Édition du
27 March 2017

Il y a 10 ans, Abdelkader Hachani

HachaniFarid Omeir

« Il est, parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux ont atteint leur fin, et d’autres attendent encore ; et ils n’ont varié aucunement (dans leur engagement). » (Coran 33:23).

Abdelkader Hachani, homme réputé discret, au visage apaisant et à la barbe fournie, nous a quitté voila une décennie. L’occasion de revenir sur le parcours de cet homme devenu martyr.

Né à Constantine en 1956, fils d’un héros de la guerre d’indépendance, Abdelkader Hachani était ingénieur en pétrochimie de formation.

En 1989, il figure parmi les 35 membres fondateurs du FIS, et deviendra son principal dirigeant suite à l’arrestation des chouyoukhs, Abassi Madani et Ali Benhadj, et suite au congrès de Batna, qui le propulsera à la tête du comité exécutif du FIS. Consacrant l’option démocratique et légaliste du FIS, il deviendra l’artisan principal de la victoire du FIS aux législatives avortées de 1991.

Fin stratège, homme de paix et de dialogue, Abdelkader Hachani saura déjouer toutes les manœuvres malsaines du pouvoir. Arrêté une première fois durant un mois en septembre 1991, sous le vague prétexte de prêche enflammé, Hachani connaitra tout au long de son parcours la torture et la prison, épreuves qui ne lui feront jamais transiger avec ses principes.

Suite au coup d’Etat de janvier 1992, il appelle ses partisans à la retenue et à résister à la junte au pouvoir par « le jeune et la prière », mais sera arrêté une nouvelle fois le 22 janvier 1992, suite à un communiqué adressé aux militaires jugés comme un appel à la désertion. En réalité, il appelait à un simple respect du choix du peuple dans le but de préserver la cohésion de la Nation et l’unité des Algériens.

Toujours soucieux de sa religion, de sa nation et de son peuple, Abdelkader Hachani restera cinq ans en prison sans jamais être jugé. Détention durant laquelle il sera sauvagement torturé, et durant laquelle il entamera neuf grèves de la faim. Il assistera aussi impuissant au massacre de Serkadji, durant lequel Ikhlef Cherrati, que Dieu lui accorde Sa miséricorde, théologien et dirigeant du FIS, trouvera la mort. Dans son combat inlassable pour la vérité et la justice, il écrira au président pour lui demander qu’une enquête soit ouverte et que justice soit faite, sans jamais être entendu.

A sa sortie de prison, il sera privé de ses droits civiques, et interdit de quitter la capitale. Faisant fi de ces interdictions, Hachani, mû par la volonté de remettre l’Algérie sur la voie de la paix et de la réconciliation, continuera inlassablement son combat. Critique vis-à-vis de la manière dont le pouvoir souhaitait mette fin à la guerre civile, Hachani demandera constamment que le débat soit ouvert, incluant toutes les parties, et réclamera toujours la justice et la vérité : « S’agissant de réconciliation nationale, je milite personnellement depuis ma sortie de prison pour ramener la paix et évacuer la violence de façon globale et définitive de notre pays, en préservant la dignité et les convictions de toutes les parties. La résolution du phénomène de la violence restera cependant tributaire d’une ouverture politique réelle qui viendrait ponctuer un traitement juste et équitable des différents dépassements qui ont eu lieu de part et d’autre. »

Devenu un élément gênant, refusant la compromission avec le régime, ce dernier ne trouvera comme seule solution que son élimination. Officiellement assassiné par un tueur du GIA, cette version ne résiste aucunement à une analyse des faits. Victime d’un pouvoir illégitime qu’il n’a cessé de combattre, Hachani sera rappelé par le Créateur le 22 novembre 1999 à Alger.

Enterré dans le cimetière d’El Kettar à Alger, plusieurs milliers de personnes assisteront à son enterrement, et les hommages seront nombreux, dépassant ceux du courant islamique. Hommage à l’image de l’homme, capable de concilier Islam et démocratie et de dépasser les clivages dans le but d’instaurer une paix durable.

En ce moment de pèlerinage où des millions de musulmans convergent vers La Mecque, il convient de rappeler qu’Abdelkader Hachani, privé de passeport, n’aura jamais l’occasion d’effectuer ce voyage qui lui était si cher.

Bien plus qu’un homme politique, l’Algérie a perdu un de ses fils les plus chers et un grand homme, dont seul la mort pouvait mettre fin à son combat. Le peuple algérien doit se souvenir de lui, de sa lutte, afin qu’elle continue d’être menée jusqu’à la libération de l’Algérie de la tyrannie et du despotisme.

Enfin nous prions Dieu d’accorder au martyr Hachani Sa miséricorde, et de l’accepter dans Son paradis.

Farid Omeir
21 novembre 2009


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7 Commentaires sur cet article

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  • Anwar N. Haddam
    21 novembre 2009 at 18 h 26 min - Reply

    Assalamu Alaikum

    Allah Yarham akhina Abdelkader, qu’Il accepte ses bonnes actions et protège sa famille et enfants.
    Le frère Hachani était un grand homme wa la nuzakki ‘ala Allah ahadan.
    Merci pour l’article.
    Wassalam
    Anwar N. Haddam




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  • Zineb AZOUZ
    21 novembre 2009 at 23 h 14 min - Reply

    Un homme courageux, tranchant et surtout incorruptible, un homme qui se savait condamné, d’abord par ses pseudo frères de lutte qui ont préféré négocier et/ou fuir.

    Hachani était l’un des rares, des très rares hommes du FIS à faire réellement peur au régime, il avait l’intelligence, le discours, la culture politique et bien sûr l’inébranlable foi qui anime tous les hommes justes et décidés.
    Son appel aux Algériens militaires est toujours d’actualité, et dans le monde entier, c’est un appel à la conscience de ceux qui tiennent les armes.

