Édition du
26 March 2017

Broyé et méprisé, il insulte le président : Cherif risque une année de prison

HograEl Watan 14 octobre 2009

C’est une affaire surprenante et inédite qui a été enrôlée hier par le tribunal de Aïn M’lila, près la cour d’Oum El Bouaghi. Une bataille du genre David contre Goliath impliquant le citoyen, Ouchen Cherif, coupable de crime de lèse-majesté, est accusé de porter atteinte à la personne du président de la République.

Aïn M’lila (Oum El Bouaghi)

De notre envoyé spécial

L’accusé, 51 ans, père de 5 enfants, habite la commune de Aïn Kercha, à 18 km du chef-lieu de la daïra de Aïn M’lila. Privé de son emploi suite à la dissolution de l’entreprise communale où il travaillait, Cherif subit l’exclusion du paiement des indemnités de départ. C’est à ce moment-là que commence sa bataille « donquichottesque » contre l’appareil de l’administration pour recouvrer ses droits, en vain. Ses multiples recours à la justice s’avèrent également inutiles. En désespoir de cause, il saisit les plus hautes instances de l’Etat, notamment le premier magistrat du pays. Mais, là aussi, ses sollicitations demeurent lettre morte.Broyé par l’administration et la justice, méprisé par les structures symboles de l’Etat, Chérif prend sa plume aguerrie et s’attaque violemment au Président, avec des mots crus et des expressions de haine envers le système politique, dans une lettre qu’il signe de son nom et endosse sans aucune crainte.

Le ministère public s’est auto-saisi immédiatement pour inculper l’auteur de la lettre, jeté en prison depuis près d’une semaine déjà. Devant le juge, l’accusé a refusé le report de l’audience en sa faveur, pour engager un avocat, préférant se défendre seul. « Les Chinois, les Indiens et les terroristes sont mieux que nous, il y a trop d’injustice dans ce pays », commence-t-il par dire au juge avant de dépeindre sa situation de misérable. Le magistrat réplique en disant que beaucoup d’Algériens vivent dans la même situation et cela ne les a pas pour autant poussés à commettre un écrit aussi injurieux. Ce à quoi Chérif répond : « Le Président est entouré de… » Il ne terminera pas sa phrase, coupé par le juge qui lui demande s’il a commis son acte en toute lucidité. Chérif récuse tout de suite l’idée d’un dérèglement psychologique, mais le juge préfère offrir une chance à l’accusé en ordonnant une expertise mentale, renvoyant le procès à la semaine prochaine.

Chérif risque la prison. Son cas est soumis au fameux article 144 bis du code pénal qui stipule : « Est puni d’emprisonnement de 3 a 12 mois et d’une amende de 50 000 à 250 000 DA ou de l’une de ces peines seulement, toute personne qui offense le président de la République par une expression outrageante, injurieuse ou diffamatoire, que ce soit par voie écrite, de dessin, de déclaration ou de tout autre support de la parole, de l’image ou que ce soit par tout autre support électronique, informatique ou informationnel. Les poursuites pénales sont engagées d’office par le ministère public. En cas de récidive, les peines d’emprisonnement et d’amende prévues au présent article sont portées au double. »Mis au chômage, Chérif gagne sa vie comme écrivain public à la petite semaine. Il est instruit mais marginalisé, ses conditions de vie insoutenables et un puissant sentiment de hogra l’ont jeté dans un profond désespoir qui pourrait expliquer sa conduite.

« N’importe qui, à sa place, aurait réagi de manière extrême », martèle son ami Selim K., l’un des rares proches qui ont assisté à l’audience. « Chérif avait-il d’autre alternative si ce n’est se suicider, prendre le maquis ou péter les plombs ? », s’interroge Selim, qui place l’affaire dans le contexte politique et cite Karim Tabbou (premier secrétaire du FFS) en vouant aux gémonies le pouvoir, responsable selon lui, de ce qui arrive à tous les Cherif de l’Algérie. « Il ne nous reste que la presse pour respirer. Je fume chaque jour du thé avec Hakim Laâlam et je fais les mots fléchés. Si j’avais 15 millions, je serais à Sidi Salem (point de départ des harraga à Annaba, ndlr) cette nuit, c’est la véritable capitale de l’Est », ajoute Selim, dépité.

Par Nouri Nesrouche


Nombre de lectures : 861
12 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • Kara Fawzi
    14 octobre 2009 at 18 h 36 min - Reply

    Cet « homme et demi », comme l’on dit dans notre culture de tout homme brave, a bien agit même s’il aurait à subir les conséquences de son acte; nos responsables ne méritent aucun respect. Ils n’écoutent pas les citoyens et ne répondent pas à leurs doléances. Que faut-il alors leur dire? Les remercier? Que faut-il faire? Se suicider? Bien entendu, non! Le citoyen doit se montrer digne et s’attacher à la vie rien que pour gêner ces humanoïdes qu’on appelle « responsables ». Hna imout Qassi ! Bravo Cherif !




    0
  • jnsplu
    15 octobre 2009 at 4 h 46 min - Reply

    Comment ose t il insulter le splendide président, le meilleur des meilleurs, le sage des sages, le commandeur des croyants, le plus beau de tous, le plus intelligent, normal ce qui lui arrive. Il devrait etre pendu haut et court et d’ailleurs ce serait lui rendre service puisqu’il se plaint d’injustice et de mauvais traitements. Vive notre président chéri.




