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25 March 2017

Moines de Tibéhirine: la France informée d'une possible manipulation du GIA

moinesPARIS (AFP) – 20 novembre 2009. 11 :12

La France était informée de l’éventualité d’une manipulation par les services algériens du groupe islamiste ayant revendiqué l’assassinat des moines de Tibéhirine en 1996 dans les semaines qui ont suivi leur enlèvement, selon des documents diplomatiques déclassifiés consultés jeudi par l’AFP.
Les sept moines français avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère près de Medea, ceinturé de maquis contrôlés par les groupes armés islamistes et où les tueries étaient alors fréquentes. Le GIA (Groupe islamique armé) de Djamel Zitouni avait revendiqué leur enlèvement le 26 avril et leurs têtes ont été découvertes le 30 mai.
Dès le 8 avril, le directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères, Hubert Colin de Verdière, fait part dans une note au ministre d’un entretien avec le général Philippe Rondot de la DST, qui est en contact « très direct » avec la Sécurité militaire algérienne (SM).
« On ne peut exclure que les services algériens (…) en sachent plus qu’ils ne le disent sur les intentions de Zitouni: on prétend qu’ils manipuleraient plus ou moins », relate M. Colin de Verdière.
Cette note, que l’AFP a consultée, fait partie du lot de 26 documents des Affaires étrangères déclassifiés par le ministère et dont l’avis a été publié jeudi au Journal officiel.
Dans un point sur le dossier au 26 avril, le directeur-adjoint de cabinet du ministre, Philippe Etienne, affirme que les moines « sont détenus par un groupe proche de l’émir du GIA, Djamel Zitouni ».
Rappelant « les interrogations souvent formulées sur les liens entre Zitouni et la sécurité algérienne », il rapporte des confidences du général Smaïn Lamari, chef de la SM.
« Celui-ci qui considérait il y a peu encore D. Zitouni comme un élément plutôt commode, car fauteur de divisions au sein de l’opposition islamiste armée, semblait désormais le juger moins contrôlable », raconte M. Etienne.
Les diplomates français ne reprennent toutefois pas à leur compte cette hypothèse. Cette thèse a surgi au cours de l’enquête judiciaire, notamment par un adjudant en rupture de ban, Abdelkader Tigha.
Cette hypothèse est également avancée par un ancien avocat proche du FIS (Front islamique du salut) en contact avec l’ambassade à Alger et pour qui l’enlèvement avait été une « totale surprise ».
Cet homme, dénommé Boukhalfa, soutenait que les auteurs de l’enlèvement avait été « inspirés par la sécurité militaire algérienne », rapporte dans un télégramme déclassifié, le premier conseiller de l’ambassade, Yvon Roe d’Albert le 29 mai 1996.
L’avocat s’appuyait sur les confidences d’un officier « bien introduit dans les milieux du FIS », selon qui l’enlèvement visait à « soulever l’Eglise contre les islamistes » et qui avait « paru extrêmement embarrassé par l’annonce de la mort des moines ».
Par ailleurs, un autre télégramme diplomatique du 28 avril fait état de l’assurance par les autorités algériennes « qu’aucune action militaire ni aucun bombardement ne seraient entrepris sur des zones dans lesquelles les moines seraient supposés être détenus ».
Or un autre télégramme du 29 mai relate des informations selon lesquelles « d’importantes opérations militaires » s’étaient déroulées « dans la région du Médéa entre le lundi 20 mai en début de matinée et le mercredi 22 au soir ». Selon le communiqué du GIA, les moines avaient été tués le 21 mai.


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2 Commentaires sur cet article

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  • Admin
    21 novembre 2009 at 16 h 38 min - Reply

    Affaire des moines de Tibehirine: 26 documents secrets déclassés

    par Amine. L, Le Quotidien d’Oran, 21 novembre 2009

    Décidément, comme l’a si bien voulu Nicolas Sarkozy, l’affaire Tibehirine ne cesse de s’emballer en France. L’agence française AFP a publié, hier, le contenu de certains documents diplomatiques français que cet organe de presse affirme «avoir consulté jeudi dernier», et qui font partie d’un lot de 26 documents des Affaires étrangères déclassifiés par le ministère, et dont l’avis a été publié jeudi au Journal officiel français. Que disent donc ces documents ? Des messages internes échangés entre diplomates français faisant état que «la France était informée de l’éventualité d’une manipulation par les services algériens du groupe islamiste ayant revendiqué l’assassinat des moines de Tibehirine en 1996 dans les semaines qui ont suivi leur enlèvement». Les diplomates français ne reprennent toutefois pas à leur compte cette hypothèse.

