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27 July 2017

La nouvelle bataille d’Alger : La chute de la « citadelle »

arton141018-1256239437El Watan 23 octobre 2009

« Faites quelque chose sinon ça va exploser ! ». Extrait d’un procès-verbal non publié d’une réunion à la wilaya d’Alger. L’officier de renseignement qui brandissait ses fiches de sondages hebdomadaires des services secrets s’en prend aux fonctionnaires. Il prévenait contre des risques de mouvements de colère conséquents à la cherté des prix des fruits et légumes avant le Ramadhan.

« Comme si on pouvait faire quelque chose, nous confiait l’un des présents à cette houleuse réunion, l’Etat s’est désengagé, l’anarchie est partout parce que justement l’Etat abandonne son rôle régulateur, on laisse pourrir la situation, la corruption pousse les gens à se prendre en charge eux-mêmes…On ne peut plus rien faire ». Ce terrible constat d’un commis de l’Etat est vécu au quotidien. L’Etat, se comportant comme l’Oudjek turc derrière ses hauts remparts, laisse la société se réguler elle-même. Lorsque l’auto-régulation se fait violente, les janissaires – ou aujourd’hui les CNS – frappent dans le tas. Mais, la métaphore est forte, quand les forces anti-émeutes n’arrivent plus à prendre la « citadelle » de Diar Chems à Alger, tout l’appareil répressif et sa logique se retrouvent dans l’impasse. Durant les années 1980, les émeutes sociales qui présageaient le séisme d’octobre 1988, se concentraient dans les centres urbains (Casbah, Constantine, etc.). Après la « trêve » forcées des années 1990 marquées par le terrorisme, les émeutes ont repris au début des années 2000, dans les bordures des centres de décision. Ces émeutes traduisaient la malvie des agglomérations périphériques nées, justement, dans l’anarchie des années 1990. Avec Diar Chems, la révolte se recentre au cœur de la ville la plus protégée du pays, centre du pouvoir, avec ses 5000 policiers en renfort et à moins de 1000 m du palais de la présidence ! La logique des colères périphériques s’évanouit en un fracas d’affrontements sous les oreillers étouffants de la République. Le pari du pouvoir de mépriser toute médiation citoyenne n’a pas fait long feu. La réponse des autorités ? Des enveloppes financières « sociales » vite avalées par la corruption institutionnalisée…et le pathos. « Nous avons été sensibles aux cas de 1400 familles vivant dans des F1 et des F2 depuis 1958 », déclare le wali délégué de Sidi M’hamed, Mohamed laïd Khelifi, à Liberté ! « Depuis 1958 » ! Au fait, les Algériens sont indépendants depuis quelle année ?

Par Adlène Meddi


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2 Commentaires sur cet article

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  • Saad LOUNES
    23 octobre 2009 at 17 h 33 min - Reply

    « « Faites quelque chose sinon ça va exploser ! ». Extrait d’un procès-verbal non publié d’une réunion à la wilaya d’Alger. L’officier de renseignement qui brandissait ses fiches de sondages hebdomadaires des services secrets s’en prend aux fonctionnaires. »
    C’est à pleurer de rire !
    Si on en est arrivé à ce stade d’émeutes et de ruptures entre l’Etat et les citoyens, c’est justemeent parce que ces « FONCTIONNAIRES » ces « POLICIERS » et ces « SERVICES SECRETS » ont trahi le peuple en organisant et en participant à toutes les fraudes massives qui ont favorisé l’imposture du pouvoir.




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  • inimtab
    24 octobre 2009 at 7 h 38 min - Reply

    les responsables politiques à l’origine de la situation actuelle que vit le pays ne pourront jamais changer de politique. en raison de leur profil , des raisons pour lesquels ils ont été choisi, de la nature du système politique basé sur le clanisme le népotisme et la corruption. Les grands scandales de corruption que révèle régulièrement la presse n’ont jamais inquiété les vrais responsables (ministres) bien au contraire il ont été maintenu. et même promu l’exemple De Berkat ex ministre de l’agriculture de Ammar Saidani , Ghoul ministre des <Travaux Publics et bien d’autres est édifiant.

    Enivrés par le pouvoir et les avantages licites et surtout illicites qu'il procure nos « responsables » sont devenus aveugles et sourds à tous les indicateurs sur la situation socio politiques en état de dégénérescence avancé.

    L’explosion populaire sera terrible. En clochardisant les partis politiques réduits au rôle de figurant et même de courtisanat le régime prépare la régionalisation et même la douarisation de la contestation populaire qui n’est qu’un prélude la dégénérescence de la cohésion nationale à sa déchirure déjà bien entamée et l’éclatement de la nation




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