Édition du
26 July 2017

Une facette oubliée de notre identité: Les Andalous.

tlemcen

Plus de deux cents ans avant la chute de Grenade en 1492, qui marqua la perte définitive de l’Andalousie par les musulmans qui y avaient régné pendant près de huit siécles, et dès le commencement de la Reconquista, qui prit, les unes après les autres, les places fortes de l’Espagne musulmane, les Maures, comme ils furent appelés, commencèrent à affluer vers le Maghreb. Après la chute de grenade, ce qui restait de musulmans en Espagne, parce qu’ils avaient cru en la promesse du roi Ferdinand d’Aragon et de la reine Elisabeth de Castille, d’être traités comme des sujets à part entière, dans le respect de leur foi, mais qui furent happés par une inquisition et une oppression inimaginable de nos jours, ces derniers Andalous musulmans, qui se chiffraient, malgré le départ massif de leurs correligionnaires, en centaines de milliers, comprirent qu’ils n’avaient plus d’autre choix que de se convertir au christiannisme ou d’émigrer vers des terres d’islam.

Et ainsi, dans des conditions que les historiens qualifièrent d’inhumaines, ces musulmans fermèrent leurs demeures, parfois somptueuses, se rendirent au cimetierre pour une dernière visite à leurs chers disparus et se ruèrent vers les ports où ils se retrouvèrent en foules nombreuses, pour s’embarquer vers les villes du Maghreb. Leur douloureuse migration fut un chemin de souffrances indicibles. Ils furent attaqués par des bandits de grands chemins, détroussés des maigres biens qu’ils avaient pu emporter, nombreux d’entre-eux durent assister, impuissants, à l’enlèvement de leurs filles et de leurs épouses.
Il n’en demeure pas moins que des centaines de milliers d’Andalous purent atteindre les rives du Maghreb, où ils ne furent pas moins maltraités, bien souvent.
En espagne, durant tous ces siecles lumineux qui connurent leur domination, ils s’était toujours enfermés dans une sorte de ségregation communautaire entre eux, et ne se mêlaient presque jamais par les liens du mariage. Arabes( divisés eux mêmes en Kalbites, en Kaïsites, en Syriens), Berberes(Sanhadjas, Zenatas, Masmoudas…) sakalibas(descendants d’esclaves slaves ou scandinaves) Noirs( descendants d’esclaves africains), mais aussi Convertis espagnols, mouwalids( leurs descendance) et juifs.
Dans le maheur et la détresse de l’exil, les Andalous qui purent débarquer au Maghreb, et qui tous gardaient l’espoir de retrouver un jour la patrie de leurs ancêtres, oublièrent leurs clivages. Ils devinrent une communauté soudée. La subtilité de leur culture, leur beauté physique, acquise au fil de siècles de métissage avec l’élement européen, slave et scandinave, leur parler particulier, et le sentiment d’avoir appartenu à une grande civilisation, les rapprochèrent les uns des autres. Ils habitèrent les mêmes villes, ne se marièrent qu’entre eux et se tinrent relativement éloignés de leurs autres correligionnaires du cru, jusqu’à l’occupation française qui bouleversa les équilibres sociaux, et abattit les barrières sociales et ethniques entre les populations autochtones.
Ces Andalous, subtils, mélomanes, négociants adroits, et enclins à l’érudition, ont été d’une discrétion qui confinait au mutisme. Ils n’ont jamais crié leur colère de voir leur communauté se dissoudre dans une indifférence totale. Au Maroc et en Tunisie, leur sort a été plus heureux. Ils sont parvenus à se faire une place au soleil. Une place reconnue. En Algérie, les deux brutalités, coloniale et celle du régime de parvenus qui confisqua l’independance du pays, les confinèrent dans les recoins de l’oubli.
Mais ils n’en sont pas moins présents parmi nous, ces admirables Andalous. Dans notre culture, dans notre gastronomie, dans nos belles manières, dans l’architecture de nos plus beaux monuments arabo-mauresques, dans notre chaabi, dans notre malouf, dans les plus belles toilettes de nos femmes.
Il ne serait que justice que nous évoquions, non pas leur mémoire, parce qu’ils sont bien vivants, mais leur présence au sein de notre identité. Et l’identité de l’Andalous est d’autant plus émouvante qu’elle se constitue elle même des nôtres propres, en plus de ces apports, qui coule dans ses veines, venus d’Europe.

