réalise la démocratie. Elle est l’assise fondamentale de la décentralisation ainsi que de la participation des masses populaires à la gestion des affaires publiques à tous les niveaux.
    Article 7 : L’Assemblée populaire est l’institution de base de l’Etat. Elle constitue le cadre dans lequel s’exprime la volonté populaire et se réalise la démocratie. Elle est l’assise fondamentale de la décentralisation ainsi que de la participation des masses populaires à la gestion des affaires publiques à tous les niveaux.

    Constitution de 1989

    Article premier. — L’Algérie est une République démocratique et populaire. Elle est une et indivisible.
    Article 2. — L’Islam est la religion de l’État
    Article 3. — L’arabe est la langue nationale et officielle.
    Article 7. —Le pouvoir constituant appartient au peuple.

    Le peuple exerce sa souveraineté par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne.

    Le peuple l’exerce par voie de référendum et par l’intermédiaire de ses représentants élus.

    Le Président de la République peut directement recourir à l’expression de la volonté du peuple.
    Article 8. — Le peuple se donne des institutions ayant pour finalité :

    — La sauvegarde et la consolidation de l’indépendance nationale.

    — La sauvegarde et la consolidation de l’identité et de l’unité nationales.

    — La protection des libertés fondamentales du citoyen et l’épanouissement social et culturel de la Nation.

    — La suppression de l’exploitation de l’homme par l’homme.

    — La protection de l’économie nationale contre toute forme de malversation ou de détournement, d’accaparement ou de confiscation illégitime.
    Article 9. — Les institutions s’interdisent :

    — Les pratiques féodales, régionalistes et népotiques.

    — L’établissement de rapports d’exploitation et de liens de dépendance.

    — Les pratiques contraires à la morale islamique et aux valeurs de novembre.
    Article 11. — L’État puise sa légitimité et sa raison d’être dans la volonté du peuple.

    Sa devise est « Par la peuple et pour le peuple ».

    Il est au service exclusif du peuple.

    Il apparait clairement que l’application des textes mêmes s’ils présentent de légères différences, que le pouvoir en place est illégitime, pour la simple raison, que la souveraineté du peuple lui a été confisquée.

    Je voudrais ouvrir une parenthèse concernant : La rente pétrolière, elle n’a jamais été la méthode du Président Houari Boumediene, vous faites erreur, pour un débat constructif, il faut éviter de servir d’onde de choc aux fausses informations du pouvoir.

    La période 1965 – 1978 a été marquée par les nationalisations des hydrocarbures et des mines, le développement d’une industrie, la formation des cadres, a travers le monde (USA, URSS, France, Allemagne..), et l’ouverture démocratique qui a été étouffée dès la mort du Président, le pouvoir.

    L’histoire doit être écriture pour l’éternité et non pas pour les politiques, si nous voulons que ce mouvement se différencié, du pouvoir actuel, qui n’a pas hésité au lendemain du décès du Président Houari Boumediene, d’interdire jusqu’à prononcer le nom de ce chef d’état, a-t-il peur d’un mort ? Je ne pense pas.

    Ce pouvoir n’a même pas peur des vivant, mais comme tout pouvoir illégitime : il a peur des symboles.
    Il a peur de lieder,
    Il a peur des nationalistes,
    Il a peur des Algériens honnêtes qu’il ne peut pas acheter ni corrompre,
    Il a peur des Algériens qui n’ont pas peur.

    L’honnêteté intellectuelle est l’un des facteurs primordiaux pour la reconquête de la confiance entre les Algériens.

    Pour réussir un diagnostic, il faut que les analyses soient les plus objectives possibles loin des reflexes partisans.

    L’Algérie et les Algériens n’ont rien à envier aux autres nations, car comme qui dirait, les bons conseillers ne sont pas toujours les bons payeurs, ni les bons exemples à suivre.
    Et la dynastie française à la Sarkozy est l’exemple par excellence. Il prêche le mérite par les connaissances, le travail, l’expérience, et non par la naissance mais il installe son fils pour le préparer au trône.

    Il est vrai que Sarkozy lui ne peut prétendre qu’il est de naissance noble ou bourgeoise, mais il peut reprocher à Kadhafi de préparer son fils ou a Chavez de vouloir un mandat a vie.




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  • mokdad
    16 octobre 2009 at 14 h 41 min - Reply

    .
    Suite des extraits du livre du Président Benyoouocef BEN KHEDDA RAbi Yerahmou « lacrise de 1962
    « …On a affirmé que l’Algérie a vécu sous le régime du parti unique, le FLN. En réalité, elle a vécu sous un régime militaire, et le FLN n’a été qu’un instrument au service de ce dernier, de même les organisations de masse dites « nationales » : UGTA, UNJA, ONM, UNFA… Les mass-médias eux, étaient là pour couvrir.

