Édition du
28 July 2017

Ben Ali dirige-t-il encore la Tunisie ?

BenaliFin de règne / lundi 30 novembre par Catherine Graciet, Slim Bagga

In Bakchich

Le régime tunisien se prépare activement à la succession du président Ben Ali. Malade, transporté d’urgence à l’étranger la semaine dernière, les choses semblent s’accélérer.
Bakchich a révélé ce week-end que le président tunisien, Zine el Abidine Ben Ali, avait été transporté d’urgence à l’étranger pour des raisons médicales. Il se trouve actuellement en Allemagne où il est arrivé la semaine dernière.

Le dictateur, qui vient de se faire réélire pour la cinquième fois consécutive à la tête du pays, souffre depuis de nombreuses années d’une longue maladie nécessitant des soins à l’étranger ainsi qu’un traitement américain. Le mal a empiré ces dernières semaines, selon différentes sources concordantes.
A Tunis, certains membres du sérail parlent même de « vacance imminente du pouvoir ». Attention, la prudence reste toutefois de mise. Arrivé au plus mal à l’hôpital parisien du Val de Grâce en 2005, le président algérien Abdelaziz Bouteflika n’est-il pas toujours au pouvoir alors que ses détracteurs l’avaient enterré un peu précipitamment ?

Mais en coulisses, l’épouse de Ben Ali, Leïla Trabelsi, ne réfrène plus ses ambitions : elle veut remplacer son époux à la tête de la Tunisie pour régner bien sûr et continuer de piller le pays avec son clan familial, les Trabelsi. Sa principale obsession est actuellement de placer ses hommes aux postes clé de l’Etat pour tout verrouiller. Le président, lui, souhaite aussi mettre à l’abri ses frères, ses sœurs et ses filles issues de son premier mariage avec Naïma Kéfi. Les Trabelsi ne seraient pas tendres avec eux s’ils venaient à régner sans partage sur Carthage.

Scènes de ménage au palais présidentiel

Cette divergence de point de vue provoque des scènes de ménage entre le couple Ben Ali au palais de Carthage. « Il faut voir Ben Ali qui se retrouve totalement démuni devant sa dulcinée, en train de transiger avec elle. Il en arrive à déchirer les habits qu’il porte sur lui pour exprimer sa colère impuissante face aux exigences inébranlables de Leïla » raconte un témoin.

C’est malheureusement dans ce décor autant surréaliste qu’abracadabrantesque que se joue l’avenir politique du pays du jasmin. Et l’affaire tourne à la tragédie selon ce diplomate européen qui y est en poste : « Leïla, par ses dons en manigances, a réussi à asservir et domestiquer, jusqu’à dépersonnaliser, la brute qui a mis en coupe réglée toute la société tunisienne depuis vingt-deux ans ».

En témoigne par exemple le fait qu’elle ait obtenu de son époux que, courant 2010, soit créé sur mesure pour elle le poste de vice-présidente du pays. Le juriste de Ben Ali -qui fait aussi office de conseiller spécial et de porte-parole- Abdelaziz Ben Dhia, est même déjà en train de manigancer une réforme constitutionnelle.
Dans le même registre, on peut citer les vilaines menaces que le président en personne a adressé à son ami Kamel Eltaïef, homme fort du pays au début des années 1990 : « La prochaine fois, je ne pourrais rien pour toi si tu prononces la moindre parole malveillante à l’égard de Leïla. Donc, tiens-toi à carreau ». Quant à ses deux autres gendres, Slim Zarrouk et Marouène Mabrouk, ils ont été convoqués au Palais présidentiel pour s’entendre signifier qu’ils auraient affaire à Ben Ali s’ils tentaient la moindre critique envers la première dame.

Premiers ministres en rupture de stock

A force de se chamailler, les Ben Ali n’arrivent même plus à gérer les affaires courantes. Ainsi, un nouveau Premier ministre doit être nommé avant le 1er janvier 2010. Date à laquelle l’actuel titulaire du poste, Mohamed Ghannouchi, s’envolera pour les Emirats Arabes Unis où il dirigera un Fonds arabe d’investissements.
Et le nom du futur heureux élu fait l’objet d’un marchandage d’épiciers : Leïla tient mordicus à ce qu’il revienne à Abdelwaheb Abdallah, l’actuel ministre des Affaires étrangères, ou à Mondher Zenaidi, un Centralien qui joue au ministre de la Santé et totalement inféodé aux Trabelsi.
Pour le président, il n’en est pas question. Son choix se porte sur son cousin, Kamel Morjane, l’actuel ministre de la Défense et chouchou des Américains ou sur Ridha Grira, ministre des Domaines de l’Etat, longtemps secrétaire général du gouvernement.

