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22 July 2017

Algérie – Egypte : le match truqué des dictatures

BenderraOmar Benderra, Algeria-Watch, 16 Novembre 2009

Les attaques contre une société de téléphonie mobile à capitaux égyptiens et le sac de la représentation de la compagnie aérienne égyptienne, tout comme les agressions sur les personnes de cette nationalité ne sont nullement une surprise. Ils suivent les incidents du Caire, où des jeunes ont lapidé le bus transportant l’équipe de foot algérienne, et d’autres violences dont ont été victimes les supporters algériens à la sortie du Cairo International Stadium. Tout est fait pour entretenir, aussi bien en Egypte qu’en Algérie un climat malsain où la colère et la frustration des jeunes trouvent un exutoire facile, immédiatement identifiable et complètement mystificateur. Il est proprement extraordinaire qu’aucune voix ne se soit élevée pour appeler au calme et relativiser l’importance d’une rencontre de football, qualification au mondial ou non. Au contraire, les télévisions des deux pays, les sites internet plus où moins officieux, les journaux nourrissent une absurde dramatisation et écrivent au jour le jour un scénario de conflit où la bêtise le dispute à l’indignité. Est-il surprenant qu’aucun dirigeant ne soit intervenu pour appeler à la raison et ramener les choses à de plus justes proportions ?

Les peuples algériens et égyptiens ne sont pas ennemis et ne le seront jamais. Ils ne peuvent l’être pour toutes les raisons du monde et d’autant moins qu’ils partagent le même sort. Les dictatures policières et les anti-élites de pouvoir – des voyous en col blanc comme le montre la gestion des événements – qui écrasent les Egyptiens et les Algériens appartiennent au même monde : celui des criminels. L’écrasement des libertés, l’oppression quotidienne, la misère et le désespoir sont le lot commun de la majorité des deux peuples. Présidence à vie, toute puissance des services de police politique, prédation à large échelle sont les caractéristiques que partagent deux régimes qui maintiennent tous deux leurs peuples sous état d’urgence depuis des décennies. Les régimes se ressemblent au point d’être l’un et l’autre incarnés par deux vieillards en mal de succession dynastique. Loin de ces cercles, les jeunes qui agitent avec passion leurs drapeaux et sont prêts à tuer leur voisin pour une misérable qualification à un tournoi de football sont les mêmes que ceux qui tentent de fuir désespérément leurs pays. Ce sont ces jeunes, en tout point semblables qui errent clandestinement dans les artères hostiles des métropoles occidentales. Les enfants des voleurs au pouvoir à Alger et au Caire, également en tout point semblables, eux, roulent en voitures de luxe dans les beaux quartiers des mêmes métropoles. Ceux-là sont en règle : ils n’ont aucun problème de résidence, avec l’argent volé aux millions d’exclus de leurs malheureux pays, ils bénéficient des meilleurs papiers d’identité. Est-il besoin d’ajouter que les deux peuples partagent les mêmes vrais ennemis extérieurs ?

Il est proprement désolant d’entendre et de lire les tombereaux d’invectives qui se déversent sans aucune censure – tiens donc ! – dans les médias des deux pays. Mais que ces injures doivent sonner délicieusement aux oreilles des despotes, de leurs obscènes clientèles et de leurs polices. La diversion est magistralement exécutée, le cycle des provocations a été parfaitement enclenché et quel que soit le résultat sur le terrain sportif, c’est d’ores et déjà tout bénéfice pour les régimes. La colère légitime des jeunes est détournée vers un improbable ennemi, les passions émeutières sont aiguillées vers des cibles illusoires. Pour grossière qu’elle soit, la manœuvre permet de calmer autant que faire se peut les tensions sociales et le mal-être général. La mystification semble fonctionner mais, cela ne fait guère de doute, la réalité finira par s’imposer.
Les véritables ennemis des peuples algérien et égyptien sont leurs propres dirigeants. .


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11 Commentaires sur cet article

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  • Ahcéne
    17 novembre 2009 at 17 h 03 min - Reply

    Bonjour,
    Je me demande si nous avons vraiment un gouvernement qui s’inquiète pour les enfants de cette nation en déclin.
    Pourquoi le Président Bouteflika et nos ministres ont fait profil bas face à l’Egypte ?
    Pourquoi notre président a-t-il facilité à des milliers de jeunes de se rendre au Soudan assister à un match qui se terminera sans doute par un bain de sang ?
    Le régime en place est en train d’attiser la haine entre deux jeunesses opprimées et des innocents risquent de mourir pendant que les gouvernants seront bien au chaud derriére leur télévision!
    C’est une honte de constater que notre président et nos ministres se camouflent derrière nos enfants!