Et si nous en parlions…

D.Benchenouf


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26 Commentaires sur cet article

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  • lucide
    1 décembre 2009 at 2 h 01 min - Reply

    L’Afrique du Nord (Ifriqiya) et l’Andalousie ont constitué pendant près de huit siècles l’Occident musulman.

    L’épopée qui commença en 711, avec la conquête de l’Espagne wisigothe par le berbère Tariq ibn Ziyad pour le compte du khalife omeyyade Walid I, prit fin le 2 janvier 1492, avec la reddition de Grenade et l’exil du dernier sultan nasride Abu ‘abd-Allah Muhammad XII, plus connu en Occident sous le nom de Boabdil. Il parait que Christophe Colomb était présent. Un monde tombait, un autre prenait son envol…

    Pendant ces huit siècles de domination musulmane en Espagne, les armées africaines eurent à franchir le détroit à plusieurs reprises, pendant les règnes des dynasties berbères almoravides et almohades, réitérant l’œuvre de conquête et lui donnant un nouveau souffle. L’Andalousie ne fut donc pas une affaire purement «arabe». Tout comme le Maghreb, elle a connu un grand brassage de populations : berbères et arabes musulmans, mais aussi juifs et chrétiens. L’histoire de l’Andalousie peut donc à juste titre être considérée comme faisant partie intégrante de l’histoire du Maghreb.

    L’abandon de l’Andalousie fut une grande défaite dont les Maghrébins subirent les effets de plein fouet: les attaques des espagnols amenèrent l’occupation turque puis la colonisation française. Nous n’avons pas encore pris la pleine mesure de ce qui s’est passé.

    L’Algérie, en raison d’un pouvoir militaire turc particulièrement oppressif, n’a pas profité pleinement de l’apport des réfugiés andalous. Tous les lettrés, artisans et autres hommes de culture, de savoir et de savoir-faire qui avaient fui leur patrie d’origine pour élire domicile dans nos villes ont-ils été pleinement sollicités ? Ont-ils été mis en position de nous transmettre tout leur héritage ? La Régence d’Alger qui a gouverné notre pays du début du 16ème siècle jusqu’à la prise d’Alger par les Français en 1830 (3 siècles) était plus renommée pour les faits de guerre que pour la promotion des lettres et des arts. Les andalous, comme tous les peuples qui ont connu une longue période de prospérité et de raffinement, n’étaient probablement pas portés vers la violence. Comme des gens trop bien éduqués qui subissent le coup du sort, ils se sont certainement repliés sur eux-mêmes, évoluant en cercle fermé.

    La colonisation française, qui a été menée par des militaires particulièrement brutaux et arrogants, a tout fait pour gommer le peu d’influences qui avaient survécu.

    Qu’est-ce qui nous est parvenu de cette glorieuse Andalousie, après plus de quatre siècles de destruction ? Trop peu. L’état d’indigence de nos élites, notre manque de civisme et tant d’autres traits négatifs, nous portent à croire que l’héritage n’a pas été préservé. A titre d’exemple, l’œuvre du génial Ibn Khaldun, descendant de réfugiés andalous, n’a trouvé aucun écho et il aura fallu l’intervention d’européens éclairés – cinq siècles après sa mort – pour que nous la découvrions.




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  • Rédaction
    1 décembre 2009 at 6 h 12 min - Reply

    Les villes algérennes où les Andalous se sont majoritairement établis, sont globalement celles-ci:
    Tlemcen, Nedroma, Oran, Mostaghanem, Miliana, Alger(Casbah), El Kolea, Blida, Dellys, Bejaïa, Djijell, Constntine, Mila.
    DB




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    • khedi boudjema
      3 mars 2013 at 7 h 39 min - Reply

      je suis d’origine algerienne née en france de parents qui vienne de la region d’el ettaf beni boudouanne ain defla , ecrivant une biographie de ma vie en france dans la region provence camargue influencée par une vie dansla culture berbere magnifique et la vie de la camargue dans la culture du flamenco gitan et espagnol, une vie fantastique et cettte passion ue j’ai dans l’ame du flamenco comme une identité que je ressent au plus profond de moi m’as fait faire des recherche sur l’histoire de l’algerie et je decouvre depuis longtemps ce passage de cet exode des berberes andalous dans la region d’origine de mes ancetres et je comprend cette passion que j’ai dans l’ame comme une peau qui sait mon histoire familialle ce passé formidable me donne a croire un melange de tous ces mouvements de civilisations dans l’histoire et me fais comprendre mon resssentis et ma passion de ce flamenco orientale et cet envie de voir l’andalousie comme un besoin vitale et ma vie en camargue et naissance a l’ouest de la france pres de l’espagne des parcours qui enn disent long sur mon impression d’appartenir a l’algerie l’andalousie et la france du sud




