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L’Algérie, un beau pays de paix, d’amour et de fraternité

Algérie 1Par Adel

Parcourant les pages d’un quotidien national en ligne, je suis tombé sur ce titre : L’Algérie, un beau pays de paix, d’amour et de fraternité. C’était le titre d’un entretien avec Jean-Claude Brialy, comédien français né à Sour-el-Ghozlane.

Pendant quelques secondes, j’ai pensé : «Encore quelqu’un  qui nous prend pour des imbéciles!» L’Algérie, un beau pays, certainement, mais un pays de paix, d’amour et de fraternité, c’est moins sûr.

Me ressaisissant, j’ai réalisé à quel point nous étions devenus nihilistes. Quel terrible destin que le nôtre! Des Européens, miséreux pour la plupart, venus des quatre coins de France, d’Espagne, d’Italie, de Malte, avaient, en un siècle – à peine trois générations – pris racine dans ce pays où nos ancêtres ont vécu depuis toujours, et l’avaient aimé  – l’aiment toujours – d’un amour passionné, alors que nous en sommes encore à nous demander qui nous sommes, d’où nous venons, où nous allons, et ce que nous faisons dans ce «bled miki» où nous avons eu la malchance de naître et que nous voulons quitter à tout prix, même sur un radeau.

Quel est donc ce terrible mal qui nous ronge et nous empêche de jouir tranquillement de la vie dans ce magnifique pays qui est le nôtre ? Comment avons-nous fait pour nous planter si lamentablement, alors que nous avions tout pour réussir : un beau pays, avec le meilleur climat qu’on puisse souhaiter, une population jeune et instruite, du pétrole et du gaz à profusion ? Sommes-nous des losers ? Sommes-nous un peuple fondamentalement pessimiste, nihiliste même, incapable de construire quelque chose de durable ? L’Algérien est-il vraiment ce sacripant que décrit la blague et qui est prêt à se faire crever un œil pour que son acolyte ait les deux yeux crevés ? Serions-nous un peuple très doué pour faire la guerre (de Massinissa à la guerre de libération, en passant par Rais Hamidou, la liste de nos hauts-faits d’armes est élogieuse, en effet) mais qui tombe dans la déprime une fois l’ennemi vaincu ? Serions-nous, à l’inverse des Allemands, un peuple plus apte à détruire une ville qu’à la faire renaître de ses cendres ? Les tristement célèbres Vandales nous auraient-ils transmis le gène du pillard ?

Je ne crois pas qu’il y ait un déterminisme de la race, mais je crois qu’il y a un déterminisme de la culture.

Enfant, je me suis toujours demandé pourquoi mes camarades de classe d’origine européenne étaient différents de nous, français musulmans, comme ils nous appelaient. Nous étions plus malins, plus rusés et plus agressifs, plus belliqueux qu’eux. Ils étaient naïfs, crédules et couards, djay’hine, comme on dit aujourd’hui. Voila me semble-t-il le nœud du problème : dans notre culture, tout individu qui est naïf, innocent et pacifique est djayeh. Djayeh s’oppose à qafez. Il y a dans notre culture une sur-valorisation de la q’faza et de la rodjla. Ruse et agressivité : les deux armes préférées du faible, de l’opprimé qui doit faire face aux difficultés de la vie dans un milieu hostile.

Des siècles d’oppression, qui remontent au moins à l’occupation turque (1530 environ), ont façonné notre système de valeurs et mis en place nos réflexes de défense. Takhti rassi, Khalliha takhla ou bien `Oum ou `ess hwayejec sont quelques uns parmi les innombrables dictons que la sagesse populaire a érigés en règles de conduite – les chansons cha`bi, particulièrement celles de Dahmane el Harrachi, reflètent clairement la vision du monde pessimiste qui est véhiculée par notre culture. Chacun de nous porte en lui-même, dans le moi social façonné par notre culture,  deux éléments antagoniques qui se manifestent dans notre comportement : enthousiastes, généreux, et spontanés de nature, nous devenons, à la moindre menace, même imaginaire, méfiants, roublards et agressifs. C’est comme si notre peuple, fondamentalement optimiste et bon, avait développé des réflexes de survie qui se sont transmis de génération en génération.

Le pire et le meilleur cohabitent en chacun de nous et en font un être à l’équilibre fragile.

On me rétorquera que le peuple algérien n’était pas ce qu’il est aujourd’hui et que la situation que nous connaissons est le résultat du travail de destruction de nos vraies valeurs par les dictateurs et prédateurs qui se sont succédé à la tête du pays depuis 1962. Ce n’est vrai qu’à moitié, pour la simple raison que ceux qui ont gouverné l’Algérie jusqu’à présent ne viennent ni d’une autre planète ni d’un autre pays. Ce sont des Algériens pure huile d’olive, comme vous et moi. Ils sont le produit de notre culture, eux aussi. Plus grave, ils faisaient partie de l’élite qui a dirigé le combat pour l’indépendance. Il me semble, qu’à l’instar de tous les Algériens, les premiers dirigeants de l’Algérie indépendante ont été victimes eux-aussi du syndrome de la q’faza-rodjla. La culture qui les menait à leur insu était celle que notre peuple avait créée durant les siècles d’oppression. Ils n’avaient pas compris que les règles du jeu n’étaient plus les mêmes. Ils n’avaient pas déposé les armes ; ils n’avaient pas baissé la garde. Méfiants et agressifs, ils n’avaient pas compris qu’un changement radical s’était produit. Pour la première fois depuis le 16ème siècle, nous étions maîtres de notre destin, libres de faire ce que nous voulions. Le Turc et le Français étaient partis pour toujours et nous pouvions jouir de notre pays en toute liberté. Notre méfiance et notre agressivité, qui se justifiaient par le passé, n’avaient plus de raison d’être, car il n’y avait plus de soldatesque ennemie prête à envahir nos villages pour incendier nos récoltes et violer nos jeunes filles. Plus de Dey, ni de Gouverneur Général. Plus de janissaires, ni de gardes-champêtres. Plus de caïds, ni de bachaghas. Plus de razzia, ni de vendetta. Les tribus qui, par le passé, se faisaient une guerre incessante, formaient maintenant une seule nation, d’Alger à In-Guezzem et de Tebessa à Maghnia. Tout ce dont nos ancêtres avaient rêvé, siècle après siècle, nous l’avions, el hamdoullah.

L’histoire de l’Algérie indépendante, c’est l’histoire d’un rêve qui s’est brisé.

La machine à broyer les êtres humains se remit en marche, happant de plus en plus d’Algériens, dont le seul tort était leur désaccord avec la politique appliquée par les dirigeants.

Ceux qui ont pris la décision, en 1962, de donner tous les pouvoirs à un groupe, sans aucune possibilité de contrôle par la société, portent toute la responsabilité des crimes commis par la suite. Après deux décennies de marche forcée vers une «vie meilleure» à l’ombre d’un socialisme sans liberté, le groupe dirigeant se découvrit, après la mort du chef charismatique, un appétit vorace pour les affaires. La libéralisation sauvage de l’économie, amorcée après la mort de Boumediène, a, en l’absence de l’Etat de droit, qui constitue le seul antidote efficace contre les méfaits du capitalisme, accentué le caractère rentier de notre économie et instauré un climat de déliquescence générale, les affaires de détournement des deniers publics et de corruption se succédant à un rythme infernal. Le piège s’est refermé sur le peuple algérien : l’Etat est devenu la propriété privée d’un clan qui tient tous les leviers de commande et impose sa loi d’airain à la société. Le sommet de la barbarie et du nihilisme est atteint : tout individu gênant est assassiné. S’il est proche du camp islamiste, on lui fabrique un passé de terroriste ; s’il est plutôt démocrate, c’est une victime du terrorisme. Diaboliquement simple et efficace. De la rodjla, qui nous a bâillonnés, à la q’faza, qui nous a ruinés, à la debza qui a nous a mis KO, voila notre parcours depuis l’indépendance.

Comment s’en sortir ?

Nous devons faire un grand travail sur nous-mêmes, afin d’extirper de notre culture tous ces réflexes négatifs, cet esprit belliqueux et ce nihilisme que nous ont légués nos ancêtres – bien malgré eux – et qui sont profondément enfouis dans notre inconscient collectif, dans notre culture.

Il est certain que ce changement d’attitude ne pourra se réaliser pleinement que lorsque le droit et la justice deviendront effectifs dans notre pays. Il n’en demeure pas moins que l’Etat de droit est aussi un rêve, et que si le nihilisme continue à prendre le dessus et à nous retenir prisonniers, ce rêve ne se réalisera jamais. L’Etat de droit c’est d’abord des institutions et des règles de gouvernement, certes. Mais c’est aussi une culture. L’Etat de droit ne peut prendre sur notre terre, qui a connu tant de siècles d’oppression, que si nous le soutenons avec la culture appropriée. Cela est d’autant plus vrai, que cette forme moderne de l’Etat a été en Europe l’œuvre de la bourgeoisie. L’évolution historique de notre pays, ainsi que de tous les pays du tiers-monde, a fait que cette classe sociale n’a pas pu se développer. La mise en place de l’Etat de droit dans ces pays ne peut donc se faire que sous la forme d’une «greffe». Ce ne peut être que l’œuvre consciente des élites éclairées de la société.

Aujourd’hui, trois institutions jouent un rôle essentiel dans la fabrication et la transmission de la culture d’une société : la famille, l’école et les médias. Chacune d’elles peut jouer un rôle décisif dans l’enracinement des valeurs positives dans notre culture et dans la société: optimisme, confiance, solidarité, civisme, respect de la personne humaine et des lois, etc. Si la famille est un lieu dont l’intimité doit rester sacrée, l’école et les médias sont, par contre, les instruments les plus efficaces pour faire progresser le projet d’assainissement du climat social dans notre pays.

Les forces qui s’inscrivent dans l’opposition doivent dès à présent, à travers les médias, faire la chasse au nihilisme et propager la culture de l’optimisme et de la confiance en soi et en autrui. Une des priorités de l’Etat de droit que nous appelons de nos vœux devra être la mise en place d’une école nouvelle qui façonnera les Algériens du 21ème siècle, ceux qui pourront dire aux visiteurs étrangers : «Bienvenue en Algérie, notre pays, un beau pays de paix, d’amour et de fraternité.»



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37 Reponses pour " L’Algérie, un beau pays de paix, d’amour et de fraternité "

  1. Jnsplu dit :

    Merci pour ce constat. Ton analyse réaliste et objective est convaincante, On ne peut pas y adhérer bien que comme tu le dis indirectement, notre culture actuelle fait que quelque part et sans raison logique, il demeure quelque part enfoui dans notre subconscient qu’il y a quelque chose qui y manque, mais quoi… ?

    Merci encore.

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  2. l.leila dit :

    Bonsoir,
    Comme on dit dans notre jargon populaire, nous sommes jaloux de nous-mêmes. Nous savons détruire et nous ne reconstruisons pas. Nous possédons le savoir faire seulement pour en faire bénéficier les peuples qui sont plus conscients que nous.Pourtant, nous sommes fiers des compatriotes qui réussissent ailleurs. C’est qu’alors nous faisons fuir le bonheur qui nous craint!!

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  3. adel 133 dit :

    nous ne sommes ni pires ni meilleurs.l’Algérien ne nait pas avec une malformation congénitale qui lui donne ce caractère reptilien.
    le nihilisme,l’agressivité et le pessimisme ont un nom:c’est l’exclusion.
    la dictature mafieuse au pouvoir depuis 62,année de l’indépendance a tout fait pour infantiliser le peuple,le marginaliser,l’appauvrir et le rendre étranger à son pays.
    la liberté et la démocratie retrouvée(le combat est long)le droit et la justice consacrés,sont les seul determinants aux quels aspire le peuple Algérien.une fois ces attributs recouverts,10 ans suffiront à l’Algérie pour redevenir un pays vivable,prospère et entrant de plein pied dans la modernité.
    En ce jour du 18 novembre 2009 les 35 millions d’Algériens de part le monde ont démontré leur amour et leur attachement pour ce beau et magnifique pays et leur ruptupre avec le pouvoir lache et corrompu qui nous colonise.

    _______________________
    Cher frère Adel,
    Pour qu’il n’y ait pas de confusion avec l’autre Adel, auteur du texte, j’ai ajouté à votre pseudo, 133

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  4. MTM dit :

    @M. Adel

    Votre dernier commentaire m’a quelque peu rassuré devant la série de questions que vous vous êtes posée sur l’origine du mal supposé nous caractériser et qui nous interdirait d’évoluer vers la civilisation et la construction d’une grande nation.

    En effet, votre introspection dans la première partie, empreinte d’un attrait redoutable, s’aventure à fouiller dans l’histoire des Arabo-Berbères pour y trouver la racine du mal qui serait, on le comprend par l’entremise de vos questions, un des facteurs majeurs de leur caractère agressif. Tous les grands malheurs qui se sont produits en Algérie ces dernières années et le fleuve de sang qui a coulé emportant des centaines de milliers de vies innocentes, seraient l’expression du réveil imparable d’un de nos gènes enfouis dans l’enchevêtrement inextricable de nos ADN. Un gène « belliqueux » développé et acquis à travers notre histoire chargée de rudesse, de barbarie, de guerres, d’invasions et de ruines. Un gène qui nous pousserait à l’autodestruction et au suicide collectif comme n’importe quel autre gène coupable, chez l’être vivant, d’une tare physique incurable.

    Cette vision des choses, même adoucie sous forme de doutes, porte en elle des germes de fatalisme et de désespoir, elle laisse échapper un parfum de racisme tourné contre soi-même ; comme si elle a pour mission d’insuffler ou de mettre la puce à l’oreille de ceux qui l’ignorent encore une réalité qui les dépasse pour les forcer à la résignation. D’aucuns seraient tentés de l’admettre, en effet, et trouveront dans l’histoire algérienne contemporaine toutes les preuves et les confirmations de ce comportement chez les Algériens. D’autant plus que votre assertion « Je ne crois pas qu’il y ait un déterminisme de la race, mais je crois qu’il y a un déterminisme de la culture.» ne tranche pas vraiment pour une dénégation claire. Car quelle différence y a-t-il, pour les victimes de la tragédie nationale et pour tout le peuple meurtri depuis un demi-siècle, entre un atavisme biologique et un atavisme culturel si l’expression de ce dernier est aussi fatale que dévastatrice ?

    C’est cet aspect qui m’a poussé à intervenir pour mettre en garde contre cette logique qui est, selon mon humble avis, sournoise et pernicieuse. Dernièrement les Egyptiens ont transgressé toutes les règles de la décence et nous ont voués aux gémonies en allant chercher « notre sauvagerie dans notre histoire ». C’est dire que le cliché dégradant que nous véhiculant innocemment nous-mêmes est déjà fonctionnel et a dépassé les frontières.

    Il m’était arrivé, autrefois, d’avoir de telles idées noires pour trouver une explication à l’horreur qui s’est produite dans les années 90, mais l’instinct de survie m’a toujours interdit d’admettre une telle logique. Bien qu’il soit infecté de monstres camouflés sous des kamis, des uniformes bardés de médailles ou d’innocentes tenues civiles, notre peuple est sain et ne diffère en rien des autres peuples. Chaque peuple a ses saints et ses démons. Il y a beaucoup d’exemples pour le démontrer. Le problème est éminemment politique comme vous l’avez expliqué dans la deuxième partie de votre article.

    Votre dernier commentaire, que je partage absolument, a été aussi laconique que pertinent ; il a enlevé toute ambiguïté sur ce faux diagnostic et a décrit une ébauche d’une issue de secours très objective.

    Aussi je profite de l’occasion pour vous dire bravo pour les deux autres articles que j’ai eu le plaisir de lire.

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  5. Beznassi dit :

    Bravo , t’as tout dit Adel.

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  6. Ammisaid dit :

    Assalam, azul, bonsoir
    Enfants nous rêvions comme tous les enfants de la terre. Nous rêvions de grandir et ensuite servir notre pays. Non le servir par égoïsme ou un patriotisme orgueilleux mais pour servir aussi l’Afrique et donc, le monde.
    Enfants, nous n’étions pas exigeants envers nos parents, ni envers notre patrie. Nous avions essayé d’apprendre, de nous cultiver et de nous armer pour l’âge adulte afin d’être utile à nous, à notre famille, à notre village et notre pays.
    Enfants, nous n’étions ni nihiliste, ni atavique, ni triste, ni résigné, ni belliqueux, ni agressifs, ni peut-être naïfs. Nous avions, plutôt, le coeur débordant d’espoir, l’esprit rempli de rêves et une volonté capable de résister à toutes les frustrations, à tous les manques et parfois, même, à la misère la plus coriace.
    Enfants, un ballon nous suffisait pour faire du sport, un seul livre était lu par tous les villageois, les élèves faisaient des kilomètres pour acquérir le savoir (et la majorité revenait, tous les soirs, plus savant que le matin au départ), rien nous ne faisait peur et nous aimions notre pays d’un amour innocent, sincère et réel.
    Enfants, nous ne savions pas qu’Octobre, Avril, décennie noire étaient possible un jour.
    Enfants, nous ne savions pas que des loups affamés attendaient de nous voir grandir pour manger cru.
    Enfants, nous ne savions pas que ce qui étaient au pouvoir et qui essayaient de contrôler nos vies, étaient des tyrans, des criminels, des traîtres (pour au moins certains!), des tortionnaires, des avares et des amoureux des richesses de notre pays mais qui haïssaient, profondément, notre pays.
    Enfants, nous ne savions pas que nos frères étaient, ainsi, déterminés pour semer la misère, la fitna, l’humiliation, la souffrance, la terreur…gratuitement dans nos villes, nos villages et nos douars.
    Enfants, nous ne savions pas, que nous étions autant différents, que nous le sommes devenus, à force d’écouter, de croire et de suivre, ceux qui se sont spécialisés dans les divisions, en jurant, qu’ils sont entrain de faire des additions pour le bien de notre nation et de toute sa population.
    Enfants, nous ne savions pas, que les ciseaux de la castration de toute un peuple, sont aiguisés dans les laboratoires de chez nous, afin d’empêcher, tout Algérien de devenir un homme respectable et respecté ici où ailleurs, du fait, qu’il est libre de penser, d’écrire et créer, du fait, qu’il vit dignement chez lui et du fait, qu’il sait qui il est, d’où il est venu et où il va.
    Nos vieux, ceux qui sont au pouvoir, ce comportent comme de mauvais enfants, ils jouent à des jeux barbares et ils croient construire une nation. Alors, frère adel, que faire d’autre pour réveiller ces morts qui tuent les vivants par plaisir. Que faire ?
    Fraternellement

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  7. adel dit :

    D’abord, dissipons un petit malentendu : le adel qui a écrit le commentaire ci-dessus n’est pas le adel qui a écrit l’article (j’en suis l’auteur). Je pense que l’un de nous-deux devrait changer de pseudo, sinon le débat serait difficile à suivre.

