Édition du
20 July 2017

Pour une presse digne de ce nom!

croco
Le Quotidien d’Algérie

par D.Benchenouf
En Algérie, les violations en tout genre, aussi ahurissantes qu’elles sont fréquentes, sont devenues une sorte de normalité. Elles ne scandalisent plus personne. Ou presque. Comme si par leur nombre, leur ampleur, et leur extrême gravité, elles avaient fini par éroder la capacité des gens à discerner le mal du bien. Les crimes contre l’humanité, la haute trahison, le pillage des ressources nationales, les fraudes électorales, les violations de la constitution, la grande corruption, les trafics en tout genre, l’injustice au quotidien, et tant d’autres turpitudes dans lesquels se vautrent impunément les barons du régime ne font même plus jaser dans les chaumières, comme on dit. Les consciences se sont tannées, endurcies, la dignité humaine a laissé place à l’infâmie pratiquée et subie au quotidien. C’est le chacun pour soi, le repli sur ses petites contingences, sur son propre espace de vie. Une sorte de parabole est née de cette déliquescence généralisée: « Tebki mmou ou ma tebkich mma ».
C’est pour cela, et à cause de ce retour aux attitudes les plus primitives de l’Homme, que du haut jusqu’au bas de la hiérarchie du régime qui vide tout le pays de toutes ses substances vitales, les barons du régime, et jusques à leurs maître-chiens, ne se gênent plus pour commettre leurs vilenies, ne se cachent plus pour faire mordre la poussière à quiconque se dresse sur leur chemin.
C’est le cas, aujourd’hui, de ce patron de presse, et néanmoins député FLN, Abdelhamid Si Affif, qui a décidé, sans autre forme de procès, de licencier une de ses journalistes, Hadjar Guennafa, pour le seul motif que celle-ci avait témoigné, au journal El Watan, des conditions de travail et de rémunération de ses collègues au sein du journal qui l’emploie. Elle y avait déclaré, entre autres révélations, que certains percevaient à peine 4000 dinars par mois et qu’ils n’étaient même pas déclarés à la sécurité sociale.
Son licenciement, qui sous d’autres cieux aurait provoqué un immense tollé, n’a pas eu d’autre effet qu’un timide sit-in de certains de ses confrères devant la Maison de la Presse.
C’est vraiment triste à pleurer. Mais ô combien « normal », dans ce pays ou les pires atrocités sont commises tous les jours contre tout un peuple, sans que cela ne suscite un vrai sursaut de dignité.
Mais plus que tout le reste, le monde de la presse est le plus à plaindre, plus à plaindre qu’à blâmer. La corporation des journalistes algériens, dont des hommes de valeur, autant pour la qualité de leur plume que pour la hauteur de leurs principes, est prise toute entière dans la logique du système, comme une grosse bête dans un filet.
Les patrons de presse, grossiers parvenus dans leur majorité, éblouis par leur piètre réussite, et qui apprennent tous les jours comment se faufiler vers la cagnote de la pub, en même temps que monter sur les épaules des autres, pour ronger l’os des honteux privilèges dont ils jouissent en se cachant, comme des enfants fautifs, sont devenus une sorte de garde-chiourmes. Parce qu’ils ont la tâche de faire tourner la machine, et de faire illusion, sans déranger le maître des lieux. Celui qui vole et qui tue. Mais aussi celui qui leur jette les reliefs de sa riapaille.
Ils ont pour mission, non seulement de contrôler le processus de l’information qu’ils débitent, mais aussi de veiller à entretenir cette ambiance déletère de l’autocensure que s’infligent tous les journalistes algériens. A leur corps défendant.
Pour le reste, ces patrons de presse font assaut de zèle à qui obiendra les bonnes grâces du Général Hadj Zoubir, du Colonel Faouzi, et autres chefs d’orchestre.
Quant à ces milliers, oui oui je dis bien milliers, de journalistes, dont les 4/5eme ne percoivent même pas le SMIG, qui ne sont pas déclarés à la SS, et dont les 4/5eme n’ont rien à voir avec le journalisme, si ce n’est courir après les cortèges officiels, se faire reçevoir par les autorités locales, et regler les problèmes personnels des patrons d’Alger, c’est la surenchère à qui survivra, à qui supplantera son collègue, à qui réussira à se hisser au rang des journalistes vedettes, ceux qu’on appelle « Ezzit foug el ma », ceux-là qui sont reçus par Les hadj Zoubir et compagnie.
Et dans cette vaste fumisterie à l’encre de chine, ou rien ne transparait, y compris de la part d’étranges syndicats de journalistes qui organisent des opérations d’aide au couffin et à la trousse scolaire, pour les « journalistes les plus démunis », quelle dérision, une sorte d’Omerta a été édictée.
On ne parle pas de journalisme, dans le journalisme, et on ne critique jamais un autre journal, un autre « confrère ». C’est la seule garantie pour tous ces beggarines qui ont squatté l’un des metiers les plus nobles que l’humanité ait engendré, de continuer à se prévaloir d’une profession, et d’une noblesse, qu’il salissent et qu’ils ne méritent pas.
Notre consoeur Hadjar ne l’aura pas appris à ses dépens, elle le savait déjà, et a décidé, malgré le couperet qui pesait au dessus de sa tête, de donner un coup de pied dans cette infâme vermine.
Qu’elle en soit remerciée, pour nous tous. Esperons que cette redjla, ou plutôt cette nessoua, soit le signe pour tous les journalistes algériens de recouvrer leur dignité, et d’être dignes de la plume qu’ils brandissent!
DB


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5 Commentaires sur cet article

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  • Beznassi
    19 octobre 2009 at 15 h 12 min - Reply

    Tous ceux qui portent des pontalons , cela ne veut pas dire qu’ils sont des Hommes.




