Édition du
26 July 2017

LA PROTESTATION DES TRAVAILLEURS DE LA SNVI PREND DE L’AMPLEUR


Face à la détresse, la répression

Le Soir d’Algérie, 7 janvier 2010

La protestation déclenchée par les travailleurs de la SNVI de Rouiba, à l’est d’Alger, s’élargit, prend de l’ampleur et se radicalise. Rejoints par les travailleurs d’entreprises publiques de la zone industrielle de la même localité, des milliers de travailleurs ont marché de la zone industrielle vers la ville de Rouiba. Faute d’interlocuteur pour un dialogue avec ces travailleurs qui dénoncent la misère, le pouvoir brandit la menace.
Ce sont les mêmes revendications exprimées dès le premier jour d’une grève observée, depuis le dimanche 3 janvier à ce jour, par la quasi-totalité des 5 500 travailleurs de la SNVI de Rouiba qui ont été réitérées, à savoir le maintien du droit du départ à la retraite en l’état et la revalorisation réelle des salaires en vue d’atténuer la chute vertigineuse du pouvoir d’achat des travailleurs. Dès que les travailleurs ont été déposés par les bus du transport du personnel au niveau du complexe et le temps d’enfiler leurs tenues de travail, le cortège s’est mis en branle. Direction, la ville de Rouiba, distante d’environ deux kilomètres. Vers 9 h, l’arrivée de la tête du cortège à l’entrée de la ville de Rouiba est accueillie par un impressionnant dispositif de sécurité. Des centaines de policiers anti-émeutes casqués, armés de boucliers et gourdins en main barraient le chemin aux marcheurs en tenue de travail. Dès le premier contact entre le cortège et les policiers, quelques échauffourées ont éclaté. «Ce sont les services de sécurité qui ont envoyé des voyous pour nous provoquer», nous ont dit plusieurs marcheurs. Trois d’entre eux ont été légèrement blessés. Comme les marcheurs n’avaient manifesté aucune velléité de violence, tout est rapidement rentré dans l’ordre. Le climat s’est détendu entre policiers et marcheurs. «Ce sont nos enfants. Nous n’utiliserons pas la violence contre eux», dira un marcheur d’un certain âge. Par la suite, les protestataires improvisent des chants et des slogans «Djeich, chaâb, maâk ya l’SNVI !», «Ulach smah ulach !», puis avec un air solennel, ils chantèrent Kassamen suivi de Min djibalina. A 13 h, la foule s’est dispersée dans le calme. Les travailleurs ont regagné leur usine.
«Sidi Saïd nous a égorgés»
La foule ne décolère par contre le patron de l’UGTA. L’un de ses représentants, le chargé de l’information, envoyé, d’après les manifestants, afin de lui faire un compte rendu des événements, a été prié de quitter le cortège. «Nous exigeons la venue de Sidi Saïd pour nous dire sur quelle base il a accepté les exigences du gouvernement concernant la révision des droits de départ à la retraite», dit un manifestant, rapidement repris par la foule qui se montre encore plus dure avec le chef de la Centrale. «Qu’il vienne constater sa compromission avec le pouvoir. Lui est bien grassouillet et laisse les travailleurs crever au labeur !» Approbation générale et bruyante. La colère monte. Un manifestant crie : «Nous n’avons pas besoin de lui ! Sidhoum Saïd nous a trahis !» Un autre hurle en direction de la foule : «Pire, il nous a égorgés !» Face à cette colère contre la direction de l’UGTA, accusée de tous les maux, les responsables locaux de ce syndicat tentent de sauver les meubles. Les premiers jours de la grève, ils ont déployé des efforts pour la briser. Mais le mouvement de protestation les a complètement largués. Ils sont revenus pour accompagner cette protestation. Ils étaient présents aux côtés des marcheurs. L’un d’eux, Zetoutou, déplore le manque de dialogue avec la base qui a débouché sur cette révolte. Selon lui, les travailleurs avaient averti qui de droit qu’ils rejetteraient le changement du dispositif sur le départ à la retraite. «Sidi Saïd ne sait pas dans quelles conditions travaillent les ouvriers. Celui qui lui a remis les données n’a jamais travaillé ni sali ses mains au labeur !», renchérit un manifestant.
Le mouvement de protestation prend de l’ampleur
Selon les informations que nous a transmis le responsable de l’Union locale de Rouiba, M. Messaoudi, les travailleurs de plusieurs unités, notamment celles du secteur public de la zone industrielle de Rouiba, ont rejoint ce mouvement de protestation. Il nous cite Anabib, MobSclaire, Cammo, Baticim, Hydro Aménagement, Enad Magi. Par ailleurs, nous avons rencontré des travailleurs des tanneries algériennes Tarmeg qui brandissaient une banderole. Selon le responsable de l’UL, un barrage de la Gendarmerie nationale dressé au milieu de la zone industrielle empêchait, dans la matinée, d’autres marcheurs de rejoindre le cortège. Au plan national, Messaoudi affirme que toutes les unités de la SNVI, notamment celles implantées à Sidi Moussa, Tizi-Ouzou, Tiaret, Oran, Annaba, adhèrent au mouvement. En tout état de cause, les travailleurs sont décidés à aller jusqu’au bout de leurs revendications. «Nous y reviendrons !», disent-ils à l’unisson.
Abachi L.