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  • Ammisaid
    1 décembre 2009 at 8 h 43 min - Reply

    Assalam, azul, bonjour
    Quand serions nous des hommes et des femmes libres et quand cesserions nous d’être des sujets des uns ou des autres et des uns et d’autres. Les traces de ceux qui avaient foulé notre sol, sont toujours là et elles demeureront jusqu’à la fin des temps. Une trace ne s’efface jamais même si sur elle se trace une autre trace. La terre à une mémoire comme l’être à une mémoire. Des uns et des autres, nous avons, certainement, hérité de telle ou telle habitude, de tel ou tel trait de caractère, de telle ou telle idée ou de tel et tel mot. C’est tout cela que fait notre particularité par rapport aux autres peuples du monde et c’est tout ça qui fait notre diversité et notre richesse s un jour nous décidions de prendre à bras le corps notre héritage afin de le purifier de ce qui nous ralentisse dans notre progression et de mettre en valeur ce qui nous aidera à se développer et à aller rejoindre le monde de la modernité, de la science et de la prospérité. En lisant, l’intervention de notre frère Lucide, je me suis dis: est-ce que nous n’avions pas, pour l’instant, hérité, que du côté négatif de nos anciens colonisateurs: Un pouvoir militaire arrogant, tyrannique et barbare qui violente, au sens le plus large, un peuple qui est attaché visceralement à sa terre. Nous ne pouvons rien changé de notre histoire, de toute notre histoire, ces facettes sombres et sanguilonantes et ses facettes brillantes et nobles. Mais comment,se servir de cette histoire, pour enfin, construire un état de droit. Un état où il n’y aura plus ni maîtres, ni sujets mais des individus responsables, libres et égaux devant la loi.
    Fraternellement




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  • benamina
    1 décembre 2009 at 9 h 07 min - Reply

    redaction ,vous oubliez azzefoun qui parait-il tient son nom de el-3azifoun ,çàd en arabe ,les joueurs d’instruments de musique.vous oubliez aussi annaba, ténés et ghazaouet.




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  • makachou minha
    1 décembre 2009 at 16 h 09 min - Reply

    De la bataille de « guadalete » en 711 au 02 Janvier 1492, une civilisation, une histoire et une decadence. Que reste-il aujourd’hui de tout ca? De la bataille de Sidi Ferruch le 24 juin 1830 au 05 Juillet 1962, une occupation, une guerre et une « independance ». Qu’en savons nous aujourd’hui? Rien ou presque…




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  • lucide
    1 décembre 2009 at 17 h 07 min - Reply

    Un petit détail linguistique:

    Je me suis toujours demandé si la prononciation du T en TS, qu’on retrouve dans certaines de nos villes (Jijel, Bejaia, Constantine, Dellys, Alger?, Cherchell, Ténès et Tlemcen) et au Maroc ne venait pas des Andalous.




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  • Apollon
    1 décembre 2009 at 19 h 20 min - Reply

    Les andalous ne seraient pas chassés de l’Espagne s’ils ont fait l’effort de s’integrer à la culture locale ibérique. Le probleme d’integration des communautés musulmanes est toujours d’actualité en Occident et même au Maghreb où ils ne cessent de mepriser la culture autochtone et même de la combattre sournoisement ou ouvertement quand le pouvoir est entre leurs mains.




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  • Intello2002
    2 décembre 2009 at 10 h 50 min - Reply

    Et bien oui Apollon,l’intégration n’étant pas le fort des maures,ils sont venus pour mépriser les autochtones qu’ils traitaient de paysans et d’arriérés ,eux les citadins.Le complexe est tel que même les autochtones reconvertis à l’arabe oublient leur racine et méprisent leurs congénères.Ceci est valable jusqu’au temps présent malheureusement.Ce n’est qu’un point de vue qui pourrait expliquer le déniement par certains de leur origine et l’attachement à d’autres valeurs qui créent les clivages actuels.




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  • l.leila
    2 décembre 2009 at 11 h 17 min - Reply

    Bonjour,

    @Lucide: Vous avez certainement raison, d’ailleurs à Alger, on les surnommaient « la classe Titi ».

