Édition du
30 March 2017

Le premier Novembre autrement.

Nov 54Saïd Radjef
16 octobre 2009

Nous allons célébrer dans quelques jours la date du premier novembre, symbole de la révolution algérienne. Plus d’un demi siècle après son avènement, que connaissons nous réellement de cette date ? Le premier novembre a t-il été une décision souveraine ou bien a-t-il été une action inspirée d’ailleurs ? Mohammed Boudiaf considéré à tort ou à raison comme le père du CRUA , a-t-il rejoint de son propre chef le 28 octobre le Caire ou bien lui a-t-on ordonné de le faire ? Dans ce cas qui lui a ordonné de le faire ? Que fut véritablement ce premier novembre au nom duquel des minorités archaïques, auréolées de la légitimité révolutionnaire, ont provoqué le désarroi en 1962 en expropriant, en excommuniant et en assassinant des centaines de milliers d’algériennes et d’algériens ?
A la veille de l’insurrection, hormis Hocine Ait Ahmed et Ahmed Benbella qui étaient connus pour avoir assurer de hautes responsabilités au sein du mouvement nationaliste, les autres membres du CRUA ainsi que les six chargés de rédiger la déclaration de guerre, étaient tous ou presque tous d’illustres inconnus.
Lorsque à travers son appel du 27 décembre 1953-qui deviendra historique par la force des choses- à la base militante du MTLD contre son comité central auquel il retira sa confiance, Messali était certain de neutraliser ses adversaires qui lui contestaient le leadership, mais il était loin de se douter que son appel allait modifier l’ordre des choses et entraîner de nouveaux rapports de force. En effet, il venait, sans le savoir, d’enclencher un processus qui allait embraser l’Algérie durant huit années consécutives et, par-delà les frontières de ce pays, sonner le glas de l’ère de la colonisation directe et influer du coup sur le destin de centaines de millions de femmes et d’hommes.
Par la Proclamation du premier novembre rédigée à Rais Hamidou et tirée à Ighil Imoula, le groupe des « 22 » appelait les algériennes et les algériens à la lutte armée contre la colonisation. Mais par cette action, la colonisation n’était pas la seule visées .La décision d’engager la lutte armée dans les conditions connues de tous,était également dirigée contre l’ensemble des partis et des factions du pays tels que l’UDMA , les Oulémas, le CC du MTLD , le PCA et en particulier Messali. En somme toutes les élites du pays. De ce fait, peut-on dire que les combattants du premier novembre avaient la certitude de la victoire malgré l’allure titanesque du combat qu’ils décidèrent d’entreprendre ? Etaient-ils mûs par une foi sans commune mesure avec le destin de leur action et le devenir de leur peuple et de leur pays ? Ou bien alors convaincus de la dislocation (la lutte qui opposait Messali à son comité central) irrémédiable du MTLD, avaient-ils consciemment et délibérément opté pour cette espèce de fuite en avant qui déboucha miraculeusement sur la destruction de vastes empires coloniaux ? Ou bien alors y avait-il tout cela à la fois dans le conscient et le subconscient des hommes du CRUA ?

Il faut dire que la façon dont les architectes du premier novembre ont procédé au déclenchement de l’insurrection cachait bien des choses. En effet, aux visées révolutionnaires du PPA-MTLD, conduites par Messali en sa qualité d’homme politique lucide représentant l’Algérie au Panafricain Congres aux côtés de N’Krumah- cette organisation qui prônait l’indépendance de tous les pays africains et dont F Fanon nous parlera quelques années plus tard-, le groupe des « 22 » avait vite substitué l’objectif franchement réduit et étroit qu’est l’indépendance du pays. Comme si il suffisait que le pays soit indépendant pour que la prospérité, la justice et le développement touchent tous les secteurs et qu’enfin une conscience nationale algérienne raisonnée naisse. Les déclencheurs de la lutte armée ne savaient-ils donc pas ce que le mot révolution veut dire ? Si « Que Faire ? » de Lénine était la formule magique des Bolcheviks, quelle était celle des révolutionnaires algériens en 1954 ? Qui leur appris l’alphabet de la révolution ? Comment se fait-il que Boudiaf et ses amis aient osé « jeter la révolution à la rue » qui était peuplée par des paysans majoritairement analphabètes et écarter tous les dirigeants du mouvement national qui leur ont appris l’alphabet non plus, cette fois-ci révolutionnaire, mais disons- le, politique. N’est-il pas absurde le fait de prétendre mener une révolution à caractère nationaliste tout en écartant (en le trompant volontairement sur la date du déclenchement) le père du nationalisme algérien qui a rédigé avec ses propres mains l’Appel aux militants le 27 décembre 1953 , lu au Congrès de Hornu , que ses adversaires ont lancé au peuple algérien le 1er novembre 1954 au nom du CRUA ?

