Édition du
27 July 2017

L’Algérie, ou l’étrange paralysie de l’élite

Intellectuels

Yacine Saadi

In Rachad

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L’observateur lucide de la scène algérienne ne peut que constater avec amertume l’état de déficience générale des institutions du pays. Mais le plus grave risque d’être la léthargie qui frappe l’élite algérienne.

La stratégie de la dépolitisation des esprits, entamée dès le coup d’arrêt du processus démocratique en janvier 1992, n’épargne aucun segment de la société. L’élite dans sa majorité est devenue un conglomérat d’opportunistes et d’affairistes lancés dans une course effrénée à la richesse. Les affaires et le désir de réussite se substituent à l’action politique et au sentiment de solidarité nationale. Le système a imposé ses critères pour qui veut « réussir » ; en premier lieu le soutien actif à sa politique d’éradication de toute opposition crédible et c’est le cas de tout ce personnel de figuration « politique » qui participe aux kermesses électorales et qui représente un vivier inépuisable pour les metteurs en scène de la vie politique algérienne.

En second lieu, l’autre critère, c’est la neutralité bienveillante qui se traduit par cette incapacité à se mobiliser et à s’organiser ou revendiquer dans l’espace public, et qui est provoquée par la peur de la machine répressive, l’absence de l’esprit de sacrifice et surtout le culte de l’individualisme. Dans l’ordre des préoccupations il n’ y a plus de grandes différences entre l’universitaire et le « trabendiste » et c’est cette transformation sans détour qui pose problème aux tenants du changement pacifique.

L’Algérie se porte mal, le peuple endure le contre coup de la mauvaise gouvernance et les perspectives de l’avenir sont très sombres. Partout dans les pays ou des conflits existent, ou des crises se déclenchent les élites se concertent pour trouver une issue. Comment expliquer l’absence d’initiative politique d’envergure depuis la réunion de Sant’ Egidio ?

L’Algérie qui a engendré des personnalités illustres dès l’aube de la colonisation jusqu’au déclenchement de la révolution qui a abouti à l’indépendance est-elle devenue stérile ? Mais où sont passées toutes les personnalités politiques indépendantes ou ceux qui ont pris leurs distances avec le régime ? Que devient le contingent des exilés qui ont trouvé dans la crise une bouée de sauvetage qui les a éloignés du pays ?

Si certains ont préféré abandonner l’action politique pour des raisons explicables, d’autres en revanche, n’ont aucune excuse. Leur passivité face à l’ampleur de la crise qui secoue notre patrie est injustifiée. Que les historiques descendent de leur tour d’ivoire et acceptent la main tendue des enfants sincères de l’Algérie, que les « démocrates laïcs » se démarquent des putschistes et écoutent le peuple et qu’enfin les tenants de la « daoula islamiya » participent à l’élaboration d’un projet qui instaure un véritable Etat de droit ! Il est temps que notre élite prenne conscience de sa mutilation et proclame sa volonté de restaurer sa dignité et de reprendre son rôle de locomotive de la société. Personne n’ignore que l’actualité d’aujourd’hui sera l’histoire enseignée demain.

Yacine Saadi


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6 Commentaires sur cet article

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  • agence elite kiss délite
    28 octobre 2009 at 18 h 36 min - Reply

    les élites elles sont parties au canada en france en amerique… au bled il restent les voleurs et les volés allez hop à la volée au filet !pour le moment c’est el daoula n importe quoi




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  • farid
    28 octobre 2009 at 19 h 08 min - Reply

    salem 3aleikoum, peut etre que les elites se sont enfuies, effrayees par les tireurs « d’élites »…..




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  • Redman
    28 octobre 2009 at 19 h 46 min - Reply

    Salam

    Comment peut on définir une élite???
    Par la suite on pourra répondre à cette question.

    A+
    Redman




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  • dependance
    29 octobre 2009 at 13 h 48 min - Reply

    @farid , c est exact , et comme un amour perdu et retrouvé , les balles perdues des tireurs d elites sont retrouvées dans les tetes des elites …




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  • kimahouma
    29 octobre 2009 at 14 h 01 min - Reply

    Pour définir en gros le terme d’élite, on dira que c’est une minorité qui se distingue par ses compétences dans un domaine( scientifique, artistique, politique, sportif ) ou sa supériorité intellectuelle et que la société reconnaît les mérites et admet sa position sociale.
    Il y’a en Algérie et dans tous les domaines des personnes en activité que nous pouvons considérer comme faisant partie de l’élite dans leur domaine et par extension de l’élite du pays.
    Mais il y’a un brouillage en Algérie du fait que la méritocratie n’est pas respectée et que les critères d’élection ou d’élitisme ne sont pas bien définis . Aussi on peut trouver dans des postes et responsabilité des personnes dont les compétences n’ont pas été validé et dont leur statut dépend de critères autres qu’objectifs. C’est le résultat de la surpolitisation du système algérien. Par ailleurs la notoriété et la publicité dont peut bénéficier un chercheur ou un scientifique ou un intellectuel en général à travers les publications, les médias et la culture officielle et le débat public, est faible en Algérie.
    voir inexistant.Pour donner un exemple extrême, on peut être en Algérie un génie de la physique ou un grand philosophe et passer inaperçu , c’est aussi pour cette raison que beaucoup d’intellectuels choisissent l’exil
    Maintenant à la question , mais que font les élites?
    Le pire qui puisse arriver à une élite (et à uu pays) c’est de désespérer du peuple . C’est ce qui se passe en Algérie.
    La société Algérienne et l’individu algérien semble quant au choix de société indécis .
    Un exemple, après la large victoire des islamistes au plan politique, on pouvait penser que les algériens aller créer une situation de rupture réelle en traduisant politiquement leur revendication sur le long terme, en un mot lutter. Il n’en fut rien, encore une fois ils ont laissé faire une minorité qui a géré le mouvement à sa manière en tirer seule les bénéfices et rien changer en fin de compte, avec pour prime des années de terreur. Il y va de même pour le discours démocratique, il a peu d’impact dans la société.
    Ajoutons à cela que les Algériens sans se rendre compte forcément sont très divisés, le pouvoir actuel y compris son Président en a beaucoup contribuer. On pourrait penser qu’une répression violente d’une émeute dans le sud ou le nord de l’Algérie susciteraient des indignations et des réactions de contestations dans les autre parties du pays par solidarité et par la défense de principes, il n’en est rien.
    Aussi la tâche première avant de proposer une alternative quelconque est de faire prendre conscience aux Algériens qu’il ont en fin de compte les mêmes intérêts à défendre un minimum de principes quel que soit leur choix politique et idéologique.




