Édition du
25 July 2017

On ne construit pas une nation avec un tas de mensonges.

Ighil Imoula

Par Saïd Radjef

Une journée à Ighil Imoula

Réagissant à l’un de mes articles parus dans le site LQA, une grande moudjahida, m’a tenu ces propos lors de notre passage avec les journalistes d’El Watan et de Liberté au village d’Ighil Imoula : « si je ne te connaissais pas depuis ton jeune âge, j’aurais pensé la même chose que ceux qui te qualifient de fervent Messaliste ».

En 1954, le peuple algérien dans tous ses fragments socioculturels et dans toutes ses composantes humaines, allant de l’autochtone musulman jusqu’à l’élément européen et juif en passant par les pieds noirs, n’a opté ni pour la collaboration avec la colonisation ni pour la violence pour accéder à son indépendance. La devise était simple : ni caïd ni indigène. Autant il refusait ce « destin de société exclue de la communauté humaine », autant il refusait de recourir aux violences pour ne plus être un peuple déchu, un peuple de seconde zone. En un mot, il voulait accéder à son indépendance par la paix et le dialogue, sans le moindre déchirement ou perte en vie humaine.

Remettons nous un peu dans le contexte de l’époque, avant que Ben M’hidi et ses amis ne décident de jeter la révolution dans la rue, et posons nous la question suivante : quelle était véritablement la situation politique du pays à la veille du 1er novembre 1954 ? Si A France, E Zola, E Combes, Rousseau, V Hugo, A Lebrun, Clemenceau, Jaurès…n’ont pas réagi face à la folie de la colonisation, en revanche leurs successeurs ont été d’un autre avis, allant jusqu’à rompre définitivement avec les jugements erronés de la colonisation. Aux yeux de Camus, Roblès, Sartre, Aragon, Eluard, Beauvoir…l’algérien ne pouvait pas être seulement ce « bougnoule » ou ce « sale arabe » que la colonisation décrivait avec un rare zèle au reste du monde. A la veille de « l’incendie » du 1er novembre 1954 qui allait provoquer des déchirements douloureux, le mouvement nationaliste à franchi une étape importante en réussissant a mobiliser en faveur de sa cause un grand courant culturel, intellectuel et politique composé essentiellement d’européens. C’est ce courant qui réussira a imposer l’acceptation de l’algérien en tant que citoyen accompli, pouvant revendiquer son indépendance

Au Congrès de la Soummam qui s’est tenu le 20 août 1956 et au cours duquel Abane Ramdane a exhorté les élites algériennes à rejoindre la révolution, le nombre des moudjahidine ne dépassait guère le chiffre de 70000 éléments, alors que celui des harkas et des supplétifs de l’armée française dépassait largement les 400000 individus.

A la question des journalistes de Liberté et d’El Watan, comment avez-vous préparer le 1er novembre ?, les deux frères Kaced du village d’Ighil Imoula, qui ont participé activement aux préparatifs du 1er novembre 1954, eurent cette réponse : « On était au total un groupe de 19 membres (…)Deux mois avant le déclenchement de la révolution, Krim Belkacem, Ali Zammoum et Abdellah Fadhel sont venus nous dire de nous préparer en vue de passer un stage militaire dans la région des Ait Bouadou. » Deux mois seulement ont suffi à Boudiaf et ses amis pour déclencher une révolution armée dont l’objectif était de restaurer l’indépendance du pays ! Mais quel miracle ! Quelles sont les retombées directes de cette action ?

Aujourd’hui, il y a la réalité, le drame que vit le peuple. Un drame qui dépasse les horreurs du terrorisme, le chômage et les misères quotidiennes. Le peuple ne sait plus qui il est au juste. Ce peuple qui s’est préservé des narcotiques de la colonisation, qui était sur le point de digérer une autre culture, une autre civilisation sans renier de ses valeurs arabo-musulmanes et amazigh a perdu tous ses repères. Désormais, il est la merci de tous les imposteurs et de tous les corrupteurs.


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6 Commentaires sur cet article

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  • A.By
    31 octobre 2009 at 7 h 16 min - Reply

    Oui c’est vrai, on ne construit pas une nation avec un tas de mensonges. Il faut écrire la véritable histoire.
    J’avais dans le passé écris un article fictive sur des faits réels sur le possible noyautage des dirigeants du MALG par le SDECE. Et aussi des mouvements de gauche et extrême gauche algérienne, en Algérie et en France noyautés par la toute nouvelle CIA américaine. Les dirigeants algériens de l’époque, novices, ne savaient pas que leurs mouvements de revendication à l’autodetermination allaient servir un dessein anglo-saxon que latin. Une fois que le SDECE mis au parfum, les préparatifs de l’insurrection ont passés à la vitesse supèrieure, on ne pouvait plus arreter la machine, surtout après 1956.

