Édition du
22 March 2017

Affaire Djamel kelfaoui : Verdict très attendu au tribunal de Béchar


Kelfaoui DjamelEl Watan, 6 décembre 2009

Il devra élucider les circonstances de la mort de cette figure charismatique.

Les proches de Djamel Kelfaoui, cinéaste algérien décédé dans des conditions tragiques lors d’un tournage à Laghouat en mai, (El Watan du 25 mai) sont appelés au tribunal militaire de Béchar ce lundi 7 décembre pour le verdict très attendu d’un procès mettant en cause Sofiane B. A., officier de l’armée. C’est dans les locaux de la gendarmerie de Laghouat, où il s’était présenté pour plainte contre B.A., que le cinéaste, pris de malaise, est conduit en urgence à l’hôpital de la ville où il décéda deux jours plus tard. La plainte portait sur un coup unique et violent sur le thorax asséné par l’officier supérieur en civil à l’occasion d’un banal embouteillage. Djamel Kelfaoui, 48 ans, était né en France, originaire d’une famille de Blida. Il était connu et inspirait le respect dans tout le département du Neuf-Trois pour avoir consacré sa vie, avec une passion militante assez rare, au profit d’une jeunesse au destin incertain.

Ses études de sociologie et communication à l’université Paris X Nanterre lui permirent de se consacrer avec succès au reportage documentaire. Il crée l’association SOS ça Bouge et lance un festival culturel « Y a de la banlieue dans l’air » où se mêlent musique, théâtre, cinéma et sports. Il organise des concerts qui ont marqué les mémoires avec des artistes d’Afrique et du Maghreb. Cette expérience lui permet d’exprimer une vocation d’artiste, de témoin et d’éducateur attaché au terrain. Il a ainsi marqué le paysage culturel de Seine-Saint-Denis.

Après les émeutes d’octobre 1988, il vient à la redécouverte de son pays dans une démarche de journaliste reporter. Il tourne des films à compte d’auteur. Dix ans après, il finit la réalisation d’Algérie, la Mémoire du raï, et multiplie les projets des deux côtés de la Méditerranée à travers des documentaires. Il poursuit aussi son travail sur cheb Hasni assassiné en 1994 dans son film Je vis encore. Le tribunal de Béchar devra élucider les circonstances de la mort tragique de cette figure charismatique qui portait à bout de bras les espoirs d’une jeunesse marginalisée et souvent coupée de ses racines. La famille du défunt affligée par le deuil déplore « le manque de transparence sur le dossier, et notamment les résultats de trois autopsies ».

Tous ses proches sont convaincus que la victime était en bonne santé. Il avait fait le trajet Paris-Laghouat par route après une traversée Marseille-Alger, heureux de retrouver son pays et les siens. Soraya, sa sœur, infirmière à la Salpetrière de Paris, est affirmative : « Mon frère n’était ni cardiaque ni hypertendu. Il n’avait aucun antécédent de santé, contrairement à ce qui a été mentionné dans le rapport médical de l’hôpital de Laghouat. » Apparemment, un important pic de tension aurait été à l’origine d’une hémorragie cérébrale. Au-delà de l’autopsie et des débats d’expertise, les juges du tribunal militaire sont appelés à statuer sur la responsabilité directe ou indirecte d’un homme qui, de part la posture morale que lui confère son grade dans l’armée, est tenu de garder son calme en toutes circonstances et montrer une attitude de dignité et de courtoisie envers les gens, par respect à l’institution qu’il représente. Ce 22 mai 2009 à Laghouat, Djamel Kelfaoui n’a, malheureusement, rencontré ni pitié ni courtoisie.

Par Rachid Lourdjane


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UN COMMENTAIRE

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  • Chabi Zohir
    6 décembre 2009 at 12 h 21 min - Reply

    Ne nous faisons pas d’illusions sur le verdict. On ne condamne pas un lieutenant-colonel pour avoir frappé et tué un individu de la populace. Soyons sérieux. La « digne héritière de l’ALN » est sacrée et intouchable. Sans elle, l’Algérie n’existerait pas, voyons. Donc elle a droit de vie et de mort sur nous. Pour notre bien à tous.




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