A la lumière de toutes les vérités à effet de bombe que certains essaient par complaisance et par lâcheté de dissimuler à tout prix, n’est-il pas du devoir des intellectuels et des universitaires de la nouvelle génération d’interroger les conditions occultes dans lesquelles le premier novembre semble être né ?


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17 Commentaires sur cet article

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  • Moh
    17 octobre 2009 at 18 h 13 min - Reply

    Il faut rappeler une vérité profonde. Messali a demandé en 1953 au comité centrale du MTLD de le désigner comme président à vie, ce qui est bien sûr inacceptable pour la grande majorité des militants. De plus Messali refusait le centralisme démocratique qui permettait de discuter en toute démocratie au sein des instances dirigeantes. Son avis devait dominer sur celui de tous les autres militants. Il assume donc la responsabilité de la scission du parti qui est survenu après et qui a donné lieu au 1er novembre.




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  • ingrachen
    17 octobre 2009 at 18 h 28 min - Reply

    A la lecture de ce texte, beaucoup d’idées, révoltantes pour la plupart, me traversent l’esprit. En fait, pourquoi Messali qui a, le premier, appelé à la lutte armée, à travers l’appel lu devant ses militant le 27 décembre 1953 à Hornu a été écarté par les illustres inconnus que sont Boudiaf et ses amis let considéré comme étant un traitre? Est-ce que Messali était contre la lutte armée- chose bien evidement absurde dans la mesure où c’est lui qui y a appelé le premier- ou bien contre l’esprit de Novembre qui, il faut le dire, porte les germe de l’échec de la réviolution algérienne. Permmettez moi de vous rappeler un dire de Lénine: il ne peut pas y avoir de révoltion sans théorie révolutionnaire. Qui était le théoricien de la révoltion algérienne? Ya-t-il vraiement eu de révoltion algérienne?…
    Enfin permettez moi de me demander pourquoi nombre d’historiens, d’universitaires, d’anciens acteurs de la révoltion algérienne n’interviennent pas pour nous éclaircir un petit peu sur une aussi importante question, ? Où est Lehourai Addi, Brahim Younousi, Sidhoum, Hadjres, , Mehri, Ait Ahmed…?




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  • satra
    18 octobre 2009 at 10 h 42 min - Reply

    Bonjour.

    Cet article a le merite de relancer le débat sur la guerre de libération.Nos malheurs ,je pense, ont pour

    origine l’ignorance et l’amnésie.Objectifs que le groupe qui a usurpé le pouvoir en 1962 s’est donné à

    atteindre. Rappelez- vous Leur slogan « le peuple est le seul héros ».L’histoire officielle de ce groupe

    érigéé en dogme a fait des dégats: Sacralisation de la violence.Résultat aujourd’hui en algérie

    personne ne croit en une alternance pacifique.Tout le monde aspire à changement mais pour y arriver

    une deule solution LA FORCE.Vous avez raison M Rajef notre guerre a d’abord été une guerre fratricide.

    Et en 1962on a tué les vrais acteurs du mouvement national moralement.M feu Boumediènne a

    décrété que 1954 était l’année Zéro de l’Algérie.Le seul homme qui aurait pu négocier l’indépendance

    avec beaucoup moins de dégats pour le peuple c’ était Messsali à l’instar de Bourguiba et du roi

    Mohamed V.Je m’arrete la mais j’invite tous les algériens à relire leur histoire.Aujourd’hui avec les

    les moyens de communication on n’ a pas d’excuse. »Celui qui ne sait pas est un idiot,celui qui sait

    et ne dit rien est un criminel. »




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  • radjef said
    18 octobre 2009 at 14 h 56 min - Reply

    Bonsoir tout le monde.@ Ingrachen. C’est vrai ce que vous dites. Mais il faut penser que les gens que vous sollicitez pour eclaircir certaines zones de notre histoire le font quotidiennement à travers leurs multiples interventions à travers ce site ou a travers des journaux et autres sites amis. Cela dit, votre intervention m’a beaucoup reconforté. Pendant un moment j’au cru que l’université de Tizi a cessé de produire des militants de race…Contrairement à vous cher ami, je ne sollicite pas l’avis de Addi Lahouari ou de Brahim Younessi qui font preuve d’honneteté intellectuelle chaque jour dans leurs differentes interventions, je ne m’explique pas le silence de certains acteurs du 1er novembre sur cette question. De même je n’arrive pas a comprendre les ecrits de certains historiens tels que B Stora, M Khadache…J’ai toujours consideré qu’ils sont des universitaires honnêtes…




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  • thirga
    18 octobre 2009 at 21 h 33 min - Reply

    @ingrachen: Messali est devenu un révisionniste avec l’age. Il ne pouvait souffrir que d’autres puisent penser autrement qe lui. L’isolement et l’exclusion de la base militante historique du PPA/MTLD du district de Kabylie pour avoir revendiquer une representation démocratique dans les organes du PPA/MTLD n’était qu’un prélude à l’incurie qu’a vécu cette tendance nationaliste avant le déclenchement de la Révolution. Messali a bien commencé en révolutionnaire pour la liberation de son pays mais malheureusement il a fini aveuglé par son zaimisme au point de se retourner contr tous ses compagnons et ses adeptes. Les derniers à lui rester fidèles furent ses militants de Kabylie. Ceux-là meme qu’il a écarté pour délit identitaire, un délit fondamentalement révolutionnaire.