    Pour ce qui est de la démarche adoptée, les questions que je me suis posées au début sont de vrais questions que je me pose, et que beaucoup d’Algériens se posent.

    La phrase suivante :
    « Quel terrible destin que le nôtre! Des Européens, miséreux pour la plupart, venus des quatre coins de France, d’Espagne, d’Italie, de Malte, avaient, en un siècle – à peine trois générations – pris racine dans ce pays où nos ancêtres ont vécu depuis toujours, et l’avaient aimé – l’aiment toujours – d’un amour passionné, alors que nous en sommes encore à nous demander qui nous sommes, d’où nous venons, où nous allons, et ce que nous faisons dans ce «bled miki» où nous avons eu la malchance de naître et que nous voulons quitter à tout prix, même sur un radeau. »

    traduit mon désarroi devant quelque chose que je n’arrive pas à comprendre, que je n’arrive pas à accepter. Non seulement, nous avons échoué, en tant que nation – peuple, élites et dirigeants – dans notre projet de prendre notre destinée en main, après la libération du pays, et de vivre heureux dans ce pays, mais nous sommes, à ce jour, incapables de trouver une issue.

    Pourquoi cela ? C’est cette question qui me tarabuste.

    J’ai avancé, en essayant de l’argumenter, la thèse suivante : c’est notre culture, élaborée pendant les siècles d’oppression, qui en est en partie la cause. Lorsque, pendant des siècles, un peuple est brimé, qu’il doit faire face à la misère et à la tyrannie des gouvernants, il développe une sorte de carapace qui lui permet de tenir le coup. Cette culture est intériorisée par tous les individus et devient une partie d’eux-mêmes. Cela n’a rien à voir avec le fait d’être Berbère. D’ailleurs, l’oppression a commencé avec l’occupation turque. Avant, les Algériens étaient maitres de leur destin, ou du moins ils ne subissaient pas une oppression aussi forte.

    Je crois que le même phénomène est à l’œuvre dans la culture des populations juives. Le juif roublard, vil, traitre, etc., est – si on refuse l’explication raciste – le produit d’une culture élaborée pendant des siècles d’oppression subie.

    Dire que tout est de la faute des dirigeants n’explique rien. Ne sont-ils pas Algériens ? J’ai avancé une explication : les premiers dirigeants ont succombé aux traits négatifs de leur personnalité qui, je pense, sont aussi en tout Algérien, tissés par la culture commune.

    Penser qu’il suffit de changer de dirigeants pour que tout se mette à aller bien, comme par magie, c’est, comme on dit, «se fourrer le doigt dans l’œil». Si nous ne faisons pas un travail sur nous-mêmes, afin d’extirper de notre culture tous les traits négatifs, c’est l’échec assuré.

    Nous devons avoir le courage de nous regarder dans un miroir, sans complaisance, et de passer sous le feu de la critique tout ce qui ne va pas dans notre comportement – il y a des traits négatifs qui se retrouvent chez la plupart des Algériens. Cela ne veut pas dire que tout est mauvais, loin de là. Les Algériens sont, par beaucoup d’aspect, des gens formidables.

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  8. Adel 133 dit :

    cher frère Adel,
    tes 2 posts sont extremement pertinents et soulevent des questions qui sont un bon sujet de thèse.
    cependant,je ne pense pas que la violence,le gene de la colère ou du serial killer sont liés à une nationalité quelconque ou à une culture élaborée depuis des siècles durant.
    200 ans auparavant,l’Algérie avait un état moderne ,des institutions,une justice,une puissance maritime,une agriculture florissante,de l’argent et surtout un grand homme d’état éclairé,intelligent et visionnaire en la personne de l’émir Abdelkader.
    étaient-ils bélliqueux et agressifs ces Algériens? non..ils étaient peacefull et laborieux.on les a poussé à bout pour qu’ils prennenet les armes 120 ans après.
    En prenant le racourci de lier notre violence à notre culture ou notre nationalité nous retomberons dans le travers raciste qui a permis aux bons blonds et blancs de légitimer des génocides,contre les noirs,les arabes,les indiens,les viets etc…car ce sont des sous hommes qui ne méritent pas de vivre en paix,
    Sans aller vers des temps immémoriaux,je me rappelle ma douce enfance en Algérie,quand nos parents allaient au théatre,cinéma et stade en costume et cravatte.quand nos mères,nos soeurs et nos tantes partageaient avec nous les gradins des stades pour une rencontre de foot.
    Quand nous allions visiter nos familles au douar,nous repartions toujours avec des bidons d’huile,des poules,des oeufs du karmous,malgré l’extreme pauvreté de nos bienfaiteurs.
    étions nous mysogines,fanatiques,incultes,violents ou terroristes?tous les observateurs de l’époque prédisaient un avenir radieux à notre pays,qui était le plus occidentalisé(moderne)du monde arabo-africain.
    ce brave peuple,bon et généreux n’est pas mort malgré plusieurs tentatives répétées d’assassinat depuis 1962,dont la dernière est datée du 12 novembre 2008(viol de la constitution)
    l’Algèrien est d’une nature brave,conciliante et honnète.il ne demande rien d’autre que de la considération et le respect qui lui est du en tant qu’humain et citoyen d’un pays encore mouillé du sang de ses parents.
    avions nous eu droit à ce respect et cette considération de la part de nos nouveaux colons?la réponse est connue :c’est NON.
    Le jour(BIENTOT INCHALLAH),ou nous étancherons notre soif de liberté et de démocratie en mettant à la poubelle de l’histoire ce régime mafieux et pourri,en choisissant les meilleurs parmi nous pour nous administrer et non pas nous voler et dilapider dans l’absolue impunité nos richesses,ce jour là je reviendrai mourir pour et en Algérie car je serai certain de retrouver mon bon peuple.
    ps:proverbe africain.
    si la foret savait a quoi servirait la hache elle n’aurait jamais donne le manche.
    proverbe Africain pour nos dictateurs:
    il a beau avoir quatre pattes,le chien ne pourra pas emprunter 2 chemins.

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  9. MTM dit :

    Celui qui n’a pas la volonté de changer c’est le pouvoir.

    En se plaçant dans un Etat de droit, où régneront les attributs de droit et de justice, interdits aux Algériens par une volonté exclusivement politique, on convient ipso facto que l’on est dans une deuxième république. Le système aura changé et un nouveau type d’homme aura succédé aux homo-sapiens d’aujourd’hui. C’est, plutôt, à ce niveau qu’il faut « se mettre le doigt dans l’œil » (quel bel argument percutant, ne serait-il pas l’une des séquelles de l’histoire et fait partie de notre carapace?) si on croit que cette situation n’est pas chimérique avec les sanguinaires qui nous empoisonnent la vie et s’agrippent férocement au pouvoir comme quelqu’un s’agrippe à la vie. Etablir un Etat de droit et de justice démontre déjà que l’Algérie « a mûri » et que les questions comme de « la goujaterie » et des « comportements sadiques » inhérents à la culture et au passé de son peuple apparaîtront comme des considérations farfelues pour ne pas dire diffamatoires. Dans ce contexte, tous les phénomènes nuisibles auront disparu dans une décennie InChallah ; l’élite saine et les forces vives, auront le loisir de corriger toutes les aberrations que le régime tyrannique a laissé se développer tranquillement au sein de la société. Remettons les pendules à l’heur. Les fléaux, tels l’insécurité rampante, le banditisme à grande échelle, l’anarchie urbaine, la dégradation du cadre de vie, les violences faites aux femmes, aux enfants, la pédophile, le kidnapping qui n’épargne même plus les enfants, la corruption banalisée et la liste est encore longue, sont des phénomènes nouveaux apparus après l’indépendance et surtout après que l’Etat a abandonné son rôle de régulateur et a déserté la place publique, une situation qui a commencé depuis les années 80 et est allée crescendo jusqu’à nos jours. Ce sont des phénomènes étrangers aux Algériens et ne sont pas le produit du poids de leur histoire ; quand le cerveau est atteint d’aliénation, le corps ne servira pas à grand-chose. C’est au sommet de la pyramide que se trouve le mal et c’est là par où il faut commencer les traitements.

    Quant à l’agressivité atavique chez l’Algérien, on en aura une meilleure idée si on lit le livre du colonel Samraoui « Chronique des années de sang ». On peut y voir comment un système a su transformer des gens de bonne famille, patriotiques et intègres comme ceux des renseignements militaires en véritables monstres. En regardant les choses sous cet angle, le doigt n’est pas mis dans l’œil, mais sur la plaie, la vraie.

    Dire qu’« on n’est pas capable de trouver une issue » signifie tout simplement que le pouvoir fait preuve d’une certaine bonne volonté pour instaurer un véritable Etat de droit et que d’autres l’en empêchent ; le peuple ne lui laisse le choix que d’être ce qu’il est. Je pense que cette description est une contre-vérité sur ce qui se passe réellement sur le terrain. De plus, ce qui est grave encore, elle accorde des circonstances atténuantes au régime totalitaire dans la débâcle générale qu’il a provoqué avec des mains de maître. Le fiasco total serait ainsi ; l’œuvre de tout un peuple « pas assez raffiné » et non pas de la classe politique dominante et la caste des militaires qui se sont posés en tuteurs du peuple, lui imposant par la force leur propre choix. Jamais le peuple n’a été fidèlement informé, ni consulté ni libre de choisir sur les grandes orientations politiques qui engagent son destin. Il est toujours pris pour un mineur. Peut-on humainement penser qu’avec les règles du jeu politique où tout est plombé, où tous les espaces sont verrouillés hermétiquement, on puisse porter la responsabilité à l’histoire et à la culture de tout un peuple. C’est un contresens. Celui qui n’a pas la volonté de changer c’est le pouvoir.

    Enfin, dire qu’il faut d’abord changer ou soigner notre « culture » dans des sortes de séances de thérapie collective, pour opérer le véritable changement politique nécessaire pour rejoindre le monde de la civilisation est, à mon avis, un contresens et nous fait rentrer volontairement dans le cercle vicieux duquel on ne sortira pas. On ne peut pas mettre la charrue avant le bœuf. Tant que le système continue à évoluer dans l’opacité, dans le clientélisme et dans le mépris de la volonté populaire ; on fait le lit pour la pérennité de ce système. Le seul changement qui puisse être réalisé va dans le sens du déclin, à rebours de la marche du monde. C’est le choix qu’a pris le pouvoir. Un pouvoir qui ne ressemble pas au peuple qu’il est censé représenter.

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  10. Adel dit :

    @Adel 133 et MTM

    1- Lorsqu’au plus fort de la tragédie des années 90, nous trouvions tous les jours des cadavres mutilés sur toutes les routes (j’étais à Alger), entre collègues de travail, nous avions des points de vue divergents : certains accusaient les islamistes, d’autres le DRS. Pour moi, cette question importait peu. Ce qui me rendait malade, c’était le fait que des Algériens puissent commettre des crimes aussi barbares, qu’ils soient islamistes ou policiers. Les victimes autant que leurs bourreaux pourraient être mes frères ou sœurs, mes voisins, d’anciens camarades de classe, d’anciens compagnons de jeu, etc. Comment des individus vivant dans le même pays que moi, ayant étudié dans les mêmes écoles que moi, ayant la même culture et la même religion que moi, pouvaient-ils commettre des crimes aussi atroces ? C’est cela que je n’arrive pas à accepter. Que ressentez-vous lorsqu’un de vos frères, sain de corps et d’esprit, qui a le même père et la même mère que vous, qui a «mangé le pain et le sel» avec vous», qui a reçu la même éducation que vous, commet un meurtre horrible ? L’ignominie de son acte ne rejaillit-il pas sur toute la famille ? L’Algérie est comme une famille. Tout acte barbare que commet un Algérien, de quelque bord qu’il soit, nous devons l’assumer.

    2- On lit parfois des commentaires du genre : c’est le général Toufiq qui est la cause de tous les malheurs de l’Algérie. Ceux qui disent cela se rendent-ils compte que cette affirmation est le comble du nihilisme. Car, quel est donc ce peuple de 32 millions de personnes auquel un seul homme impose sa volonté depuis des décennies et qui n’arrive pas à trouver la force de réagir. Je refuse ce genre d’explications car elles nous mèneraient à un abandon total de toute action. Que peut-on faire pour un peuple qu’un seul homme terrorise ? Ceux qui ont encore un peu d’honneur feraient mieux, dans ce cas, de s’exiler et d’oublier leur appartenance au peuple algérien.

    3- Le sociologue français Pierre Bourdieu disait : « Si le monde m’est supportable, c’est parce que je peux m’indigner. »
    Quel est le problème central de l’Algérie aujourd’hui ? C’est un pouvoir illégitime qui impose sa loi. C’est l’arbitraire.
    Quand est-ce que ce problème a commencé ? En 1962, avec Ben Bella et Boumediène.
    Je vous pose la question : si nous avions réagi dans les années 60 et 70, si nous ne nous étions pas laissé faire, si tous les intellectuels s’étaient levés en masse pour dire non à l’arbitraire, ce pouvoir aurait-il survécu à ce jour, en devenant de plus en plus tyrannique ?
    Voila le nœud du problème algérien : la faculté de s’indigner et de réagir face à un pouvoir arbitraire est faible chez les Algériens. L’explication que j’avance – qui peut être fausse, je le concède – est que le peuple algérien, sous l’occupation turque et française, a toujours eu affaire à un pouvoir d’Etat qui lui était extérieur et qui l’opprimait. Le Dey et ses janissaires étaient des étrangers. Ils gouvernaient le pays par la force. Les janissaires faisaient régulièrement des tournées dans le pays pour lever l’impôt. Ils étaient sans pitié pour les autochtones. La situation pendant la colonisation française était encore pire. Cette situation a duré plus de quatre siècles. Les Algériens ont fini par assimiler tout pouvoir d’Etat à un pouvoir extérieur à la société, arbitraire et tyrannique. Ils n’ont jamais élu leurs gouvernants. Ils les ont toujours subis. Pour eux, un pouvoir d’Etat ne peut être qu’arbitraire ; on ne peut que le subir. C’est normal. Il n’y a pas d’autre forme de pouvoir. Ce qu’ont fait Ben Bella et Boumediène était donc normal. Voila le problème.

    4- Que faire ?
    Changer de dirigeants ? Certainement, puisque ceux qui nous gouvernent ont failli. Mais est-ce suffisant ?
    Non. Il faut aussi mettre en place des institutions qui nous protègent, afin que nul ne puisse à nouveau exercer sa tyrannie sur le peuple. Ces institutions sont celles de l’Etat de droit.
    Est-ce suffisant ?
    Non. Changer de dirigeants est une opération chirurgicale qui permet d’enlever l’organe atteint par le mal. L’Etat de droit est un médicament ou un régime alimentaire qui permet d’éviter que le corps ne contracte la maladie à nouveau.
    Il faut cependant aller plus loin. Si le peuple algérien a contracté la maladie qui est la sienne aujourd’hui (la tyrannie subie sans pouvoir réagir) c’est qu’il n’a pas suffisamment d’anticorps pour lutter contre le virus. Il faut développer ces anticorps. Il faut que tout Algérien apprenne à s’indigner devant tout acte arbitraire de la part du pouvoir, aussi minime soit-il. Dès qu’un citoyen est injustement touché dans sa dignité ou son intégrité, nous devons faire un grand boucan, ameuter tout le monde, constituer des comités de soutien, manifester, etc. De même, nous devons réagir face au vol, à la corruption, à la mauvaise gestion, etc. C’est ainsi que font les peuples qui ont intériorisé la culture démocratique. Ne plus subir, réagir à temps. Ce but ne pourra être atteint qu’après un long travail d’éducation – qui doit commencer dès maintenant, mais qui devra être systématisé et intensifié après le changement de régime. C’est ce que j’ai préconisé à la fin de mon article.
    Le peuple algérien souffre aussi d’autre maux, dont certains ont été contractés durant les 50 dernières années : indiscipline, négligence, indifférence à la chose publique, manque de solidarité, etc. Nous devrons aussi nous attaquer à ces comportements négatifs et les éradiquer.