    Pour revenir au tandem Ben Bella – Boumédiène, je dirai que le premier avait un nom, mais pas la force (armée), tandis que le second avait la force, mais c’était un inconnu. Aussi uti-lisa-t-il le premier comme marchepied pour accéder au pouvoir. Auparavant, il avait sollicité Boudiaf qui avait refusé. L’homme qu’il avait chargé de cette mission était Abdelaziz Bouteflika. Voici les détails de cette mission rapportés par Am Afrique magazine N° 165 – juin 1999 sous la plume de Djemal Benram-dane.

    Après avoir évoqué les «cinq «historiques», Boudiaf, Ben Bella, Aït Ahmed, Khider et Bitat, dé-tenus depuis 1956», l’auteur écrit : «Deux d’entre eux, Boudiaf et Ben Bella, sont vice-présidents du GPRA. En décembre 1961, ils (les «cinq») sont transférés au château d’Aulnoy, dans le nord de la France. Boumédiène, à l’approche du cessez-le-feu, veut obtenir le soutien de l’un des deux vice-présidents. Il pense à Boudiaf, et charge le jeune Bouteflika, qui n’a que 24 ans de sa première mission diplomatique.
    Muni d’un passeport marocain, l’émissaire s’envole pour Paris via Madrid. Il est pris en charge par le numéro deux de l’ambassade marocaine et, durant plusieurs jours, il va voir les «cinq». Il reconnaîtra plus tard avoir été déçu par la méfiance de Boudiaf et d’Aït Ahmed. Mais avec Ben Bella, le courant passe. Celui-ci écrit à Boumédiène, et dé-barque à Oujda dès sa libération…
    Bouteflika est nommé commandant après sa mission à Aulnoy.

    Comme dans une tragédie grecque, le scénario se joua en deux actes :

    premier acte, renversement du GPRA et son remplace-ment par Ben Bella,

    deuxième acte, renversement de Ben Bella et son rem-placement par Boumédiène qui, désormais, tiendra les rênes du pouvoir treize ans durant, inaugurant l’ère des militaires. Il aura été ainsi l’auteur de deux coups d’état successifs : 1962 et 1965.

    Bendjedid succédera en 1979 à Boumédiène. Il sera coopté par ses pairs de l’ANP qui le « démissionneront » treize ans plus tard, en 1992, après avoir annulé le premier tour des élections législatives de décembre 1991, les seules élections libres depuis l’indépendance ; elles étaient destinées à doter enfin l’Algérie d’une autorité issue des urnes ; elles avaient donné largement la victoire au courant islamiste ; (Annexe 21.) N’en voulant à aucun prix, les militaires feront appel à Boudiaf qu’ils placeront à la tête de la République pour s’opposer à ce courant. Boudiaf aura une fin tragique dont nous ne connaîtrons proba-blement jamais les commanditaires. Les militaires assumeront directement la continuité, sans rupture, en changeant simplement les hommes. « Un changement dans la continuité », dira un chef de gouvernement nommé puis révoqué par eux….
    A suivre




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  • mokdad
    17 octobre 2009 at 7 h 57 min - Reply

    PRIMAUTE DU MILITAIRE
    SUR LE POLITIQUE

    «L’époque est sénile lorsque le sabre a l’avantage sur la plume»
    Ibn Khaldoun Muqaddima.

    Encore une atteinte aux conséquences gravissimes portée aux décisions de la Soummam.

    C’est en juillet 1959, cinq ans après le déclenchement de l’insurrection, qu’eut lieu le premier coup de force contre le gou-vernement, entrepris par les trois ministres – colonels Belkacem Krim, Ben Tobbal Lakhdar, Boussouf Abdelhafidh. Les «trois B», comme on les appelait, étaient les hommes forts du GPRA : le premier contrôlait l’ALN, le second le FLN, le troisième la police, l’armement et la logistique. De plus, chacun continuait d’avoir de l’ascendant sur sa wilaya, Ben Tobbal sur le nord – constantinois, Krim sur la Kabylie, Boussouf sur l’Oranie en plus de l’organisation FLN du Maroc dont il était devenu le chef après l’arrestation de Boudiaf .