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  • BOUDJ
    19 octobre 2009 at 11 h 16 min - Reply

    Les messalistes sont de retour ? ya si radjef consultez les archives de la guerre fratricide qu’a livré le MNA avec la bénédiction des français,contre le FLN , vous osez porter un jugement sur le grand Boudiaf, rahimahou allah vous dites qu’il été inconnu franchement c’est ridicule de votre part, apprenez l’histoire avant de portez un jugement et quel jugement !!!!!!!! Pauvre pays.




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  • radjef said
    19 octobre 2009 at 18 h 00 min - Reply

    Bonsoir tout le monde.@BOUDJ. Je ne parle pas de ce qui s’est passé apres le premier novembre; je parle du premier novembre et de ses origines.Certains acteurs doivent parler et dire comment et dans quelles circonstances l’idée de la revolution algerienne est née . Comment cette revolution a t-elle eu lieu sans la moindre preparation et sans qu’elle soit pensée par des theoriciens? A quoi ça sert de condamner le pouvoir en place, de denoncer les depassements dont est victime le peuple si on n’a pas le courage de dire la verité? S’agissant des archives, l’Etat algerien en premier lieu -puisqu’il s’agit d’une question algero-algerienne-et l’Etat français en second lieu, doivent les mettre à la disposition des universitaires, des historiens, des sociologues, des anthropologues et des journalistes. Chiche, qu’ils le fassent! Pour ce qui est de Didouche, Krim, Boudiaf, Ben M’hidi, Benboulaid et Bitat étaient d’illustres inconnus en 1954…Le peuple algérien en 1954 ne voulait pas être un peuple asservi, soumis et collabo, mais il ne voulait pas non plus être un peuple violent…Certains ont parlé à sa place avec force sans le consulter. Le resultat on le connait aujourd’hui. Pour ce qui est de l’etiquette de Messaliste ou de PPA, je suis né bien aprés 1962. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir de l’estime à Messali au même titre qu’aux autres membres du CRUA. En un mot cher Monsieur, je veux me reconcilier avec l’histoire de mon pays, avec les femmes et les hommes de mon pays sans aucune distinction…Je refuse d’être l’instrument inconscient du pouvoir qui dresse les uns contre les autres, qui denature le cours des evenements…




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  • Salah Bouzid
    19 octobre 2009 at 20 h 12 min - Reply

    article que j’ai retrouve en googlant autre chose / paru sur La Nouvelle République

    Brahim Adjami: «C’était sur ordre de Boudiaf… »

    Brahim Adjami, né le 16 novembre 1928 à Annaba, est pour l’histoire de l’Algérie contemporaine le témoin clé d’un incident à l’origine du démantèlement par les forces coloniales en 1950 de l’Organisation secrète (OS).

    Homme pieux, Brahim Adjami est resté fidèle à ses idéaux et continue à vouer, à ce jour, un véritable culte à Messali Hadj, le père du nationalisme algérien. Avec sa carrure imposante, Brahim Adjami est connu également pour avoir été un boxeur professionnel, un vrai homme de poigne. Durant sa jeunesse, il n’a eu de cesse à se battre contre la bestialité de l’ordre colonial. Des années durant, il a côtoyé des héros de la Révolution algérienne, des pères fondateurs qui ont pour noms : Didouche Mourad, Zighoud Youcef ou encore Mohamed Boudiaf. A ce titre, on peut affirmer sans ambages que Brahim Adjami a «tutoyé», d’une certaine manière, l’histoire du mouvement national — ou tout au moins — l’une de ses péripéties les plus palpitantes. Un événement d’apparence anodine qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets. Pour nos lecteurs, ce protagoniste de premier plan, accepte, aujourd’hui, de lever un coin du voile. Un témoignage exclusif.

    La Nouvelle République :
    Evoquez-nous, en quelques mots, les circonstances de votre engagement en faveur de la cause nationale.

    Brahim Adjami : Dès ma prime enfance, j’avais conscience de cette abjection que représentait le colonialisme, un ordre injuste, immoral,… Les Français étaient, à mes yeux de gosse, des occupants étrangers…Dès 1939, je rejoins les scouts musulmans. En 1943, je deviens sympathisant des Amis du Manifeste et du PPA…

    Il y eut ensuite les événements du 8 Mai 1945. Où étiez vous ce jour-là ?