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  11. MTM dit :

    @Adel

    On note un léger progrès dans la manière de poser le problème. On revient de loin. Loin, c’était « le déterminisme culturel », les vandales qui nous auraient transmis le gène du pillard, un peuple algérien plus prompt à détruire une ville qu’à renaître de ses cendres et comme clou du spectacle « se libérer de l’autocratie ne servirait rien », etc. Ce sont là les allégations qui ont suscité les vives réactions. Passons.

    A présent, vous avez dépollué vos réflexions en les concentrant, à grand trait, sur deux aspects essentiels. Le premier en est la psychologie du peuple algérien à travers la folie meurtrière de la décennie rouge. Le deuxième point étant la relation du peuple algérien avec le Pouvoir depuis l’indépendance et les séquelles de la domination turque puis française sur cette relation. Ce à quoi je vais répondre sans trop m’étalait sur le sujet tant il est complexe et beaucoup trop sérieux pour être réduits à un débat sur de simples sentiments ingénus. Car vos réflexions virginales ressemblent à quelqu’un ne veut pas voir la réalité en face et se pose des questions quasi existentielles refusant de voir le sale caractère d’une mafia militarofinancière qui a voulu « protéger » un pays avec une sale guerre.

    Quoi répondre à quelqu’un, qui « ne croit pas » qu’un seul homme (comme un général) peut abuser de tout un peuple, confisquer sa souveraineté, et imposer lui sa volonté. Doit-on lui rappeler l’histoire de Franco, Pinochet, Hitler, Staline et tous les empereurs ayant marqué l’histoire. Vos yeux ne semblent pas voir très loin que notre petit pays, les petites dictatures arabes et africaines qui sont légion aujourd’hui et qui gèrent leur peuple avec une main de fer poussant leur outrecuidance à faire hériter la « présidence » à leurs progénitures. Vraiment vos réflexions sont aussi surprenantes que candides. Toufiq et consorts (il ne pouvait rien tout seul, il lui a fallu des parrains comme Belkheir, Nezzar, etc.), n’ont pas l’envergure d’être de grands généraux historiques, mais ils laisseront par leurs méthodes sanguinaires des marques très douloureuses et indélébiles dans la mémoire collective algérienne. Que vous étonniez ou pas cela ne changera rien.

    Quant au peuple dont des composantes se font la guerre, là aussi, vos questions paraissent surprenantes, tant les exemples de par l’histoire de l’humanité ne manquent pas ; ce n’est pas une question de « culture algérienne» mais de circonstances politiques marquées par l’injustice, l’oppression et le mépris des peuples qui conduisent aux insurrections armées ou non.

    Deux frères ayant reçu la même éducation et la même culture, adorant le même Dieu, lisant le même Coran (ou bible), vénérant le même prophète, peuvent se faire la guerre. Pour ne citer que l’exemple algérien, il suffit de voir un petit peu en arrière et se rappeler une autre sale guerre (où) les milliers de Harka qui selon certaines sources étaient plus nombreuses que les moudjahidines, tuaient leurs frères algériens au nom de la France. Le général Mohamed Lamari s’enorgueillit d’avoir participé à la bataille d’Alger aux côtés de l’armée coloniale… D’autres généraux, artisans de la sale guerre « républicaines » des années 90, ont été du même côté que lui. Comme quoi il ne faut pas se hâtait, dans ce cas précis, pour dire que les protagonistes avaient la même culture et ne pouvaient pas se faire de mal entre eux.

    Abondant dans le même type de questions « étonnantes, vous vous demandez pourquoi les Algériens ne s’indignent pas de leur état d’asservissement imposé par Toufiq et et consorts. Là aussi, il faut revoir la copie. Posez-vous plutôt la question, pourquoi le Pouvoir verrouille-t-il le champ médiatique et plombe-t-il le jeu démocratique ? Pourquoi l’état d’urgence dure depuis 20 ans et pourquoi les rassemblements dans les rues sont interdits sauf quand il s’agit de montrer la liesse « population » lors des passages dans les rues de son « excellence » le président ?

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  12. Nous formons un peuple qui a tjrs ete colonise, qui a tjrs subit l’arbitraire depuis la nuit des temps.A-t-on reussi a mettre dehors l’un des nombreux envahisseurs? non! Aujourd’hui (depuis 62) nous sommes entre nous mais encore colonises. Sommes nous capables de nous en sortir? avons-nous rate le coche dans les annees 60? vont-ils enfin nous laisser en paix? sont-ils rassasies? Ils nous ont vole nos reves, nos enfants vont ils les realiser? ouf! je suis fatigue!…

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  13. Adel dit :

    @MTM

    Pour ce qui est du passage que vous dénommez «allégations», je pense que le texte montre clairement que c’est un questionnement. Ce ne sont pas des thèses que je défends, mais des réponses possibles que je passe en revue, sans les adopter.

    Pour le reste, je crois que vous passez un peu trop vite sur certaines questions importantes.

    Je commencerai par la fin de votre commentaire. Pourquoi la répression, l’état d’urgence et le reste ? Je crois que nous parlons de la tyrannie. Si tout cela n’existait pas, le pouvoir algérien ne serait pas tyrannique. Maintenant si vous voulez plutôt dire : pourquoi le pouvoir algérien est tyrannique, la réponse est connue. C’est la seule façon de gouverner pour un groupe qui a volé, tué et torturé. Il est condamné à exercer la tyrannie, car s’il lâche le pouvoir, il est mort. C’est pour cette raison que les élections de 91 ont été annulées.

    Le pouvoir algérien est tyrannique parce qu’il n’a pas d’autre issue. L’état d’urgence, la restriction des libertés, etc., sont le résultat de l’exercice de la tyrannie par ce pouvoir tyrannique.

    Ainsi, selon vous, nous ne devrions donc pas nous poser de questions lorsqu’une une partie du peuple algérien massacre l’autre partie à la tronçonneuse. Il n’y a là aucune anomalie. C’est dans l’ordre normal des choses. Dire que cela est arrivé dans beaucoup de pays n’est pas une explication. Les sociétés où de pareils crimes ont été commis souffrent de la même maladie que nous, voila tout. Cela ne signifie pas que nous ne devons pas être scandalisés.

    Nous ne devrions donc pas chercher à comprendre pourquoi une armée et une police composées d’enfants du peuple qui étaient sensés protéger les citoyens se sont mis à les tuer de la façon la plus horrible qui soit. Ces militaires et policiers sont-ils des robots incapables de réfléchir ? Sont-ils des dobermans dressés par Toufiq pour tuer ?

    Moi je vous dis que chaque fois qu’un Algérien agresse un autre Algérien, nous devons être scandalisés. C’est le minimum que nous ayons à faire et c’est notre religion qui nous le demande. C’est le fait de ne pas l’être qui n’est pas normal. Nous sommes au 21ème siècle, pas à l’âge des cavernes.

    La société algérienne est un tout. Le mal qui la ronge, c’est elle qui la secrété. Voila, ce que vous ne voulez pas admettre.

    Ce que j’essaie de comprendre, c’est comment ce mal a pris naissance et s’est développé. Quels sont les facteurs qui ont favorisé son apparition et sa propagation ? Nous avons tous, par notre démission collective et notre silence, contribué à la propagation de ce mal. Parents, maîtres d’écoles, imams, hommes (femmes) de science, hommes (femmes) politiques, journalistes, etc.

    Tous coupables.

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  14. Adel dit :

    Histoire d’un Algérien victime de la tyrannie

    Ils ont saccagé tous les espaces verts dans sa cité et il n’a rien dit.
    Ils ont volé toutes les boites aux lettres dans l’immeuble où il habite et il n’a rien dit.
    Il a vu le président du comité de gestion voler un cageot de pommes de terre et il n’a rien dit.
    Il a vu le maire construire sa maison avec les matériaux de la commune destinés à l’école du village et il n’a rien dit.
    Il lisait tous les jours des mensonges dans le journal et il n’a rien dit.
    Le DG de l’entreprise étatique où il travaille s’est payé une villa de 50 milliards et il n’a rien dit.
    Il a appris qu’un général a acheté un hôtel particulier à Paris et il n’a rien dit.
    Il a vu le maître d’école faire le taxi clandestin et il n’a rien dit.
    On lui a dit le socialisme c’est bon pour toi et il n’a rien dit.
    Puis on lui a dit le libéralisme c’est mieux et il n’a rien dit.
    On lui a dit la démocratie c’est une invention de Satan et il n’a rien dit.
    On a agressé sa voisine dans la rue et il n’a rien dit.
    La SM est venue prendre son voisin et il ne l’a plus jamais revu mais il n’a rien dit.
    Des individus armés ont égorgé son autre voisin devant ses enfants et il a tout entendu mais il n’a rien dit.
    Il a été arrêté à un barrage et emmené au poste de police et il n’a rien dit.
    Quand ils l’ont déshabillé, il a eu peur mais il n’a rien dit.
    Quand ils ont abusé de lui, il a pleuré mais il n’a rien dit.

    Arrête de nous raconter des histoires ! Ce type était muet, voila tout.
    Comment ça muet ? Quand il y a avait une fête au village c’était lui berrah.

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  15. Lies dit :

    Salutations à toutes et à tous.

    Le peuple algérien souffre de deux maux terribles et fondamentaux.

    Un mal endogène et l’autre exogène.

    Un mal local de chez nous et un mal étranger qui nous vient du dehors.

    Le mal endogène est culturel et historique. Les valeurs qui sont les nôtres (certaines d’entre elles) et qui façonnent notre personnalité et traduisent nos comportements portent en elles les germes de ce mal.
    Le diable est en nous.
    Notre tâche donc consiste à exorciser ce diable.
    Il y a un grand travail à faire sur nous-mêmes en commençant d’abord par oser remettre en question certaines de nos convictions voire croyances les plus tranchées.

    Même si nous cherchons à être aimables, généreux, droits, justes, compatissants, altruistes, dévoués, doux, braves et enclins à tout pardonner, il y a hélas une force en nous, bien tapie dans notre être qui est le fruit amer de nos processus culturels et historiques, qui nous contraint, bien malgré nous, à adopter une attitude quasi permanente de violence, d’intolérance, de méfiance, de défiance, de condescendance et réactions négatives du même genre.

    Terrible et effrayante équation qui, malgré notre grand désir de faire le bien, on se retrouve à pratiquer le mal qui nous rend malheureux et nous maintient dans une perpétuelle tristesse.

    Cela nous révolte bien sûr, cette incapacité endémique à pouvoir nous maitriser et, dans pas mal d’occasions on se surprend à s’insulter soi-même et à s’auto flageller pour avoir manqué de sagesse, de dignité et de retenue.

    Certains me diront que c’est le cas de tous les êtres humains, que ce n’est pas propre à nous, seuls algériens.

    Oui dans une certaine mesure. Mais pour dire que la culture et les valeurs tirées surtout de nos croyances religieuses mal attestées, y jouent un grand rôle dans le façonnement des gens et par delà des sociétés.

    Il est vrai qu’il n’ya pas des contrées où les gens naissent justes et d’autres contrées où les gens naissent méchantes.

    C’est donc une question de vécu, de parcours, d’itinéraire, dans un environnement bien précis qui façonnent et qui produisent un profil spécifique.

    Les éléments constituants de l’environnement dans toutes leurs dimensions, sont déterminants pour induire la différence.

    Un bref rappel de notre histoire depuis l’avènement de l’Islam dans nos contrées (l’Afrique du nord occidentale), et les conquêtes au nom de l’Infitah nous édifient aisément sur ce que je viens de dire ci-dessus.

    Les berbères, après avoir accepté l’Islam comme religion et ses cheikhs comme chefs spirituels, se sont approprié la mission de continuer son expansion à d’autres contrées pour le compte des khalifas de l’orient arabe (les abbassides et les omeyades, notamment).

    Ils ont servi de guerriers intrépides pour annexer l’Ibérie (Espagne et Portugal) et n’étaient pas prêts à s’arrêter en si bon chemin, l’annexion visait l’Europe entière.
    Leur avancée fut stoppée au portes de paris (à Poitiers) et c’était aussi, ainsi que s’amorça le processus d’un retrait lent mais inéluctable qui se finalisera huit siècles plus tard.

    La conquête s’est concentrée amplement à l’Andalousie, région riche et fertile et stratégique donnant sur la méditerranée et face au Maghreb (la mère patrie).

    C’est à cette période de l’histoire que les berbères ont appris d’autres valeurs qu’ils ont intégré à leur panel culturel. La guerre, le butin, la puissance, la domination, la jouissance et la richesse que procure le pouvoir. Trop beau pour s’en dessaisir avec en sus la bonne conscience que seul l’Islam est capable de donner. On raconte que L’Andalousie était un prototype réussi du paradis céleste, sur terre.
    On ne parle peu ou pas de la misère des peuples ibères qui vivaient, dans leur écrasante majorité, dans les montagnes et les régions incultes.

    On peut toujours se targuer d’avoir développé le commerce, la médecine, et autres sciences importantes dont l’humanité est jusqu’à date redevable, mais cela n’empêche pas que pour les habitants de ces pays ce fut une colonisation abjecte, qui les a dépossédé de leurs biens et de leur culture.

    Huit siècles après il y eut le retour de manivelle. Les chrétiens d’Espagne mettent les musulmans hors de leurs frontières, et décident même de les poursuivre pour mieux les éloigner. Chat échaudé… Les espagnols et les portugais voulaient se sécuriser en occupant les territoires du nord de l’Afrique qui étaient limitrophes à leurs pays.

    Et c’est ainsi que les arabes pourchassés et les berbères qui ont embrassé leur cause, afin de conserver leur Islam, leurs biens et leur mode de vie, on fait appel au grand frère Turc, musulman comme eux, afin de venir les protéger et les aider à repousser les « mécréants».

    Et c’est ainsi que les turques sont venus s’installer dans nos murs pendant un peu plus de trois siècles, comme chefs incontestés auxquels ont été concédés toutes nos allégeances.

    Les turques comme chacun le sait, vivait en général sur les cotes et dans quelques villes fortes de l’intérieur à l’instar de Médéa, Constantine, Mascara…, laissant le pays profond, presque toute l’Algérie livrée à elle-même.

    Les Beyliks et le Dey d’Alger, se contentant de prélever l’impôt, de faire la course en méditerranée, d’entasser des fortunes et de vivre dans la luxure et dans un faste immoral.

    Il arrive à ce pouvoir importé, d’avoir d’autres passions supplémentaires et épisodiques qui consistent à décapiter sur la place publique des bandits d’honneurs autochtones ou des miséreux qui étaient dans l’incapacités de payer leur part d’impôt.

    De cette période, caractérisé pour le peuple algérien du summum de la léthargie et de l’insouciance, nous retenons l’expression qui jusqu’à aujourd’hui est presque dans toute les bouches : «Taâ el baylek».
    Je crois que notre indifférence par rapport à la chose publique nous vient de là.

    Ensuite vint la période de la colonisation française, qui a chassé les turques pour leur succéder.

    Officiellement l’entreprise de la France avait pour but de: 1- mettre fin aux courses dans la méditerranée exercées par la régence d’Alger, et de 2- pacifier l’Algérie et d’en faire une nation moderne.

    Le colonialisme français, nous le savons tous, était injuste et inhumain.

    Il n’a pas tenu parole et au lieu d’apporter la civilisation et la notion de l’état à un pays divisé et instable, (depuis la fin des royaumes berbères sous Massinissa et Juba 2 notamment, et depuis la fin de l’ère romaine et de l’évêché de Saint Augustin, un pur produit du terroir), il s’est au contraire lancé dans une politique de terre brulée contre les autochtones, ne lésinant ni sur les expropriations, ni sur l’esclavage, ni sur les enfumades, ni sur le déni du droit le plus élémentaire, ni sur toutes sortes d’humiliation et de deshumanisation.

    Cette période a duré 132 ans, et a façonné à sa manière l’algérien qui fut livré à la misère et au dénuement le plus total, ayant pour seul réconfort l’obscurantisme des zaouïas et des faux marabouts.

    Cheikh Benbadis est selon moi, le seul à avoir l’étoffe du savant religieux alliant connaissances et sagesse suffisantes à même d’assainir l’Islam dans notre pays et d’en canoniser les préceptes. Il n’avait pas eu le temps et encore moins la sérénité et les moyens.

    Il allait faire ce qu’un autre algérien a fait avec succès, plusieurs siècles avant lui, pour l’Eglise, il s’agit bien sur de Saint Augustin.

    Cette période fut tragique pour le peuple algérien qui continue jusqu’a maintenant à en souffrir les séquelles.
    Car la politique colonialiste fourbe et subtile a divisée le peuple en deux camps qui se sont fait une guerre sans merci. Cette plaie continue à faire des ravages et comme un cancer semble difficilement curable.

    Voila en gros et succinctement l’héritage qui a échu à notre peuple, tout au long de ces quatorze derniers siècles.

    L’école qui est une sorte de courroie de transmission de cet héritage infructueux est en train de continuer subrepticement le travail d’endoctrinement, qui empêche tout espoir de rédemption. Sauf miracle. Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.

    Ceci est le mal endogène qui est en nous et dont nous assumons la responsabilité.

    L’autre mal, exogène celui-là, nous vient de l’occident.

    L’occident encourage les hommes et les valeurs erronées qui nous maintiennent dans ce perpétuel état d’ignorance et de dépendance.

    Hypocrite, il ne s’intéresse qu’aux richesses naturelles de notre pays.

