Édition du
25 July 2017

«On ne vous demande pas de penser!»

Interdiction de penserPar Adel

Quelques mois après l’indépendance, enfant, je voyais fleurir sur les murs le célèbre slogan «Un seul héros, le peuple». Pus tard, je pris connaissance de la devise de l’Etat Algérien inscrite sur le fronton des APC «Par le peuple et pour le peuple».

Adolescent, j’avais donc toutes les raisons de croire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, puisque le peuple, au sort duquel j’étais sensible, étant moi-même de modeste extraction, était au centre des préoccupations de notre jeune État.

Mon premier contact avec l’ANP, «digne héritière de la glorieuse ALN», se fit en 1976, année de mon incorporation au Service National. En 1977, jeune officier affecté sur les chantiers de la «Trans», j’assistai à un très court dialogue entre un de mes collègues et un officier supérieur du HCSN, venu en inspection. A une question de ce dernier, le jeune homme répondit : « Mon commandant, je pense… » Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, car il fut immédiatement mitraillé par un «On ne vous demande pas de penser!», sans appel.

Les deux années que je passai dans les rangs de l’ANP me firent découvrir la triste réalité. C’était l’époque de l’autorisation de sortie et des 403 noires de la SM qui pouvaient débarquer au petit jour chez tout Algérien suspecté d’opposition au régime et l’embarquer pour une destination inconnue. Pour nous faire une raison, nous nous disions que c’était le prix à payer pour moderniser le pays. Nous ne savions pas, hélas, que notre passivité aller ouvrir la voie à tous les abus, et que l’Algérie nourrissait en son sein des monstres sanguinaires qui allaient, tels des extra-terrestres surgis de nulle part, s’emparer de tous les leviers de commande et provoquer un carnage indescriptible.

Pour les profanes comme moi, un intellectuel est quelqu’un qui utilise son intellect, qui pense. Quelqu’un comme Kateb Yacine, Mammeri. Un type honnête, intègre, qui voue un culte à la vérité. Alors, je me pose la question : un intellectuel peut-il survivre et s’épanouir dans notre armée, que dis-je dans le saint des saints de cette institution, le DRS ? Que peut-il bien y faire, à part défendre le point de vue de son employeur, être la voix de son maître ? Penser ? Allons donc !


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UN COMMENTAIRE

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  • intello2002
    4 décembre 2009 at 12 h 36 min - Reply

    Exactement à la même période que vous Adel j’étais trouffion .On n’avait pas le droit de penser ni de parler d’ailleurs.Bouche cousue,c’était le maitre-mot.
    Ce n’était plus les 403 ,mais déjà les 504 noires.Leur malle était suffisamment grande pour pouvoir transporter les cuisses de veau à partir du refectoire des soldats qui se contentaient du bouillon de légumes dégueulasse.Par le peuple et pour les chouakra.Il fallait changer la devise.




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