Édition du
25 March 2017

Les poubelles de certaines républiques

Le Quotidien d’Oran
par Aissa Hireche

Ils n’acceptent pas notre différence par rapport à eux et ils nous demandent de leur ressembler. Nous vivons mal l’écart qui nous sépare d’eux et nous faisons tout pour… leur ressembler ! Plus nous les imitons, moins ils nous supportent et autant nous souhaitons nous rapprocher d’eux, autant ils nous fuient. Qui ils sont ? C’est clair, nous le savons, mais ce que nous ignorons par contre c’est qui nous sommes. Oui, qui sommes-nous enfin pour nous imposer cette démarche qui nous humilie et qui, le plus souvent, nous dénature ?

Ils viennent à peine de voter, en Suisse, l’interdiction de construire de nouveaux minarets qu’ils frappent déjà sur la table, en France, pour interdire le port de la «burqa» dans les lieux publics. Bien sûr, pour l’anecdote et, surtout, pour l’accompagnement de la chose, ils font semblant de se justifier bien qu’ils ne tentent de justification que pour pousser l’insulte plus loin et le mépris plus haut. Entendons-nous d’entrée: nous considérons que la «burqa» n’a rien à voir avec l’Islam et nous ne la défendrons donc pas en tant que repère religieux mais ceci n’empêche que nous exprimions notre désaccord total et profond quant à la manière injuste et inacceptable dont sont traités, en Occident, les signes distinctifs des différentes communautés qui y vivent.

La kippa, le voile et la croix

Sans que personne trouve quelque chose à dire, pendant au cou telle l’étoile de David, couvrant la tête comme la kippa, ou entourant le poignet comme ces fils de couleur lancés par Madonna, les signes distinctifs des juifs se promène dans les rues de Paris, de Londres, d’Amsterdam, de Baden-Baden, de Berne… parce que le juif a le droit de porte ce qu’il veut, là où il veut et quant il veut sans que personne ne lui demande quoi que ce soit. Accrochée aux cous ou aux oreilles ou occupant toute la poitrine parfois, la croix remplit tous les espaces visuels. Dans la rue, à l’école, dans les administrations, partout, le chrétien est libre de porter ce qu’il veut, comme il veut et où il veut. Cela ne semble gêner personne.

Mais dès qu’un voile sur une tête est en vue, c’est la pagaille, c’est le branle-bas de combat. Radios, télévisions, journaux, institutions politiques et administratives, tous se jettent sur le voile et sur celui qui le porte. «C’est un choix personnel ou bien est-ce qu’on vous l’impose au nom de quelque chose ?». A cette question, ils ont la réponse toute faite. Vous pouvez dire ce que vous voulez, vous pourrez jurer, hurler, pleurer, casser les murs, brûler les arbres, mordre les montagnes… ils ne vous croient que si vous dites exactement ce qu’ils veulent entendre. Sinon, ce n’est même pas la peine d’essayer. Combien sont-elles à avoir tenté de convaincre des animateurs ou des journalistes que ces choses sont personnelles. Qu’il n’y a personne derrière. Tu parles ! Alors pour celles qui veulent aller plus loin et tenter de démontrer que c’est là une manière autant qu’une autre, sinon plus, d’aborder la liberté, c’est vraiment l’inutilité des choses. On retire les micros, on ferme le stylo, on éteint la caméra, on remet le protège tampon, on referme les yeux… Passez votre chemin, y a rien à voir ! On n’a jamais vu un journaliste interroger un chrétien pourquoi il met la croix, pourquoi la croix sur la poitrine est si grande, ou bien pourquoi est-elle si visible. On n’a jamais vu un journaliste ou un animateur oser demander à un juif pourquoi il porte la kippa en lieu public, dans l’administration, dans la rue, lors des cérémonies civiles… Jamais ! et cela ne risque jamais de se produire ! Toutes ces choses, nous les connaissons, et nous en avons vues. Aujourd’hui, et après avoir obligé les musulmanes – avec la bénédiction du cheikh d’El Azhar – à retirer leur voile au travail et à l’école, et après avoir amuï les minarets puis après en avoir interdit la construction chez eux, ils se mettent en charge contre la… «burqa». «Interdiction de port de la «burqa» dans les administrations publiques» proposent quelques ministres français, «interdiction de couvrir toute la tête dans la rue» renchérit Jean François Copé, le président du groupe parlementaire de l’UMP à l’Assemblée nationale française et d’une manière qui laisse même stupéfait le président de cette assemblée. Il ne fait pas de doute que cette histoire honteuse, encore une, ira grossir les poubelles d’une certaine république. Mais ce qui est sujet à doute, cependant, c’est que nous continuions – du moins pour certains d’entre nous – à les regarder comme un exemple de l’évolution humaine, de la modernité et de la santé d’esprit. On y puise nos exemples, on y trouve nos repères, on y trouve même notre miroir… c’est-à-dire notre âme !