    A l’instar de plusieurs autres villes du pays, Annaba s’était soulevée ce jour là. Il y eut des morts et des dizaines de blessés. Je participais dans le centre-ville à un défilé avec les scouts musulmans lorsque des jeunes ont érigé sur le Cours Bertagna, (actuellement Cours de la Révolution ndlr) l’emblème national qu’un renégat nommé Belhaït, a arraché. Il s’ensuivit un affrontement avec la police à l’issue duquel je fus arrêté et brutalisé au commissariat du 1er arrondissement.

    Vous étiez connu pour être un «bagarreur»…

    Oui, je faisais partie de la section boxe de la JBAC (Jeunesse bônoise athletic club), un club prestigieux qui avait été consacré en 1938, champion d’Afrique du Nord. J’évoluais dans la catégorie poids moyens. A la création de l’USMB (Union sportive musulmane de Bône), j’ai adhéré à cette nouvelle formation qui affichait alors plus clairement ses aspirations nationalistes.

    Vous activiez toujours ?

    Bien sûr, plus que jamais ! Je deviens un militant à part entière et je contribue à faire élire Mehdaoui, un candidat du MTLD à l’Assemblée algérienne. Au cours de la campagne électorale, j’ai été arrêté pour «coups et blessures». Grâce à un avocat, Me Abdelhamid Benotmane qui m’avait brillamment défendu, je serais relâché.

    Les poings nus constituaient alors vos seules armes. N’est-ce pas ?

    Oui, à l’époque, on n’avait pas le choix. Le manque d’armes nous incitait à nous battre par n’importe quel moyen. Nous apprenions, ainsi, le close-combat. Et je dois dire, par ailleurs, que souvent je prenais part, personnellement, à des combats de rue car j’ai toujours détesté
    «el hogra»…

    A la même période, il y eut la création de l’OS. Parlez nous de votre premier contact.

    En 1947, la première réunion secrète prévue à Annaba devait avoir lieu initialement au cimetière de Zaghouan mais un contre-ordre de Mohamed Boudiaf a porté finalement le choix sur le domicile de mes parents, au 4 rue Tabarka, dans le quartier populaire de la Place d’armes. Mon père qui s’en était rendu compte était alors dans tous ses états. Il s’était mis à implorer le ciel pour que personne ne s’en aperçoive. Quant à moi, je jubilais à l’idée de recevoir, chez moi, des responsables de l’Organisation secrète.

    Qui avait assisté à cette réunion et quel avait été son objectif ?

    La réunion a été ouverte par Mohamed Boudiaf. Il y avait également Didouche Mourad et Chergui Brahim. Tous les trois portaient des cagoules. De notre côté, il y avait Bekkouche Abdelbaki, Hocine Benzaïm, Amar Benaouda et moi-même. La réunion a porté sur divers sujets liés à la formation paramilitaire, aux techniques de la guérilla…

    Il y avait, paraît- il, une sorte de rituel…

    Oui, peut être mais je me souviens que cette première réunion n’avait pas été tout à fait sereine…

    Pourquoi donc ?

    A un moment donné, j’ai eu une «prise de bec» avec Mohamed Boudiaf qui avait affiché, à ma grande stupéfaction, une certaine hostilité à l’égard de Messali Hadj et de Mohamed Belouizdad…Avec beaucoup de tact et de persuasion, Didouche Mourad a pu ramener le calme et mis fin à la dispute. L’incident était clos. Pour lui témoigner de ma confiance, je suis allé chercher, séance tenante, dans le coffre de mon père, un «Magnum» et des munitions que j’ai remis à «Si Abdelkader» pour qui, dès lors, j’étais pris d’affection.

    Didouche Mourad semble vous avoir marqué…

    Oui, je garde de ce grand homme un souvenir impérissable. J’ai même une photo qu’il m’a dédicacée…
    (Il exhibe une photo du Chahid avec son écriture manuscrite «Au frère Brahim Adjami. En souvenir de notre lutte commune. 1947-1950»).

    Et Mohamed Belouizdad, l’aviez-vous rencontré ?

    Oui, j’ai même été félicité, un jour, par lui, sur le pont Sidi Rached à Constantine et ce, après avoir mené avec succès une opération à Aouinet el foul. «Si Abdelkader» qui était également présent semblait lui avoir raconté, en outre, comment on avait réussi à déjouer, au cours de la matinée, un barrage de la gendarmerie, non loin de Smendou.

    Que s’était il passé ?

    Une fois l’autocar, où nous avions pris place, immobilisé, Didouche Mourad qui était, semble-t-il, recherché me remet discrètement deux armes. Un soldat français, muni d’une photo à la main, monte à bord pour procéder à la vérification de l’identité des passagers.

