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23 March 2017

Tibéhirine et après.

Le MondeEdito du Monde

LE MONDE | 21.11.09 | 14h05 • Mis à jour le 21.11.09 | 14h41

Connaîtra-t-on un jour la vérité sur l’assassinat des moines de Tibéhirine, il y a plus de treize ans, en Algérie ? L’affaire, trouble à souhait, nimbée de raison d’Etat, pourrait enfin s’éclaircir si les autorités françaises levaient tous les obstacles auxquels la justice se heurte depuis cinq ans.

Un pas qu’on espère décisif a été franchi vendredi 20 novembre par la Commission consultative du secret de la défense nationale. Elle propose la « déclassification », c’est-à-dire la communication aux autorités judiciaires, d’une centaine de documents relatifs à cette affaire, mais pas tous. Juridiquement, ce n’est qu’un avis, mais, par le passé, les pouvoirs publics ont toujours acquiescé.

En mars 1996, sept religieux français, des cisterciens, étaient enlevés dans leur monastère isolé de Notre-Dame-de-l’Atlas, près de Médéa, une région d’Algérie en proie à la violence terroriste. Deux mois plus tard, un communiqué du Groupe islamique armé, le GIA, annonçait leur exécution.

Ni leurs familles ni l’ordre des cisterciens ne se sont jamais satisfaits de l’explication donnée d’une même voix par Alger et Paris. A savoir que le GIA et lui seul était coupable de ces assassinats. En février 2004, finalement, une information judiciaire était ouverte dans la capitale française, sur l’insistance en particulier du Père Armand Veilleux, ancien procureur général de l’ordre des cisterciens.

Confiée au juge Marc Trévidic, cette information sort aujourd’hui de l’ornière où l’avait embourbée le précédent magistrat instructeur, Jean-Louis Bruguière. Les notes et correspondances diplomatiques en voie de « déclassification » montrent que, dès l’origine, les autorités françaises ont mis en doute la thèse d’Alger. Elles soupçonnaient que la Sécurité militaire du pays entretenait des rapports troubles avec le chef du GIA, Djamel Zitouni, sinon qu’elle le manipulait.

Enfin la vérité se dévoile. Elle n’est pas à l’honneur des autorités françaises, qui doutaient mais se taisaient. Elle est plus embarrassante encore pour le pouvoir algérien, qui a toujours nié une quelconque accointance entre ses services et les terroristes islamistes. Mais ce dévoilement n’est qu’un premier pas. Certains documents estampillés « secret défense » dorment toujours dans les coffres de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), le contre-espionnage français. La Commission consultative suggère leur « déclassification » partielle. Il faudrait au contraire qu’ils soient versés au dossier dans leur intégralité, car ce sont probablement les plus instructifs.


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2 Commentaires sur cet article

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    21 novembre 2009 at 19 h 19 min - Reply

    Les documents secrets de Tibéhirine

    LE MONDE | 21.11.09 | 14h05 • Mis à jour le 21.11.09 | 15h40

    Le voile qui recouvre l’assassinat, fin mai 1996, en Algérie, des sept moines de Tibéhirine commence à être levé. Le ministère des affaires étrangères a transmis tout récemment au juge antiterroriste Marc Trévidic, chargé de l’instruction, vingt-six documents classés jusqu’à présent « confidentiel défense ». Ce faisant, le Quai d’Orsay a anticipé l’avis favorable donné par la Commission consultative du secret de la défense nationale, publié vendredi 20 novembre au Journal officiel.

    Le Quai d’Orsay n’est pas le seul ministère concerné. Le ministre de la défense, Hervé Morin, a annoncé qu’il avait déclassifié soixante-huit documents supplémentaires, suivant en cela l’avis de la commission. Vendredi soir, ceux-ci n’étaient pas encore en possession du juge Trévidic.

    Reste le ministère de l’intérieur. Le juge avait demandé la transmission de quinze documents. La commission a rendu un avis favorable pour la publication intégrale de onze d’entre eux, la publication partielle de trois, et un avis défavorable pour un dernier. L’avis de la commission n’est que consultatif. Le ministre, Brice Hortefeux, peut ne pas le suivre.

    Même s’ils n’éclairent pas toutes les zones d’ombre – loin s’en faut -, les documents du Quai d’Orsay, consultés par Le Monde, permettent de mieux cerner les contours d’une affaire tragique qui avait ému l’opinion publique française et algérienne au printemps 1996.