Une certaine idée du progrès et de la liberté

«Dans la très conservatrice Amérique latine, la libérale ville de Mexico vient d’autoriser le mariage homosexuel !». C’est ainsi que certains médias de l’Occident ont annoncé la nouvelle. La joie dans le ton, et la main sur le coeur. Parce qu’autoriser des mariages homosexuels c’est faire preuve de liberté, de libéralisme, de progrès, de modernité alors que s’y opposer c’est faire montre de conservatisme, de retard (mental ?), de sous-développement social et politique, bref c’est reconnaître avoir tous les maux du monde. En Occident de ce 21ème siècle, il ne fait plus bon de garder les valeurs de grand-mère. Il faut avancer, quitte pour cela à déchirer ses vêtements, à se crever les yeux, à brûler sa propre demeure ou… à autoriser les mariages entre femmes ou entre hommes. Même si, pour cela, il faut autoriser par la suite les deux femmes ou les deux hommes mariés à jouer, pour l’un, le rôle du père et, pour l’autre, le rôle de la mère pour des enfants dont on leur accorde l’adoption. Au nom de quoi, au nom de quelle norme, de quelle logique, de quelle modernité, de quelle évolution peut-on enfin autoriser des choses que même les animaux ne se sont pas permis de faire ? Au nom de quoi une femme peut-elle être un père ? Au nom de quoi un homme peut-il être une mère ? Au nom de quoi, enfin, peut-on donner en adoption un enfant innocent à un couple anormal ? Mais, modernité et libéralisme obligent, certains des nôtres sont même émerveillés par ce… progrès. Et c’est pour cette raison d’ailleurs que les autres peuvent, à leur aise, se permettre de stopper la construction des minarets, en attendant d’arrêter celle des mosquées ou en attendant leur destruction. C’est pour cette raison aussi qu’ils peuvent, en toute quiétude, se permettre d’interdire le port du voile, de la burqa ou même de vous interdire, un jour prochain, de parler votre langue chez eux. Après tout, pourquoi pas, s’ils sont tellement évolués et enviables au nom… de la modernité et du progrès ?!!


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4 Commentaires sur cet article

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  • lemurdeberlin
    27 décembre 2009 at 13 h 19 min - Reply

    « On n’a jamais vu un journaliste interroger un chrétien pourquoi il met la croix, pourquoi la croix sur la poitrine est si grande, ou bien pourquoi est-elle si visible
    On n’a jamais vu un journaliste ou un animateur oser demander à un juif pourquoi il porte la kippa en lieu public, dans l’administration, dans la rue, lors des cérémonies civiles… »
    C’est un peu léger comme argument à leur opposer.Et puis de quoi se mêle-t-on? Ils sont chez eux,non?J’aurai aimé que ton quotidien soulève et analyse un peu plus ce qui se passe chez nous.Qu’il fasse des investigations sur notre degré de tolérance envers autrui (l’étranger) et entre concitoyens pouvant interpréter les choses de ce bas monde d’une façon différente.
    A mon sens personne n’a contesté le port de la burqa en Afghanistan ou en Arabie Saoudite ni demandé la construction d’églises en Lybie ou au Pakistan.Alors,de la à s’inquieter de la longueur de certaines barbes….




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  • Adel
    27 décembre 2009 at 14 h 21 min - Reply

    Je ne sais pas s’il est sage de publier ce genre d’articles qui va encore nous entrainer dans un débat sans fin où chacun est déjà convaincu qu’il détient la vérité.

    Je voudrais juste faire quelques remarques:

    1- Les tensions qui existent dans les pays Occidentaux concernant l’intégration des musulmans me semblent normales. C’est un processus long et douloureux. Lorsque deux communautés – je ne dirais pas deux religions – se sont combattues pendant des siècles, il ne faut pas espérer que du jour au lendemain, tout baigne dans l’huile.

    2- Je crois qu’il faut avoir le courage de reconnaitre que ceux qui ont choisi de s’exiler en Occident tout en voulant conserver leur façon de vivre savaient à quoi s’en tenir au départ. Un individu vivant au Canada depuis des années me disait un jour : « hadh ennas ma `and’houm la din la mella. » J’étais tenté de lui dire : « Mais que fais-tu donc dans ce pays? ». Il faut savoir ce qu’on veut. Il n’y a que dans un pays musulman qu’un musulman peut vivre en parfaite harmonie (?) avec les siens dans sa culture.

    3- Les questions de l’homosexualité, de la liberté excessive des femmes, etc., sont montées en épingle par les médias, parce qu’ils sont toujours à la recherche de ce qui fait sensation. Les pays occidentaux ne sont pas des lupanars à ciel ouvert. Si c’était le cas, il y a bien longtemps qu’ils auraient disparu. Les femmes sont plus respectées dans les pays Occidentaux que dans n’importe quel pays musulman. Les gens ne les dévisagent pas dans les bus et ne jettent pas sur elles des regards concupiscents. Quiconque osera importuner une femme, se retrouvera illico-presto devant un juge pour harcèlement sexuel. Dans ces pays, on ne plaisante pas avec ces choses-là.

    Comme dit lemurdeberlin, laissons les musulmans d’Occident gérer une situation qu’ils ont librement choisie et occupons-nous de nos problèmes. Il y en a suffisamment pour remplir des millions de journaux.




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  • adel133
    2 janvier 2010 at 0 h 16 min - Reply

    les millions de musulmans(la majorité) qui vivent dans les pays occidentaux n’ont jamais senti autant sinon plus de persécution que dans leurs pays d’origine.
    les suisses et les autres occidentaux sont chez eux.c’est à nous de nous intégrer dans ces sociétés de droit,de liberté et de laicité et d’en être les citoyens modèles.
    ce n’est pas l’abondance d’une pilosité moche,d’une burka qui enterre la femme et d’appels à combattre les impis et les infidèles lancés par des fanatiques ignorants que nous puissions rendre plus sympathique l’islam.
    ceux qui sont tentés par ce genre de combat médieval
    feront mieux de rester chez eux ou la burka et la barbe sont obligatoires.
    la suisse n’a pas obligé les chefs musulmans à détourner les biens de leurs peuples et à déposer 1800 milliards de dollars américains dans ses banques.
    la lutte de notre libération se passe chez nous dans nos pays et nulle part ailleurs.




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  • salim
    8 janvier 2010 at 16 h 13 min - Reply

    ce que vous dites n’est pas sage, cela relève de la soumission




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