    @Apollon: L’assimilation s’est faite en effet, mais dans le sens contraire de votre idée.
    Il y eut des conversions à l’Islam, et on parlait l’arabe en adoptant les moeurs des Musulmans. Pacifiques, jouissant de l’apport du progrès dans tous les domaines, les Convertis s’adonnaient même à la poésie et la littérature arabes. La jeunesse chrétienne, abandonnant le latin, ne lisait pratiquement que des oeuvres arabes. Face à cette situation alarmante pour l’Eglise, l’archevêque de Séville fit traduire la Bible en langue arabe pour la mettre à portée. Ainsi, un écrivain chrétien Alvaro, l’époque Abd ArrahmaneII, notait:  » Mes coréligionnaires aiment à lire les poèmes et les romans des Arabes, ils étudient les écrits des théologiens et des philosophes musulmans, non pour les réfuter mais pour se former une diction arabe correcte et élégante.
    Où trouver aujourd’hui un laïque qui lise les commentaires latins sur les Saintes Ecritures ? Qui d’entre eux étudie les Evangiles, les prophètes, les apôtres?
    Hélas! tous les jeunes chrétiens qui se font remarquer par leur talent, ne connaissent que la langue et la littérature arabes; ils lisent et étudient avec la plus grande ardeur, les livres arabes, ils s’en forment à grands frais d’immenses bibliothèques…Parlez-leur, au contraire, des livres chrétiens. Ils vous répondront avec mépris que ces livres-là sont indignes de leur attention.
    Quelle douleur! Les chrétiens ont oublié jusqu’à leur langue et sur mille d’entre nous, vous en trouverez à peine un seul qui sache écrire convenablement une lettre latine à un ami… »

    Hélas




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  • Rédaction
    2 décembre 2009 at 15 h 19 min - Reply

    Effectivement, Azzefoun aurait été une des villes qui ont accueilli des Andalous. On me signale par ailleurs, que Tenes aussi a ouvert ses portes à de nombreuses familles andalouses.
    Il semble,en effet, que le persiflage du « t » (t’ss) soit d’origine andalouse. Ainsi que les apocopes du « kaf » . Comme à Tlemcen où on dt aou aou au lieu de kaou kaou.
    Totalement d’accord avec la réponse magistrale de Leila sur l’integration et sur l’engouement des chretiens espagnols(mOZARABES) pour la langue arabe.




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  • lucide
    2 décembre 2009 at 20 h 10 min - Reply

    @Apollon et Intello2002

    On aurait aimé que vous donniez quelques arguments pour étayer vos affirmations.

    L’histoire s’est déroulée et l’Andalousie musulmane a disparu,comme ont disparu Carthage et tant d’autres hauts lieux de la civilisation avant et après elle. Pourquoi les Andalous et les Carthaginois ne s’étaient-ils pas intégrés aux populations autochtones ? Il m’est difficile de répondre à cette question, car je ne suis qu’un amateur d’histoire et non un historien. Il me semble cependant, qu’à toutes les époques, les peuples (et leurs cultures, religions, etc.) ont été en compétition, en particulier dans le bassin méditerranéen et au Moyen-Orient. C’est ainsi que le monde a toujours fonctionné (peut-être que c’est la compétition qui existe entre individus et groupes d’une même société qui est reproduite à un niveau supérieur). De nos jours, les Américains dominent le reste du monde dans le domaine des sciences et de la technologie. Faudrait-il leur demander de renoncer à leur suprématie et rejoindre la masse de ceux qui ont eu moins de chance qu’eux?
    Dans le domaine des sciences et des arts, l’Andalousie représentait pour l’Europe ce que les Etats-Unis d’Amérique représentent pour le reste du monde aujourd’hui. Le vent a ensuite tourné et les Européens (Chrétiens) ont repris le flambeau de la civilisation, que les Mésopotamiens et les Egyptiens avaient été les premiers à porter (dans notre aire civilisationnelle) et qui a été repris, à tour de rôle, par les Phéniciens, les Grecs, les Perses, les Romains et les Musulmans (toutes ethnies confondues).