    Les valeurs universelles qui ont fait sa gloire, ne sont pas fais pour nous autres.
    Nous ne les méritons pas.
    La démocratie, l’État de droit, la bonne gouvernance sont des privilèges non exportables. Même lorsqu’ils sont conçus et fabriqués chez nous, ils sont sabordés illico par ceux-là même qui sont censés les protéger et les promouvoir.

    Comment s’en sortir ? Eh bien, il faut souffrir (encore) mais dans le bon sens, pour la bonne cause cette fois.

    Sur le plan individuel, il faut abandonner la loi du talion, et revenir à la loi de l’amour.
    Accepter l’autre, le respecter, lui reconnaître le droit à une existence libre et digne, pardonner et procurer la paix autant que possible, rassurer les gens sur l’inviolabilité de leur bien et de leur honneur.

    Ceux qui tiennent rigueur à certains et cherchent à les faire payer, sont à mon avis entrain de rendre un bien mauvais service à leur pays et à leur peuple.
    Car une personne se sachant menacée dans son intégrité physique, ses biens et son honneur, ne se laissera pas faire, et fera tout ce qui est en son pouvoir pour s’assurer la protection.

    On ne peut faire de la vendetta un programme politique viable et porteur.

    Dieu merci, dans ce site, les intervenants réagissent de manière responsable et mature et les administrateurs veillent au grain pour bloquer les écarts de langage, qui sont, au demeurant, rares.

    Sur le plan institutionnel, il est important de baliser contre les dérives, toutes les pratiques de pouvoir, dans leur diversité, juridique, législatif, exécutif et autres et mettre en place les mécanismes qui garantissent leur fiabilité et leur pérennité.

    Il est aussi important de juguler, de tarir toute source qui produit les germes de la haine, de l’intolérance, de la violence, de l’arbitraire et de la division.

    L’école et la famille doivent être surveillées comme le lait sur le feu. Elles doivent bénéficier de toute l’attention de l’État et de la société.

    L’école doit enseigner le savoir, le savoir faire, et la citoyenneté et doit être un espace d’épanouissement et de formation, sacré et inviolable.
    L’histoire, tant qu’elle n’est pas écrite, et tant que le peu dont nous disposons est truffé de contrevérités, doit être retirée des programmes scolaires.

    La famille doit être protégée, particulièrement les enfants et les femmes qui en ont la charge.
    L’État doit du reste, être la citadelle de toutes les personnes vulnérables et mineures.

    Fraternellement.

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  16. MTM dit :

    @ Adel

    1.Passage
    ” Pour ce qui est du passage que vous dénommez «allégations», je pense que le texte montre clairement que c’est un questionnement. Ce ne sont pas des thèses que je défends, mais des réponses possibles que je passe en revue, sans les adopter.”

    Réponse :
    Ce sont ces « réponses possibles » que je vous reproche. Quoi que vous en défendiez, ce sont des stigmatisations. Qu’attendiez-vous comme réaction ? « Oui, peut-être nous sommes des vandales et des pillards ! ».
    Ce sont des insinuations graves que beaucoup d’Algériens véhiculent de leur pays. Ces insinuations, crachées à tout bout de champ, ont traversé les frontières et nous reviennent régulièrement tel un boomerang nous cingler la figure. On l’a vu hier avec les Egyptiens qui nous traitèrent de barbares. Est-ce qu’avec vos méditations, vous leur répondriez « oui, vous avez raison, nous sommes peut-être des barbares, l’hooliganisme algérien est une forme d’agressivité algérienne qui nous vient de la période turque et française… ».

    2. Passage:
    “Ainsi, selon vous, nous ne devrions donc pas nous poser de questions lorsqu’une partie du peuple algérien massacre l’autre partie à la tronçonneuse. Il n’y a là aucune anomalie. C’est dans l’ordre normal des choses. Dire que cela est arrivé dans beaucoup de pays n’est pas une explication. Les sociétés où de pareils crimes ont été commis souffrent de la même maladie que nous, voilà tout. Cela ne signifie pas que nous ne devons pas être scandalisés.”

    Réponse :
    Selon moi, ce n’est pas « normal », mais ce n’est pas, non plus, une spécificité algérienne due à un passé proche ou lointain. D’ailleurs dans cette guerre fratricide, je suis contre la distinction que les médias algériens font entre la mort d’un militaire et celle d’un « terroriste » aujourd’hui. Si vous avez remarqué, pour les uns ils sont tués, pour les autres ils sont abattus comme s’il s’agit d’une bête fauve. Cela ne change pas dans la presse francophone. Alors que tous les deux sont Algériens. La France dans un souci d’union et de grandeur de la patrie, n’ose même pas traiter les activistes corses de terroristes, laissant la dignité intacte à leur proche et à leur famille. Dieu sait combien ces activistes ont fait de victimes depuis de lustres. La même stratégie d’union a été suivie par l’Angleterre dans sa guerre contre l’IRA. Malgré la guerre entre les protagonistes, les deux parties s’accordent le droit à la dignité sans quoi la plaie ne se referme pas. Dans leurs déclarations et dans les médias, les stigmatisations et les caricatures sont très peu utilisées et avec beaucoup de réserve. Ceci est le comportement du monde civilisé dans leur pays ; il ne vise pas seulement à éradiquer physiquement le terrorisme, mais à le soigner et à en prévenir les générations futures. Qui de ces pays a parlé de faire la paix avec les terroristes…

    3 Passage :
    « Nous ne devrions donc pas chercher à comprendre pourquoi une armée et une police composées d’enfants du peuple qui étaient sensés protéger les citoyens se sont mis à les tuer de la façon la plus horrible qui soit. Ces militaires et policiers sont-ils des robots incapables de réfléchir ? Sont-ils des dobermans dressés par Toufiq pour tuer ? »

    Réponse :
    C’est quoi une armée ? C’est une machine de guerre effroyable. Elle ne pense pas, elle exécute des ordres. C’est une arme à double tranchant. Tout dépend de celui qui en a les commandes. Pour voir comment des militaires et des policiers sont arrivés à tuer, à torturer et à exécuter sommairement sans états d’âme et ont fait des centaines de milliers de morts et 10 000 disparus, il ne faut pas aller très loin dans le passé, il faut rester objectifs et s’en tenir aux faits et aux différents témoignages des acteurs et victimes de cette période. Une machine de mort s’est mise en place. Il y a eu des travaux à ce sujet, il faut peut-être les lires avant de se poser des questions existentielles comme si la violence et la guerre n’ont vu le jour qu’en Algérie. Les gros bataillons des militaires algériens ont été psychologiquement abusés et transformés en des robots insensibles grâce à une politique de terreur et une vaste campagne d’exacerbation mise en place minutieusement par les officines du DRS, notamment son département de l’action psychologique. La clé de voûte de cette machine est entre les mains de quelques généraux dont Taoufiq. Quand un peuple se trouve dépossédé de sa souveraineté, toutes les dérives sont possibles, y compris, les pires répressions. L’armée n’est qu’une machine de guerre, insensible à la douleur du peuple. Autrement ils n’y auraient pas eu tant de tyrannie, de mépris, de répression et de violence perpétrés contre le peuple depuis l’indépendance.

    4. Passage :
    « Moi je vous dis que chaque fois qu’un Algérien agresse un autre Algérien, nous devons être scandalisés. C’est le minimum que nous ayons à faire et c’est notre religion qui nous le demande. C’est le fait de ne pas l’être qui n’est pas normal. Nous sommes au 21e siècle, pas à l’âge des cavernes. »

    Réponse :
    En dirait que vous faites volontairement abstraction des réponses que je vous donne. D’un côté, vous admettez que le peuple est muselé puisque l’opposition libre ne peut pas s’exprimer dans les médias lourds, mais en même temps vous lui reprochez son manque de réaction face à la grande tragédie nationale et aux scandales sociopolitiques qui secouent le pays. Vous ne pouvez pas reprocher à des gens le manque d’indignation quand les tyrans verrouillent le champ médiatique et tous les espaces d’expressions où il n’y a que les valets qui peuvent s’exprimer. Il y a des centaines de milliers d’Algériens qui pensent que la mort d’un « terroriste » et aussi regrettable que celle d’un militaire. Allez dire cela à la télé ! Si les Algériens pouvaient exprimer leur rage contre les généraux et leur politique du tout sécuritaire ou contre le président et ses dérivent monarchistes en laissant l’Etat aller à vau-l’eau, s’ils avaient le droit de s’indigner, ils ne s’exprimeraient pas derrière des pseudonymes.

    5. Passage :
    « Tous coupables »

    Réponse:
    Faux et archifaux ! Le coupable est celui qui a donné l’ordre de tirer sur les foules depuis 88 ; il est celui qui torture, qui séquestre, qui exécute sans états d’âmes au nom du peuple. Il est celui qui crée de faux maquis, de faux terroristes pour lutter contre le terrorisme.

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  17. radjef said dit :

    Bonjour tout le monde.Quand tout le monde vit du mensonge et de l’imposture, la devient incomprehensible, un non sens pour ne pas dire quelque chose qui se raproche du nihilisme. Il serait judicieux pour nous tous de réouvrir les manuscrits de A Sayed et d’observer attentivement cette adoration que l’algérien a pour le mythe.Quand l’algérien ne trouve pas d’arguments, il devient agressif et violent; il puise dans la calomnie la plus stupide qui soit pour s’imposer.
    Autant l’abeille à besoin de fleurs pour produire son miel, autant cette citoyenneté si necessaire à la construction d’un pays d’amour et de fraternité a besoin de verité, de concertation, de dialogue,de savoir vivre, d’une ecole performante et d’environnement sain.La citoyenneté n’a aucun espoir de survie dans un milieu polué de mensonges , d’accusations et d’egoisme demesuré.
    Bien avant les islamistes, loin dans le temps, l’algérien trahit sans aucune motivation l’algérien. Les algériens chassent en meute et finissent toujours au moment du partage par s’entredevorer…Est ce pour cela que les Romains nous ont designés avec le vocable fort deshonorant de barbares.Pourquoi Massinissa a t-il trahi Cartathage alors qu’il a pris le sein de la mere d’Hannibal? Pourquoi on a été colonisés par autant de peuples? Et pourquoi sommes nous encore colonisables aujourd’hui dans la mesure ou notre pays depend sur tous les plans de l’etranger(même les pauvres egyptiens nous menacent de nous priver de leur culture navet)?Pourquoi Boudiaf dont on dit à tort ou à raison qu’il est le pere du 1er novembre, a t-il été incapable de mobiliser un chat et demi en 1962 contre le clan de Boumediene? Pourquoi Ait Ahmed est-il mis en minorité?…Pourquoi l’algérien est-il malade de ce qu’il est au point de prendre une schizophrénie chrononique et de se prendre pour un americain ou un français? A t-il honte de ce qu’il est? Si tel est le cas, pourquoi l’algérien a t-il honte de ce qu’il est. Atalia, Draia, Messadia, Nezzar, Ghezail, Belkheir…sont ils réellement les élites du pays? Sur les 400 universitaires qui ont rejoint à la demande de Abbane les rangs de l’ALN, combien sont revenus vivants et combien d’entre-eux ont deserté et rejoint les rangs de la colonisation? Peut-on être un militant accompli dans un milieu ou chacun se met non pas a promouvoir l’ordre citoyen et democratique, mais seuleument à defendre sa place?

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  18. intello2002 dit :

    On ne moralise pas à coup de crayon et de belles phrases.Adel fait un constat réel ou réaliste de notre société et un diagnostic qui permet de prescrire la potion devant éliminer nos tares et notre mal.Je suis tout à fait d’accord avec lui et l’état de droit de demain doit être indemne des défauts du passé.Merci toubib.

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  19. Adel dit :

    @MTM

    Je crois déceler à travers vos commentaires que notre différence d’appréciation viendrait peut-être d’une différence d’âge. J’avais 8 ans à l’indépendance et je vivais dans un très petit village colonial où la majorité des habitants étaient des indigènes, au milieu de quatre familles d’origine européenne (deux colons, le garde-champêtre et sa femme et un employé du service des eaux et sa famille). J’ai donc connu l’Algérien colonisé mais innocent, pratiquant une économie de subsistance et, malgré la misère physique, relativement en paix avec lui-même, car se sentant protégé par les valeurs ancestrales. J’ai donc aussi connu les différentes étapes qu’a traversées notre pays.

    Aujourd’hui, quand je revois toutes ces années, j’ai le sentiment d’un immense gâchis. Et je ne peux m’empêcher de me sentir, solidairement avec ceux de ma génération, coupable.

    Je ne me suis jamais vraiment engagé politiquement, car j’ai toujours eu un penchant naturel pour le dialogue, la concertation, la non-violence, et les hommes politiques, dans notre pays, qu’ils soient marxistes, nationalistes ou islamistes ont toujours privilégié le langage de la haine, de l’exclusion et de l’anathème, pour ne pas dire la diabolisation de l’adversaire. D’ailleurs, nous ne savons pas ce qu’est un adversaire politique : nous n’avons que des ennemis.

    Vous vous focalisez sur l’après 92. Hélas, cher ami, en 92, il était déjà trop tard. Les carottes étaient cuites. Le processus de pourrissement avait commencé bien avant.

    Il est clair qu’aujourd’hui c’est le pouvoir qui est la principale source du mal et le seul obstacle à tout effort de redressement de la situation. Vous n’avez pas besoin de me le dire : je le sais. Il fut une époque, cependant, où on pouvait encore sauver l’Algérie et éviter au peuple algérien la descente aux enfers.

    Je dois dire, à notre décharge, que nous n’avions jamais imaginé, même dans nos cauchemars les plus horribles, que notre pays allait sombrer dans le chaos que nous avons connu à partir des années 90. Jamais.

    Si j’insiste sur notre culpabilité, c’est pour que les jeunes hommes et les jeunes femmes qui nous lisent sur ce forum soient bien conscient(e)s des erreurs que nous avons commises et qu’ils (elles) sachent qu’au départ il y avait un beau rêve. Et surtout qu’ils (elles) fassent bien attention à ne pas refaire les mêmes erreurs.

    Je voudrais quand même, avant de finir, relever ce passage de votre dernier commentaire :
    «L’armée n’est qu’une machine de guerre, insensible à la douleur du peuple.»

    Je me permets de vous rappeler qu’en 1962 l’armée algérienne était une armée de combattants qui avaient libéré le pays. Les premiers soldats et officiers de l’ANP n’étaient pas tous des héros au cœur pur mais ils étaient, pour la plupart, fils de paysans pauvres. Les officiers de cette armée n’étaient pas les fils de hobereaux ou de la bourgeoisie, n’ayant que mépris pour la populace. C’était une armée populaire. En 1992, cette armée est devenue une armée de tortionnaires. Voila tout le cheminement de l’Algérie indépendante.

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  20. intello2002 dit :

    Ce faux problème est monté de toute pièce pour détourner l’attention des algériens et des marocains de la préoccupation véritable qui doit être la leur et qui consiste en la manière de construire un ensemble démocratique et républicain en Afrique du Nord avec le Rio de Oro dedans.C’est l’enjeu véritable qu’on veut voiler et que les tenants de la dictature adeptes du baathisme exclusif utilisent pour diviser des peuples frères.Il est temps de s’attacher aux valeurs essentielles de cette région et de les soulever sans aucun complexe ni haine envers quiconque.
    PS:Parfois la bonne foi et la franchise peuvent prêter à confusion.Il n’y faut voir aucun mal et je respecte votre ligne éditoriale.Avec toutes mes salutations.

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  21. Adel dit :

    Le débat aidant, je ne peux, m’empêcher, lorsque je revois l’histoire de notre pays depuis l’indépendance, de faire le constat suivant :

    Ceux qui avaient dirigé le combat pour l’indépendance avaient de ce fait acquis un prestige, un pouvoir (c’étaient les chefs d’une armée, l’ALN) et un savoir-faire (acquis à travers la pratique de la guérilla, donc comportant de fait une grande part de ruse et de méfiance).

    Le peuple algérien, composé, dans son immense majorité, de paysans pauvres et analphabètes, avait une confiance aveugle en ces braves guerriers en uniforme qui avaient chassé les colons et qui défilaient dans les villes et les villages, sous les applaudissements et les cris de «Tahya l’Djazair».

    On ne peut reprocher à nos premiers dirigeants leur incompétence dans l’art de gouverner un pays aussi vaste que l’Algérie avec des besoins aussi importants et si peu de cadres.

    Mais je pense qu’on peut leur reprocher d’avoir abusé de l’ignorance du peuple et de la confiance que ce dernier avait placée en eux pour devenir des sortes de «chouakra» (maquereaux). Comme il fallait passer par eux pour n’importe quoi, ils se sont petit à petit convaincus qu’ils étaient les seuls à détenir le savoir-faire en matière de gouvernance et l’autorité nécessaire pour diriger le pays – ils étaient les meilleurs. Le peuple devait obéir et se taire, car ignorant. Ils étaient les chefs de ce peuple et le peuple les reconnaissait comme tels (du moins au début).

    Les quelques intellectuels de valeur – forcément francophones – n’ont pas fait le poids devant la morgue de ces dirigeants sûrs d’eux-mêmes et ils se sont cantonnés dans le rôle de simples exécutants ou, comme Ferhat Abbas, ont abandonné la politique. Ils avaient peut-être compris que «hadhac ma helbet» comme on dit chez nous.