Les opposants menacés de mort

Pendant que le régime va à vau-l’eau, une cellule en charge de la presse, basée à Carthage et dirigée par des policiers, diligente toutes sortes de menaces à l’égard des opposants les plus irréductibles. Sihem Bensedrine, Khemais Chammari, Kamel Jendoubi, Moncef Marzouki, Ahmed Bennour — pour ne citer qu’eux — tiennent le haut de l’affiche dans la presse aux ordres.
Et en Europe, des services de sécurité craignent maintenant que des représailles soient organisées sur leur sol. Un cap que Zine el Abidine Ben Ali n’a jamais franchi.
Inexorablement, Ben Ali n’est plus le seul maître du jeu. Otage d’un système qu’il s’est évertué à mettre sur pied, il assiste, impuissant, à la fin de son règne et à l’implantation d’un système mafieux dirigé par son épouse. Du jamais vu à deux heures d’avion de Paris.


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6 Commentaires sur cet article

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  • Dahmani
    30 novembre 2009 at 21 h 49 min - Reply

    Ce site qui s’appelle le quotidien d’Algérie, s’intéresse désormais à la politique intérieure des autres pays.
    …À moins qu’il soit devenu une tribune ouverte à tout ce qui se passe dans le monde et en particulier dans les pays Arabes. Ça mérite dans ce cas d’informer le lecteur.
    Quoique je préfère que le quotidien d’Algérie traite la situation de l’Algérie seulement, en laissant les Tunisiens s’occuper de leur pays.

    _____________________________
    Il ne nous est pas interdit de parler des problèmes que vivent nos frères et soeurs du Maghreb. Un Maghreb uni comme l’ont souhaité nos aînés et auquel nous aspirons. Leurs problèmes sont aussi les nôtres. Nous n’avons pas pour cela de leçons à recevoir en ce qui concerne la ligne éditoriale du site de l’Appel dans laquelle se reconnaissent beaucoup de compatriotes et qui ne font pas de telles remarques d’exclusion.
    Salah-Eddine.




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  • Dahmani
    30 novembre 2009 at 22 h 37 min - Reply

    Mon commentaire n’étaient en aucun cas une leçon que je voulais donner, et ne contenait nullement une intention pour dicter une ligne éditoriale.

    Ceci dit je vous rappelle juste que beaucoup de Tunisiens ne sont pas si malheureux sous un certain Ben Ali, et je pense se sont aussi nos frère et soeurs.




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  • MTM
    30 novembre 2009 at 22 h 52 min - Reply

    J’aime bien cette phrase de l’auteur: le dictateur tunisien (…)nécessite un traitement américain. Tous les dictures arabes ont été traités avec succès. Ils sont tous en bonne forme maintenant; ils n’ont rien à craindre pour leur vie. Seul Saddam Hussein a choisi le mauvais traitement américain…




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  • Rbaoui
    30 novembre 2009 at 23 h 02 min - Reply

    Il est tout a fait normal que le lecteur algerien ait le droit de s’interresser a nos voisins et de critiquer si besoin est.
    Si Benali est un dictateur a vie pourquoi ne pas le dire et si de nombreux algeriens et marocains ne sont pas malheureux cela ne veut pas dire que la majorite de la population est heureuse.




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  • Sengriha Fouad
    30 novembre 2009 at 23 h 14 min - Reply

    Dans les JT d’Alger, nous voyons un peuple heureux qui applaudit des pieds et des mains, une jeunesse radieuse et des ministres qui inaugurent à tour de bras des réalisations pour cette même jeunesse. C’est l’Algérie virtuelle, de la propagande. « Ils ne sont pas si malheureux » comme vous le dites béatement. Mais la réalité! La triste et dure réalité, comment est-elle? Idem pour nos voisins tunisiens.




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  • IDIR
    5 décembre 2009 at 9 h 19 min - Reply
  • Congrès du Changement Démocratique