    0
  • saladin
    15 octobre 2009 at 12 h 04 min - Reply

    La discipline , le respect de l’autorité font que l’interessé devra répondre de son acte sinon les citoyens abuseront de cette faiblesse et ce qui se passe aujoursdhui dans notre societé s’accentuera.
    Toute cette loi est d’abord inique , ensuite elle n’est pas appliquée pour tout le monde sinon comment expliquer tous les articles , desseins , carricatures sur le président dans les journaux .
    En conclusion , ce citoyen est fatigué , l’indulgence doit guider la décision du tribunal , je suis sûr que même le président ne sera pas contre l’acquittement ou une peine de principe , c’ead une petite amende.




    0
  • Si Tchad
    15 octobre 2009 at 13 h 31 min - Reply

    Il ne faut bien entendu pas insulter le PR si t’es un zawali. Si t’as des soutiens
    dans l’Armée, tu peux le faire sans rien risquer (cf. Nezzar el Djezzar). Meme chose
    si tu es dans le camp demi-crate (cf Dilem, Laalem, etc).

    Regle Une donc: Dis moi qui tu es, je te dirai si tu peux insulter impunément le PR

    Si Tchad




    0
  • MTM
    15 octobre 2009 at 15 h 43 min - Reply

    Voila une occasion en or pour la LAADH de Bouchachi de montrer la soumission de la justice et de l’administration a la loi du plus fort. Tout le monde se rappelle les insultes que lança le general Nezzar el djezzar contre Bouteflika; insultes qui sont restées célèbres et se trouvent dans le livre de l’ex-dictateur algérien. Pourquoi ni la justice ni Bouteflika ne pas lever le petit doigt pour repondre. Il faut comprendre que dans l’Algérie est régie par la loi de la forêt « aynani ». En haut de la pyramide les grands généraux, ceux qui pensent et décident pour tous. Viennent ensuite les petits generaux ou les bouffe-bouffe ni vu ni connu. Après ces deux castes, il y a Bouteflika qui fait la terreur sur la smala qui s’active autour de lui. Enfin au bas de l’échelle il y a Cherif et tout son peuple.

    Cherif! Pour ta défense brandit devant le juge et le procureur, le grand livre du grand général Nezzar. Je suis certain que, pris de confusion, ils baisseront la tête et en moins de temps qu’il en faut, les chiyatines du président se rendront compte de leur méprise ; il trouvera dans vos dépits publics, un beaucoup de flatterie pour son excellence…




    0
  • Ammisaid
    15 octobre 2009 at 21 h 23 min - Reply

    Ceux qui insultent vraiment le président c’est qui lui font des courbettes pour manger les miettes qu’ils daignent leur jeter. Ils lui sourient et ils le flattent pendant qu’ils mangent et ils l’insultent, le critiquent et le traitent de tous les noms en absence. Ce sont les bouffons du roi !




    0
  • Abane
    15 octobre 2009 at 22 h 55 min - Reply

    Rajal, tous les Algeriens deveraient faire la meme chose, moi je le fait ici pour le soutenire: Le Président est entouré de sale voleurs, escros, arkhass, etc…
    tous les gouvernements et les presidents (sauf Boudiaf allah irahmou) qui sont passe doivent etres juger pour avoir detruis ce beau pays que j »adore mais que je ne reconnais plus…




    0
  • saladin
    18 octobre 2009 at 11 h 37 min - Reply

    Que notre internaute Abane nous démontre son courage en mettant en pratique ce qu’il dit ouvertement en donnant son nom et non pas sous couvert de l’anonymat .
    Je suis d’accord et tout le monde le sait qu’il des « intouchables » , mais ce sont des personnes du systéme , ils font des manips , des croches pieds entre eux mais cela rentre dans une statégie de clans , bien organisée . Le cas de ce pauvre citoyen , c’est qu’il est présenté sur l’autel du sacrifice au nom justement de la grande manip , parce que il est faible mais il sert , sans qu’il ne sache des interets . En effêt cette affaire est reprise par le clan du président pour dire « attention » plus d’insultes sinon……




    0
  • Abane
    18 octobre 2009 at 19 h 23 min - Reply

    Saladin,

    vous avez raison, je devais signer mon nom, je n’ai pas l’habitude de poster quoi que ce soit, ma reponse etait spontanée, mais ce n’est pas une raison pour m’attaquer, le probleme est les gens du pouvoir, et vous allez vous poster votre nom?

    Merci

    Abane Mouffok
    Montreal

    J




    0
  • saladin
    19 octobre 2009 at 17 h 33 min - Reply

    Cher Abane , je ne vous attaque nullement croyez le , grace au quotidient d’Algérie vous avons une boufée de liberté afin d’échanger , et dela est trés important pour des citoyens comme nous , dans un pays où tout est vérouillé . J’admire votre courage , mais j’habite encore en Algérie et c’est trés facile en Algérie de créer des problèmes a quelqu’un . Le montage des dossiers est une spécialité local .
    Une citation de Pascal va nous permettre de nous comprendre  » La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique . La justice sans force est contredite , parce qu’il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée . Il faut donc mettre ensemble la justice et la force , et , pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste .
    La doctrine pascalienne  » plutôt l’injustice que le désordre « 




    0
  • Abane
    20 octobre 2009 at 1 h 45 min - Reply

    J’apprecie to honnete Saladin, et bonne chance.
    j’ai quitte l’algerie pour etudie, epuis devenu exile, et maintenant je me retrouve etranger en Algerie et bien sure au Canada!!!!!
    Merci




    0
  • Mansour Rabah
    21 octobre 2009 at 12 h 28 min - Reply

    Par déséspoir cet homme réduit au chômage et à la précarité n’a trouvé que ce moyen pour se faire entendre par un système autiste qui décide de la vie et de la mort des petites gens.




    0
  • Congrès du Changement Démocratique