    Les cadres techniques et autres intellectuels formés après l’indépendance ont trouvé un climat de bricolage où tout était approximatif. L’école algérienne, continuant à fonctionner avec des coopérants techniques français – qui faisaient leur métier honnêtement, il faut le reconnaître – a certainement formé des cadres scientifiques et techniques de valeur pendant les 25 premières années. Mais les ingénieurs fraîchement diplômés étaient stockés dans les bureaux et tous les projets étaient réalisés clés en main par des entreprises étrangères. Les philosophes, sociologues, et autres historiens n’ayant trouvé aucune tradition universitaire – à part celle de l’université coloniale dont il fallait se méfier comme la peste – se débrouillèrent comme ils purent, en se pliant aux directives du parti unique dirigé par les chefs dont nous avons parlé plus haut. Il fallait faire semblant : ils ont fait semblant. Certains continuent à faire semblant à ce jour. Rappelez-vous l’article 121, les discours d’un président analphabète étudiés dans les kasma FLN, etc.

    Dans un système politique basé sur la roublardise et le mensonge, ce sont ceux qui excellent dans ces deux domaines qui réussissent. Ces derniers se sont donc, par un processus de sélection naturelle, progressivement emparés de tous les leviers de commande.

    La suite coule de source.

    Incompétence, tricherie, mensonge, roublardise. Mais comment donc le régime a-t-il pu tenir aussi longtemps ? C’est la faute au pétrole, mes frères. Il a permis de maintenir le peuple en état d’anesthésie et d’enrichir nos dirigeants, combattants de la guerre de libération d’hier devenus magnats de l’import-import.

    Les «chouakra», ne trouvant aucune force pour les arrêter, ont continué à sévir à ce jour, compensant leur incompétence par toujours plus de roublardise. Après 47 ans, ils sont devenus des docteurs honoris causa en roublardise.

    Quel gâchis, mes frères !

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  22. Ammisaid dit :

    Assalam, azul, bonsoir
    Je me pose, souvent, cette question: combien d’algériens s’étaient sacrifiés (morts, disparus, exilés, retirés…)pour empêcher les tyrans nous gouvernent de rester au pouvoir? Le sacrifice est immense, impossible à quantifier et à mesurer. Que de vies gâchées ! Que d’innocents détruits à jamais ! Que de familles éclatées pour toujours ! Que de compétences mises au placard, sous-utilisées ou utilisées pour servir les incompétents ! Que de veuves, d’orphelins, handicapés…produits par ses frères sensés nous diriger vers la prairie de la liberté, de la dignité et de la prospérité !…
    Mais, ce qu’ils ont mangé, ils l’ont chié ou ils vont le chier. Mais, ce qu’ils ont bu, ils l’ont uriné ou ils vont l’uriner (obligés!). Mais, l’argent qu’ils ont volé, ils vont le dépenser ou il sera dépensé par leurs rejetons ou il leur sera volé. Mais, les palais et les villas luxueuses qu’ils se accaparés ou construits, ils seront, un jour ou l’autre par d’autres occupés. Mais, la vie pour laquelle ils ont tant volé, tant tué, tant menti, tant humilié, tant torturé…leur sera, un jour, retirée.
    Alors, aux suivants, Aux suivants, Aux suivants, diront la vie et ses passions à leurs fidèles et dévoués amants !
    Fraternellement

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  23. radjef said dit :

    Bonjour tout le monde.@Adel.Les choses ne se sont pas passées comme vous le dites…En 1958 de Gaulle,avant même de prendre ses fonctions de president de la republique,avait depêché J Amrouche aupres des dirigeants algériens en leur disant ceci:de Gaulle veut negocier l’independance du pays a condition que Ferhat Abbas soit ecarté de la tête du GPRA. Le premier président algérien a été humilié et remplacé par B Ben Khedda. En 1958, il n’y avait Plus d’ALN. Les wilayas etaient sans chefs.Les quelques rares survivants qui ont echappé aux tenailles du général Chales, s’entretuaient pour un bout de pain…Que nos illustres gouvernants et la presse française rendent public les derniers messages radio des colonels Amirouche, El Houes, Bouguera, Si Salah, Lotfi…Le pouvoir réel en France qui voulait à tout prix lâcher ses colonies n’a pas prevu les résultats du général Chales et de ses collaborateurs. En 1958 la guerre entre algériens et français etait finie. Une nouvelle guerre franco-française a eclaté au grand jour entre les ultra de l’Algerie de papa et et du pouvoir français qui voulait rejoindre l’ex URSS et les USA. Ce que vous appelez les « combatants » de l’ALN ne sont rien d’autre que des mercenaires recrutés a Ain Zana et encadrés par les daf depêchés par de Gaulle. Mon but n’est pas de reduire le merite des hommes du premier novembre ou de leur endosser la responsabilité de ce que nous vivons aujourd’hui, mais il faut en finir avec ce mythe au nom duquel des petits salopards nous gouvernent avec arrogance aujourd’hui. Autre chose, il faut que nos universitaires se mettent réellement au travail et qu’ils accomplissent avec avec la plus grande rigueur intellectuelle leur devoir. La date de naissance d’Ait Ahmed ne m’interresse pas, mais les raisons politiques et sociologiques qui ont motivé son choix en 1954 oui.

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  24. MTM dit :

    @ Adel

    Je salue en vous cette façon paisible de débattre sans mépris ni invectives. Ce n’était pas toujours le cas dans ce forum. Avec une telle discussion, nous sortirons peut-être avec quelques moralités.

    De simples méditations sur « l’origine historique » du comportement agressif des Algériens peuvent se révéler très nuisibles – c’est mon avis – pour le sentiment d’appartenance à un pays et peuvent écorcher ou peuvent même, si on ne prend pas garde, saper le fondement de la conscience algérienne. Un mensonge répété mille fois devient une vérité. Mes précédents commentaires, je m’efforçais de démontrer que cette opinion n’a aucun fondement objectif et ne résiste pas aux comparaisons qu’on peut faire avec d’autres sociétés. Ce que je voulais dire par la même occasion, est que le tableau est assez noir, il ne faut pas le noircir encore avec des élucubrations qui donnent de l’eau au moulin aux ennemis.

    La question de l’agressivité, n’était cependant qu’accessoire, une petite incursion « romantique » dans le passé tourmenté de l’Algérie. Votre sujet principal s’articulait autour des causes du fiasco politique en Algérie et le comportement « peu flatteur » de l’Algérien des années 60 et 70, qui par son indifférence et sa léthargie a laissé s’instaurer un régime totalitaire qui lui a confisqué ses droits et ses libertés. Là aussi je voudrais vous exposer un autre regard sur la situation algérienne. Tout ce que vous avez dit pouvait me toucher avant la catastrophe de Bentalha. Depuis les grands massacres des années 90, le problème des conflits entre les chefs historiques de la guerre d’indépendance et les questions de l’héritage du nationalisme algérien, sont devenus caducs pour moi.

    Le problème majeur, qui se pose aux Algériens d’aujourd’hui et ceux de demain, est comment sauver et reconstruire une nation forte et unie avec un passé très lourd marqué par une guerre sale et cruelle. Vous nous dites que le mal aurait commencé en 1962. Peut-être ! Est-ce que cette que cette thèse est utile pour soigner la blessure béante dont nous souffrons aujourd’hui ? Permettez-moi d’en douter. Car avec l’état d’esprit des Algériens atteint de sinistrose dont le « déterminisme culturel » n’est qu’un des signes encore frais, le passé peu réjouissant est utilisé pour nous accabler davantage. La lutte pour le pouvoir à l’époque, n’est plus d’actualité, elle fait partie de l’histoire. Les auteurs et les témoins de cette époque sont devenus vieux et beaucoup ont disparu, laissant derrière eux un pays en proie à l’anarchie qui menace ruine. Les remords et la pénitence sur le tard des uns et des autres sont devenus presque risibles. Les accusations réciproques entre certains témoins ressemblent aujourd’hui à des empoignades lamentables entre de vieux croulants, qui se vouaient une haine viscérale au temps où ils étaient jeunes et forts. Ces dernières années, beaucoup de langues se sont déliées. Des témoins importants, à la conscience trop chargée et sentant la fin proche, trouvent le « courage » de parler et de faire quelques révélations. Elles finiront dans les tiroirs de quelques chercheurs universitaires et sur les étagères poussiéreuses des archives. Cette avalanche de petits témoignages n’a pas empêché la vie des Algériens de se dégrader, ni empêcher leur dignité d’être foulée aux pieds.

    Aujourd’hui, il y a une autre priorité. Il s’agit de sonner le tocsin pour sauver le pays de l’éclatement programmé et sa disparition. Le pays passe par une véritable phase de déclin avant même qu’il ait un apogée digne d’être signalé dans les manuels de l’histoire. L’Algérie a saigné et saigne encore dans tous les sens du terme.

    La dictature « 62-92 » éclairée ou non (qu’on peut aussi nommer « la première dictature », la dictature des 3 B ou celle du parti unique), dont vous parlez, était une dictature classique de type populaire ; le peuple algérien de l’époque et son élite qui l’ont subissaient, à l’instar de tous les autres peuples dominés par telle dictature n’avait pas les moyens (démographie, taux d’analphabétisme, la discipline, la crainte des « khawa » encore en vigueur héritée de la guerre, l’ivresse de l’indépendance, etc.) de s’en libérer. En 92, cette dictature implacable a été renversée par une tyrannie bien pire qui a couvé dans ses entrailles avant d’éclore et éclabousser toute la nation ; une tyrannie perverse aux pratiques démentielles. Le modèle de cette tyrannie est rare dans le monde, il faut fouiller dans l’histoire de l’humanité pour pouvoir découvrir son équivalent. J’ose même dire que la caste des généraux qui a pris le pouvoir en 92, avec leur laboratoire de l’action psychologique, est d’une nature qui n’a rien de commun avec les êtres humains à part la silhouette physique de ses membres. Son apparition ne pouvait en aucune manière être l’aboutissement logique et prévisible de la dictature 62-92. Le monde a vu naître en Algérie une nouvelle forme de tyrannie comme il a vu naître la pandémie de la grippe porcine au Mexique. Un coup du sort terrible. Une tyrannie d’un nouveau genre; en plus de toutes les exactions que peut commettre une dictature, la nôtre peut simuler des massacres à grande échelle contre son propre peuple au nom d’une opposition armée. Une tyrannie capable d’effacer de la surface de la Terre 10 000 Algériens sans qu’il y eût une seule démission ou une seule enquête. Mieux encore, sans qu’un seul journaliste agréé ose lever le petit doigt pour dire comment cela a pu se produire. Toutes les voix qui ont exprimé des doutes ou ont demandé la vérité ont été traitées (et le sont encore) comme autant de voix « terroristes », beaucoup d’entre elles ont péri dans de mystérieux accidents ou de mystérieux règlements de compte entre factions terroristes. Comment dès lors s’étonner de l’absence d’indignation, et mettre le manque de réaction sur le compte de l’histoire ancienne? La répression que connaissent les Algériens d’aujourd’hui est pire que celle des dictatures précédentes. Les islamistes du FIS portent une grande responsabilité de ces évènements tragiques, mais ne sont pas les véritables coupables. Pour les Algériens et pour le monde entier, les islamistes qui ont cédé à la tentation de la violence sont, en fait, des révélateurs de la nature démoniaque du régime des « décideurs ».

    Depuis l’avènement de la bande à Belkheir, un grand malheur s’est abattu sur notre pays. Le chaos actuel, sciemment entretenu, est une conséquence directe de la prise de pouvoir de cette caste. L’opposition, les élites et le peuple qui ont vécu l’indépendance ne peuvent être tenus pour responsables de cette tragédie. Cher Monsieur, permettez-moi de vous contredire cette fois encore bien que je mesure votre profonde tristesse et votre douleur d’avoir connu une génération peu impliquée dans la défense des droits et des libertés et de faire le mea culpa en son nom. Vos paroles remuent le cœur, mais ne satisfont pas la raison. Car si on porte la responsabilité morale de ce gâchis à la génération de Novembre ou à celle qui l’a succédée, il n’y a pas de raison de ne pas la porter aux générations antérieures notamment les générations qui « ont laissé » s’installer le colonialisme français et la présence turque. Selon les lois de l’induction, la chaîne des responsabilités peut aller très loin dans l’histoire de notre pays. Et pourquoi ne pas remonter jusqu’au péché originel. Autant dire que c’est un exercice inutile. Le mal est là devant nous, il faut en parler et le traiter. Si vous n’avez rien écrit sur Bentalha, sur les crimes contre l’humanité (que ni Boussouf, ni Boumediene, ni aucun autre dictateur n’a commis) et sur la nouvelle dictature, alors, révérence parler, vous n’avez rien compris à l’histoire, vous n’êtes d’aucune utilité pour le pays.

    Vous, ainsi que d’autres internautes sur ce site, vous nous parlez de Farhat, de Abane, de Krim, de Bousouf, etc. et les Algériens d’aujourd’hui subissent dans leur chair un système infernal érigé par des généraux terroristes qui sont encore vivants et détiennent encore les leviers de commande de l’armée et de toute l’Algérie. Ils soufflent le chaud et le froid, ils font la loi, ils sont froids et sont insensibles aux malheurs du peuple. L’Algérie a connu avec eux toutes les calamités sociales et politiques inconnues auparavant. Sous prétexte de la lutte contre le terrorisme, ils sont en train de dénaturer et de déshumaniser l’Algérie ; le pays est totalement méconnaissable par votre génération. Tout a été profané, aucun symbole n’a été épargné. Une cassure sociologique est en train de séparer le passé et le futur. Tous les liens affectifs et les devoirs filiaux entre la génération de novembre et celle que la tyrannie veut former, vont disparaître. Aucune des dictatures précédentes n’a imaginé faire un tel travail de déstructuration de l’âme algérienne. Elles ont toutes œuvré pour le bien-être des Algériens avec plus ou moins de bonheur. Elles utilisaient des méthodes et des politiques détestables, certes, mais elles étaient toutes de bonne foi. La tyrannie actuelle agit en vase clos pour ses propres intérêts et offre le pays au plus offrant suivant les circonstances. Depuis le début de leur règne, l’Algérie est devenue un pays de l’impunité par excellence. Son œuvre commence à donner ses fruits. De plus en plus d’Algériens, désabusés, mais encore indemnes du mal inoculé par la gente militaire, se demandent aujourd’hui s’ils appartiennent à un peuple digne ou un « ghachi ». Si leurs compatriotes, devenus des tas de vauriens, sont des humains ou pas. Il y a un mouvement de reniement des origines, de l’identité, de l’appartenance qui enfle de jour en jour. Ils se demandent si l’Algérie n’est pas un gros beau mensonge. Jeunes et moins jeunes tournent le dos à cette terre pour laquelle des Chouhada se sont sacrifiés ; ils fuient leur terre natale comme si la malédiction l’a définitivement emportée. Je vous relate une petite histoire symptomatique de la mentalité que nos « décideurs » sont en train de greffer insidieusement dans la société : un citoyen algérien est allé voir un ancien moudjahid de son village. Il lui demanda de venir avec lui attester sur l’honneur qu’il connaissait son père harki et qu’il l’a (le moudjahid) lui-même tué pendant la guerre de libération. Le moudjahid refusa, le fils présumé du harki insista et une dispute éclata entre eux, elle a fini dans un commissariat. Toute cette requête pour des euros d’indemnité que le quémandeur voulait touchait au nom de son défunt père ou peut-être une demande de naturalisation. C’est une histoire qui fait froid dans le dos, le mal est profond. Dans le temps béni qui est le vôtre, une telle histoire impensable aurait coûté à son auteur l’opprobre et le bannissement. L’histoire a été rapportée par un quotidien national. D’autres jeunes ont déchiré l’emblème national. Demain, si la France assouplirait ses lois pour la réintégration et le droit à la nationalité française, Dieu seul sait combien d’Algériens ne la demanderaient pas. L’Algérie en tant que nation est en train de se dissoudre à petit feu. C’est de ce mal imposé par la terreur dont je vous parle. Il y a le feu en la demeure. Les regrets du passé ne vont rien changer ; ils peuvent attendre. Si des plumes comme les vôtres s’obstinent à éluder ce mal, c’est qu’ils font la même erreur que celle des intellectuels de votre génération : ils tournent le dos aux souffrances de leurs peuples. L’histoire se répète sans qu’aucune leçon ait été retenue.

