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28 March 2017

Rabah Saâdane, entraîneur à vie

SaadanePar Saad Lounès
Une extraordinaire mobilisation populaire, médiatique et gouvernementale a insufflé aux joueurs algériens une force physique et mentale qui leur a permis de battre une solide équipe égyptienne et se qualifier au Mondial 2010. Cette victoire est celle de tout un peuple uni derrière son équipe nationale. Mais elle est surtout celle d’un homme, l’entraîneur Rabah Saâdane. D’une grande simplicité et humilité, il a acquis popularité et notoriété grâce à un parcours semé de trophées.

Saâdane dirigeait déjà l’Algérie au Mondial 1986, il y a de cela 23 ans. Les joueurs qu’il coache aujourd’hui, et les milliers de supporters qui ont envahi Khartoum, étaient des gamins ou n’étaient même pas nés.

La FAF avait choisi de rappeler Saâdane, pour la cinquième fois en octobre 2007. Il fut déjà membre du staff en 1981-1982, puis coach en 1984-1986, 1999, 2003-2004. Saâdane venait juste de remporter la Ligue des Champions arabes avec l’ES Sétif. Avant de revenir en Algérie, il avait fui la traversée du désert du football national en allant entraîner le Raja Casablanca au Maroc, l’Etoile du Sahel en Tunisie et le Yemen.

La satisfaction sincère de cette qualification tant attendue, qui fait chaud au cœur dans un pays trop habitué aux défaites, ne doit surtout pas nous cacher les anachronismes d’un Etat qui marche à reculons sans jamais savoir consolider ses acquis ni les fructifier. Que s’est-il donc passé entre 1986 et 2009 ?

Comme tous les autres secteurs, le football algérien a été saboté par les impostures, l’amateurisme et l’incurie à la tête des instances dirigeantes des clubs et de la fédération. Des opportunistes obscurs qui n’ont rien à voir avec le football ont chassé les vrais footballeurs qui ont gravé leurs noms dans le marbre de nos mémoires sportives. Tous les ressorts d’organisation et de fonctionnement qui doivent relier les générations et transmettre les flambeaux des victoires ont été cassés.

Rabah Saâdane est un des fruits du travail de fond accompli par les grands joueurs de la glorieuse Equipe du FLN qui ont servi de modèles à des générations de footballeurs (Arribi, Kermali, Maouche, Zitouni, Mekhloufi, Soukhane, Rouaï, Zouba, …).

Le plus célèbre d’entre eux, Rachid Mekhloufi, reste le meilleur joueur et buteur de l’histoire du club de Saint-Étienne avec 116 buts. Des sommités du football français, comme Aimé Jacquet ou Jean-Michel Larqué, qui ont joué à ses côtés, parlent encore de lui sur le ton de la déférence comme leur Maître. Son passage à Saint-Etienne avait marqué le club, suscité des vocations, et lancé les formidables épopées des Verts stéphanois.

Après l’indépendance et à la fin de leur carrière, Mekhloufi et tous ces footballeurs émérites du FLN, qui ont prouvé leur nationalisme sur le terrain, ont pris en main les structures des clubs et des équipes nationales. C’est à eux qu’on doit l’éclosion de toute une pépinière des joueurs talentueux des années 70 et 80, dont l’aboutissement a été la victoire historique contre l’Allemagne au Mondial 1982. Le monde du football découvrait de surprenants joueurs faisant preuve d’une «parfaite maîtrise technique et d’une conduite souveraine du ballon». Une nouvelle génération de footballeurs avait pris la relève de l’Equipe du FLN. A cette époque, tous les joueurs émigrés rêvaient d’endosser le maillot national, comme Dahleb, Zitouni, Korichi, Maroc, etc…

Les joueurs locaux les plus talentueux ont été courtisés par les clubs européens, comme Madjer, Assad, Belloumi, Guendouz, … L’Algérie devenait un producteur de footballeurs de talent qui s’exportaient comme le Brésil, l’Argentine ou la Yougoslavie.

Que reste-t-il aujourd’hui des héritages sportifs de ces générations glorieuses? Rien. Des imposteurs à la tête des clubs et de la fédération ont chassé les Mekhloufi, Madjer, Assad, Belloumi, … D’illustres inconnus qui se disputent comme des joueurs de quartier ont pris la place des professionnels connus et respectés mondialement.

Rachid Mekhloufi se morfond dans sa maison d’El Marsa en Tunisie. Rabah Madjer en a marre de jouer au commentateur sportif pour des télévisions. Salah Assad a été interné quatre ans dans les camps du sud. Meziane Ighil et Lakhdar Belloumi ont été jugés dans l’affaire Khalifa. Guendouz et les autres ont disparu, chassés de l’encadrement du football national.

L’appât du gain a gangrené des dirigeants affairistes et des joueurs «starlettes». Les clubs ne produisent plus de footballeurs de talent, à part quelques exceptions qui confirment la règle et ne cherchent qu’à s’expatrier.