    Elle avait débuté dans la nuit du 26 au 27 mars par l’enlèvement des sept trappistes kidnappés dans leur monastère, Notre-Dame de l’Atlas, dans un site montagneux sur les hauteurs de Médéa, à une heure de route de la capitale, Alger. Un peu plus de deux mois plus tard, le 21 mai, un communiqué du Groupe islamique armé (GIA) annonçait la mort des religieux. Le 30 mai, les têtes des moines en partie décomposées étaient retrouvées enfermées dans un sac et, à l’issue d’une cérémonie, enterrées dans le jardin de l’abbaye cistercienne, où plus aucun religieux n’est, depuis, autorisé à séjourner. Jamais les corps n’ont été retrouvés.

    Pendant des années, Paris a avalisé l’explication sans nuance de l’Algérie, symptomatique d’une époque de feu et de sang pour le pays (au moins 150 000 morts) : les moines avaient été kidnappés et assassinés par Jamel Zitouni, l’émir du GIA. L’armée algérienne n’avait rien à se reprocher. Et les services de sécurité pas davantage. Tous avaient fait leur possible pour localiser les « barbus » et libérer les otages. Ils avaient travaillé main dans la main avec les autorités françaises.

    C’est cette vérité officielle que font vaciller les documents du Quai transmis au juge Trévidic – « un homme courageux, indépendant et déterminé », selon l’avocat des familles des victimes, Me Patrick Baudoin.

    Passée une période de flottement, les diplomates français en poste à Alger, tout comme ceux basés à Paris, s’étaient interrogés sur les relations entre les services de renseignements algériens et Jamel Zitouni. « On ne peut exclure que les services algériens (…) en sachent plus qu’ils ne le disent sur les intentions de Zitouni : on prétend qu’ils (le) manipuleraient plus ou moins », écrit dans une note à Hervé de Charette, le ministre des affaires étrangères, son directeur de cabinet, Hubert Colin de Verdière, une dizaine de jours après l’enlèvement. Une note ultérieure évoquera à nouveau « les interrogations souvent formulées sur les liens entre Zitouni et la Sécurité algérienne ».

    Prudence de diplomate, sans doute. Mais cette note éclaire une confidence du général Smaïn Lamari, chargé de la lutte antiterroriste en Algérie, à Philippe Parant, le patron de la DST, le contre-espionnage français. Selon l’un des documents transmis par le Quai d’Orsay, le haut fonctionnaire algérien « considérait encore Zitouni, il y a peu, comme un élément plutôt commode », avant qu’il ne devienne « moins contrôlable « .

    A la lecture de cette première salve de notes et de télégrammes diplomatiques, un autre constat s’impose : au printemps 1996, en dépit de ses promesses répétées, Alger ne livre qu’au compte-gouttes les informations dont il dispose. L’ambassadeur de France à Alger, Michel Lévêque, s’en plaint à plusieurs reprises auprès de ses homologues algériens.

    Le diplomate déplore en particulier que l’attaché militaire de l’ambassade, le colonel Buchwalter, et les hommes des services de renseignements ne soient pas parvenus « à obtenir les entretiens qu’ils demandaient avec leurs homologues ».

    Ironie du sort, ce sont les déclarations à la presse de François Buchwalter, treize ans plus tard, puis son audition par le juge antiterroriste qui ont permis de relancer l’enquête. Selon des confidences d’un militaire algérien faites à l’attaché militaire français (aujourd’hui retraité), les moines auraient été tués par des tirs d’hélicoptères militaires, et non par les hommes du GIA.

    Il s’agirait donc d’une bavure de l’armée, suivie d’un maquillage. L’hypothèse n’est pas à exclure. Mais elle contredit la promesse faite à l’époque par les autorités algériennes de ne mener « aucune action militaire » dans la zone où l’on pensait que les moines étaient détenus.

    Cette hypothèse laisse aussi une question sans réponse : pourquoi les responsables algériens ont-ils cherché à dissimuler dans un premier temps le fait que seules les têtes des moines avaient été retrouvées ? La publicité donnée à cet acte barbare ne servait-elle pas les desseins d’Alger ?