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  25. Ammisaid dit :

    Assalam, azul, bonsoir
    Un peuple peu instruit, naïf, pauvre voire peu courageux, merite-t-il pour autant d’être humilié, torturé et parfois massacré par milliers et d’une façon barbare ?
    Que doit, normalement, faire un état constitué de ministres, de généraux et de cadres qui se disent compétents, intelligents, indispensables, révolutionnaires et amoureux fous de leurs pays, de ses citoyens les plus fragiles, les plus faibles, les plus malades, les plus isolés, les moins autonomes et les plus impuissants pour accéder au savoir et aux sciences ?
    Doit-il les protéger, les aider, les soutenir, les soigner et les rassurer ou doit-il les délaisser, les écraser, les réprimer et les déshonorer ?
    Il n’y a aucun peuple qui a pu choisir sa patrie et sa terre.
    Chaque peuple vit là où il est né, même si, certains et certaines de ces humains choisissent d’immigrer ailleurs et parfois de prendre la nationalité définitive du pays où ils sont accueillis.
    Le problème de notre peuple, depuis des siècles, est celui de n’avoir pas eu la chance, l’opportunité et l’occasion de choisir ses élus et ensuite de les changer s’il n’est pas satisfait de ce qu’ils ont fait après une période donné d’un règne (quelque soit sa nature).
    Notre peuple a sacrifié, tout le long des siècles passés et continuent jusqu’à aujourd’hui à sacrifier, beaucoup de ses enfants, pour accéder à la liberté de choisir son destin (individuel et collectif) et la liberté de choisir ses dirigeants.
    C’est simple les compétences réelles ou supposées, intellectuelles ou pragmatiques, laïcs ou religieuses…ont le droit de prétendre à devenir des dirigeants, mais, ils devront avoir le devoir de laisser le peuple le choisir et de partir si ce dernier se sent trahi, floué ou insatisfait.
    Mais pour cela, il faudra l’instauration d’un état de droit, d’un minimum de raison, de bon sens et d’humilité chez les dirigeants et d’un minimum respect, d’écoute, de sérieux et de vigilance de la part du peuple.
    Chez nous, les dirigeants(qu’ils soient colonisateurs, militaires ou civils, frères ou protecteurs…),malheureusement, deviennent rapidement, des voleurs, despotes, des hypocrites, des pervers, des dictateurs, théocrates, des tyrans, des menteurs, des barbares, oligocrates, des bureaucrates, des démocrates…dés qu’ils sont au pouvoir.
    Le pouvoir, qu’ils ont, toujours, pris de force et parfois avec une violence extrême. L’Algérie, ses élites et son peuple n’avaient, jamais, cédé. ils ne s’étaient, jamais, résigné. Ils ne s’étaient, jamais, totalement et définitivement, soumis.
    Ils avaient, toujours, lutté, résister et ils avaient, toujours, abouti à la victoire finale, cela malgré la misère, des pertes inestimables et la férocité de leurs ennemis successifs.
    La terre de l’Algérie doit être fière. Des milliers d’hectolitres de sang de ses enfants avaient arrosé et continent à arroser sa terre pour la liberté, la dignité et ses valeurs ancestrales.
    La guerre continue et continuera certainement, jusqu’à ce que ce peuple deviendra maître de son destin et de sa terre.
    La trêve d’un siècle ou plusieurs est l’équivalent d’une année ou de quelques années pour le destin d’un peuple et de sa terre.
    Les Algériens et les Algériennes, soyons certain, continueront à lutter pour leur liberté, la justice et leur dignité et La victoire ultime sera la leur, un jour.
    Fraternellement

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  26. Adel dit :

    @Radjef Said

    « Ce que vous appelez les « combattants » de l’ALN ne sont rien d’autre que des mercenaires recrutés a Ain Zana et encadrés par les daf dépêchés par de Gaulle. »

    Peut-être que vous avez raison. Je n’ai pas une connaissance suffisante de l’histoire de la guerre de libération pour en discuter. Il ne me semble pas cependant avoir trouvé dans le peu de livres que j’ai lus un jugement aussi tranché. On pourrait faire une analyse minutieuse de la composante du Conseil de la Révolution de Boumediène – qui incluait tous les décideurs du régime – et voir qui est qui.
    L’élément qui me semble pertinent n’est pas le fait qu’ils aient été de vrais ou de faux moudjahidine, mais le fait que la masse du peuple avait mis son destin entre leurs mains après l’indépendance et les voyait comme des moudjahidine. Ils ont trahi cette confiance. Vous pencheriez plutôt vers la thèse du complot : le groupe qui a pris le pouvoir en 62 exécutait un plan tracé par De Gaulle. Ils n’auraient donc jamais œuvré dans l’intérêt du peuple algérien mais dans l’intérêt de la France…

    Si je pousse votre raisonnement jusqu’au bout, cela voudrait dire que les moudjahidine authentiques – je parle des cadres – tels que Boudiaf, Krim, Ait-Ahmed, Ferhat Abbas, etc., auraient été isolés et poussés à l’exil par une armée de mercenaires qui n’avaient rien à voir avec la guerre de libération. Pourriez-vous étayer cette thèse par des faits vérifiables ?

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  27. Adel dit :

    @MTM

    La discussion, telle que je la comprends et la pratique, est un échange d’idées dont le but n’est pas de convertir l’autre et l’amener à adopter notre point de vue, mais de progresser à partir d’un questionnement initial en éclairant le problème posé sous plusieurs angles jusqu’à épuiser toutes les réponses possibles.

    J’ai lu votre dernier commentaire avec beaucoup d’intérêt.

    Je dois tout d’abord vous avouer, qu’avant de décider d’intervenir sur ce forum et d’y participer activement, je me suis longtemps demandé si je pouvais être d’une quelconque utilité. L’Algérie a besoin d’une révolution. Sera-t-elle violente ou pacifique, nul ne peut le dire – quoique tout me porte à croire que, vu l’état avancé de déliquescence de la société algérienne, il est très difficile d’éviter la violence, car pour réussir une révolution pacifique, un peuple doit avoir une culture, des élites, etc., que notre pays n’a malheureusement pas aujourd’hui. Ce sont les jeunes qui font les révolutions, car eux-seuls vivent en phase avec leur époque et en décodent correctement les signaux. C’est aussi de leur avenir – leur vie – qu’il s’agit. Les personnes de mon âge ne peuvent pas faire abstraction de leur passé et ont de ce fait une vision relativement déformée de la réalité. Question de paradigme. Mais sont-ils totalement inutiles ? Je ne pense pas. Ils peuvent apporter la connaissance, qui ne s’acquière qu’avec le temps. Pour changer une société, il faut d’abord comprendre comment elle fonctionne.

    Je suis entièrement d’accord avec vous : l’urgence c’est de se débarrasser du pouvoir actuel, qui ne fait que nous enfoncer chaque jour un peu plus. Comme en sommes nous arrivés là ? Coup du sort ? Malédiction ? Je ne pense pas. Vous dites que cette question n’a pas d’importance, car il y a péril en la demeure : l’Algérie risque de disparaitre. Je crois que la question est au contraire très importante. Pour trouver le remède, il faut d’abord identifier le mal. Le mal est-il la tyrannie d’un pouvoir sanguinaire exercé par des monstres ? Non. Cela c’est la conséquence de la maladie, comme la fièvre.

    Essayons de comprendre où est le mal.

    Je suis ingénieur de formation et je ne peux m’empêcher de revenir aux lois de la physique. Un état B donné est le résultat d’un état A qui le précède. Dans le monde existant, rien ne surgit du néant.

    Oui, il faut peut-être remonter jusqu’au 13ème siècle pour comprendre la situation actuelle.

    Une partie de notre problème provient certainement du fait que le peuple algérien, après 132 ans de colonisation et le départ de tous les européens qui gouvernaient le pays et le faisaient marcher, n’était pas en mesure de faire face à la situation. La tâche dépassait ses capacités. Pourquoi les tunisiens et les marocains ont-ils eu moins de problèmes que nous ? Ils ont été plus raisonnables, plus pragmatiques. Ils n’ont pas bouleversé ce que les français ont laissé. Le régime de Boumediène s’est lancé dans des projets d’industrialisation massive et des «révolutions», menées sur tous les fronts, que nous ne pouvions pas maitriser. Tout a été chamboulé:l’échec était inévitable. Incompétence, inconscience, culture du «ennif wel kh’sara» ?

    Ceci dit, il y a d’autres facteurs.

    Depuis le 8ème siècle, notre histoire fait partie intégrante de l’histoire du monde musulman. Ce qui caractérise cet ensemble est qu’il a subi un cuisant revers et qu’à ce jour, il n’arrive pas à comprendre ce qui lui est arrivé. C’est la fameuse problématique de l’islam et la modernité.

    C’est là qu’est le nœud de notre problème. C’est une longue chaine d’événements dont la colonisation et l’échec des gouvernements de l’Algérie indépendante ne sont que des étapes, de même que la crise de 92 et ce qui s’en suivit.

    Revenons un peu à la genèse de cette crise qui a vu l’Algérie basculer dans l’horreur.

    De 1962 à 1992, deux courants se sont affrontés en Algérie, chacun donnant la prééminence à l’un des éléments du couple islam-modernité au détriment de l’autre.
    Il y avait d’un côté un courant que je qualifierai de moderniste et qui incluait les marxistes, les berbéristes, les libéraux, etc. Tous les partisans de ce courant avaient en commun une culture de type occidental francophone. Ils ont été désignés plus tard par des vocables tels que laïco-assimilationnistes, hizb frança, éradicateurs, etc.
    De l’autre, il y avait les islamistes. Au début des années 70, ils suivaient l’enseignement de Malek Bennabi. A partir de 1978, ils ont subi l’influence d’idéologies importées telles que le salafisme, celle des Frères Musulmans, le djihadisme, etc. Les partisans de ce courant avaient en commun le rejet de la langue française et de la culture occidentale, l’enracinement dans la tradition islamique, etc.
    Ces deux courants se sont affrontés dans les campus universitaires pendant les années 70 et 80 dans un pays dirigé par le FLN qui voulait concilier les deux. Le pouvoir tapait un coup une fois sur la tête de l’un, une fois sur la tête de l’autre. Pendant le règne de Boumediène le courant moderniste avait pignon sur rue et était l’allié objectif du pouvoir.

    Vint Octobre 88. L’échec du FLN qui était avant tout économique – nous avons vu pourquoi plus haut – mais aussi moral, les dirigeants faisant étalage de leurs richesses acquises illégalement, alors que la classe moyenne était laminée par la crise de 85, s’est traduit par une recrudescence de la contestation populaire. Un changement qualitatif se produisit à ce moment-là. Le courant islamiste devint plus agressif – obéissant peut-être à une logique globale qui traversait tous les pays arabes et musulmans, la révolution iranienne ayant certainement joué un rôle.
    L’utilisation des mosquées a été un facteur déterminant dans le succès de ce courant. Le courant moderniste fut présenté par les prêcheurs radicaux comme un allié du pouvoir et un ennemi de l’islam.

    La société algérienne se polarisa. Deux camps ennemis, se vouant une haine mortelle, se formèrent.
    Le décor était planté. La diabolisation de l’adversaire fut le seul argument utilisé dans les deux camps.

    A mort l’intégriste qui veut nous faire revenir au moyen-âge !

    A mort le communiste, berbériste, laïco-assimilationniste, francophone qui a ruiné le pays et veut nous pervertir et nous maintenir sous la botte de l’Occident !

    La suite était inévitable.

    Les élections de 92 ne pouvaient aboutir qu’à la victoire du FIS.
    Le pouvoir était le premier grand perdant. Le camp moderniste n’avait plus d’autre choix que de le soutenir. Le coup d’Etat de 92 était également inévitable. Laisser le FIS gouverner, c’était pour les généraux signer leur arrêt de mort. Les modernistes auraient également été les grands perdants : le FIS ne s’était pas privé de le leur faire savoir par avance – c’était d’ailleurs une de ses erreurs.

    La violence qui s’est déchainée par la suite n’est que le résultat de la diabolisation de l’adversaire par les deux camps. Il faut exterminer la vermine. Les adversaires ne sont pas des êtres humains, ce sont des monstres. Les massacrer est une bonne action. Je le répète : cette logique était à l’œuvre dans les deux camps. Bien sûr, dans la confusion générale, les truands au pouvoir – et les truands de tout bord – s’en donnèrent à cœur joie. Le DRS a certainement joué un grand rôle dans l’embrasement général. Il profitait de la situation.

    Pouvait-on éviter cela ? Encore une fois, la culture…
    Regardez comment la Turquie, un pays qui a subi moins de dégâts sur le plan culturel que l’Algérie, a pu concilier laïcité et islamisme. Malgré certaines tensions ce pays fonctionne et avance.

    Colonisation de peuplement pendant 132 ans, guerre de libération longue et cruelle, départ massif des européens laissant des Algériens analphabètes assumer seuls la gestion d’un pays immense, présence d’une élite francophone qui s’est détachée de l’islam et qui détient tous les leviers de commande de l’Etat, de l’armée et de l’économie, échec économique, corruption et vol, montée de l’islamisme à l’échelle mondiale…. Tous les ingrédients sont là.

    Moralité de l’histoire : les modernistes sont condamnés à s’islamiser et les islamistes à se moderniser. Ils doivent, chacun de son côté, changer de paradigme.

    Mesdames et messieurs les modernistes, lisez le Coran, El-Ghazali et Ibn Rushd. Allez à la mosquée et mêlez-vous au peuple.

    Mesdames et messieurs les islamistes, lisez Descartes, Kant, Hegel, Marx et Freud. Oubliez les querelles stériles à propos du hidjab et de la barbe.

    Il n’y a pas d’autre issue.

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  28. radjef said dit :

    Bonjour tout le monde.@Adel.Selon notre ami Sidhoum, le site LQA est visité par plus 2000 internautes par jour.Quotidiennement les intervenants rapportent des nouvelles explosives dont on peut entendre l’echo qui retentit au MDN et à El Mouradia ainsi que dans les medias…Des nouvelles qui mettent tout le monde devant le fait accompli. Malgré cela, aucune réaction, aucun dementi, ni de la part du pouvoir ni de la part de ses adversaires. En principe votre question doit être posée aux colonels Dehiles, Bentobal, Kafi et au général Jaquin s’il est encore en vie.Mais egalement a Ait Ahmed, Benbella, Hadjres et Mehri.
    Des elements qui confortent ma these, ce n’est pas ce qui manque. La conduite du ministre de la justice française, Edmond Michelet, qui fait partie du pouvoir réel, est pour le moins surprenante. Pourquoi ce bras droit de de Gaulle informait Krim et Boussouf sur le comportement des colonels de l’interieur? Le pouvoir français savait tout du colonel Amirouche grâce à leur informateur(un commandant de l’ALN originaire de Mekla) devenu par la suite senateur assassiné par l’OAS en 1962. Le pouvoir français connaissait tres bien l’objectif de la mission de ce colonel irascible, en se rendant à Tunis: »regler les comptes avec les revolutionnaires de salon ».Pourqoui la France ne l’a t-il pas laisser aller jusqu’au bout de sa mission et montrer le ridicule du combat du peuple algérien au reste du monde? Pourquoi la France a t-elle sauvé la face à l’armée des frontieres? Pourquoi de Gaulle a t-il decidé d’assassiner le colonel Si Salah(lui aussi se rendait à Tunis)alors que quelques mois auparavant il l’avait reçu à l’Elysee?…

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  29. BRAHIM dit :

    Ya El khaoua, je viens de découvrir à l’instant cet article de @Adel publié le dimanche 06 décembre 2009. Je suis heureux de ne pas avoir raté ce puissant article que certains internautes trouveront peut être trop directe. Merci beaucoup, mon frère @Adel (je parle ici de celui qui a écrit l’article) pour ta plume et ton réalisme qui nous tenaille le coeur, par moment, mais qui a l’avantage de nous faire réfléchir ,quelque part,sur ce qu’on aurait dû être !

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  30. jnsplu dit :

    Pardonnez moi de relancer ce débat passionnant. Effectivement mon cher Brahim, il s’agit d’un article puissant comme tu dis.

    Je n’ai pas voulu intervenir dans cette dicussion O combien interessante et j’ai préféré la suivre de loin sans y mettre mon grain de sel. Malheureusement le flux s’est tari et je n’ai pas connu le mot de la fin, je suis resté sur ma faim. J’ai voulu la relancer mais je n’ai plus retrouvé l’article et tu viens, Brahim de me le faire retrouver. Je publie donc ce que j’avais écrit en espérant que ce débat subblime soit repris. Mais mes notes ne sont pas affinées et son parfois contradictoires voire obscures. A vous de déchiffrer.

    Est ce la culture qui produit l’homme et détermine son comportement ou est ce l’homme au contraire qui par ses comportements détermine la culture qui est alors la somme des comportements dominants ? Et dans ce dernier cas, une prise de conscience, ne pourrait elle pas changer les signes culturels d’une population ?

    Une nouvelle approche darwinienne semble se profiler sous l’impulsion des neurosciences, de la théorie de l’information, de l’intelligence artificielle etc…qui s’appelle la mémétique, selon laquelle « les mêmes » c’est leur nom, des coquilles sociales contenant du sens social, hébergées par les individus pour les profits sociaux qu’elles confèrent, véhiculent les idées, lesquelles, en fonction de leur adaptabilité aux individus prolifèrent et « infectent » la population ou meurent. Elles sont comme des virus en somme, des virus culturels. La culture n’est plus appréhendée par le haut, en découpe de ses strates, elle devient une éprouvette in vivo dont il faut observer l’ébulition le comportement des memes etant similaire à celui des gènes dans leur reproduction, leur mutation et leur adaptabilité et leur prolifération.

    Avec l’émergence des nouveaux moyens de communication, les « mêmes » qui sont l’objet de la communication en meme temps que son moteur, trouvent un terrain encore plus favorable à leur prolifération et se retrouvent à modeler les comportements sur de plus grandes échelles. Cette théorie rejoint un peu ce que dit Adel.

    Nouvelle piste donc. Mais restons sur l’ancienne encore un temps. Si donc c’est notre culture issue de notre adaptation à un milieu hostile qui fait de nous ce que nous sommes, les américains qui ont eu encore plus d’hostilité à supporter et dont la nation est construite et se construit toujours sur la base de la notion de l’ennemi toujours présent même s’il est à inventer, pourquoi ne sont ils pas aussi anarchiques dans leurs comportements ni anti-sociaux pourquoi veulent ils tous le bien de leur pays et sont imbus d’un patriotisme sans faille ? Juste une question .