    Arrivé à mon niveau, je le surprends en manœuvrant une arme automatique que je pointe directement sur lui. Apeuré, il me chuchote à voix basse, «Je ne suis qu’un Français de France… Je n’ai pas l’intention de mourir ici…».
    Et puis, il lâche à l’adresse de son chef : «R.A.S. !». Très satisfait, «Si Abdelkader», me félicite chaleureusement en me faisant remarquer toutefois que «c’était très risqué mais, Dieu merci, cela a été un soulagement».

    Et pourtant, dans la nuit du 18 au 19 mars 1950, vous n’aurez pas autant de chance…

    C’est vrai, cette nuit là s’était très mal terminée…

    C’est le moins que l’on puisse dire puisque il s’ensuivra le démantèlement de l’OS et l’arrestation de presque tous ses militants. Qui avait décidé de cette opération ?

    Je n’étais qu’un exécutant. Mais si certains continuent à évoquer à tort le nom de Larbi Ben M’hidi, moi, je persiste à dire – et Dieu m’est témoin — que c’était sur ordre de Boudiaf.

    Racontez-nous cette histoire…

    L’objet de la mission de Tébessa consistait dans l’enlèvement et la séquestration de Khiari Abdelkader dit «R’haïm» soupçonné alors de collaborer avec l’ennemi.
    Je devais, en ce qui me concerne, l’assommer. Pour cela, nous avons emprunté à H’maïda Bellili, une voiture de marque allemande (2 portes) que conduisait Hocine Benzaïm.
    Il y avait, en outre, Didouche Mourad et Amar Benaouda. On avait rendez-vous à la porte de l’horloge avec Madhoui El Hadi. On s’est facilement emparé de «R’haïm» et on l’a installé, complètement évanoui, à l’arrière du véhicule. Sur le chemin du retour, il réussira à prendre la fuite. L’alerte donnée, des gardes champêtres signaleront notre véhicule à la gendarmerie, aux environs de Oued Zenati.
    En descendant de voiture, je m’étais cogné à la portière et je me suis fracturé la jambe. Très vite, je commençais à avoir des frissons.
    Juste avant de partir, Didouche Mourad m’a prêté sa kachabia et m’a souhaité «bonne chance». Arrêtés, nous subirons aussitôt, Hocine Benzaïm et moi, les pires sévices…
    La gendarmerie avait découvert dans le coffre de la voiture du chloroforme. Une preuve suffisante pour nous inculper et nous torturer davantage… S’ensuivra le fameux «procès de Bône» au cours duquel je fus condamné à 3 ans de prison pour «atteinte à la sûreté de l’Etat», une des peines les plus sévères.

    A ce moment là, vous-vous retrouvez en prison avec de nombreux militants de l’OS. Parlez-nous en.

    Je me souviens qu’en prison, je vouais une haine féroce au gardien-chef, un certain Monnetier, un raciste notoire.
    Une fois même, je l’ai provoqué en refusant de me faire couper les cheveux.
    Il est venu me voir et m’a menacé de me faire couper… les c…. ! Je savais que c’était un tortionnaire mais cela ne m’a pas empêché de lui rétorquer : «Grâce à Messali, j’en ai maintenant quatre !». Interloqué, il ordonnera à ses sbires de me surveiller de près et de rendre compte de tous mes faits et gestes.
    Il venait de comprendre surtout que nous étions, mes compagnons et moi, prêt à en découdre. Un état d’esprit qui ne nous quittera pas.
    Et survint la célèbre évasion de Zighout Youcef. Comment a germé, selon vous, cette idée de se faire la belle ?
    Sachez que dès notre arrivée en prison, nous ne songions qu’à une seule chose : nous évader. Pour cela nous échafaudions, à chaque fois, des scénarios. On a même pensé à un «passage en force» au parloir en simulant une grande cohue.
    Dans cette éventualité, mon rôle aurait consisté à cogner des gardiens afin de créer une diversion. Puis, on a abandonné cette idée qui nous a paru, par la suite, quelque peu suicidaire. En revanche, un jour, j’ai pu ramener à Bekkouche Abdelbaki des tisonniers que j’avais dérobés dans les douches.
    Zighout Youcef, qui était forgeron-serrurier de métier en a vite conclu qu’il pouvait en confectionner des clés pour ouvrir une petite salle, située à côté des toilettes. Très rapidement, il réussira à ouvrir, pour ainsi dire, toutes les portes… Il se mit à explorer immédiatement la petite pièce dans tous ses angles. En y perçant un trou au plafond et en ôtant les tuiles, Zighout aperçoit une terrasse d’un accès très facile. Dès lors, l’évasion était tout indiquée.

    Quand s’est- elle déroulée ?

