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27 July 2017

UNE LECON AUX CRIMINELS QUI PENSENT S’AUTOAMNISTIER !


AstizAstiz, «l’ange blond de la mort», et ses complices devant leurs juges

ARGENTINE | Le procès de l’ESMA, le plus emblématique camp de concentration de la dernière dictature militaire argentine (1976-83), débute aujourd’hui. Parmi les accusés se trouve le tristement célèbre tortionnaire Alfredo Astiz.
TRIBUNE DE GENEVE

GUSTAVO KUHN | 11.12.2009 | 00:03

Près de trente ans après la fin de la dictature, les bourreaux argentins comparaissent enfin devant un tribunal. Suite à l’annulation, en 2005, des lois qui garantissaient l’impunité aux militaires, plusieurs procès se sont ouverts cette année contre ceux qui ont séquestré, torturé, assassiné et fait disparaître les corps de quelque 30 000 opposants politiques.

Le procès concernant le plus emblématique camp de concentration du pays, l’Ecole de mécanique de l’armée (ESMA), débute aujourd’hui. Sur le banc des accusés, 19 marins et policiers, dont le plus célèbre d’entre eux, Alfredo Astiz, «l’ange blond de la mort». Aujourd’hui âgé de 58 ans, ce capitaine de frégate s’était fait remarquer en infiltrant un groupe de Mères de la place de Mai, qui réclamaient de connaître le sort de leurs enfants disparus.

«Nones volantes»

Une «mission» qui culminera en décembre 1977 avec «l’arrestation» de la fondatrice des «folles de la place de Mai», Azucena Villaflor, et de deux bonnes sœurs françaises, Alice Domont et Léonie Duquet. Toutes trois seront ensuite torturées et assassinées en étant jetées dans le Rio de la Plata depuis un avion.

Le cas des «nones volantes», comme les appelaient les militaires, est le plus connu des 86 dossiers que traitera le Tribunal numéro 5 de Buenos Aires au cours de ce premier volet du «mégaprocès ESMA» qui devrait durer près de huit mois. Au total, près de 5000 personnes ont été séquestrées, torturées puis exécutées dans ces bâtiments de la marine, situés dans le quartier chic de Nuñez.

«L’ouverture de ces procès prouve que le peuple argentin n’a jamais renoncé à exiger que justice soit rendue contre les atroces crimes de la dictature», affirme Graciela Daleo, l’une des quelques survivantes de l’ESMA. «Nous réclamons toujours que ces tortionnaires et assassins soient condamnés à la réclusion à perpétuité et dans des prisons civiles.» L’infatigable lutte des organisations de défense des droits humains a finalement trouvé une réponse institutionnelle pendant la présidence de Nestor Kirchner, qui a permis que ces procès soient aujour­d’hui une réalité. Mais le manque d’infrastructures adéquates, de budget et des morts très douteuses d’accusés – notamment en détention «militaire» – embourbent les procédures.

Le sort de Julio Lopez pèse également sur ceux qui seront appelés à la barre. Ce maçon à la retraite, qui avait été séquestré pendant la dictature, a en effet disparu en septembre 2006, peu après avoir témoigné contre un de ses bourreaux.

«Je suis aussi préoccupé par les limitations que le tribunal veut imposer à la presse, confie Raul Cubas, qui a été séquestré à l’ESMA pendant plus de deux ans. Car pour nous, ces assassins ne doivent pas seulement recevoir des peines exemplaires. Il faut aussi que la société argentine entende le témoignage des survivants, pour connaître les atrocités commises dans les camps de concentration.»


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2 Commentaires sur cet article

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  • MTM
    15 décembre 2009 at 13 h 11 min - Reply

    Je suis certain que les généraux sadiques qui ont perpétré des massacres dans la décennie rouge, et surtout ceux qui les ont commandités, subiront le même sort infâme que les généraux argentins et leurs affidées. طال الأمد أو قَصُر. Bon sang ne saurait mentir.

    Toutes les lois pondues au nom du peuple, à la suite de tartufferie de haute voltige, par M. Bouteflika pour protéger et blanchir les criminels n’ont aucune force morale. Elles ne résisteront pas à la soif d’un peuple pour la justice, à la dignité et à la liberté.
    Celui qui, toute sa carrière n’a fait que receler les crimes et collectionner les coups tordus en commençant par une confiscation de l’indépendance, n’est pas en mesure de garantir l’impunité à ceux qui l’ont porté au pouvoir.

    Les assassins galonnés se mordront les doigts s’ils comptent sur Bouteflika et sur « ses référendums » en toc. Le passé de l’Algérie indépendante est riche en enseignement sur la « crédibilité » de ses lois, sur la « régularité » des consultations populaires, sur la loyauté ou la fidélité de la classe politique aux lois et à la constitution du pays. Ils savent que la mascotte la plus affectionnée de ce beau monde est la girouette. Ils ne peuvent pas ignorer la « profondeur » leurs valeurs telles que l’honneur, la fierté, et la fidélité aux principes en Algérie.

