Édition du
30 March 2017

La fiction de l'autocontrôle


par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 17 janvier 2010
L’Etat et ses services «veillent» ? Si tel est le message que l’on cherche à faire passer à travers les révélations médiatiques sur les affaires de corruption, on peut douter de sa capacité à réduire une suspicion généralisée sur les pratiques en cours autour de l’octroi des marchés publics. Que cette corruption présumée atteigne des projets aussi visibles qu’une autoroute Est-Ouest, que l’on pouvait penser «sécurisée» en raison de son volume et de son label de «chantier du siècle», n’est pas de nature à rassurer.

Quand la direction de la grande entreprise nationale «nourricière» tombe totalement – et sans présumer de l’innocence des personnes concernées -, c’est bien l’image du pays en entier qui est écornée. De quoi relativiser l’idée que «l’Etat veille» en révélant ces turpitudes. Ces veilleurs interviennent après que les dégâts furent commis au préjudice de l’économie du pays et de son image. Bien entendu, il serait malvenu de leur reprocher de le faire, c’est leur rôle d’enquêter et de transmettre à la justice pour apprécier la pertinence des poursuites.

Le vrai problème est que l’on est censé depuis très longtemps avoir pris la mesure des problèmes posés par la corruption et que l’on s’est donné les moyens techniques de la combattre et de… la prévenir. Il faut bien admettre que ces techniques et instruments n’ont pas servi à grand-chose. Comme à chaque fois que l’argent est relativement disponible, une atmosphère de curée s’installe : chacun, suivant ses capacités et ses entregents, cherche à «frapper son coup».

Pourquoi les batteries de lois et de mesures prises officiellement pour empêcher la corruption ne sont-elles pas dissuasives ? La réponse est que l’Etat algérien et ses représentants continuent à croire que l’administration de la chose économique – ou de l’argent, pour être précis – peut s’autocontrôler à travers les vieux mécanismes hiérarchiques. On persiste à le faire alors que depuis des décennies, on sait qu’il n’existe pas d’autocontrôle sérieux permettant une prévention de la corruption. Et que dans cette manière de faire, ceux qui sont aux commandes sont tentés de jouer à un loto où la possibilité de se faire attraper est beaucoup plus réduite et celle de s’en tirer à très bon compte très forte.

Aucun système n’est à l’abri de la corruption, bien sûr, mais il faut bien admettre qu’elle est plus réduite dans les pays où les contre-pouvoirs existent et où l’obligation de rendre des comptes de l’usage des ressources est établie et institutionnalisée.

« Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ». La célèbre sentence de Lord Acton rappelle qu’il faut plus qu’une loi ou une morale pour combattre la corruption. Si les démocraties ne sont pas épargnées par la corruption, elles disposent de meilleurs atouts pour la combattre. C’est qu’au fond, elles se fondent sur une vision pessimiste de l’humain et obligent de ce fait ceux qui détiennent des pouvoirs à rendre constamment des comptes de l’usage qu’ils en font. Les affaires de corruption et les coûts faramineux qu’elles engendrent pour la collectivité nationale nous rappellent constamment que la démocratie – non spécifique – n’est pas un luxe.




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3 Commentaires sur cet article

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  • Mohand
    19 janvier 2010 at 17 h 34 min - Reply

    J’ai lu dans un Journal d’Algérie un article voulant accréditer l’idée que le PDG de Sonatrach aurait été mis en examen à cause notamment de contrats d’assistance technique passés avec ERNEST YOUNG. Cette information montre combien on ne fait aucune analyse des faits et on lance des informations avec légèreté. Je veux dire ce que je sais en quelque sorte sur ce sujet.

    Le Groupe SONATRACH, dispose de contrats d’assistance technique et financière avec des Algériens également et pas des moindres.
    Il s’agit de BENMANSOUR, KECHELAL ALI, BADSI MONCEF et GUERZA AHMED, notons au passage que BADSI est le fameux expert qui brule les archives… c’est le Fameux qui s’est occupé moyennant 500.000 DA par mois de la liquidation de KHALIFA et qui d’ailleurs continue de liquider Khalifa encore Qui donc va lui intimer l’ordre de dissoudre le Groupe? Personne, alors il continue à percevoir chaque mois une fortune sans se soucier de respecter sa mission, qui en principe est régie par le code de commerce qui lui fixe des limites et des obligations.
    Disons que ces experts comptables examinent annuellement les comptes du Groupe moyennant des facturations énormes.
    Pour revenir à ERNEST YOUNG, le bureau d’études, Anglais à l’origine, mais c’est la filiale Française et la filiale Tunisienne qui sont depuis plus de 20 ans intervenus en Algérie, à l’occasion de contrats avec les plus grandes sociétés algériennes telles que la CNEP, la Banque d’Algérie, le CMA sans oublier la BADR pour laquelle E.Y a effectué un audit.

    ERNEST YOUNG, a crée une filiale en Algérie en début d’année dernière (février 2009). En pratique ce bureau d’études ouvre son capital à ses cadres et à des nationaux dans chaque pays où elle s’implante. C’est le cas de la Tunisie, où c’est un Tunisien qui est le patron de la filiale. En Algérie c’est un Français, autour duquel gravitent plusieurs Algériens.