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  • El Houari
    7 janvier 2010 at 20 h 25 min - Reply

    Comment prévenir contre ces contestations nuisibles a l’économie et qui sont héritées d’un système français et qui ne répondent plus aux exigences d’une économie en phase d’une mondialisation?

    La réponse est le dialogue et une communication transparente et dans l’intérêt des différentes parties.

    Aujourd’hui l’UGTA étant acquise et complice du pouvoir en place, a perdu toute crédibilité de représentation des travailleurs surtout par son adhésion à une politique anti-travailleur

    La revendication d’un salaire en adéquation avec le niveau de vie actuel est légitime et devra aller vers une politique de salaire de performance pour promouvoir la production et la qualité du produit Algérien.

    A quoi correspondrais aujourd’hui le salaire basé sur le SMIG de 15 000 DA, pour une famille Algérienne de 5 personnes?

    Ce salaire permettre juste de payer le transport, un sandwich le midi, et un pain sec le soir.
    Par contre la dernière augmentation de 3 ooo DA, a permis aux patrons de négocier l’effacement de leurs dettes.

    Pourquoi pas celles de tous les Algériens pour une meilleure équité?

    De nombreux ministres n’hésitent pas à comparer l’Algérie a la France pour quand il s’agit de montrer qu’il fait bien vivre en Algérie. Certes, mais il faut aussi mettre à niveau les salaires 1300 euros environ soit 130 000 DA pour le salaire minimum.
    Sans oublier dès l’annonce de l’augmentation du SMIG tous les produits ont fait l’objet d’augmentations.

    Qui doit assurer le contrôle des prix et leur impact sur le pouvoir d’achat du citoyen?

    Aujourd’hui pour enrayer et solutionner définitivement ce fléau des grèves liés au pouvoir d’achat et donc des salaires, il faut soit :
    – Procéder à la réhabilitation de la monnaie nationale et revoir complètement la politique des salaires pour une adéquation à l’international surtout dans le domaine de la compétitivité.
    – Soit procéder a une augmentation conséquente du SMIG en adéquation avec le niveau de vie en Algérie ce qui nous amène a un SMIG au environ de 120 000 DA.

    Mais un débat de cette importance doit se faire avec la participation de tous les Algériens conscience de la portée de cet aspect de la vie quotidienne de tout un chacun.

    De nombreux économistes se sont félicités d’augmentation de 3 000 DA, arguant même que c’était leurs précisions. Qu’on est-il aujourd’hui de l’avis de ces «madame soleil ».

    Doit-on attendre une deuxième 88 pour admettre que l’Algérien de 2010 a une vie médiocre et inutile?

    La France coloniale a créé deux collèges les harkis et les bachaghas. L’Algérie indépendante a créé deux mafias celle de l’import et celle du pillage des ressources.

    Le réveil du peuple risque d’emporter et le pouvoir et les suppléants du pouvoir.




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