    Comment nous-autres Maghrébins nous situons-nous dans cette chaîne ? Ou plutôt, quelle doit être notre attitude face au patrimoine culturel légué par la civilisation musulmane. Il nous arrive souvent de lire des commentaires d’intervenants sur ce site qui veulent arrêter l’histoire des Berbères à l’année 701, date de la défaite de Dihya, la Berbère, face à Hassan Ibn Al Na’man, l’Arabe, qui constituerait de ce fait le début d’une occupation arabe qui se prolongerait jusqu’à nos jours. Il me semble que ce point de vue va à l’encontre de toutes les données historiques et même du simple bon sens. Notre histoire fait partie intégrante de l’histoire du monde musulman. C’est là une donnée incontournable. Cette histoire n’est pas l’histoire mythique que certains se plaisent à nous enseigner. Elle a été jalonnée de luttes et de conflits entre plusieurs courants, et ce dès les premières années. Le Maghreb a été le théâtre parfois sanglant de certains de ces conflits (notamment les insurrections kharijites contre les Fatimides). Quelle a été la part des rivalités ethniques dans ces conflits (Perses, Turcs, Berbères et Arabes ont à différentes époques joué un rôle de premier plan) ? C’est aux historiens de nous le dire.

    Au Maghreb et en Andalousie, les penseurs et hommes de science ont produit leurs œuvres en langue arabe. Pourquoi pas en berbère ? Je pense que là aussi, c’était une affaire de compétition. Trois langues ont eu le privilège de véhiculer la majorité du savoir de l’Antiquité et du Moyen-âge : le grec, le latin et l’arabe. D’autres langues prestigieuses – l’Egyptien, le Phénicien, etc. – ont complètement disparu. Ceci est le produit de circonstances historiques particulières et n’a rien à voir avec une quelconque supériorité ethnique ou raciale. Faut-il en déduire que tout ce qui s’est fait au Maghreb et en Andalousie n’ait rien à voir avec les Berbères et que ce n’est pas leur patrimoine ? Cela reviendrait à réduire à néant l’œuvre de toutes les dynasties berbères qui se sont succédé dans l’histoire : Rustumides, Zirides, Hammadides, Almoravides, Almohades (sans parler des tribus berbères plus ou moins arabisées, tels les Zenata qui ont donné les Zianides et les Mérinides). Position indéfendable.

    Les réfugies andalous avaient-ils «snobé» les autochtones ? C’est le difficile travail de nos historiens de nous restituer dans le détail la vie dans nos villes et nos campagnes à cette époque. Il est clair, cependant, que toute œuvre de civilisation est le fruit d’un travail collectif, mais ce sont les couches les plus aisées, souvent associées au pouvoir, qui en tirent le plus de gloire, car les hommes de lettres et de science appartiennent aux classes privilégiées. Il est probable que la majorité de ceux qui avaient fui l’Andalousie pour se réfugier au Maghreb étaient des gens qui avaient une certaine fortune, et que les individus appartenant aux couches laborieuses les plus défavorisées n’aient pas eu les moyens de se payer le voyage. Ces derniers étaient probablement restés sur place et s’étaient plus tard convertis au christianisme. Il n’en demeure pas moins que ceux qui s’étaient établis chez nous étaient détenteurs d’un savoir et d’un savoir-faire qui, dans des conditions favorables, auraient certainement profité aux autochtones. C’est peut-être la situation politique au Maghreb central (Algérie actuelle) à cette époque (guerres incessantes et tyrannie – conditions particulièrement hostiles à toute forme de création intellectuelle et artistique) qui expliquerait le rôle modeste joué par la communauté des réfugiés andalous dans notre pays.




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  • Rédaction
    3 décembre 2009 at 15 h 43 min - Reply

    Tout à fait d’accord avec lucide sauf sur un point. Ce ne sont pas seulement les andalous fortunés qui ont pu se réfugier dans la Maghreb. La société andalouse, et particulièrement celle de Grenade, très cloisonée, en castes et en communautés, a rompu les clivages et a littérallement fusionné, lorsque le départ est devenu inéluctable. Une solidarité très active, des plus aisés à l’endroit des plus pauvres s’est mise en place, pour permettre à ceux qui n’en avaient pas les moyens de quitter cette terre où il n’était plus permis aux musulmans de vivre. Des fetwas ont été lancées pour consacrer l’argent de la zakat à cette oeuvre. Mais il est vrai que les Andalous de la campagne, démunis et dispersés, ont presque tous été contraints de rester en Espagne et de se convertir au christianisme. Les premières générations pensaient pouvoir gagner du temps, en attendant que leurs frères musulmans, arabes et ottomans, viennent leur restituer leur patrie perdue, mais leur descendance à fini par se fondre dans la société espagnole, et, par la force des choses, en oublier leur propre origine. Des textes très émouvants, de chroniqueurs de l’époque, et d’historiens évoquent abondamment ces évènements.
    Faut-il rappeler, par ailleurs, que les Andalous fortunés ne pouvaient pas emporter tous leurs biens, et qu’ils étaient naturellement enclins à aider leurs coreligionnaires pauvres.
    DB




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  • lucide
    3 décembre 2009 at 18 h 30 min - Reply

    Merci pour ces précisions.