    En dépit du prestige mondial acquis par le GPRA grâce à la Révolution, ce dernier se trouva, après dix mois d’exercice, face à une crise des plus graves : difficultés de communiquer avec l’intérieur, problèmes de l’ALN : commandement, struc-ture, choix des cadres, ravitaillement des maquis en armes, état préoccupant de certaines wilayate, particulièrement l’Aurès-Némencha en proie à des luttes intestines aiguës ; à cela s’ajoutaient le manque d’objectifs militaires et politiques, l’insuf-fisance de l’aide internationale, notamment arabe, sur le double plan financier et diplomatique, sans compter le manque d’études et de programme pour la période post-indépendance…

    Pour les «trois B » ces problèmes étaient du ressort des militaires et ils agirent en conséquence.

    Après s’être concertés, ils se présentèrent au GPRA d’où ils se firent octroyer le pouvoir de réunir les autres colonels, c’est-à-dire les cinq chefs de wilaya, plus les deux chefs de l’ALN des frontières Est et Ouest ; au total dix officiers qui reçurent pour tâche du GPRA de « doter la Révolution d’un CNRA incontesté … habilité pour donner à notre Révolution une nouvelle stratégie militaire, politique et diplomatique digne de notre lutte d’indépendance et des grands sacrifices que 5 années de guerre ont imposé à notre peuple » . (Annexe 11.) Les débats au GPRA eurent lieu au Caire et durèrent onze jours, du premier au onze juillet 1959.

    Quand on sait que le CNRA est l’organe législatif du FLN, qu’il destitue le gouvernement et le remplace par un autre, qu’il définit les grandes lignes de la stratégie politique et militaire du FLN, et que de surcroît, il est désigné par les militaires, c’est un coup d’état.

    Dominée par des dissensions internes, la réunion des «dix » qui se tint à Tunis s’étira… sur quatre mois et cinq jours, du 11 août au 16 décembre 1959, cent vingt huit (128) jours et pas moins de quarante huit (48) séances au bout desquelles fut enfin nommé le nouveau CNRA. L’enjeu véritable pour les participants était le commandement de l’ALN disputé entre Krim et le tandem Boussouf-Ben Tobbal. Il ne trouvera son épilogue qu’au CNRA nouvellement désigné qui siégea à son tour, à Tri-poli, pendant trente trois (33) jours, (17 décembre 1959-18 jan-vier 1960). Le CNRA institua pour la première fois l’état-major général de l’ALN (EMG) qui succéda au ministère des forces armées jugé défaillant, dirigé par Krim. Le GPRA qui s’en sui-vit, le deuxième depuis sa création, issu de la même session du CNRA et procéda à la nomination des quatre membres de l’EMG : les commandants Ahmed Kaïd (Slimane), Ali Mendjeli et Rabah Zerrari (Azzeddine), tous les trois coiffés par le colonel Houari Boumédiène (de son vrai nom Mohammed Boukharrou-ba) .

    En principe l’EMG était sous l’autorité des « trois B » mi-nistres du GPRA, qui constituaient le CIG (Comité interministé-riel de la guerre), lui aussi décidé par le CNRA.

    Formés à la dure école de la clandestinité du PPA-MTLD, les « trois B » avaient mené une vie de sacrifices faite de privations, parsemée de dangers, comme d’ailleurs la plupart des cadres et militants de ce parti qui avaient fait prendre conscience au peuple de son état de colonisé et répandu l’idée d’indépendance. Ils ont été les initiateurs de l’action du 1er No-vembre 1954, ce qui leur valut le titre d’«historiques ». Ils ont dirigé chacun une wilaya et acquis de ce fait une notoriété tant auprès des combattants que de l’opinion publique. Devenus « chefs militaires », ils furent ainsi propulsés à la tête d’une des plus grandes révolutions du tiers-monde ; habitués à donner des ordres ou à en recevoir, ils n’étaient nullement préparés aux grands débats idéologiques et politiques qui engagent le peuple, ni familiarisés avec ce genre de discussion, n’ayant jamais exercé de responsabilité nationale avant 1954 au sein de la formation à laquelle ils appartenaient. Ils avaient tendance à imposer leur point de vue plutôt qu’à convaincre. La mentalité de l’OS, pri-vilégiant l’action armée à l’action politique et avec son culte du secret, prédominait dans leur démarche. Le reste du GPRA n’était pas toujours tenu au courant de ce qui se passait dans le secteur de chacun d’entre eux, principalement dans l’armée qu’ils considéraient comme leur fief, sans pourtant s’en occuper sérieusement et prendre à cœur leur travail et assumer leur res-ponsabilité. Chez eux les querelles de personnes l’emportaient sur les problèmes brûlants auxquels ils étaient soudainement confrontés : la stratégie de guerre, l’encadrement de l’ALN, l’armement de l’intérieur, les relations internationales… Ils n’ar-rivaient pas à s’entendre pour désigner parmi eux le numéro un de la Révolution et se neutralisaient mutuellement. Pour la pré-sidence du GPRA, ils ont fait appel à des personnes en dehors de leur clan, Abbas d’abord, Ben Khedda ensuite, mais conser-vaient néanmoins le vrai pouvoir.