    Pourquoi faut il croire que c’est toujours le passé qui détermine le présent dans le domaine social? Est ce encore valable dans un cadre mondialiste ou toutes les cultures s’entre-pénètrent et produisent des chocs qui se ressentent partout en termes d’ethnicité, de repli sur soi, de tentatives de sauver le peu qui reste ? Pourquoi le problème ne serait pas là ? Ne s’agit il pas plutôt d’une évolution qualitative dans les rapports sociaux qui n’a rien à voir avec ce qui la prècède ? Certes un point B résulte toujours d’un point A mais parfois le point B entraine un changement de qualité qui n’a rien a voir avec le point A de façon à paraître totalement nouveau et différent.

    Prenons le cas de l’Algérie. Des mouvements liés au berbérisme, à islam, à l’arabisme naissent comme chiismes et tentent de s’imposer au détriment des autres caractéristiques nationales alors qu’ils n’ont jamais eu lieu auparavant. En quoi est ce le fait du pouvoir ? Est ce par opposition à ce pouvoir qu’ils sont nés ? En quoi ou pourquoi sont ils devenus un besoin social ?

    Dans le cadre de cette mondialisation effrénée c’est plutôt le pouvoir qui ne « respecte pas les règles » actuelles qui veulent que l’information étant démocratisée à l’extrême il continue à jouer sur deux registres: d’une part il favorise cette information libre, quoique ce ne soit pas gratuitement puisque l’internet lui permet de créer des bases de données sur nos manières de penser et il faut croire que nous ne le gênons pas trop pour l’instant, et d’un autre côté il brime les libertés dès qu’elles empêchent le déroulement d’une logique de roulement du pouvoir et de tarissement des pratiques claniques maffieuses.

    Ce pouvoir sclérosé sait qu’il joue ses dernières cartes et que le niveau de diffusion de l’information atteindra tot ou tard le seuil de rupture qui l’éloignera.

    Il sait que la mondialisation qui ira en s’accélérant créera des tensions dans la trame sociale « locale » jusqu’à sa soudure avec les autres trames sociales et alors les valeurs seront partagées, qu’on le veuille ou non. Mais alors pourquoi ces tentatives de déchirure de la trame sociale locale et ces tensions sur elle ?

    La société Algérienne a déjà changé, la femme Algérienne de 2010 n’est plus celle de 1962 et ses enfants n’auront rien de ressemblant intellectuellement avec la culture de leurs ancêtres. Car ce sont les femmes qui font la culture d’une société et non pas ses hommes quoiqu’on en dise.

    L’anticipation des phénomènes émergeants ne repose plus sur l’expérience du passé, mais sur l’expérience du présent qui n’a plus rien a voir avec le passé et sur des postulats liés à ce présent totalement nouveau et sans ancrages précis. C’est pourquoi l’utilité des cultures locales n’est plus évidente et devenant inutiles elles prennent de l’eau de toutes parts et se défendent sans savoir contre quoi ni comment.

    Il ne faut plus regarder en surface ce qui se produit par la société pour en chercher les causes, il faut au contraire plonger sous les racines des faits pour pouvoir comprendre d’ou ils viennent et là on s’aperçoit que les racines s’enchevêtrent avec celles des autres sociétés au point que la sève qui nourrit tel pays nourrit tels autres et à terme les transformera tous pour les mettre dans le même moule.

    L’Histoire de l’Humanité n’a été qu’une suite d’agrégations de plus en plus poussées. Partie de la famille matriarcale elle est arrivée aux Etats modernes et a la tentative de construction de l’Europe par Hitler dont la forme seulement n’a pas plu, puis à la construction en l’empire soviétique, enfin à la construction de l’Europe actuelle et qui sait demain, je crois que nous sommes à l’orée d’une nouvelle société globale ou les frontières n’existeront que pour les pauvres.

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  31. Adel dit :

    @jnsplu

    Merci pour ce développement si riche en interrogations fertiles.

    Nous aurions tant souhaité bénéficier de temps à autre des lumières de nos éminents sociologues tels qu’Ali El Kenz ou Lahouari Addi pour nous remettre sur les rails lorsque nous nous égarons, mais je crois qu’ils n’ont pas le temps pour cela ou qu’ils ne veulent pas se mêler à notre « noukhala » de peur d’être mangés par les poules…

    Armons-nous donc de bonne volonté et continuons, comme la mouche, à nous débattre, dans l’espoir de transformer notre l’ben en beurre et d’éviter ainsi la noyade.

    Il n’est pas aisé de comprendre pourquoi, face au même type de problèmes, les individus de certaines sociétés se comportent différemment de ceux appartenant à d’autres sociétés. Différentes théories ont vu le jour, mais le débat n’est pas clos. Plusieurs facteurs participent au conditionnement du comportement d’un individu. L’un d’eux est la culture (au sens large) qu’il intériorise depuis la petite enfance, d’abord au sein de la famille puis dans d’autres instances telles que l’école. Nous comprenons aisément qu’un musulman, par exemple, aura un comportement vis-à-vis des femmes différent de celui d’un chrétien. Les processus qui sont à l’œuvre sont inconscients. L’être humain n’est pas un automate, cependant. La connaissance aidant, il modifie progressivement son comportement et sa culture. De même, la modification de son environnement le pousse à adopter de nouveaux comportements. Il s’adapte. Il y a cependant toujours un décalage entre la modification des conditions socio-économiques et l’adoption de nouveaux comportements par l’ensemble des individus d’une société (qui seront progressivement codifiés et intégrés dans la culture commune). Le sociologue français Pierre Bourdieu a écrit à ce sujet de belles pages sur la société algérienne et la façon dont elle s’est transformée sous l’effet de l’introduction des rapports marchands par la colonisation.

    Notre société, déjà mise à rude épreuve par la colonisation, connut une transformation encore plus accélérée sous l’effet de la politique volontariste de modernisation appliquée par Boumediène. L’Algérie d’aujourd’hui n’a plus rien à voir, sur le plan des codes culturels et du comportement des individus, avec celle de 1962. L’introduction de la parabole et de l’internet, dans les années 90, a donné une nouvelle accélération au processus d’acculturation. L’Algérien de 2010 doit affronter une situation totalement nouvelle armé d’une culture élaborée par une société traditionnelle qui a subi des transformations rapides. D’où le désarroi que l’on observe à tous les niveaux.

    Je crois que les sociétés humaines, en tant qu’ensembles, réagissent comme les corps physiques. Le monde musulman, par exemple, était dans un état d’équilibre. Les musulmans vivaient dans une certaine harmonie, tous les éléments – économique, politique, religieux, etc.- étant en adéquation les uns par rapport aux autres. L’introduction des rapports marchands et du machinisme par la colonisation peut être comparée à la perturbation que subit un corps. Il passe par un état d’instabilité avant d’atteindre un nouvel équilibre. Nous sommes actuellement en plein dans le passage de l’onde perturbatrice. Notre société subit toutes sortes de convulsions.

    Dans le mouvement brownien qui l’agite, il y a certainement un sens qui domine et qui est le bon, car allant dans le sens général de l’histoire. Il y a aussi d’autres qui sont temporaires et qui disparaîtront sans laisser de traces. L’histoire de notre pays abonde en mouvements de cette sorte – révoltes kharedjites sous les Fatimides, par exemple. Comprendre le sens de l’histoire est nécessaire, si l’on veut donner un coup de main à ce douloureux processus d’enfantement. Ce n’est pas chose aisée. Rappelons-nous comment les marxistes ont élaboré la théorie de la révolution socialiste et ce qu’il est advenu de l’empire soviétique. Les révolutions communistes étaient-elles un simple épiphénomène dans le mouvement général de l’histoire de l’humanité ?

    Comprendre dans quel sens nous pousse l’histoire pour travailler dans ce sens et non pas mener des combats qui vont en sens contraire, voila notre devoir. Ce n’est pas évident. A titre d’exemple, entre ceux qui rejettent le modèle de démocratie de type occidental et ceux qui y sont favorables, dans quel camp l’individu qui veut agir doit-il se situer ? Dans quel sens l’histoire nous pousse-t-elle ? Qui peut le dire ?

    Il est certain, d’autre part, que l’humanité est entrée dans une nouvelle phase. Du clan primitif aux grands ensembles modernes que sont l’Europe et les États-Unis d’Amérique, en passant par les différents empires qui se sont succédé dans l’histoire, l’humanité semble progresser vers un but. Lequel ? Quand j’étais adolescent, j’ai lu un jour un récit plus ou mois scientifique qui disait que le soleil allait finir par se consumer dans quelques milliards d’années et que l’espèce humaine était condamnée à émigrer vers une autre galaxie ou disparaître. Quelques milliards d’années… Nous avons le temps d’y réfléchir. Il me semble cependant, qu’à partir de cette hypothèse, on peut intuitivement comprendre que l’humanité se dirige plus ou moins inconsciemment vers un état où tous les êtres humains ne formeraient plus qu’une seule entité dont tous les membres se sentent solidaires. La mondialisation, malgré tous ses aspects négatifs, ne serait-elle pas une étape dans cette longue marche vers une humanité unie. Les conquêtes, malgré la violence qu’elles font subir aux populations vaincues, ne me semblent pas être autre chose que ce besoin qu’ont les hommes de s’unir pour former des ensembles toujours plus grands.

    La perturbation qui a pris naissance en Europe, bouleversant l’équilibre de la France et de l’Angleterre et en modifiant le mode de production et le système politique, s’est propagée à travers toute la planète. Les sociétés les plus faibles (Indiens d’Amérique du Nord, Aztèques, Incas, Mayas, etc.) ont été les premières à disparaître. D’autres, tel le Japon, ont su s’adapter rapidement. Les pays musulmans, héritiers d’une culture vigoureuse, n’ont pas accepté la défaite. Les pays arabes, devenus orphelins après la disparition du Khalifat ottoman, font aujourd’hui figure de retardataires dans la course folle que l’Europe et l’Amérique imposent au reste du monde.

    Dans mon enfance – fin des années 50 – nous passions notre temps à courir dans les champs et le soir venu, nous écoutions ma grand-mère raconter les histoires de Loundja et M’hammed el b’ghal. Dans les douars indigènes, les mêmes gestes étaient répétés, génération après génération : labourer les champs, semer, moissonner, planter, récolter, remplir les jarres d’eau, d’huile ou de s’men, remplir les koufi de grain, etc. Chaque chose était à sa place : les adultes, les enfants, les femmes. Chacun connaissait son rôle et le jouait sans se poser de questions. En l’espace d’une vie humaine, ce monde a disparu, comme balayé par une tornade. Que reste-t-il du monde de nos grands-parents ? Un burnous caché au fond d’un coffre décoré de motifs berbères, abandonné dans une grange? Une vieille faucille ou une paire d’étriers rouillés oubliés derrière un tas de madriers dans une écurie délabrée habitée par les seuls pigeons ?

    L’argent, les massacres, la parabole, la corruption, l’internet, el harga…

    Fasse Dieu que ce long tunnel sombre mène enfin à une paisible clairière où coule un petit ruisseau. Nous pourrons enfin nous allonger sur l’herbe et nous perdre dans l’incomparable pureté du ciel de notre pays pour oublier ces longues années de malheur.

    Amin.

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  32. MTM dit :

    Le colonel Chaabani et les Tournevis de Boumedienne…

    @Adel

    Désolé de n’avoir pas lu plutôt votre dernier message (du 12-12) décembre, j’en ai pris connaissance hier seulement (21-12), autrement je l’aurai commenté à temps.

    Je ne sais pas s’il convient de vous répondre à présent, mais une absence de réaction risque d’être interprétée comme une défection. Et puis, comme a dit Tolstoï dans guerre et paix : « Ce n’est pas assez que je sens ce qu’il y a en moi, il faut que les autres le sachent. » ; la même raison nous réunit dans ce forum.

    Cher Monsieur, je continue à croire que la junte militaire qui écrase notre pays, dont le représentant actuel est le général Toufik, est d’un genre encore inconnu. La pire junte qui a pu voir le jour sur cette planète. Un genre de cannibale qui ne s’est trouvé nulle part sur la terre. Navré encore une fois, de ne pas vous suivre dans votre logique ; je n’arrive pas à concevoir qu’une culture ou une histoire d’un peuple puisse fatalement enfanter des psychopathes galonnés qui commettent des génocides parmi leur propre population de laquelle ils ont reçu le mandat de la défendre.

    Il y eut une démence collective qui s’est emparée d’une poignée d’ex-officiers de l’armée française ayant simultanément et mystérieusement pris le contrôle de l’armée et a transmis sa folie à une bonne partie du corps des officiers supérieurs. La genèse de cette folie meurtrière est consultable dans l’excellent site d’Algeria-watch ainsi qu’à travers des témoignages de certains officiers qui ont eu le courage de dénoncer ces généraux criminels. Historiquement, si l’on veut trouver une explication plausible, l’apparition de cette engeance aurait commencé avec l’exécution du colonel Chaabani, le seul officier algérien à avoir senti le grave danger auquel allait être exposée l’Algérie 30 ans après. Il serait le seul à avoir refusé catégoriquement l’intégration des officiers de la promotion Lacoste dans l’armée algérienne et surtout il s’obstina si bien qu’il le paya de sa vie à l’époque de Ben Bella. Boumediene fut aussi averti de cette menace si l’on croit le témoignage su Youtube* de l’ex- premier ministre, Abdelhamid Brahimi qui composa avec eux avant de les dénoncer publiquement. Une dissidence survenue un peu trop tard pour être sincère ; elle ne sauvera pas les enfants de Bentalha et de rais Hamidou. D’après lui, pour Boumedienne, ces officiers n’étaient rien d’autre que des « tournevis » pour « moderniser » l’armée algérienne. C’était sa plus grande erreur. Ces tournevis allaient tous, sournoisement, se retrouver en haut de la hiérarchie militaire et allaient, s’emparer du Pouvoir et occuper son centre de décision. Ils ont pu ainsi démonter pièce par pièce toute l’Algérie et la mettre à feu et à sang. Avec eux, l’Algérie s’est plié à leur volonté, a marché dans leur complot et ne se relèvera jamais dans n’importe quel domaine. Quant à l’armée qu’ils sont censés rendre fort et moderne, elle doit son semblant de modernité au pétrole seulement. Elle n’est dotée d’aucune industrie qui lui assure un tant soit peu d’autonomie. Même les fournisseurs d’armes se payent sa tête en lui envoyant de la camelote. L’affaire des avions de chasse russes, achetés chat en poche est là pour le prouver. Les officiers supérieurs qui se proposent en proxénètes pour les investisseurs étrangers, ne vont pas s’empêcher de fricoter avec les marchands d’armes au dépends de l’armée nationale. Il y a longtemps que ces officiers ont été « dépatriotisés » et viciés jusqu’à l’os par les ex de l’armée française. Les meilleurs parmi eux, restent silencieux par discipline militaire et ne sont donc d’aucune utilité pour le pays. Il n’y a pas eu d’autres Chaabani. Le temps des grands héros est révolu.

    Fermant cette parenthèse et revenant au rapport avec l’histoire. Il serait fastidieux de vous recenser les histoires des peuples colonisés, comme nous l’étions, ou des peuples soumis à une domination étrangère plus dégradante tel le régime d’esclavage qui dura des siècles. Beaucoup parmi ces peuples allait connaître à l’indépendance des guerres atroces, pires que la notre en terme de victime (comme les Hutu et les Tusti au Rwanda). Mais jamais il n’a été question, dans ces guerres, de génocides endogènes (dans un même camp) aux fins de manipulation de l’opinion. S’il y en avait un seul exemple, il pourrait conforter la thèse du rapport de l’histoire avec le cannibalisme de la junte algérienne. Quant à la violence de la guerre entre les islamistes et les militaires et les dégâts collatéraux, ils sont caractéristique trop commune, faut-il le répéter, de par le monde pour qu’ils soient une rémanence de la colonisation française (dont les colonies s’étendent sur d’autres terres d’ailleurs) ou liés à la culture de l’homme algérien seulement. Cette violence ne se trouve pas seulement du côté des peuples colonisés. Elle est spécifique au règne animal dont fait partie l’Homme. Des pays, qui n’ont pourtant pas subi la pesanteur de l’histoire, et étaient souvent dominateurs, se sont rendu coupables d’holocaustes, d’exterminations, et autres dévastations. Certains, parmi eux, réputés modernes et civilisés sont capables du pire ; ils ont même les moyens de provoquer l’apocalypse, mine de rien. C’est chez ces pays qui ne sont pas aussi culturellement « barbares » que nous, que tous les potentats du monde trouvent protection et soutien.

    Le parallèle avec la fièvre et la maladie n’est peut-être vrai qu’en apparence. Notre réalité dit quoi ? Elle dit qu’il y a des criminels qui squattent encore le sommet de la hiérarchie militaire. Ils sont tellement puissants qu’ils ont réussi à soumettre tout le peuple à leur volonté et à imposer leur vérité en faisant tomber un rideau de fer sur les massacres et les disparitions. Plus aucune voix ne peut exiger des enquêtes sur ce qui s’est passé et sur ce qui se passe toujours. Ils ont intronisé un oligarque qui va les blanchir « définitivement » moyennant pouvoir et protection. Pour changer cette réalité, je ne crois pas que la culture ou l’histoire coloniale soient utiles. S’il y avait une machine à remonter le temps, il serait possible de l’utiliser pour faire un petit tour dans le passé et changer le cours de l’histoire. Le passé n’est intéressant que sur un plan pédagogique. Il y a des maladies sans étiologies identifiées, sans précédent comme des épidémies inconnues auparavant. Il faut chercher pourtant leurs remèdes et les traiter.