    Ils savent ce que sont devenues les treize longues années de « socialismo o murto! » à la cubaine الإشتراكية لا رجعة فِيهَا, dont Bouteflika avait fait, avec son maître, de ce slogan le fondement de son régime austère pour berner le peuple algérien transformé en « masses populaires » et en « prolétariat comme l’exigeait la théorie socialiste. L’ex-ministre des Affaires étrangères avec ses compagnons, avait bien vanté, claironné et corné les oreilles à en rompre les tympans, pendant treize longues années, les grands projets révolutionnaires traduits en lois et en ordonnances de son mentor Boumediene. De tout cela, plus rien ne subsiste. Partis en fumée.
    Ils (أصحاب الأوسِـمة و المجازِر) savent ce que sont devenus les grands principes tiers-mondistes de Bouteflika dont la lutte contre l’impérialisme américain était sa pierre angulaire. Ils voient bien aujourd’hui quels rapports de vassalité il tient avec « l’empire américain ».

    Comment qualifie-t-on les larmes chaudes qu’il a versées devant la dépouille de Boumediene dans une scène mémorable où il fit le serment de rester fidèle et de poursuivre l’œuvre du maître ? Parjure, trahison ou poudre aux yeux? Choisissez.

    Plus récemment encore, dix ans après son adoption, les applaudisseurs et les promoteurs de la constitution de Zeroual, ont eux-mêmes remué ciel et terre pour la démolir. Ils savent aussi que les plus fervents défenseurs de Toufiq comme le tonitruant El Hadj Omar Mahdad, feront partie de son peloton d’exécution si demain le vent tourne
    لا قدّر الله…

    Oui bien sûr que le gibier de potence haut gradé et leurs complices haut placés, qui sont impliqués dans les massacres, connaissent par cœur cette musique pour avoir eux-mêmes créé la partition et l’avoir enseigné aux autres. Ils savent qu’ils peuvent être déchus de leurs grades et juger pour haute trahison et crimes de guerre. C’est pourquoi ils ne baisseront pas la garde; ils interdiront au vent de tourner, ils pourriront la vie des Algériens, ils « veilleront » sur l’armée, leur seul repaire qui vaille, jusqu’à ce qu’ils passent l’arme à gauche. Ce sera l’un des principaux deals non négociables qu’ils imposeront aux présidents de l’après Bentalha, en échange d’un niveau de stabilité politique acceptable, et d’une non-ingérence dans les affaires publiques.

    Mais toutes ces manœuvres désespérées ne feront que reporter à plus tard un jour inéluctable. Les exemples de l’Argentine et du Chili sont édifiants et donnent l’espoir à celles et ceux qui ont souffert et souffrent encore en silence des suites des traumatismes physiques et psychologiques provoqués par la folie meurtrière des généraux qui se sont conduits comme des terroristes pour lutter contre le terrorisme.

    La justice survivra à son règne et finira par triompher. Ce qui n’est pas entrepris dans la transparence et dans le jeu démocratique loyal, disparaîtra. Il sera inhumé avec le dictateur qui les a accouchés. Toutes les lois déjà promulguées concernant les forces de sécurités nationales qui sont impliquées dans des crimes et celles qui attendent dans les officines du DRS, subiront le même sort. Elles sont nulles et non avenues.

    Plus que les islamistes extrémistes, les généraux extrémistes ont mis l’Algérie dans une situation intenable, suffocante. Il y a des centaines de milliers de cadavres dans son placard. La question qui sera sur toutes les lèvres à l’arrivée de chaque président est : « Que va-t-il faire des généraux criminels ? » On ne construit pas un pays avec des mensonges. On parle de quoi ? On parle tout simplement de massacres à grandes échelles, de tortures, de disparitions forcées, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Ils sont imprescriptibles. Leurs dossiers restent ouverts jusqu’au jour où un tribunal populaire souverain les examinera et jugera les bourreaux. Les tentatives de Bouteflika pour imposer le silence absolu sur ces crimes, pour interdire jusqu’à l’écriture de l’histoire des pages noires de ces militaires qui l’ont coopté et protègent sa monarchie naissante dans une sorte de compromission lâche et abjecte, d’effacer ces crimes abominables par des lois scélérates qui font fi à la dignité du peuple et au devoir de mémoire, sont vaines et minables. Un simple feu de paille pour lui assurer son règne éphémère. Les lois sur la « réconciliation nationale » et celles sur l’amnistie générale qui se préparent dans les antichambres entre les militaires — qui savent « descendre le pantalon », en haut lieu, à quiconque ose entraver leurs desseins — ne pourront rien contre la volonté des forces encore vives et saines de la nation et sa conscience inaltérable. L’Histoire les rattrapera et l’Algérie pourra enfin faire son grand deuil el les « pleurnicheuses » — c’est ainsi qu’a caricaturées Bouteflika les braves dames qui exigent la vérité sur leurs enfants disparus – vont enfin laisser couler leurs dernières larmes. طال الأمد أو قَصُر




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  • MTM
    18 décembre 2009 at 17 h 22 min - Reply

    طال الأمد أو قَصُر. Bon sang ne saurait mentir.

    http://www.aljazeera.net/NR/exeres/19C6EE1F-FD5A-4FE6-90DA-F5D6AA6E2DDC.htm

    Le pakistan est dans la bonne voie. Grande première bonne nouvelle dans le monde musulman. Peut-être qu’elle fera date si perseverance, il y a et si l’instabilité dominante ne sera pas un pretexte pour le retour de la dictature.

    Le jour où tous les Algériens, unis, forts et fermes , combatrons, toutes les formes de terrorisme dont le plus important d’entre eux est celui de l’armée, est ineluctable.




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  • Congrès du Changement Démocratique