    Je ne me souviens plus de la date exacte mais je sais qu’elle a eu lieu la veille d’un dimanche…

    Qui s’étaient évadés ?

    Il y avait Zighoud Youcef, Bekkouche Abdelbaki, Amar Benaouda et Barkat Slimane. Ce dernier qui était incarcéré dans «la cour des Européens» avait dû déclencher une altercation pour pouvoir rejoindre le groupe et s’évader…

    Et pourquoi pas vous-mêmes ?

    C’était la volonté du «nidham»… A J-15, Bekkouche Abdelbaki m’a intimé l’ordre de ne pas m’évader arguant que mon père âgé, malade et chargé de famille pouvait succomber rien qu’en apprenant la nouvelle de ma disparition. A mon corps défendant, j’ai dû obtempérer. Et donc, je n’ai pu prendre part à cette évasion dont j’avais pourtant connaissance et pour laquelle j’avais même contribué. La discipline, c’était sacré.




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  • thirga
    20 octobre 2009 at 22 h 16 min - Reply

    Toute une organisation l’OS) foutue en l’air pour une cavale contre un militant « gauche ». C’était le début du populisme juste après l’éviction d’Ait Ahmed pour délit ou appartenance identitaire algerienne.




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  • BABOUCHE
    21 octobre 2009 at 10 h 35 min - Reply

    R’haïm été un collabo, el djebha a décidé de l’arrêter pour cela des hommes ont étaient choisis pour cette mission, ça a foirer. S’il y’a des comptes a rendre le commando doit rendre des comptes n’est-ce pas ?




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    • Mekder
      23 juillet 2016 at 0 h 14 min - Reply

      Faux, Abdelkader Khiari était un homme très instruit, on le surnomait » RHeïm » car il était magnanime, droit et craignait Allah,
      contrairement à ceux qui ont voulu l’assassiner. Il est très grave de calomnier alors que vous n’avez pas été témoin des faits. Vous accusez et insultez un très brave homme dont le seul reproche était d’être dans la rectitude.
      Vous repondrez de vos propos devant Allah le tout puissant.




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  • BOUDJ
    21 octobre 2009 at 14 h 26 min - Reply

    Lors du congrès de la soumam, Zighout Youcef attirait l’attention d’un ton sarcastique sur les conséquences désastreuses qu’avait eues le  » culte de la personnalité  » pour le nationnalisme algérien en la personne d’  » El-Zaïm » le  » seul et unique  » Messali Hadj.

     » l’affaire de Tebessa  » le démentèlement de l’OS eut lieu à la suite de l’enlèvement de Abdelkader Khiari alias R’haïm, militant à tebessa, accusé de trahison, par un commando dirigé par Benaouda, élément de l’OS. La voiture qui servit à l’enlèvement eut un accident en cours de route permettant à Khiari de s’echapper et de se rendre à la police locale ou il livra tout ce qu’il savait sur l’OS.
    C’etait une maladresse commises par des membres de l’OS à l’encontre d’un élément suspect.




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    • Mekder
      22 juillet 2016 at 23 h 59 min - Reply

      Ce que vous dites est pure mensonge, Abdelkader Khiari était un homme briant, pieux et intègre, il a été victime de complot par Ben bella et ses acolytes, leur seul objectif était de le supprimer car sa droiture dérangeait ces animaux assoiffés de pouvoir. Dieu a voulu qu’il survive non seulement à cette tentative d’assassinat mais également à celle dont il a échappé par miracle sur Paris en 1956. Étiez-vous présents lorsque ceux qui ont essayé d’assassiner Abdelkader Khiari au moment de l’agonie ont tenté de lui demandé pardon ?
      Craignez Allait et n’accusez pas et ne parler pas ce dont vous n’avez aucune preuve ou ce dont vous n’avez pas été témoin.




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  • BOUDJ
    22 octobre 2009 at 11 h 17 min - Reply

    A la suite des arrestations hâtives par les Français des gens suspects de nationalisme en novembre 1954, beaucoup des partisans du M.T.L.D. M.N.A comme Benkhedda, étaient passés au F.L.N. de leur propre gré. Ceux qui restaient &taient l’objet d’impitoyables attaques. La guerre était particulièrement intense en Kabylie qui, jusqu’a 1954 avait été considérée comme une forteresse messaliste. Le M.N.A. tenta alors d’y regagner le terrain perdu en envoyant de petits groupes d’hommes armés por qu’ils y forment leur propre maquis. Un de ces groupes, qui comptait 500 hommes, avait été créé, et pourvu d’uniformes, an Kabylie orientale, par un ancien conseiller municipal M.T.L.D. nommé Bellounis. A Alger les experts en guerre psychologique de Soustelle songèrent à utilisé les dissidents de Bellounis comme une force antiguérilla, selon une méthode employée avec succée en Indochine. C’est alors – pendant l’été 1955 que Amirouche, dans le secteur duquel Bellounis était apparu entrait en action. Il encerclait le camp de Bellounis à Guenzet et l’attaquait par surprise ! Le combat meurtrier dura quarante huit heures : suivi d’un coeur léger par les troupes françaises du voisinage qu n’intervinrent pas. Bellounis et seulement quelques uns de ses 500 hommes survécurent. Bellounis se tournait alors vers les Français. L’opération d’Amirouche signifiait cependant la fin du défi du M.N.A. en Kabylie; cette élimination devrait avoir des échos significatifs lorsque, lors des premières négociations d’Evian en 1961, la France gaulliste crut qu’il y avait un espoir de voir le M.N.A. presque complètement sur son déclin, offrir un interlocuteur valable, plutôt que de discuter avec le F.L.N.

