Édition du
30 March 2017

Morituri

Par : Mustapha Hammouche

L’auto-humiliation que l’Algérie a entrepris de s’infliger depuis une dizaine d’années ne semble pas connaître de limite. Aucune insurrection, si légitime et si forte soit-elle, n’aurait pu espérer autant d’un État.

Compter les années de maquis dans le calcul de sa retraite, voilà ce dont aucun insurgé, et encore moins un terroriste, n’aurait jamais rêvé. Cela l’État algérien l’a rendu possible. C’est à son Assemblée que le gouvernement a réservé la primeur de cette nouvelle réalisation dans la voie de “la réconciliation”. Son ministre du Travail et des Affaires sociales en a fait l’annonce officielle et solennelle. Bravo ! Voilà le travail, Monsieur Louh !
Le fait que deux colonels de l’ANP furent assassinés la veille et qu’ils n’étaient pas encore enterrés n’a pas fait hésiter le porteur de la bonne nouvelle. On ne fait pas attendre les “frères”. “Ave, César, ceux qui vont mourir te saluent !” Ceux qui sont déjà morts aussi.
Le ministre a même forcé sur le détail : la retraite des terroristes est “garantie” et le rachat des cotisations se fera “sur le budget de l’État”. Comme cela, nous ne pourrons pas faire la fine bouche sur la différence de contribution.
Les terroristes disposent tous d’une attestation de faits d’armes ; il restera peut-être aux administrations de Louh, de Ould Abbès et de Ksentini – et autres institutions prioritairement dédiées à satisfaire au confort moral et matériel des anciens terroristes – à évaluer les années de services, à distinguer entre les engagés de la première heure des éventuels imposteurs du… 2 mars.
D’ici que des terroristes se présentent avec leurs deux témoins pour se faire établir “l’attestation”, que leurs “émirs” exigent d’être, en bons cadres, affiliés au Fonds spécial et de profiter d’une retraite de cadres à cent pour cent et indexée sur le mouvement des salaires de hautes fonctions…
Depuis le référendum, les privilèges des terroristes ne se sont pas arrêtés à l’impunité : il ne se passe pas une saison sans que de nouvelles mesures ne viennent allonger la liste longue de leurs acquis. Dans un pays où les jeunes qui n’ont pas la vocation criminelle se rabattent sur le suicide de la “harga”, on développe tant d’imagination pour courtiser les terroristes en rupture, souvent provisoire, de ban. Et dans ce même pays, où l’on ne s’émeut point que l’État se soucie des plans de carrière des terroristes, on s’effarouche de ce que certains aéroports étrangers nous promettent une fouille poussée. Demandons-nous ce qui des deux est plus humiliant : de voir notre Trésor public cotiser pour la retraite de ceux qui ont tué nos Patriotes et violé nos femmes ou de nous voir électroniquement défroqués dans une aérogare étrangère ?
Pendant que l’État planche sur la sécurité sociale des terroristes, le football, feuille de vigne de la misère nationale, s’emploie à entretenir le patriotisme ébahi de gradins et de canapé. Aussitôt ses dirigeants, aveuglés par leur rôle bien rétribué de charmeurs de serpents, commencent, à l’image de Saâdane, à décerner les certificats de nationalité en fonction de ce qu’on le louange ou le blâme. Lui aussi.
Les grands renoncements ont besoin de ce panurgisme ambiant qui fait qu’un but victorieux puisse largement couvrir le fracas de deux balles assassines terrassant deux colonels.

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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6 Commentaires sur cet article

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  • تائب مزيف
    17 janvier 2010 at 21 h 17 min - Reply

    Pourquoi nous jalouser à ce point, monsieur le journaliste du quotidien qui baigne dans l’huile frelatée? Nous avons accompli notre mission dans les djebels. Nous méritons bien une bonne retraite après avoir risqué notre vie au milieu des barbus. Nos chefs ont bien récompensé les faux moudjahidines de la Révolution !! Pourquoi pas nous, faux islamistes?
    Afhem yal Fahem !




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  • Ammisaid
    17 janvier 2010 at 22 h 01 min - Reply

    Assalam, azul, bonsoir
    Heureux seront ceux qui ont continué le djihad. Pour vingt ans voire plus de « terrorisme pédagogique » la durée de cotisation sera plus grande et donc, la retraite aussi. Est-ce un appel pour aller renforcer les rangs ? Aux vrais militaires (les innocents) le cercueil et les deuils gratuits pour leurs familles et aux faux islamistes la retraite et les honneurs. Rien n’échappe aux faux révolutionnaires, aux faux nationalistes, aux faux moudjahidines, aux faux généraux, aux faux cadres, aux faux élus, aux sénateurs, aux faux islamistes, aux faux juges, aux faux…
    Fraternellement à toutes et à tous