    Peut-être les documents fournis par les deux autres ministères permettront-ils d’y voir plus clair. « On avance. Mais Alger cache encore beaucoup de choses », estime Me Baudoin.

    Jean-Pierre Tuquoi




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  • Admin
    21 novembre 2009 at 20 h 04 min - Reply

    Moines de Tibéhirine

    « La version algérienne mise à mal » dans l’affaire des moines de Tibéhirine

    L’Express.fr
    Par Anne Vidalie, publié le 20/11/2009 à 17:17 – mis à jour le 21/11/2009 à 11:18

    Une centaine de documents qui ont trait au massacre, en mars 2006, de sept moines français du monastère de Tibéhirine, en Algérie, devraient bientôt être déclassifiés. La réaction de Me Patrick Baudouin, avocat des familles des religieux.

    La Commission consultative du secret de la défense nationale a donné son aval à la déclassification d’une centaine de documents détenus par les ministères des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Intérieur qui ont trait au massacre, en mars 2006, de sept moines français du monastère de Tibéhirine, en Algérie. Le juge d’instruction antiterroriste Marc Trévidic, en charge de l’enquête, avait requis la levée du secret défense. Au début de l’été dernier, le témoignage de l’ancien attaché militaire de l’ambassade française à Alger, le général en retraite François Buchwalter, avait relancé l’affaire: selon lui, les moines auraient été victimes de tirs de l’armée algérienne, et non d’un groupe de rebelles islamistes. La réaction de Me Patrick Baudouin, avocat des familles des religieux.

    Qu’attendez-vous de cette déclassification?

    J’en attends des éléments complémentaires relatifs aux conditions d’enlèvement, de détention et d’exécution des moines, sur la période qui s’écoule entre le 27 mars et la fin du mois de mai 1996. Ces documents sont très attendus après les déclarations du général Buchwalter, selon lequel les moines auraient pu être tués dans une opération aérienne de l’armée algérienne.

    Sentez-vous une vraie volonté politique de voir aboutir cette enquête délicate?

    Dès le 9 novembre, le ministère des Affaires étrangères a transmis 26 documents au juge, sans attendre, donc, l’avis de la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN). Celui de la Défense, de son côté, a transmis 68 documents, dont de nombreuses fiches émanant de la DGSE, à la Commission qui a émis un avis favorable à leur déclassification. Quant à l’Intérieur, on peut s’étonner qu’il n’ait communiqué que 15 documents à la CCSDN, alors que la DST, alors au coeur de l’affaire, dépendait de lui et que son numéro 2, le Général Rondot, a eu de nombreux contacts avec le général Smaïn Lamari, le patron de la sécurité algérienne… On peut également s’interroger sur la déclassification seulement partielle de trois documents et sur le refus de lever le secret défense sur le dernier. J’espère qu’il n’y a pas eu rétention d’éléments importants.

    Que vous ont appris les 26 documents du ministère des Affaires étrangères dont vous avez pris connaissance?

    Ces éléments doivent, bien sûr, être confrontés aux autres documents. En tout état de cause, ils vont plutôt dans le sens du témoignage du général Buchwalter. Tout d’abord, ils soulignent qu’une opération militaire de grande envergure, menée par l’armée algérienne, avait lieu dans la région de Medea, où se trouvait le monastère, entre le 20 et le 22 mai 1996.

    Ensuite, il ressort des ces éléments que le ministre algérien des Affaires étrangères, M. Attaf, aurait indiqué à l’ambassadeur de France que son gouvernement souhaitait, par souci de dignité vis-à-vis des moins, dire que les dépouilles avaient été retrouvées, et non uniquement les têtes, comme ce fut le cas. Le pouvoir algérien n’avait pourtant jamais hésité à souligner la cruauté des exactions commises par les islamistes… Cela pourrait accréditer la thèse selon laquelle on a préféré faire disparaître les corps criblés de balles, preuve de la « bavure » de l’armée.

    Enfin, Certains éléments laissent entendre que l’implication possible de l’armée algérienne ait été, à l’époque, retenue comme hypothèse et que le groupe de terroristes islamistes emmenés par Djamel Zitouni aurait pu être manipulé par les services algériens.

    La version des autorités algériennes apparaît donc mise à mal. Beaucoup de choses ont été dissimulées du côté algérien., mais aussi du côté français.




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  • Congrès du Changement Démocratique