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    Votre commentaire existe bel et bien et n’a pas été censuré !




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  • salam
    22 octobre 2009 at 13 h 31 min - Reply

    d apres certaine lectures j ai cru comprendre que c est ben bella qui voulait faire executer le militant de tebessa , ce qui a precipité le démantelement de l’OS. 4 mois seulement apres que ben bella ait été designé chef de l’OS celle ci a cessé d’existé. Or ici c est une autre version qui est developpée , là
    j entends ben mehidi , puis boudiaf , et benbella dans tout cela , il etait bien le premier responsable de l’OS non ? qui croire ?




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  • alfoc.har
    22 octobre 2009 at 14 h 58 min - Reply

    « Depuis une heure du matin, c’est dans toute l’Algérie que des attentats ont été perpétrés. Trente au total, d’Oran à la frontière tunisienne. A Alger, des bombes ont explosé à l’usine à gaz et à la Maison de la Radio. Mal calculées, elles ont fait peu de dégâts. A Blida et à Boufarik, attaques manquées sur les casernes. A Boufarik incendie de la coopérative d’agrumes et incendie du stock d’alfa de Baba-Ali. Dans l’oranais, différentes fermes attaquées, tentative d’incendie, une 4 CV brûlée à Cassaigne, un mort et plusieurs blessés. En Kabylie, incendie du dépôt de liège à Bordj-Menaïel, un mort, dégâts importants; gendarmes attaqués à Tizi-Ouzou, incendies. Dans le Constantinois, rafales de mitraillettes contre les casernes, et le poste de police à Condé-Smendou et au Khroub. Dans les Aurès enfin, outre l’autocar d’Arris, attaque de deux casernes à Batna, deux sentinelles tuées. A Khenchela le commandant d’armes tué. Le poste de gendarmerie de Tkout isolé. Partout poteaux télégraphiques sciés, fils coupés. La simultanéité, le choix soigneux des objectifs, l’étendue du mouvement sur tout le territoire, ne laissent aucun doute : il s’agit d’une action de rébellion conçue, montée, organisée et exécutée par un groupe coordonné et relativement puissant, même si au total, par rapport à l’ampleur des attaques, les pertes en vies humaines – huit morts – et les dégâts matériels sont relativement faibles. Mais même s’il y avait un doute sur l’ampleur du mouvement et sa nature, la proclamation envoyée par poste, déposée dans les boîtes aux lettres et diffusée par la radio du Caire, et aussi le tract plus largement diffusé aux populations, auraient dû le dissiper. Ce dernier est un appel à l’insurrection : « Peuple algérien, Pense à ta situation humiliante de colonisé…Avec le colonialisme, Justice, Démocratie, Egalité ne sont que leurre et duperie… Au coude à coude avec nos frères de l’Est et de l’Ouest qui meurent pour que vive leur patrie, nous t’appelons à reconquérir ta liberté au prix de ton sang… Organise ton action aux côtés des Forces de Libération à qui tu dois porter aide, secours, protection… Se désintéresser de la lutte est un crime… Contre-carrer l’action est une trahison. Dieu est avec les combattants des justes causes, et nulle force ne peut les arrêter désormais, hormis la mort glorieuse ou la Libération nationale. Vive l’Armée de Libération! Vive l’Algérie indépendante. »
    Quant à la proclamation, c’est un long texte qui non seulement situe le mouvement et proclame son but : l’indépendance nationale, mais définit les moyens de lutte, et surtout avance une véritable « plateforme honorable » aux autorités françaises, définissant quelles devaient être les relations entre l’Algérie indépendante et la France, plaçant ainsi le problème – et elle le précise – sur le plan intemational. Elle aussi est rédigée au nom du F.L.N., le Front de Libération Nationale. Dans les gorges de Tighanimine, la rafale n’a pas seulement touché le caïd, elle a aussi atteint un jeune couple européens. Trois corps maintenant gisent sur la route. Alors le chef du commando ordonne à ses hommes de mettre le corps du caïd dans le car et au chauffeur de continuer sur Arris. Les deux autres victimes sont tirées sur le bord de la route. Elles ne sont pas mortes et gémissent tandis que les agresseurs disparaissent dans la montagne. « 