    Voici une enquête sur la famille El-Fassi, qui descend de réfugiés andalous établis au Maroc, publiée par la revue marocaine Telquel online :

    http://www.telquel-online.com/394/images/elfassi_doss.pdf

    On peut voir toute la différence avec l’Algérie, où aucune grande famille de ce type n’a pu se former et se maintenir dans les coulisses du pouvoir, du 15ème siècle à ce jour.




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  • guetib
    13 mars 2012 at 13 h 41 min - Reply

    LUCIDE ,je ne partage pas ton information.ENTENDS-TU parler de sidi YEDDER ce « réfugié » andalou qui quitta grenade en 1496 et dont ses fils et petits fils ont été fondateur de plusieurs zaouia au niveau de tout le maghreb et particulièrement en algérie.Les noms de familles diffères.Mais plusieurs branches de cet illus tre personnage existent.Lors de la conquète française,les colons ont exterminé presque tous les oulad gottib pour ne laisser aucune trace des descendants du roi abderrahmane d’andalousie.ET ça demande REFLEXION !




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  • Al
    24 mai 2012 at 16 h 07 min - Reply

    bonjour, salam , azul tout le monde , c avec grand plaisir que j’ai decouvert ce forum car l’histoire des andalous d’afrique du nord a été oubliée des deux cotés de la mediteranée , il ne reste que le champs andalous 🙂 , bref , je suis originaire de mascara , mes ancetres se sont etablis a mascara vers 1500 juste aprés la chute de grenade en 1492 , et peu avant 1609 date de l’expulsion generale des morisques, quand des milliers d’andalous ont éte contraint de se convertir au chirstianism .
    Plusieurs familles andalouses se sont etablies a mascara , ma famille sont les descendants des idrissides hammoudites andalous, les ouled sidi daho ben zerfa. beaucoup d’autres familles andalouses idrissides ou autres s’etaient etablis a ghriss

    Salam
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    • benzerga
      1 août 2012 at 11 h 32 min - Reply

      bonjour petite precision seulement les ouled sidi daho ben zerfa ou ben zerga votre commune douar….merci de demander aux vieux




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  • Corinne
    21 septembre 2014 at 9 h 26 min - Reply

    Bonjour,

    Je découvre cette page intéressante au sujet des liens historiques entre Andalous et le peuple l’Algérie, donc premièrement merci. J’ai encore beaucoup à découvrir sur ce sujet.

    Et ce sujet m’intéresse notamment car tous mes ancêtres jusqu’à moi sont des Espagnols Andalous, et je comprends un peu mieux dans quelles circonstances nos histoires sont très liées. Quelle influence le peuple d’Algérie qui a conquis l’Andalousie il y a bien longtemps a eu sur le peuple d’Andalousie, ainsi que les influences de la culture de l’Andalousie sur le peuple de l’Algérie à l’époque.

    Car mes ancêtres ont quitté l’Andalousie à partir de la fin du 19ème siècle, les derniers en sont partis en 1910 pour rejoindre les terres de l’Algérie alors occupées par les Français (je sais bien qu’elle était occupée avant par les Otomans). Ils ont vécu dans les régions de Tlemcen et d’Oran. Mes parents sont nés à Sidi Bel Abes et Tiaret. C’était des gens simples qui n’étaient pas des « colons » ni dans les faits ni dans leur mentalité. Le grand père ouvrier qui travaillait avec des ouvriers arabes a appris la langue arabe et les rapports entre eux étaient respectueux.