    En écrivant cela nous voulons montrer que ERNEST et YOUNG est présent en Algérie et a eu plusieurs marchés de gré à gré, mais aussi des marchés après appel d’offres avec les plus grandes institutions financières algériennes.

    Nos 4 experts comptables ci dessus mentionnés tètent la grasse vache “SONATRACH” depuis longtemps et ils veulent sans doute continuer à téter c’est tellement bon et juteux qu’ils ne veulent pas lâcher les mamelles.

    En effet en 2004, nos 4 experts comptables écrivaient dans un document officiel ce qui suit :

    “Le Bilan de l’exercice 2003 SONATRACH ne consolide pas les comptes de ses filiales, y compris celles pour lesquels un contrôle exclusif est exercé. Cependant une situation des titres est annexée au document. La Sonatrach a lancé un PROJET d’implantation d’un système de consolidation des comptes groupe en collaboration avec le cabinet International ERNEST Young”. Habile manière de dégager leur responsabilité de réviseurs d’entreprises.

    En termes clairs, nos 4 experts, dégagent leurs responsabilités par cette formule laconique. Elle implique que les Participations de SONATRACH dans la multitude de sociétés ne fait pas l’objet de consolidation et de vérification et ce compris les sociétés dont elle est propriétaire exclusive.

    En d’autres termes les finances de SONATRACH ont continué à être gérés de façon parcellaire et non consolidé, et nos grands experts incapables de faire une consolidation du Groupe , ont touché des honoraires royaux jusqu’à maintenant.

    La réorganisation de la trésorerie du groupe serait l’une des raisons de l’intérêt subit pour Sonatrach , ce n’est que tout récemment qu’un contrat a été signé pour cette réorganisation qui implique un diagnostic strict des circuits particuliers de cette organisation des finances de Sonatrach pour laquelle Transparence International l’a épinglé fin 2009 en la mettant dans la liste des 30 sociétés du monde dont la gestion est opaque. Ce qui veut dire en termes crus, on ne connait pas tous les produits et toutes les dépenses (où va tout l’argent).

    Partant de ce constat, nous pouvons émettre deux hypothèses, l’analyse, l’organisation, et la remise en ordre de la trésorerie de SONATRACH, éveille des inquiétudes. La transparence n’est pas le for de nos experts et de certains de nos dirigeants, il ne faut donc pas qu’ERNEST YOUNG puisse s’ingérer dans ce dossier spécial. Nos experts comptables pourraient également avoir vu dans cette prise en charge par ERNEST YOUNG du dossier, un risque pour eux de perdre leur part du gain.

    Donc d’un coté on bloque cette opération qui pourrait donner de la lisibilité dans la gestion de la trésorerie. En même temps on montre au plan international et à transparence International que les pouvoirs publics ont pris les mesures pour répondre à leurs inquiétudes et leurs remarques, et on laisse la situation en l’état dans l’intérêt tous les bénéficiaires de cette opacité dénoncée par Transparence Internationale.

    Et lorsque l’on sait qu’ERNEST YOUNG fait intervenir du personnel qualifié algérien, il y a péril en la demeure, et pour préserver la poule aux œufs, on peut en effet sacrifier une équipe, encore que le sacrifice ne soit pas encore consacré. Ils vont procéder à la manière de BRC … on liquide. Ici on va résilier les marchés qui gênent et le tour est joué.
    Nous souhaitons cependant nous tromper, et nous espérons qu’il s’agit bel et bien d’une politique d’assainissement qui commence par les gros dossiers et qui se poursuivra par tous les cas qui font dire aux businessmen que l’Algérie est pourrie d’argent que malheureusement se dispute les voyous qui osent.




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  • boreal
    19 janvier 2010 at 17 h 43 min - Reply

    Qui doit rendre des comptes et à qui ?

    Pour rendre des comptes, encore faut-il qu’il y ait un Etat qui joue son rôle et des institutions qui fonctionnent correctement.
    En Algérie, on ne peut pas parler d’Etat. Il faut parler de bandes organisées qui ont investi toutes les sphères du pouvoir. Leur seule et unique motivation, c’est la prédation et la rapine. C’est une razzia généralisée.
    Tapis dans l’ombre, ces bêtes immondes attendaient patiemment leur proie pour la déchiqueter à pleine dents. L’Algérie est devenue leur proie, nous sommes cette proie.

    La solution, s’il en existe une, c’est que le peuple cesse de se taire et d’accepter les sévisses de cette hydre monstrueuse qui entraine notre pays dans cette descente aux enfers, une mise en abîme programmée.
    Qu’on cesse de se taire et qu’on se soulève. Faisons grève, désobéissons, descendons dans la rue, montrons leur que nous sommes encore debout et que nous n’avons pas perdu notre dignité !




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  • BANGO
    13 octobre 2010 at 6 h 08 min - Reply

    L’importance de l’autocontrôle dans la protection du consommateur a été soulignée à Oran dans le cadre d’une campagne de sensibilisation menée par les services de la Direction du commerce
    Les opérateurs économiques sont tenus de procéder à l’autocontrôle, à savoir de « s’assurer de la conformité de la qualité de leurs produits avant leur mise sur le marché




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