Sur les 24 joueurs sélectionnés pour les matchs de qualification au Mondial 2010, les deux tiers jouent dans des clubs étrangers. La plupart sont nés, ont grandi et ont été formés à l’étranger. Sur la dernière feuille de match du onze rentrant à Khartoum, il n’y avait qu’un seul joueur local, le surprenant gardien de but de l’Entente Sétif, Fawzi Chaouchi, héros d’un soir.

Rabah Saâdane a réussi à bâtir une équipe soudée et solidaire sur le champ de ruines du football national grâce à des joueurs cadres au fort sentiment patriotique comme Ziani, Yahia, Belhadj, Saifi, Mansouri, …

Malgré cette qualification fort bienvenue, il ne faut surtout pas se voiler la face et se bercer d’illusions. Le rappel de Saâdane est en soi un terrible aveu d’échec. Le syndrome du président à vie et du premier ministre à vie va-t-il aussi devenir celui de l’entraîneur à vie ?

Le football n’est pas seul à subir l’incompétence, la régression et la décadence de la gouvernance du pays. D’autres sports qui avaient hissé haut l’hymne et le drapeau algérien ont périclité dans l’indifférence générale, comme le hand-ball de Aziz Derouaz ou l’athlétisme de Nourredine Morceli.

Saâd Lounès


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4 Commentaires sur cet article

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  • karima
    20 novembre 2009 at 18 h 34 min - Reply

    Merci grand homme, merci Saadane.




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  • Lies
    21 novembre 2009 at 0 h 12 min - Reply

    Salutations à toutes et à tous.

    Ne gâchons pas la fête et prenons le temps de savourer cette victoire qui n’est pas peu de chose.

    Cette victoire est d’abord une bénédiction de Dieu au sens où c’est une thérapie pour un peuple qui a souffert les affres du terrorisme.

    Cette joie qui a déserté nos foyers et nos rues, est plus que jamais la bienvenue.

    Les bienfaits de cette victoire de notre équipe nationale de football, sont importants et multiples, tellement évidents qu’ils se passent du besoin d’être rappelés.

    Disons seulement que cette victoire, avec la joie et la fierté qu’elle procure, redonne espoir et vie à des cœurs malades et des âmes abattues.

    C’est à mon avis le point de départ d’une véritable réconciliation entre les algériens.

    C’est aussi la preuve que les algériens aiment leur pays et qu’ils sont courageux, généreux et capables de relever les défis avec civisme, maturité et détermination, lorsque ceux-ci ne les mettent pas en confrontation entre eux.

    Bravo à tous, sans exception.

    Permettez-moi de remercier d’une façon toute particulière l’entraineur national Rabah Saadane.

    Merci frère, pour ton humilité et ta sagesse et ta compétence connue et enfin reconnue.

    Personne, à commencer par moi-même, ne voudrait être à votre place tellement la pression est forte.

    Vous avez certainement supporté tout ça, en pleurant et en priant dans le secret de votre solitude.

    Dieu vous a écouté et a exaucé vos prières car Il a vu que vous ne recherchez pas votre gloire personnelle, mais la joie de tout un peuple et la réhabilitation d’une nation.
    .
    Merci à ceux qui espèrent en des lendemains meilleurs.

    Merci à tous ceux qui vont fructifier cette magnifique réalisation pour le seul bien de l’Algérie.

    J’espère que cette victoire appellera d’autres, toujours plus retentissantes.

    Saadane a donné le ton et a montré la voie en sachant mobiliser les forces algériennes où elles se trouvent.
    Les autorités compétentes l’ont écouté, lui ont fait confiance et ont mis à sa disposition les moyens demandés.

    Le résultat est là pour confondre les sceptiques et les mauvais conseillers.

    Gageons que c’est le début d’une nouvelle ère, d’une nouvelle culture qui est en train de prendre forme.

    Merci à nos amis internautes, merci à nos frères qui administrent ce site.

    Fraternellement.




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  • thirga
    21 novembre 2009 at 16 h 49 min - Reply

    N’en déplaise aux myopes, le football nationale a connu deux épopées en attendant ce qui en sortira de notre participation en Afrique du Sud.Il y a l’épopée de l’équipe FLN et celle de 82, drivée par Mahiedine Khalef.A Chacune son caractère, sa spécificité. Si l’équipe de 82 était majoritairement du cru et issue de la réforme sportive, celle qui va s’engager est à l’opposé de la précédente. Elle est composée majoritairement d’Algeriens nés, formés et évoluant en Europe. Leur force et leur individualité ont créé notre équipe nationale dans un pays où le football et le sport en général est gangrené. L’instrumentalisation par le pouvoir egyptien de la rencontre Egypte Algerie montre la déchéance des systèmes politiques dans ces deux pays.




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  • Mohamed Allilou
    21 novembre 2009 at 19 h 41 min - Reply

    Salut à tous,je rappèle à thirga que l’équipe de 1982 a été construite par Rachid Mekhloufi et Abderahmane Soukhane.Mekhloufi a quitté cette selection après la qualification pour le Mondial 82 à cause d’un malentendu avec la fèdèration et le ministère des sports (2 mois avant l’ouverture du mondial.




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