    J’aurais été intéressée aussi de connaitre plus de choses sur les circonstances politiques et économiques en fin 19ème et début 20ème en Espagne et en Andalousie qui ont forcé ces peuples à quitter leurs terres.. On sait que sur les côtes Andalouses il y avait beaucoup de pauvreté, mais c’était le cas depuis longtemps ! Alors si quelqu’un, ou un historien dans l’âme, pouvait m’éclairer, ce serait très bienvenu !
    J’aurais aimé aussi connaitre des récits sur les familles arabes à l’époque, notamment de Tlemcen qui connaissaient les Européens andalous à l’époque. Et peut être aussi connaitre des européens andalous qui vivaient dans cette région (ou non) à l’époque. Mes parents sont nés dans le milieu des années 30, moi en 57.

    Bien sûr donc, parce que mes parents sont nés en Algérie et y ont grandi, c’était leur pays de coeur. Bien sûr quand ils sont partis en 1956, ma mère a eu son coeur déchiré : elle ne connaissait pas la France, pour tout dire elle s’en fichait de la France et l’Espagne lui était inconnue. C’était comme tout exode, dramatique. Toute mon enfance a été bercée par les histoires de sa vie en Algérie. En France, nous avons rencontré des gens plutôt froids qui n’étaient pas heureux de nous voir, j’ai même, en tant qu’enfant reçu des propos racistes (je ne comprenais pas trop le ton lié à l’expression de « pied noir » qui m’était tout autant incompréhensible) et heureusement nous avons aussi rencontré des gens chaleureux. Mais quelle idiotie le racisme !!

    Je souhaite simplement connaitre et donc comprendre mieux ce lien qui nous unit : ces deux terres, ces deux cultures de chaque côté de la méditerranée. Je suis allée deux fois en Algérie et j’ai eu un sentiment « automatique » d’y être à l’aise, même si nos religions et nos coutumes ne sont pas les mêmes. Je marchais dans les rues, j’allais dans les magasins et c’était tout naturel. Normal, probablement, car je suis née en France avec l’Algérie chaque jour dans notre maison.

    Merci de m’avoir lue et merci pour ceux qui pourraient répondre ! Inch Allah !

    Bien respectueusement

    Corinne




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  • Larbi Anti-DRS
    21 septembre 2014 at 14 h 55 min - Reply

    Quote: « On sait que sur les côtes Andalouses il y avait beaucoup de pauvreté, mais c’était le cas depuis longtemps ! Alors si quelqu’un, ou un historien dans l’âme, pouvait m’éclairer, ce serait très bienvenu ! »

    Rien ne vaut un sejour en Andalousie. Visitez Murcia, Malaga, Fuengirola, Estepona, Granada, Ronda, Cordoba, Sevilla, Cadiz, Al-Jazira puis Djebel Tarek. les habitants de l’Andalousie ont garde’ les noms Arabes des villes jusqu’a aujourd’hui et leurs habitudes et cultures et  » customs » derive’ du temps des Maures (Empire Mauritanien et qui ne veut pas dire Marrocain comme les Marrocains le croyent) jusqu’ au temps de Franco.

    Du point sociologique il est tres interessant de savoir comment et pourquoi les noms des villes sont reste’ Arabes, alors que l’inquisition etait feroce et ils brulaient tous ce qui n’est pas devenu catholique. La France de Napoleon, meme celle d’aujourd’hui exclus toute autre langues ou symbolisme (expl: les villes Algerienne durant le colonialisme, l’affaire du voile durant le regne de Chirac et sa continue, etc.)

    L’Andalousie aujourd’hui n’est pas pauvre mais a des problemes de conjoncture et de developpements due a des ambitions demesure’ (agriculture industrielle et construction/tourisme de masse). Il reste rien ne vaut quelque jour a Granada et ses environs.




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    • Corinne
      21 septembre 2014 at 16 h 34 min - Reply

      Oui merci beaucoup pour cette réponse. Aujourd’hui l’Andalousie n’est pas pauvre, c’est sur, elle qui comme vous dites fait « son blé » grâce aux tomates qui ne connaissent pas la terre, et autres abéerations de l’agriculture de masse.. mais à l’époque où mes ancêtres ont migré elle l’était, surtout au bord de la méditerranée, me disent les anciens – mais bien évidemment pratiquement tous les peuples ont fait de même : les irlandais que je connais bien eux aussi migraient beaucoup. merci pour ces recommandations, et oui de partir la voir, et la visiter, cette envie est bien là ! Merci Larbi 🙂




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      • Larbi Anti-DRS
        22 septembre 2014 at 11 h 45 min - Reply

        Certains chercheur disent que le nord a maintenu le sud dans la pauverete’ durant la revolution industriel qui a commence’ en Engleterre.. L’ensemble Catalans, Aragon et les Castillans ne voulaient pas que le sud avec comme ville Malaga s’industrialise au debut du 19 siecle. Malgres qu’un balbutiement d’industrie a commencer a Malaga comme ville metropole. L’espagne a ete’ pousse’ a abondonner son influence politique et economique de l’Amerique latine par le nouveau venu les USA. La guerre civile espagnole ayant dessiminer l’elite du changement et du progres socialiste au 20 siecle.