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  • Mohamed France
    17 novembre 2009 at 19 h 49 min - Reply

    Bonjour,
    les joueurs egyptiens sont venus en Algérie jouer le match aller, ils ont été bien reçu et ont perdu lourdement devant une équipe jeune trés talentueuse. Ils sont repartis de chez nous sains et saufs.
    Juste aprés cet echec cuisant, a commencé en Egypte une croisade sans pareil contre le peuple algérien et ses aquis historiques dont l’indépendance. les journalistes egyptiens et les pseudointellectuels ont traité le peuple algérien d’ignare, d’analphabète…
    Nos joueurs sont venus chez vous, dés leur arrivée ils ont été tabassés,caillassés,maltraités,insultés,humiliés…Nos supporteurs ,même aprés le match, ont subit le même sort. La complicité est générale et je doute fort que les agressions sont le fait de groupuscules isolés????

    Notre pays a réagit,l’inverse serait anormal, le sang des algériens est précieux et les egyptiens feraient mieux de comprendre qu’ils sont loin d’être le centre du monde et que le niveau civilisationnel qu’ils revendiquent depuis longtemps a été largement remis en doute lors de la barbarie qui s’est produite au caire.




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  • moura
    17 novembre 2009 at 20 h 07 min - Reply

    Omar Bendera,je suis du meme avis,on doit surement etre de la meme generation:on est dephasé.
    Ce qui se passe echappe à notre logique,j’allais dire à nos logiques.aucune these ne peut expiquer l’engouement de cette formidable jeunesse:ils ont recupéré le drapeau,leur drapeau.
    Le systéme predateur-destructeur-negateur et pervers joue:le drapeau,l’islam,bientot l’amazigh.
    J’espere,en plus du drapeau cette jeunesse va s’accaparer des autres dimensions,c’est mon reve;ils auraient recuperé l’algerie.ils là meritent largement
    Vive l’algerie algerienne




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  • Chettan Baïnahoma
    17 novembre 2009 at 20 h 53 min - Reply

    No comment :

    Un député de l’Alliance présidentielle appelle au boycottage des produits égyptiens

    Et

    Le RCD demande une commission indépendante pour faire la lumière sur les scandales financiers révélés par la presse




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  • baroudi
    17 novembre 2009 at 21 h 32 min - Reply

    M.Benderra votre analyse est bien edifante et juste.pour en revenir à certains medias fascistes tels TSA , pour lequel ameliorer son audience est plus important que les valeurs humaines, n’ hesite pas à fouler au pied toutes les valeurs elementaires du journalsme. au diable la deontologie et l’ ethique. L’ invective, l’ indecence, le mensonge, la manipulation, les propos orduriers, sont le lot quotidien des forums de TSA.le slogan de TSA c ‘est d’ infantiliser et d’ abrutir ceux qui font l’ erreur de participer à ces joutes ou les relents nauseabonds se disputent à la betise.la presse de caniveaux à de beaux jours devant elle, à l’ image de l’ equivalent algerien du journal fasciste minute




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  • zak
    18 novembre 2009 at 2 h 31 min - Reply
  • still
    18 novembre 2009 at 7 h 41 min - Reply

    L’effet de l’anesthésiant s’estompera et la jeunesse des deux bords reprendra ses esprits.Aux deux régimes, il faudra alors une machine qui produise l’illusion en série pour pouvoir maintenir le couvercle de la cocotte en place.




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  • Dahmani
    18 novembre 2009 at 9 h 27 min - Reply

    Cette article dit vrai mais masque la réalité des choses.
    La situation politique, économique et sociale des deux pays est connue de tous. Et ce n’est pas l’enjeu de ce match. Faire un procès au gouvernement Algérien ou au président de la république sur la façon d’avoir gérer l’avant et l’après match est déplacé à mon sens. Ni l’un ni l’autre s’est mal comporté durant cette aventure. Bouteflika n’était pas président quand, en 1989, Belloumi et autres joueurs étaient obligés de se défendre à la sortie des vestiaires, pire encore ils étaient accusés d’avoir frappé. Sans parler sur d’autres incidents avec les supporters. Ceci dure depuis bien avant 1989. Toute occasion sportive sur le sol Égyptien est entachée d’incidents soutenus par les officiels, et cela contrairement au rendez-vous tenus en Algérie. La coupe est pleine. Personne ne peut nier que les Algériens essui du mépris de la part des pays Arabes en premier lieu…aller chercher pourquoi. Ceci est long à expliquer ici; je me contente de citer que la jalousie sans rentrer dans l’histoire. Le gouvernement Égyptien a toujours été prêt à défendre n’importe quelle thèse aussi farfelue que ridicule pour se dédouaner ex. les joueurs algériens ont orchestré cette scène…ils ont casse les vitres..etc. Avez-vous vu dans l’histoire de l’Algérie indépendante un gouvernement qui est allé aussi bas avec une équipe hote?. Le peuple Algérien à travers ce match, n’est pas en train de couper les ponts avec les pays Arabes mais mieux encore est en train de revoir sa copie et accepter le fait que non seulement l’occident chrétien ne lui a jamais pardonné sa lutte pour l’indépendance et avoir chassé les bons chrétiens de son territoir (FIFA et autres) mais les autres pays Arabes ne le portent pas dans leur coeurs non plus. Donc les jeunes ont bien compris que nous devons batir notre nation, seuls en comptant sur la coopération entre pays (y compris l’Egypte) et non pas sur des slogans vides de sens, tels que « pays frère ». C’est ça le message envoyé.