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  • alfoc.har
    22 octobre 2009 at 15 h 08 min - Reply

    « 23 octobre 1954, avenue de la Marne à Bab-el-Oued. Coincée entre les échoppes, une boutique de photographe. Bien que l’on soit dimanche, elle est ouverte. Dans la foule qui déambule lentement, six hommes dont les costumes fatigués ne tranchent pas dans ce quartier populaire. Ils demandent à se faire photographier. La photo de groupe, c’est le pain béni des photographes à l’ancienne, gros appareil à poire et voile noir pour la visée.
    Alors deux hommes assis sur des chaises, quatre debout au second rang. « Ne bougeons plus! » Un déclic. Le petit photographe de Bab-el-Oued ne sait pas qu’il vient de faire une photo historique, Les hommes s’appellent Bitat, Ben Boulaïd, Didouche, Boudiaf, Krim et Ben M’Hidi. Ils viennent de fixer tous les détails du plan d’action de la «Toussaint rouge ». Chacun va repartir vers sa zone de combat. La photo doit être celle du souvenir. D’où viennent-ils? De l’O.S.! O.S., l’organisation spéciale créée en 1946 par les Messalistes pour exercer le terrorisme. Là se sont rencontrés Ait Ahmed et Ben Boulaïd, et Bitat, Ben M’Hidi et Didouche. Et aussi – il sera même leur chef dès 1948 – un curieux personnage, Ben Bella. Encore un déçu de la fraternité franco-arabe. Il a 38 ans, est né en Oranie, à Marnia. Fils de petit commerçant, il ne va à l’école que jusqu’au certificat d’études. Mais sa soif de culture est immense (ce sera un trait permanent de son caractère). Il lit, il dévore l’Histoire de France et surtout l’épopée révolutionnaire. Il se sent pétri d’héroïsme et va le prouver. La guerre. Sergent puis adjudant, le voici à Cassino -dans les Tabors marocains. Tous les officiers sont tués, il prend le commandement du bataillon. Croix de guerre avec palme – quatre citations – décernée par Juin. Médaille militaire que de Gaulle lui-même lui épinglera sur la poitrine lors d’une permission en Algérie. Il veut devenir officier français. On le lui refuse. Il rentre en Algérie pour apprendre Sétif. Alors l’amour tourne en haine…Il fait partie de l’O.S. Pour procurer des fonds à l’organisation, il organise un hold-up à la poste d’Oran. Butin : trois millions de francs, le début d’un trésor de guerre. La police croit d’abord à une agression crapuleuse!
    Mais bientôt elle réagit. L’O.S. est démantelée. Ben Bella, condamné à sept ans de prison, est enfermé à Blida. Il achète un gardien, s’évade, gagne Paris puis Le Caire, d’où la révolution a chassé Farouk et où la Ligue arabe prêche la libération de l’Afrique du Nord. La « Voix du Caire » hurle sur tous les postes musulmans la haine du colonialisme et les appels à la révolte. Au Caire, Ben Bella est devenu l’ami de Nasser. Il représente la révolution algérienne, il tâchera de lui obtenir de l’aide. Téléguidés du Caire les six vont se rencontrer et fonder leur mouvement propre : le C.R.Il.A., Comité révolutionnaire d’unité et d’action. Copiant les méthodes des Résistants français à l’occupation nazie chacun recrute des hommes sûrs qui recrutent eux-mêmes d’autres adeptes avec un maximum de cloisonnement pour qu’une défection ou une trahison ne puisse avoir de grave répercussion. Territorialement, les six ont découpé l’Algérie en six régions indépendantes, chacun étant responsable de sa zone (ce sera la naissance des willayas). Ils prennent contact avec les Messalistes mais s’aperçoivent vite que Messali n’est venu se joindre à eux que pour les coiffer. La position égyptienne n’est pas moins précise : que l’insurrection éclate d’abord, après seulement pourra venir l’aide. Quand le 25 juillet à Alger, le C.R.U.A. se réunit au grand complet ils sont vingt-deux! La lune commence gand même. Récupération de vieilles armes, fabrication de bombes artisanales, développement du recrutement, organisation des troupes. Le 23 octobre, quand les six tiennent leur ultime réunion pour minuter le déclenchement de l’action, ils ont huit cents hommes pour couvrir toute l’Algérie, quelques fusils de récupération et quelques très rares mitraillettes Sten, des boîtes de conserve de lait Guigoz ou d’huile Esso bourrées de chlorate de potasse. C’est peu ! Pourtant, le Ier novembre à 0 heure, le drame peut commencer. « 




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