    Lorsque je fus invité au CNRA d’août 1961 à présider le troisième et dernier GPRA – 1961-1962 – j’avais tenté de briser cet hégémonisme. Je m’attaquai au maillon le plus faible Ben Tobbal qui était ministre d’état sans fonction définie, à l’inverse de Krim qui détenait alors le FLN, et Boussouf la logistique, les télécommunications et la sécurité. Tous trois m’opposèrent un bloc solidaire en dépit de leurs rivalités internes ; les deux der-niers me signifièrent qu’ils boycotteraient le gouvernement si leur compagnon en était écarté. Je ne pouvais valablement me permettre d’ouvrir une crise inopportune et préjudiciable aux négociations qui allaient toucher à leur fin ; je m’inclinais.
    Peut-être que le tort des «politiques » fut de ne pas s’unir entre eux pour s’affirmer contre cet hégémonisme envahissant et être considérés comme ministres à part entière.

    Lorsque le CIG, fondé en janvier 1960, fut supprimé après plus d’un an et demi d’existence pour inefficacité, le mal était déjà fait. L’EMG, livré à lui-même, sans contrôle, sans di-rectives ni instructions, ne tarda pas à voler de ses propres ailes acquérant une autonomie de fait, sans dédaigner pour autant l’allocation financière et la couverture politique du GPRA. Il possédait son propre service de sécurité, son réseau de liaison et de communication, son budget versé par le GPRA. De l’EMG dépendait l’acheminement des armes à l’intérieur et pratique-ment l’issue de la guerre. A ce point de vue les livraisons s’avéraient dérisoires entraînant des pertes humaines plus grandes dans les rangs de l’ALN et dans la population livrée sans moyens de défense. ……..
    ……Dans toutes les armées du monde, classique ou de parti-sans, l’armement est une question de vie ou de mort. Car s’il venait à manquer cela créerait le désastre dans le pays et si cela ne s’est pas produit, c’est grâce au peuple qui, par son héroïsme, ses chouhada et ses incommensurables sacrifices a suppléé à la carence de la direction, militaire ou politique, sauvant ainsi la situation.

    Alors que des tonnes d’armement s’amoncelaient aux frontières tunisienne et marocaine grâce à l’action diplomatique du GPRA, le chef de l’EMG demandait encore du renfort , jus-qu’à 10 000 hommes et du matériel lourd. Envisageait-il déjà à cette époque la prise du pouvoir ?

    Un événement survenu inopinément en 1962 permet de le croire, ou du moins mérite d’être relaté.

    A l’occasion d’une opération d’échange de coupures de cinq dinars tunisiens par la Banque centrale de Tunisie, il fut découvert que l’EMG détenait en billets de cinq dinars plus d’un million cent mille dinars tunisiens (1 100 000 dt), soit près de un milliard et demi d’anciens francs français ou centimes (1 500 000 000 frs).

    En 1962, ce montant représentait une somme supérieure aux dépenses mensuelles du GPRA qui étaient de l’ordre de un milliard trois cent vingt millions de francs environ (1 320 000 000 frs). Près de la moitié de ce budget était allouée à l’EMG (46 %).

    Nous avons mentionné l’échange de coupures de cinq dinars (un milliard cinq cents millions de francs). Et les autres coupures qui n’avaient pas été échangées, combien représen-taient-elles ?

    Ce dépôt considérable d’argent, démontre que la dotation allouée à l’EMG dépassait largement les besoins de cet orga-nisme. Il convient d’ajouter que la demande du ministère des finances de reverser cet argent dans les caisses du trésor du FLN était restée sans effet.

    Quant à la prétendue stratégie de l’EMG consistant à fixer une partie des troupes françaises par la présence des troupes de l’ALN aux deux frontières, cela ne résiste pas à l’examen.

    Cette présence est l’effet et la conséquence d’une situa-tion imposée par l’ennemi, et non pas par l’état-major de l’ALN installé en dehors du territoire national.

    La ligne Morice, par ses conséquences, s’est avérée d’une redoutable efficacité. L’ennemi a réussi à contenir une armée de 36 000 hommes, noyée sous son matériel, qui déferlera sur l’Algérie dès la proclamation de l’indépendance, instrumen-talisée par un groupe qui s’en servira pour prendre le pouvoir et gouverner le pays à sa guise……




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