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  • Mohand Tahar MOHAMMEDI
    18 novembre 2009 at 12 h 18 min - Reply

    Effectivement , on voit bien que l’esprit aventurier prime sur la raison politique, ce régime qui profite d’une JEUNESSE en perte de repère mais pleine d’énergie et qui exploitent pour faire diversion de cette crise inégalé de l’histoire d’Algérie, et c’est un secret de polichinelle pour toute conscience politique que ce JEU est une manipulation de ces ignorants assoiffés de pouvoir qui utilise une BALLE EN CAOUTCHOUC POUR HYPNOTISER du moins quelques temps cet instinct populaire.




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  • still
    18 novembre 2009 at 21 h 22 min - Reply

    Ouf! Le match vient de prendre fin (1-0)au profit de l’Algerie: Les jeunes se defoulent dans la joie,la haute tension se decharge pacifiquement dans les rues et ruelles de l’Algerie, le regime respire enfin.Il vient de beneficier d’un autre sursis qu’il a interet a utiliser a bon escient , a savoir : se retirer en douceur sans degats et sans fracas.Je sais que c’est un pari difficile et douloureux pour lui, mais il y va de sa propre survie physique ..et de celle de l’Algerie.




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  • thirga
    22 novembre 2009 at 7 h 02 min - Reply

    Patrie et indépendance identitaire
    Par : Mustapha Hammouche

    Son arabisme ne lui aura pas été d’un grand secours. Hadjar a été, par deux fois, convoqué au ministère des Affaires étrangères égyptien et son ambassade a été attaquée. Dans son aveuglement, l’État égyptien n’a en rien tenu compte de ce compagnonnage idéologique qui, jusqu’ici, lui assurait l’obédience de la plupart des dirigeants algériens.
    Après l’accueil pour le moins inamical réservé à l’équipe nationale algérienne au Caire, l’escalade verbale confirme la préméditation de l’agression. À l’évidence, l’élimination de l’Égypte est conçue comme inacceptable parce qu’elle est le fait de l’Algérie. Ce crime de lèse-tutelle trouve, aux yeux des Égyptiens, sa justification dans la légende du rôle des Arabes, en général, et de l’Égypte, en particulier, dans la guerre de libération nationale. Un rôle créé par l’histoire officielle post-indépendance pour légitimer un amarrage contre nature à un Orient décadent. Les loosers ont aussi besoin de leur souffre-douleur. Cela les rassure : ils peuvent encore faire peur… ou faire mal.
    Nos voisins, qui nous ont servi de base de repli et de plateforme opérationnelle à l’ALN, n’en revendiquent pas autant qu’un pays qui a juste permis au FLN d’ouvrir un bureau pour y abriter l’aile baathiste du mouvement de la direction extérieure de la révolution. Ce n’est pas un hasard si Nasser a délégué son chef des services secrets comme interlocuteur de la Révolution algérienne. Ali Dib, qui, pour poursuivre sa mission, s’installa après l’indépendance comme ambassadeur d’Égypte à Alger. Depuis, les dégâts, notamment en matière d’éducation, de gestion de culte, d’écriture de l’histoire, de consommation culturelle, n’ont pas cessé de s’accumuler. Nous commencions à leur ressembler. Ce sentiment fabriqué de dette égyptienne légitimait notre disponibilité, notre solidarité et… une grande partie de notre dette russe. Tandis que le statut arbitraire de fraternité justifiait l’invasion idéologique baathiste et islamiste et plus tard… les charters d’adolescents pour Kandahar organisés par les… Frères musulmans d’ici et de là-bas. Le pan-nationalisme arabiste a préparé le terrain du transnationalisme islamiste.
    Observons le silence baathiste et islamiste dans cette affaire ! D’habitude, si prompts à enfourcher le cheval de la patrie offensée, si habiles à surfer sur les erreurs du pouvoir, ils font profil bas devant cette bagarre à sens unique. D’abord, l’enjeu sportif n’était pas du registre de la stratégie de recrutement islamiste : ils croient que le stade est le concurrent de la mosquée ; ensuite, le nationalisme, dont la renaissance a été accélérée par l’épreuve du Caire, est l’antidote des idéologies transfrontalières.
    Constatons donc la paralysie politique de pans entiers des forces politiques et sociales quand il s’agit de réagir à une “fraternelle” agression ! Et apprécions le danger du piège géopolitique d’une identité empruntée. Ceux qui ont plus d’arabité que d’algérianité ou plus d’islamité que d’algérianité ne peuvent concevoir la primauté du principe de “l’Algérie avant tout”. Écoutez-les nous appeler au calme pendant qu’on nous agresse. Exactement comme ils l’ont fait au début des années 1990, devant le péril intégriste. Puisse donc cette épreuve nous faire saisir l’urgence d’une indépendance identitaire

    Remarque: A conseiller fortement à certains internautes toutefois l’article est à lire dans la serenité en laissant aux vestiaires les ressentiments nauséabonds, sportivement parlant.




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  • Congrès du Changement Démocratique