    Si nous inversons les faits et téléportons ce cas de figure en 1992, nous remarquerons de manière flagrante avec le recul que c’est bien le DRS qui avait activé les maquis islamistes pour en prendre le contrôle total à partir de 1996. Nulle peine de se poser la question pourquoi les « services » ont ils manipulés le cours du destin d’un pays de manière inhumaine et tragique, la réponse est simple : tous ces services de jadis et d’aujourd’hui travaillent pour le même employeur.

    Un jour, il faut que la vérité éclate, et sans cette dernière aucune solution viable à long terme ne pourrait être préconisée, les mensonges ont assez durés.




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  • Mohand Tahar MOHAMMEDI
    31 octobre 2009 at 18 h 31 min - Reply

    Un journaliste en 1991 avait posé une question à Monsieur Hocine AIT AHMED; il est la suivante « Quel est l’événement que vous regrettez dans votre vie? » la réponse est sans équivoque; il est la suivante :« Et bien c’est d’avoir volé la banque d’Oran », en ce qui me concerne cette réponse me suffit largement pour comprendre l’histoire de notre révolution ainsi des tenants et les aboutissants de ce qui se qui a suivi jusqu’à présent et surtout que cet HOMME on n’a rien à lui reprocher en terme de crédibilité. Seul un NOUVEAU DEPART nous permettra de construire quelque chose de solide.




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  • toufik
    31 octobre 2009 at 22 h 11 min - Reply

    @MTM
    J’ai pas compris la reponse de Mr ait ahmed
    merci de m’eclairer




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  • Mohand Tahar MOHAMMEDI
    1 novembre 2009 at 12 h 11 min - Reply

    @ toufik
    Il faut savoir mon cher ami que le nerf de la guerre c’est bien l’argent , la révolution algérienne est financé par l’argent « volé » de la banque d’Oran par AIT AHMED et BEN BELLA en 1953 et c’est grâce a cet argent que la révolution a eu lieu sinon il n y’aurai rien du tout , c’est un détail qu’on a tendance a oublier mais la vérité est la . et quand Ait AHMED parle de son regret par rapport a cet événement et bien il voulait tous simplement dire que les LÂCHES ont trahis les dignes qui ont sacrifier leurs vies pour que notre pays soit indépendant et en conclusion pour répondre à votre question on pourra dire que SI la révolution est a refaire est bien beaucoups de ces valeureux prendrons un autre chemin que celui pris par ces traitres.




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  • still
    1 novembre 2009 at 13 h 29 min - Reply

    « C’est ce courant qui réussira a imposer l’acceptation de l’algérien en tant que citoyen accompli, pouvant revendiquer son indépendance ».
    Merci pour le courant nationaliste qui a su mobilise le grand courant…europeen qui a reussi a imposer l’acceptation de l’algerien…le feu vert pour entamer une revolution quoi!
    S’il eut plus de temps , le courant nationaliste eut surement mobilise plus d’intellectuels europeens qui eurent reussi a rendre l’algerien encore plus acceptable.Celui-ci eut assez de temps pour digerer une autre culture et une autre civilisation sans provoquer ni subir les dechirements douloureux que la Revolution a causes.
    Franchement , ou vous avez ecrit trop vite votre article, ou les soupsons de la grande moudjahida etaient justifies Si Radjef.




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  • radjef said
    1 novembre 2009 at 17 h 04 min - Reply

    Bonsoir tout le monde. Nous invitons nos ainés à parler franchement et a dire ce qui s’est réellement passé pour sortir de ces sacralismes degradants. L’histoire de mai 1945 et du premier novembre 1954 à commencé avec les contacts de Eliot Roosvelt(le fils du president) et de B Murphy , l’emissaire personnel de F D Roosvelt,avec les cadres du mouvement nationaliste( Med Lamine Debaghine, Ferhat Abbas et Si Lakhfif pour Messali). Apprenant cette rencontre, de Gaulle, à partir de Londres, s’était ecrié en ces temes: »Nous avons donc perdu l’Algerie ». A la suite de cette rencontre avec les emissaires de la maison blanche, Med Lamine Debaghine, Messali et Ferhat Abbas ont redigé le manifeste des AML remis aux autorités coloniales d’Alger qui l’ont accepté. De Gaulle n’hesite pas à se deplacer en personne à Alger pour evincer l’administration en place et la remplacer par une autre. Des son retour aux plus hautes destinées de la France en 1958, de Gaulle à déja choisi ses interlocuteurs au sein du GPRA et surtout au niveau de l’état major ou il comptait plusieurs taupes, dont le president actuel Bouteflika. Si on avait laissé faire Messali, Ferhat Abbas et Debaghine, on n’aurait jamais été colonisés à ce jour par les clones de de Gaulle.




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  • Congrès du Changement Démocratique