        La pauverete’ absolu au 19 et au debut du 20 siecle a toucher les plus demunis du systeme sociale base’ sur une propriete’ prive’ dependant d’un systeme royale rentier qui est toujours en place.

        La pauverete’ aujourd’hui pousse les jeunes Algeriens, Marrocains, Tunisiens, Maliens, Senegalais, Irakien, Palestiniens, Syriens, etc. a afronter la mer dans des embarcations de fortune vers une Europe qui ne veut pas d’eux mais veut leurs petrole et sources minieres mais en meme temps cette Europe espere qu’ils s’exterminent sans echos.




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      • Marie
        29 juin 2015 at 8 h 04 min - Reply

        Bonjour Corinne,

        J’arrive bien tard dans le fil de conversation mais je voulais vous dire à quel point votre histoire me parle.
        J’amorce un tournant de ma vie et je souhaite écrire sur les femmes de ma famille.
        La dernière à être né en Algérie c’est moi. Malgré les aléas je n’ai pas perdu la trace de mes ancêtres du coté maternelle. Les manques historiques sont comblés par un ressenti viscéral.
        Je suis d’Esp




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  • Yacine25
    21 septembre 2014 at 17 h 17 min - Reply

    Bonjour, il n’ y a pas qu’Azeffoune et tenèsse qui ont accueilli des musulmans où autres arrivés d’espagne, A Constantine nous avons aussi accueillis des gens venant de cette région d’andalousie, d’ailleurs se sont très bien intégrés, leurs Music le malouf est toujours présent dans tous les coins de la ville, ils ont fui les massacre et la misère d’elisabeth la Catholique, avec l’histoire qu’ils ont, les réfugies venant d’espagne ils sont algériens espagnol et autres…
    il faut reconnaitre les colons francais n’étaient pas mieux qu’élisabeth de castille tous cette mésaventure a produit dans notre pays un Pouvoir délinquant et malade mental, les effets des guerres ont influencer l’aspect psychologique des Chakib khalil, abdelmoumène el khalifa et autre traitre, notre pays a vécu toujours dans la guerre depuis tout le temps…
    celui qui sentent bien chez, il est donc chez lui…..




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  • OmarA
    22 septembre 2014 at 17 h 35 min - Reply

    Andalousie, des siècles de savoir et de sciences.
    Beaucoup ont reproché aux Andalous d’avoir confiné tout ce savoir et ces sciences, et que le Maghreb n’en a pas profité. (solidarité musulmane oblige)
    A contrario, si la Renaissance prit naissance en Italie (Florence) vers le 13è et le 14è siècle, toute l’Europe en bénéficiera vers le 16è siècle.
    Siècle qui coïncida justement avec la chute de Grenade et les grandes conquêtes qui s’en suivirent.




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  • Soutrakama@ymail.com
    25 février 2015 at 16 h 34 min - Reply

    Vous dites leur beauté physique, acquise au fil de siècles de métissage avec l’élement européen, slave et scandinave .. Pour vous c’est l’élément européen qui rend beau un humain et bien dit donc !!!! franchement vous me faite croire que vous êtes victime d’un complex d’infériorité …

    Pour quoi ne pas dire que leur beauté physique, acquise au fil de siècles de métissage ceci aurait êtes plus véridique ..

    Et le pire c que les peules d’Andalousie actuel qui vive en Espagne ,ont un physique brun peau bronsé et yeux noir ….




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  • elphy
    29 juin 2015 at 14 h 31 min - Reply

    En Conséquences : l’homme blanc a fait que du mal a l’humanité, après avoir dépourvu les indiens de leurs identités le voila maintenant officialise les lesbihommo? bien sûr c’est anti nature, rien ne peut l’arrêter dans ses aventures sans repère c’est au tour du clonage maintenant, incroyable le mal être d’un homme blanc à la recherche de ses aspirations je dirais trompeuses….




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  • Congrès du Changement Démocratique