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  • Larbi
    17 janvier 2010 at 22 h 23 min - Reply

    Fahamni Ya Sidi, moi j’ ai rien compris, les mots clés sont comme suit: Deux colonels, l’ un est le chef de région et l’ autre et le chef du DRS dans cette même région. Un autre commandant a été gravement blesse, lui est de la gendarmerie. Qui a fait cela, des gens, cinq étaient leurs nombres, communément appelées terroristes. Ses terroristes se sont entasse’ armes est bagages dans une voiture Clio. Est-ce une quatre portes ou deux ? Les services de sécurités’ ont assassines trois des cinq, deux autres se sont sauve’ (comment ?), se sont cache’ dans un hangar plein de poule, après il s’ en est suivit un accrochages ou l’ un des fugitives a joue’ le mort puis s’ est fais explosé’ a l’approche des colonels et a ainsi pu décapiter tous les chefs militaires et sécuritaire de la région ! Vous prenez les algérien pour des imbéciles ou quoi ? Est-ce que ca a affaire avec des enquêtes de corruptions tel sonatrach ou quelqu’ un d’autre ou autres choses plus grave dans l’ axe Bejaia-Bordj !




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  • Rédaction
    18 janvier 2010 at 1 h 23 min - Reply

    « Ave Cesar, morituri te salutant » C’est ainsi que les gladiateurs, du milieu de l’arène où ils vont s’entretuer, ou mourir sous la dent et les griffes des fauves, saluaient l’empereur de Rome.
    C’est ainsi que nous interprétons le titre de cette chronique, même si son auteur la voulait différente.
    C’est le salut, voire l’œillade, que faisaient les « terroristes islamistes » aux empereurs de l’Algérie, ceux qui les avaient envoyés dans l’arène. A la différence qu’au lieu de se battre entre eux, ils se faisaient les griffes, ou plutôt les lames, sur la gorge des innocents civils qui avaient osé voter pour le FIS, et qui devront être amenés à le haïr.
    Et, comme cela avait été convenu, du moins avec les émirs qui agissaient en connaissance de cause, il vient donc d’être décidé de leur compter ces années de maquis, en annuités de travail. Mais ce n’est pas tout à fait fini, puisque les Emirs ruent dans les brancards et jurent qu’on leur avait promis de leur appliquer les mêmes privilèges que les anciens moudjahidines de la Révolution,faux moudjahidines y compris, c’est à dire deux annuités pour chaque année de maquis.
    En tous les cas, il faudra reconnaître à ce régime le culot phénoménal qui est le sien, et tout ce mépris qu’il a du peuple algérien, qu’il a saigné comme un mouton de l’aïd.
    Attendons aussi les réactions de tous les éradicators, et leur presse, tellement enclins à crier sus aux ennemis de l’Algérie, lorsque les réconciliateurs évoquaient le millième de ce qui se fait aujourd’hui.
    DB




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  • still
    19 janvier 2010 at 23 h 29 min - Reply

    @ تائب مزيف
    Ces « indemnités pour services rendus » sont la preuve d’une collusion innommable que le peuple a payée et paie encore de sa chair et de son sang.

    مزيف تائب




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  • BOUKEZOUHA abdelouahab
    21 janvier 2010 at 17 h 04 min - Reply

    Salam,

    Il faut toujours faire l’âne pour avoir du son. M. Hamouche n’ignore pourtant pas que la majorité de ceux qui ont pris, à leur corps défendant, le « maquis » avaient un métier, une profession, un travail avant d’être arrêtés, emprisonnés ou déportés, dans des conditions inhumaines, rappelant les camps de concentration hitlériens, au fin fond du Sahara. L’écrasante majorité d’entre eux étaient menacés de mort pour leurs prises de position politique.

    La logique aurait voulu que vous dénonciez publiquement, dans votre journal, la charte bouteflikienne qui organise « la réconciliation nationale » qui absout le crime du pouvoir mais punit des innocents en bafouant leur droit à la citoyenneté. De deux choses l’une ou l’on amnistie tout le monde, cette décision politique appartient constitutionnellement au pouvoir législatif, pas au « Président de la République » ou la justice, à la condition évidemment qu’elle soit totalement indépendante, ouvre des enquêtes sur tous les crimes et donner la possibilité aux familles des victimes de déposer des plaintes auprès d’une commission nationale ou internationale chargée de les instruire. Je penche, personnellement, pour la seconde hypothèse parce que notre peuple a besoin de vérité, il a besoin de savoir qui a tué qui ? Mais M. Hamouche et ses amis éradicateurs brocardent tous ceux qui veulent faire la lumière, toute la lumière sur les assassinats, les massacres, la torture etc…




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  • Congrès du Changement Démocratique