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  • baroudi
    19 octobre 2009 at 16 h 39 min - Reply

    en guise d’ information ou d’ enquetes impartiales, nos mercenaires de la plume publient des communiques que leur maitre leur font parvenir , qu’ il s’ empressent de signer, toute honte bue.ces journaleux vereux assimiles au 4e pouvoir ont une immense responsabilité dans ce drame permanent qui frappe les algeriens.celui qui ose briser l’ omerta est eliminé .c ‘est la regle dans ce royaume de la voyoucratie.




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  • zineb azouz
    19 octobre 2009 at 23 h 57 min - Reply

    Serions nous devenus aussi impuissants face à leur rouleau concasseur ?
    Ils tuent, torturent, humilient, licencient, affament et censurent sans qu’on soit capables, ne serait ce que BOYCOTTER leurs torchons de journaux !
    Ailleurs la rédactions de ces hauts lieux de propagande et de tam-tam auraient été assaillis de lettres ou de fax en réaction à ce licenciement, mais le peuple est sans doute trop occupé à essayer de boucler les fins de mois et préparer la prochaine fête de l’Aïd !

    Nous avons des journalistes à 4000 DA le mois, des médecins en pré-emploi, des voyous à l’éducation nationale et des dealers à la sureté.

    Que nous faut il de plus pour réagir, qu’ils fassent voter le droit de cuissage ?

    Désolée de m’emporter, mais je ne trouve plus ni les mots ni axiomes qui pourraient faire sombrer à ce point tout un peuple.

    Cordialement,
    ZIneb.




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  • Abdelouhab Boukezouha
    20 octobre 2009 at 7 h 22 min - Reply

    BONJOUR beaucoup de journaliste ont collaborés avec le pouvoir et l’ont aider a s installer sur le trone maintenant qu ils ne leurs sont plus d’aucunes utilités ils ont l’audace et le culot de se plaindre (je ne vise pas tous les journalistes )certains l’ont payer de leur vie .




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  • MTM
    20 octobre 2009 at 16 h 27 min - Reply

    Dernier signe de la décadence du journalisme algérien, le journal Echourouk qui a été choisi… pour faire le plus grand tirage en Algérie et dans les pays arabes, dans ses dernières éditions, rapporta sous forme de scoop, une croustillante information sur la présumée fuite de monsieur Soltani Bouguerra, chef du MSP.

    L’ex-exorciseur et ex-ministre d’Etat aurait pris la poudre d’escampette en écourtant de manière impromptue son séjour en Suisse pour échapper à une probable interpellation par la justice helvétique. A la suite d’une plainte déposée contre lui par une organisation des droits de l’homme, qui au nom d’une victime algérienne, l’accuse d’être un tortionnaire, celle-ci allait procéder à son interpellation et l’obliger à une confrontation avec la victime présumée. Que fut l’attitude des journalistes d’Echourouk pour mener à bien cette affaire et éclairer l’opinion publique ? Au lieu d’enquêter sur le bien-fondé de l’accusation et la crédibilité de la victime et, du coup, lutter contre les tortures en Algérie, le journal d’Ali Fodhil, la coqueluche du DRS ; un journal capable d’entrer en contact avec les terroristes, vrais ou faux, authentiques ou manipulés, actifs ou repentis, et est même capable d’avoir des entretiens exclusifs avec ceux qui sont recherchés par la « justice algérienne » à l’image de Hattab, tout en sachant qu’ils sont sous la protection des services algériens comme si on est dans deux pays différents; ce journal s’est empressé de téléphoner à monsieur Bouguerra pour « se rassurer sur son état » et soutenir ce ponte suite « au choc » (quel calvaire notre pauvre haut placé a dû subir !) que, lui et sa femme, ont dû ressentir en Suisse.

    Le journal qui affiche une bonhomie aussi exceptionnelle que douteuse (une bohnomie qui fait envier des journaux aussi prestigieux que celui d’Elahram égyptien qui sert une population de 60 millions d’habitants), juste en pondant des torchons et sans jamais dévier de la ligne des Tagarins, a clairement montré dans quel camp il se trouve et quels intérêts il sert ; il s’est montré solidaire d’un représentant de l’Etat soupçonné de torture et est resté indifférent aux sévices possibles qu’un algérien aurait subis. C’est la façon de la presse algérienne de participer à l’édification de l’Etat de droit…




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