    Enfin, je déplore votre passage un peu trop rapide et simplificateur sur les responsabilités des massacres des uns et des autres. Il n’y a pas de doute que les deux protagonistes (généraux éradicateurs soutenus par des laïcs radicaux contre les islamistes fanatiques : un mélange explosif) soient responsables du bain de sang qui submergea le pays, mais il y va autrement pour les massacres. Il y a parmi les crimes qui se commentent en temps de guerre des crimes qui restent impardonnables et restent imprescriptibles ; ils relèvent de la conscience humaine. Les génocides, les épurations ethniques et les massacres de populations civiles sont de ceux-là. Ils sont tous passibles de poursuites par le tribunal pénal international. Ce genre de crimes ne doit pas être traité de la même manière que la cruauté de guerre elle-même, sauf si on a perdu la faculté de s’émouvoir, de se révolter et de vomir. Ce à quoi nous invitent les généraux algériens et leur protégé, le président Bouteflika.

    Les massacres se sont produits sur toutes les latitudes du globe terrestre. Mais qu’une armée régulière les commet, par le truchement de groupes manipulés ou non, contre sa propre population qui lui fournit ses propres enfants, dans le seul but de salir l’ennemi et lui couper le soutien dont il jouissait, n’a eu lieu que chez nous. C’était une stratégie d’une sauvagerie inouïe, bien plus grave que la violence des islamistes. Cela dépasse l’entendement. Une partie du peuple algérien, pauvre et misérable, innocent et sans défense, fut sacrifié atrocement directement ou indirectement par les services pour servir une manipulation crapuleuse afin de susciter, chez ce même peuple, aversion et haine contre leur ennemi, les islamistes. Je dis ceci sans blanchir les islamistes qui ont pris les armes et ont tué des Algériens. Ils doivent eux aussi répondre de leurs crimes. Mais la responsabilité des « décideurs » dans les massacres et des disparitions, est bien plus grande.
    Même l’abominable régime de Pol-Pot, sous le règne de qui un million et demi de personnes a péri, n’a pas eu la démence extrême et l’abominable lâcheté de perpétrer ses crimes contre son propre camp, au nom de ses ennemis, pour ainsi obliger psychologiquement l’opinion publique nationale et internationale de changer de camp.

    Je m’excuse d’être long mais le sujet s’y prête.

    Amicalement

    * http://www.youtube.com/watch?v=WrElmZDrdOE

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  33. jnsplu dit :

    C’est moi qui te remercie au contraire.

    C’est peut etre les soubressauts de la noyade que nous subissons.

    Il est certain qu’il n’est pas aisé de comprendre la transformation de la société qui s’est opérée, ni comparer entre les sociétés diverses et leurs orientations. Mais il demeure toujours possible de se forger des théories imparfaites faute de participation de nos éminents sociologues comme tu dis. Peut être que cela leur donnera des idées s’ils viennent un jour par ici, qui sait ?

    Les influences de la colonisation et de l’ère Boumedienne puis de la parabole et de l’internet sur notre société ont certes un impact considérable, mais comme tu dis, l’Histoire à un sens et la culture imprègne les comportements.

    Et notre culture nous poursuit par la négation de l’individu qu’elle impose encore au champ social et qui se traduit par des tiraillements. Je ne partage pas ton point de vue disant que notre culture n’est plus la même. C’est vrai dans la mesure ou elle a évolué et devient méconnaissable, mais elle est toujours là sous le manteau avec ses lignes directrices profondes. Je prend des exemples concrets:
    Avons nous jamais vu quelqu’un de fort tenter de faire étalage sans raison de sa force ? Cela ne lui est pas nécessaire puisque ayant conscience de sa force, il a tendance à la ménager, à ne pas la dépenser sans raison et d’autre part, sa conscience de cette force le sécurise et le rend de ce fait serein et ainsi il lui est inutile de montrer ses capacités.

    Avons nous vu quelqu’un d’intelligent faire étalage sans raison de son intelligence ? Non plus et pour presque les mêmes raisons. De plus il précède les autres dans le cheminement de leurs pensées et cela le rassure.

    Sauf exceptions rares, les gens que Dieu a doté de forces ou d’intelligences peu communes tentent toujours de passer inaperçus et font tout pour rentrer dans le rang et ressembler à tout le monde. Ils sont calmes, sociables . A tel point que pour les surdoués, leurs facultés s’amenuisent si elles ne sont pas décelées cultivées à temps de par leur tendance naturelle à s’abaisser au niveau des autres . D’où des écoles pour surdoués dans certains pays ou ils sont mis rapidement en « culture » avec leurs pairs avant que leur intelligence ne s’émousse au contact des autres communs.

    Ce n’est que lorsqu’on a été brimé durant l’enfance de façon à se sentir écrasé qu’on arrive à extérioriser ses craintes en tentant de leur donner les formes de la force, de l’intelligence et de la suprématie intellectuelle et physique. Car ces craintes vivaces demeurent et on garde la peur de les voir ressurgir inconsciente et tapie au fond de la personnalité.

    L’éducation patriarcale qui sévissait dans notre pays avant l’indépendance qui sévit encore en partie a produit une culture qui faisait que dans une famille c’est soit le grand père ou le père ou le fils ainé qui doit prendre les décisions pour tous, souvent sans en référer aux autres et sa parole est d’ordre quasi divin. Nul ne se mesure à lui ou tente d’infléchir sa décision, même s’il est dans l’erreur.

    Les autres acceptent ce dictat comme étant normal bien qu’ils se ressentent écrasés et tentent de faire rejaillir leur ressentiment dans d’autres domaines. La dureté de la vie se traduisait dans la dureté des rapports sociaux. Les enfants n’étaient rien d’autre qu’une assurance d’une vieillesse parentale livrée à l’incertitude et ne pouvaient être exclusivement objet d’amour.

    Dans une Djemaa , formée des membres influents des familles, c’est les ainés surtout qui prennent les décisions et celles ci sont assurées d’application partout ou la « djemaâ » à des membres ou leurs disciples. A défaut les réfractaires en sont proscrits, ce qui constitue le comble de l’humiliation.

    Il y a une pression sociale qui s’exerce sur l’individu qu’on ne voit nulle part ailleurs qu’au Maghreb. Elle est terrible et touche à tous ses comportements. Il faut vraiment être fort pour vivre au milieu de notre société lorsqu’on on est individualiste.

    Ni les turcs ni les français n’ont pu changer quoi que ce soit à cette organisation qui n’a commencé à s’effilocher avec le temps qu’avec l’indépendance, combattue sournoisement par le pouvoir central qui y voyait de la concurrence à ses prérogatives mais n’osait s’y attaquer de front. Mais aussi l’amélioration des conditions des rapports parentaux et de la vieillesse ont peu à peu permis de changer la relation parentale au point ou des enfants « commettent le sacrilège » de mettre leurs parents dans des asiles pour personnes agées, ce qui au regard de notre culture constitue le summum de l’ingratitude et de l’héresie.

    Et cette organisation participe tant à l’éducation des enfants, qu’a régenter le comportement des adultes qui fait que l’Algérien en tant qu’individu n’est rien, que c’est la famille ou le village qui est tout. Or qu’est ce que la culture si ce n’est la pression sociale qui s’exerce sur l’individu ? Mais comme dit bergson! »Un ver foulé du pied, oppose son moi mourant au reste du monde ». Et c’est cela le revers de la médaille.

    Quand le moi de l’individu est nié, écrasé, il réagit en émettant assez d’énergies parasites pour que son propre message soit brouillé de même que ceux des autres. On ne sait plus ce qu’il veut ni ce que disent les autres.

    Certes l’Algérien veut la liberté. C’est clair. Mais il a toujours été « culturellement formé » pour suivre ses guides. Et le culte du guide, inscrit dans cette culture, ne lui permet peut être pas, même s’il le veut, de remettre celui ci en cause.

    Ne serait pas cet antagonisme latent qui serait à l’origine de nos comportements souvent irrationnels ?
    Nous voulons un changement, mais quel changement voulons nous ?

    Je débouche sans le vouloir, sur la question de notre ami, Salah Eddine.

    Tu sembles d’autre part vouloir conserver un lien entres les différentes composantes de l’aire musulmane, ce qui ne me paraît pas essentiel pour ce qui se passe chez nous. Quand à remonter jusqu’au Fatimides pour comprendre le sens de l’Histoire, possible que cela expliquera certains de nos comportements actuels, mais il me semble que l’utilité de pareille démarche ne peut être que didactique et n’a aucune portée pratique parce que le saut qualitatif fait par notre société est énorme au point de vue structurel.

    Le déterminisme historique auquel tu fais allusion en disant qu’il faut comprendre le sens ou nous pousse l’Histoire n’est pas toujours une notion aisée à manipuler et la doctrine marxiste qui se base sur cette théorie s’est plantée lamentablement. Mais finalement cette notion de déterminisme, qu’elle soit culturelle ou historique ou raciale n’est pas convaincante, dans la mesure ou le déterminisme opère hors du champ de la volonté humaine mais la ou cette volonté existe, elle peut soit s’y inscrire, soit y faire echec et dans les deux cas, il n ‘ y a pas déterminisme, mais choix conscient.

    D’autre part, certes l’Histoire joue un rôle dans l’évolution des sociétés mais décripter l’ensemble des données d’une société qui sont impliquées à travers la trame du temps et de la trame sociale n’est pas une tache aisée. On ne peut regarder qu’en surface et cette approche est porteuse d’incertitudes.

    Quand tu dis que l’humanité semble progresser vers un but, tu me rappelle le père Théilard de Chardin qui a écrit un livre interessant sur le sujet: je crois le point oméga ou quelque chose d’approchant vers lequel si je me rappelle bien du contenu que j’ai juste survolé dans ma jeunesse, il pense que Dieu nous oriente.

    Ta parabole sur l’onde, le système cristallin et la résonance est à approfondir. En cherchant un peu il y a juste la vitesse de propagation dans la société qu’il faudra reprendre et elle donnera une théorie à peu près valable (sourire).

    Hélas « le bon vieux temps » ne revient pas.

    Mais je me joins à toi pour dire Amine.

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  34. Adel dit :

    @MTM

    Merci pour votre réponse et pour la verve avec laquelle vous dénoncez la barbarie de la junte.

    J’adhère entièrement à votre jugement pour ce qui est de la gravité des crimes commis et la nature diabolique de la politique d’éradication qui a été menée dans l’unique but de salir l’adversaire politique et amener la population à s’en détacher.

    Il reste que je n’adhère pas à votre explication concernant l’origine de ce mal. Vous semblez privilégier la thèse de la crise de démence collective de ce groupe de généraux déserteurs de l’armée française. Je pense, quant à moi, que ces individus ont profité d’un terreau favorable pour prendre racine. La mauvaise herbe prolifère dans un jardin mal entretenu par son propriétaire.

    Tous les auteurs qui se sont intéressés aux tortionnaires sont unanimes pour dire que ce sont des individus ordinaires, bons pères de famille, bons maris, croyants en Dieu, etc. N’importe qui peut un jour devenir tortionnaire. Ainsi est fait l’être humain. Celui qui croit détenir la vérité et qui est convaincu que son ennemi est un monstre se donne le droit de l’exterminer et de le torturer pour ensuite aller dormir la conscience tranquille.

    Il est vrai que ces généraux ont en commun le fait d’être tous des déserteurs de l’armée française. Il me semble toutefois difficile d’admettre que, depuis la fin des années 50, ils aient sans arrêt comploté et exécuté un plan établi par le général De Gaulle ou les services secrets français de l’époque. Je pense plutôt qu’ils se sont retrouvés ensemble à la tête de l’armée parce qu’ils ont des affinités et que le système politique algérien fonctionne sur la base de la cooptation, du benaamisme, etc. Ayant été brimés sous Boumediène, ils ont tout naturellement cherché à se rattraper après sa mort. Hadha idjib hadha, ils ont fini par constituer une sorte de lobby au sein de l’ANP. Ils ont manœuvré habilement et ont pris les commandes.

    Pour ce qui est de Si Abdelhamid Brahimi, je pense qu’il devrait faire son autocritique et reconnaître sa part de responsabilité. Je pense que l’Algérie aurait pu être sauvée après la mort de Boumediène. Si des correctifs avaient été apportés à ce moment-là, je crois que l’histoire aurait pris un autre cours. Mr Brahimi était le premier ministre, si mes souvenirs sont bons, d’un président analphabète qui n’avait aucune compétence pour diriger le pays. Quand un homme qui s’estime compétent se met au service d’un système dirigé par des incompétents, que peut-il espérer ? Si tous ceux qui, comme lui, au lieu de se prêter au jeu du faire semblant, avaient plutôt mis leur intelligence et leur énergie au service de l’opposition, afin de proposer des alternatives au système et fédérer autour d’eux une jeunesse qui ne demandait qu’à travailler et à utiliser ses compétences, je crois que nous aurions évité Bentalha et Rais.

    Il est facile de venir, après-coup, accuser la France et hizb França. Moi je lui dis : Non, ya Si Brahimi, avec tout le respect que je vous dois, ce n’est pas la France qui a ruiné notre économie. Peut-être que nous étions incapables de faire mieux – ce que je ne crois pas – mais c’est notre mauvaise foi, notre négligence, notre silence, etc., qui ont mené notre pays à la faillite. L’homme a toujours le choix. Il faut avoir le courage de dire non quand il le faut. Quand les carottes sont cuites, il ne sert à rien de dire : «ce n’est pas moi c’est lui».

    Mes amitiés.

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  35. Adel dit :

    Je suis désolé de toujours faire appel à l’histoire ancienne, mais je ne peux m’empêcher de rapporter ici (à partir de Wikipedia) l’épisode final de la chute de Grenade:

    La légende dit que sur le chemin de l’exil, au lieu-dit :  » le dernier soupir du maure « , Boabdil se retourna vers la capitale de son royaume perdu et pleura. Sa mère Aixa Fatima lui lança :  » pleure comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme ! « .

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  36. MTM dit :

    @Adel

    Le sujet de la torture est un sujet extrêmement important. Cerner le profil des tortionnaires doit se fonder sur des expertises reconnues. Certains terreaux favorisant la dégénérescence de l’homme en tortionnaire, nous paraissent triviaux, tels l’ignorance, le faible niveau d’instruction, tortures subies pendant l’enfance, la haine, la vengeance, l’endoctrinement, les idéologies fascistes, le fanatisme, la contrainte, la diabolisation de l’adversaire, etc. Oui, peut-être que de « bons pères de famille » affaiblis moralement, peuvent tomber dans l’une de ses catégories, mais ces terreaux n’e sont pas spécifiques à un pays donné ou un comportement atavique culturellement transmis. Cela étant dit, ces cas ne sont pas les seuls, d’autres aspects de cette perversion humaine nous échappent certainement. Les officiers du laboratoire de l’action psychologique du DRS, experts en haine extrême, en génération de psychose collective et en traitement de choc, sont des malades qui intéresseraient les chercheurs en psychologie et les experts des phénomènes paranormaux.

    Une contribution des psychologues ou des sociologues tels le Pr Addi Lahouari (comme vous l’avez suggérez) et le Pr Rouadjia ou des hommes de terrain comme maître Ali Yahia, aurait été la bienvenue. Mais on ne peut leur demander de parler à ce sujet sans les obliger à s’exposer au risque de rétorsion de ses mêmes bourreaux.

    Ce sujet nécessite donc un autre débat bien qu’il soit intimement lié aux « généraux » algériens, sujet qui nous intéresse ici. La torture, les exactions, les massacres et les exactions marqueront à jamais les officiers supérieurs du DRS ayant travaillé sous les ordres des généraux Smain, et de Toufik. Ils ont souillé la réputation de l’armée et de l’Algérie, sa mémoire et son histoire.

    Quant à la politique d’éradication de cette junte, la démence collective n’est qu’une image allégorique qui traduit l’extrême cruauté dont ils se sont rendus coupables. Ils sont parfaitement conscients de leurs actes et ils sont responsables et comptables devant la conscience humaine des graves évènements qui ont marqué l’histoire de l’Algérie.

    Je vous remercie pour cet échange d’idées riche soutenu et malgré que nous n’avons pas la même approche sur le sujet, il n’en demeure pas moins qu’il a été instructif.

    Amicalement

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  37. Adel dit :

    @MTM

    Tout à fait d’accord avec vous: le sujet de la torture et des tortionnaires est trop grave pour qu’on puisse le traiter en quelques lignes.

    Il y a certainement une catégorie de tortionnaires qui relèvent de la pathologie mentale. Mais je pense qu’il y a aussi une bonne partie d’entre eux qui ont glissé petit à petit et sans s’en rendre compte pour se retrouver totalement enfoncés dans le bourbier.

    Le cerveau humain a cette capacité de faire l’impasse sur certaines choses que l’individu ne veut pas voir, pour une raison ou une autre. Ce qui parait abject aux autres peut paraitre tout à fait logique et raisonnable pour le tortionnaire.

    Enfin, je vous invite à lire cet article écrit par M. Benfodil (DRS? Attention à la bleuite!) dans El Watan après le décès de Smain Lamari, que beaucoup considèrent comme le cerveau, avec Toufiq, de la vaste opération de manipulation des islamistes et des massacres qui s’en suivirent. Pour tous ses voisins, c’était un type bien!

    http://www.elwatan.com/A-Belfort-El-Harrach-Avec-ses

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