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23 March 2017

APRÈS-MATCH

par Abed Charef, Le Quotidien d’Oran, 24 novembre 2009Abed Charef

J’aime Farid El-Atrache, j’adore Oum Kalsoum, et Abdelhalim Hafedh a bercé mon adolescence. J’ai eu l’immense plaisir de voir Adel Imam sur scène, et je n’ai jamais su si, dans ses romans, Nadjib Mahfoudh décrivait l’Egypte ou l’Algérie. J’ai été secoué par «L’Oiseau» de Youcef Chahine, et les mélodies de Cheikh Imam m’ont longtemps accompagné.

J’ai lu avec fascination les écrits de Abderrazek, premier penseur égyptien moderne, comme j’ai lu avec passion l’histoire et les contradictions qui ont fait le mythe et la chute de Nasser. J’ai entendu des militants algériens de la première heure me parler de leur exil en Egypte, et comment ils y ont trouvé les appuis pour contribuer à transformer le FLN en mythe avant même de bâtir un Etat.

Je suis encore admiratif devant le culot de Aboutrika et son but dédié à Ghaza. C’est le même esprit dont parlait feu Georges Habache quand il parlait de l’Egypte, un pays avec qui les relations étaient pourtant très difficiles. Je me souviens encore de ce jour où, jeune journaliste, je prenais un café avec Georges Habache et, quelques minutes plus tard, avec Nour Charif, venu assister à un conseil national palestinien : le second parlait d’engagement et de militantisme, le premier parlait philosophie et poésie !

Je peux encore parler de ces écrivains égyptiens qui ont refusé la déchéance, de ces hommes libres qui ont refusé de devenir les amis du prince pour éviter la cour de la honte, des militants qui refusent de se laisser aller à l’hystérie, et d’autres Egyptiens encore, ces hommes qui donnent l’impression de vouloir ressembler à l’image que donnent d’eux les feuilletons.

Mais est-ce nécessaire ? J’aime l’Egypte, et ce n’est pas un régime autoritaire, ni un prince pressé de monter sur le trône, ni des poètes de cour qui me feront changer d’avis. L’Egypte, ce n’est pas une puissance financière qui réussit à corrompre nombre de médias, ni des stars d’une télé de pacotille, ni des écrivains qui courbent l’échine à l’approche du chef ou du vice-roi.

L’Egypte, c’est bien plus, c’est bien plus grand. C’est un peuple qui sourit à la vie qu’il porte pourtant sur les épaules. C’est du talent, de la bonté, c’est de la générosité comme on ne peut en trouver qu’en Algérie ! C’est le pauvre qui partage le bout de pain, le malade qui réconforte le bien-portant en lui racontant une noukta.

Les excès d’un match de football ne changeront pas cela. Même si des manipulations outrancières ont fait oublier à de stupides responsables égyptiens un devoir essentiel, celui d’assurer la sécurité et la dignité de leurs invités. Le chauvinisme qui en a résulté est choquant. Inacceptable. Intolérable. Y compris de la part de mes amis, ceux qui affirment à longueur d’année que la solidarité, la fraternité, l’amitié et les grandes valeurs de l’Humanité doivent demeurer primordiales.

Oui, j’aime l’équipe nationale de football. Et j’aime l’Egypte, malgré les matches du Caire et de Khartoum.


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3 Commentaires sur cet article

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  • nightingale
    24 novembre 2009 at 21 h 01 min - Reply

    Merci Abed Charef, ton nom montre que tu est un des vrais oranais -tres peu- au sein du quotidien d’oran, un journal qui s’etait auto-proclame la voix des oranais sans etre un journal par des oranais (qui ne sont ni des laiques ni des francophiles).

    le contenu de ton article aussi confirme ton appartenance regionale, une region characterisee par la tolerance, la genorosite du coeur, l’humour devant les crises, l’innocence ideologique, l’affection pour l’arabe et l’arabite, et le respect spontane pour la religion -meme parmis les non-pratiquants; les media francaises ont tjr essaye d’utiliser cheb khaled dans leur guerre ideologique contre l’islam et le pousser de dire quelques mechancetes a l’encontre de l’islam ou les islamistes mais sans success (on se rappelle « je suis un Islamist » 🙂 de cheb khaled sur une chaine francaise).

    il y a just une petite erreur de detail, Farid al-Atrach n’etait pas un egyptien mais Syrien (comme warda qui n’etait pas une egyptienne mais Algerienne).
    et abdelrazak n’est pas le premier penseur de l’egypte modern, ni le troisiem… il n’est pas un penseur. il etait just un provocateur, qui a recycle les ecrits des orientalistes dans son livre « al-Islaam wa usool al-hukm »; de toutes les facons 50 ans avant lui, il yavait sheikh Mohamed Abduh, et son livre « rissalat attawheed » que Malek bennabi rahimahu allahu considerait comme le premier effort intellectuel dans le monde musulman depuis l’ere des al-Mowahideen (Almohades)




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  • baroudi
    25 novembre 2009 at 18 h 03 min - Reply

    oui, mr ABED charef, c ‘est aussi vrai que l’ algerie notre pays, qui entame la chasse aux sorcieres .On vient d’ apprendre qu’ ORASCOM est l’ objet d ‘un redressement fiscal ,comme par hasard apres un match de foot.Mais le plus ridicule et stupide dans cette hysterie schizophrenique qui s ‘est emparé subitement du pays ,voila que l’ entreprise ETRHB HADDAD vient de resilier le contrat qui la lie à Orascom.Dans le foulée des appels au desabonnement de Djezzy sont lancés comme une sorte de djihad.La folie orchestrée par un regime aux abois et ses valets nantis, va couter cher au pays et aux citoyens en termes economiques, vu la crise et la chereté de la vie qui a des repercussions dramatiques dans les foyers, lesquels n’ arrivent meme pas à se nourrir .Mais les maitres du pays n’ en n ‘ont cure, c’ est leur dernier des soucis, vu qu’eux sont bien à l’ abri .Les investisseurs, deja rare au portillon, reflechiront à 2 fois avant de mettre les pieds dans un pays en etat de guerre et qui perd la boussole pour un match de foot, C’ est un jeu dites vous????La maturité d’ un peuple c ‘est quoi?




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  • Adel
    19 décembre 2009 at 16 h 58 min - Reply

    @nightingale

    Je viens de lire cet article – je suis un peu décalé… Comme vous, j’adhère entièrement au point de vue de l’auteur.

    Permettez-moi, cependant de relever un point dans votre commentaire qui me met mal à l’aise. Vous traitez Abdurrazik de provocateur. En quoi cela enrichit-il le débat? Vous pouvez aussi traiter Ibn Rushd de plagiaire et Ibn Khaldun de menteur… Dites-nous donc qui vous êtes et quelles sont vos œuvres pour que nous sachions si votre jugement péremptoire est valable.

    Sans rancune.




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