    Les lâches qui t’ont assassiné nous tuent à petit feu chaque jours un peu plus.

    dans une démocratie que notre pays ne connaîtra sans doute jamais, je n’aurais jamais voté pour le FIS, mais je lui aurais toujours envié son Hachani.
    Rabi yarham wa yantaquim.
    Cordialement,
    Zineb.




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  • chawki
    21 novembre 2009 at 23 h 39 min - Reply

    INA LILLAH OUA INA ILAIHI RAJIOUNE -ALLAH YARHAM EL AKH HACHANI




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  • Mohand Tahar MOHAMMEDI
    22 novembre 2009 at 10 h 31 min - Reply

    L’assassinat de cet homme POLITIQUE RESPECTABLE dans la gouvernance de bouteflika démontre clairement qu’il ne détient aucune décision politique relatifis à l’espace politique algérien , et c’est les sanguinnaires qui ont arréter le processus démocratique en 1991 qui sont dériére cet acte contre l’intéllegence et la PAIX pour vider le FIS de sa substance intélectuelle, ce qui arrange particulierement ce régime ignorant qui se nourit que de la violence.




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  • Véritas
    22 novembre 2009 at 12 h 42 min - Reply

    @Zineb AZOUZ .

    Au nom de Dieu Clément.

    Nombreux ont été,en 1992,les Hachani anonymes qui ont été liquidés ou,ont dû leur salut à une fuite à l’Étranger.Une élite intellectuelle(1) peu commune dans nos pays arabes.Des universitaires diplômés,,de hauts cadres de l’État,des enseignants du supérieur et des milliers d’étudiants enthousiastes et lucides sur les véritables enjeux de la politique internationale qui déterminent les orientations et les évènements tragiques auxquelles l’on assiste à travers le monde.

    L’assassinat ou la réduction à l’impuissance des intellectuels est une pratique ancienne et rodée qui confine au massacre de masse. Les révolutions communistes,les impérialismes yankees et européens,nos régimes arabes « béni-oui-oui », se sont illustrés dans bien des carnages collectifs ou des actes « stay-behind »(en retrait).Cela a été et continuera d’être aussi longtemps que nous nous évertuerons à ne pas vouloir voir et à ne pas vouloir entendre la Vérité qui nous interpelle tous les jours que Dieu fait : LA FIN DE L’ETAT DE DROIT*.Et ce, sous toutes les latitudes et dans tous les continents.
    —————————
    Écrits de Jean Claude PAYE (2) :
    Les accords d’extradition passés entre l’Union Européenne (et bientôt dans le cadre de l’Union Pour la Méditerranée) et les USA en 2003 permettent de livrer aux États-Unis des ressortissants de n’importe quel pays européen, à des motifs décidés et modifiables unilatéralement par eux, qui n’ont pas à être valables dans les pays où ces personnes résident. L’Union Européenne adopte ainsi automatiquement les décisions américaines en matière de droit, qui s’installent de fait dans la législation européenne.

    Le Military Commission Act, datant de 2006, introduit des notions de guerre dans le droit pénal américain en créant la notion d’ « ennemi combattant illégal », dont la définition est un individu désigné comme tel par le pouvoir exécutif américain sans nécessité d’avancer de quelconques preuves ou éléments matériels. Le Military Commission Act prévoit que ces « ennemis combattants illégaux » soient jugés devant une commission militaire, avec un juge militaire et un avocat militaire désignés par le pouvoir exécutif, les causes de l’arrestation n’ont pas à être transmises au prévenu et le degré de coercition à appliquer à l’ « ennemi combattant illégal » est décidé par le pouvoir exécutif.

    Les attentats du 11 septembre ne sont pas le point de départ de cette politique de destruction du droit, mais servent à en légitimer l’application. Ces attentats sont considérés comme un acte de guerre, d’une guerre relativement indéterminée mais qui donne droit à des pouvoirs spéciaux, eux aussi indéterminés. Il ressort de la mise en place de cette réalité psychotique que le pouvoir exécutif américain est en guerre contre la totalité de la population du monde.

    « Dès le départ, la loi anti-terroriste vise à criminaliser les gens qui défendent la vie par rapport à la machine de mort qu’est devenu le système économique. »

    Sources: (1) De Jacques Vergès,le livre intitulé: « A mes algériens devenus tortionnaires ».

    (2) Vidéo à voir : http://www.dailymotion.com/video/x5fxz7_la-fin-de-lyetat-de-droit-jc-paye_news.




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  • otto
    23 novembre 2009 at 4 h 16 min - Reply

    allah yerhamou…amin ya rab




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  • nomade
    25 novembre 2009 at 0 h 06 min - Reply

    videla et ses complices , pinochet, fujimori ont répondu de leurs crimes devant la justice de leur pays et ont paye leur dette.
    douch le criminel cambodgien est traduit actuellement en justice .
    tony blair répond de ses actes en irak.
    samoza s’est enfuit aux usa.
    brian mulroney l’ex-premier ministre canadien a pleure en pleine télévision pourque les médias et la population le lâchent pour avoir empoche des
    Pots-de-vin de 300000 dollars canadiens ,une bagatelle devant les milliards voles chez nous directement des caisses de l’état. En une soirée khalida toumi a claque 300 000 euros ,la dernière sur l’échelle du système.
    tous les criminels payent pour leurs crimes, les notre mènent une vie de jet-set et se prélassent dans les hôtels de Paris , Frankfurt, Londres et New-york




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  • Congrès du Changement Démocratique