    Le GIA de Djamel Zitouni avait revendiqué, dans un communiqué authentifié, l’enlèvement des sept moines, le 26 avril, et leurs têtes ont été découvertes le 30 mai. Le conditionnel et les ouï-dire sont servis à satiété dans une série de documents des Affaires étrangères déclassifiés que l’AFP dit avoir consultés dont voici le contenu : «On ne peut exclure que les services algériens (…) en sachent plus qu’ils ne le disent sur les intentions de Zitouni : on prétend qu’ils manipuleraient plus ou moins», relate, le 8 avril 1996, Hubert Colin de Verdière, directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères, dans une note au ministre à la suite d’un entretien qu’il a eu avec le général Philippe Rondot de la DST, qui est en contact «très direct» avec la Sécurité militaire algérienne». Dans un autre document, il est écrit que «dans un point sur le dossier au 26 avril, le directeur-adjoint de cabinet du ministre, Philippe Etienne, affirme que les moines sont détenus par un groupe proche de l’émir du GIA, Djamel Zitouni». Rappelant «les interrogations souvent formulées sur les liens entre Zitouni et la sécurité algérienne», il rapporte des confidences du général Smaïn Lamari, responsable de la Sécurité militaire. «Celui-ci qui considérait il y a peu encore Zitouni comme un élément plutôt commode, car fauteur de divisions au sein de l’opposition islamiste armée, semblait désormais le juger moins contrôlable», raconte M. Etienne.

    Le Journal officiel français a, par ailleurs, publié hier trois avis émanant d’une Commission consultative du secret de la Défense nationale (CCSDN) qui a proposé une large déclassification de documents des ministères français de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur sur la mort des moines de Tibehirine. La commission, dont les avis ont toujours été suivis dans leur quasi-totalité par les autorités concernées (Présidence française, premier ministère, ministères), a émis un avis favorable à la déclassification de 105 documents «confidentiel défense» ou «secret défense» sur un total de 109 documents soumis à son examen par ces trois ministères concernés. Elle s’était réunie le 5 novembre dernier pour examiner ces 109 documents à la suite d’une demande de levée du secret de la défense faite par le juge d’instruction antiterroriste Marc Trévidic, chargé de l’enquête sur la mort des sept moines de Tibehirine en 1996. Les avis de la CCSDN ne précisent toutefois pas le contenu des documents classifiés soumis à son examen. Le juge avait fait cette demande, il y a trois mois, dans des lettres adressées aux ministres français de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur. Elle concerne notamment un rapport de l’attaché de Défense français à Alger à l’époque des faits, le général François Buchwalter aujourd’hui à la retraite. Ce dernier a déclaré le 25 juin dernier à Marc Trévidic que, selon ses informations, les moines de Tibehirine n’avaient pas été tués par les islamistes qui les détenaient mais par l’armée algérienne lors de l’assaut donné aux insurgés. Cette thèse délirante a été réfutée aussi bien par les autorités algériennes que par des personnalités françaises de haut rang à l’époque des faits. Le 9 novembre, le ministère français des Affaires étrangères a transmis 26 documents déclassifiés (notes et télégrammes diplomatiques) au juge Marc Trévidic. Selon une source citée par l’AFP, aucun de ces 26 documents ne concerne le rapport du général Buchwalter.

    Jeudi soir, précise la même source, les ministères de la Défense et de l’Intérieur n’avaient adressé aucun document au juge. Ainsi, cette affaire semble faire beaucoup de bruits en France sans rien apporter de nouveau.




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  • baroudi
    21 novembre 2009 at 19 h 20 min - Reply

    Authentifies par qui le communiqué du GIA ?s’ il y a eu complot et que tous les services secrets occidentaux ont collaborés à ces operations anti terroristes au nom de la securité mondiale…..comment peut on etre juge et Partie???? Jean louis bruguiere islamophobe notoire,donc non credible, a lui meme reconnu sur canal plus, il y a quelques semaines qu’ il ne pouvait tout divulguer dans le livre qu’ il a publié.Les islamistes de par leur concepion de la société et les valeurs qu ils vehiculent sont devenus les ennemis publics de toute la planete, en particulier de l’ occident et des tyrans arabes.je ne pense pas que le monde entier les combat parce qu’ ils sont des terroristes, mais plutot parce que leur modele de société n ‘est pas regie par l’ argent et le profit.




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