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  • BRAHIM
    30 octobre 2009 at 22 h 22 min - Reply

    Monsieur l’internaute @kimahouma. Et voilà, rebelote ! Vous dîtes, à propos de « l’élite » face à l’arrêt du processus électoral de 1991 ceci : « un exemple, après la large victoire des islamistes au plan politique, on pouvait penser que les algériens aller créer une situation de rupture réelle en traduisant politiquement leur revendication sur le long terme, en un mot lutter. Il n’en fut rien ». C’est vrai qu’une certaine élite n’a pas été d’accord avec l’arrêt du processus. Mais, il existe aussi une autre élite qui n’était pas du tout d’accord avec le projet de société bien ficelé d’une république islamique que voulait imposer le FIS. Une « certaine » élite s’est posée la question de savoir s’il était raisonnable être d’accord avec un projet de société moyenâgeux, basé exclusivement sur la loi coranique et qui encourage à vivre à la manière du 7ème siècle. Elle a répondu NON, c’est vrai ! Mais ce n’est pas elle qui a empêcher le FIS de gouverner. C’est l’armée. Car les intellectuels qui ont dit non n’ont pas de chars ni de Kalachnikovs. Je pense que c’est tout à fait légitime que certaines personnes préfèrent vivre de cette manière « à la FIS » , c’est leur droit. Mais cette « élite FIS» ne doit en aucun cas imposer cette manière d’être à l’ensemble des Algériens. Beaucoup de personne intellectuelle qui interviennent sur ce blog et qui ne sont d’ailleurs, ni communistes, ni laïques, ni militaristes mais on eu le courage de dire que les cadres dirigeants du FIS n’ont pas été politiquement à la hauteur. Ils ont fait des fautes, ils ont même été manipulés par un certain clan du pouvoir, il faut le reconnaître. Si vous pensez vraiment que le projet de société annoncé par les cadres du FIS ou que ses discours d’avant les élections sont la solution idoine pour l’ensemble de l’Algérie de 2009, alors….. grand bien vous fasse ! Dans une société la vérité n’est pas UNIQUE, elle est multiple et variée. Cher l’être humain, Il y a plusieurs manières de vivre sa vie privé, MËME en Algérie. Cela s’appelle la LIBERTE. Je vais vite vous raconter une petite histoire qui est véridique pour vous faire toucher du doigt certaines choses. C’est l’histoire (véridique) d’un père de famille dont le comportement de son fils qui fréquentait l’université de Bab Azouar à la fin des années 1980, début des années 1990 commençait à l’intriguer. Il l’accompagnait tous les matins à l’université. Lui qui vivait depuis sa naissance tranquillement avec sa famille avec tout le « confort » que beaucoup d’Algériens lui envient (tables, chaises, télévision, lecteur cassette etc…), le père s’est aperçu que depuis la fréquentation de la faculté son fils a changé complètement de comportement. Il faisait pression tous les soirs sur ses parents (surtout la mère) pour bannir la table et la chaise, pour supprimer la télévisons …. qui est kofr etc… etc…. (entre nous, s’il avait réussi à convaincre ses parents de ne plus visionner notre TV unique, il aurait fait un beau geste, mais bon !). Bref , ce garçon voulait , par on ne sait quelle révélation, revenir aux us et coutumes de la période du Prophète. C’était la mode. Bon, je pense qu’il a entièrement le droit de vivre comme cela s’il le souhaite mais il aurait du attendre, à la rigueur, de fonder son propre foyer pour imposer « cette loi » dans son appartement, mettre sa femme et ses enfants au Hidjab ou au Kamis, c’est tout à fait normal c’est son choix et il en a le « droit ». Pour finir, ce père m’a vraiment fait rire quand il m’a dit : « tu sais, un beau matin alors que je m’apprêtais à démarrer ma voiture pour aller au travail, en voyant mon fils s’approcher de ma voiture pensant que je me devais de l’accompagner comme d’habitude à l’université , je lui ai répondu : A quoi çà sert d’utiliser la voiture de ton père ? Pourquoi, tu ne te procures pas un chameau ? Je t’informe que la voiture est Kofr. Authentique !!! Je m’excuse d’être aussi « moqueur » mais c’est une histoire vraie. Alors, comment faire avec une mentalité pareille ? Exécuter ou refuser ? C’est selon !!!! A nous de choisir, mais en laissant la liberté de choix.




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