Édition du
27 July 2017

Ramdane zoughdani, une autre victime des multinationales du Sud

Je m’appelle Ramdane zoughdani, ingénieur en génie mécanique, j’ai été recruté par weatherford en octobre 2001.
Au début, je croyais réaliser mon rêve, qui consistait a évoluer dans un univers international et aussi mettre en pratique ce que j’ai appris pendant ma scolarité.
Malheureusement, j’ai trouvé des travailleurs rongés par l’ennui, ignorés voire méprisés.
C’est alors que débuta la 1ere grève, le cauchemar en fait.
La revendication principale est d’ordre salariale puis vint le respect de la personne algérienne.
Depuis, des grèves se succèdent a la cadence des années qui passaient, jusqu’au 2006 ou une grève atypique a eu lieu, atypique de par son caractère illégal et sa mobilisation totale. Tout le monde voulait en découdre avec ces gens sans âme ni respect.
Nous avons alors arraché la permanisation du personnel algérien quelques augmentations mais surtout la possibilité de nous structurer en syndicat.
Connaissant la mentalité de nos responsables, nous avons tout de suite commencé a nous organiser, c’est ainsi que naquit notre section syndicale avec beaucoup de tracasseries bureaucratiques, et une perte de temps énorme.

Nous avons élaboré une plate forme de revendications en vu d’une convention collective. Parmi nos revendications figure en 1ere place le statut du travailleur algérien.

En effet, il est aberrant qu’un algérien, ingénieur de son état perçoit tout juste 1/5 du salaire d’un étranger sans diplôme ni qualifications.
D’ailleurs la plupart de ces étrangers ne font rien car ne sachant rien faire.
La totalité du travail de weatherford est fait par les algériens dans des conditions difficiles, sous payes et méprisés a la fin. Quant a la promotion, les algériens haut placés le doivent aux services rendus sur la dos des travailleurs, leur situation est comparable a celle des harkis de la guerre d’algerie. Ici, je les accuse d’avoir tourné le dos aux travailleurs après avoir accumulé des privilèges énormes sur nos dos.

Je ne parle des permis de travail attribués par qui de droit à ces étrangers qui viennent apprendre chez nous et travailler chez nous durant 10 ans pour certains ….
Nous avons décidé de remédier a cette situation des plus rocambolesques par des méthodes légales. La solution indiquée est l’organisation des employés autour de leur syndicat.
La mobilisation a atteint son comble, ce qui a pousse la direction à organiser des cycles de réunions. Nous avons dignement représenté les algériens malgré les propositions individuelles qui nous ont été faites. En fait c’était des véritables appels a la mangeoire.
De réunion en réunion, l’inspection de travail temporise pour délivrer de PV, comme pour amortir notre détermination.
De hassi messaoud a ouargla et après plusieurs démarches, un PV de non conciliation nous a été délivré.
Entre de temps, un nouveau directeur (égyptien) est nommé en remplacement du 1er (américain, non forgé dans les coups bas).

D’emblée, des menaces pleuvaient sur nous avec des messages codés. Ces menaces, a peine voilés, sont prononcées même devant l’inspecteur de travail sans que celui-ci ne daigne le rappeler à l’ordre. Nous arrivons aux derniers préparatifs d’une grève, qui ont duré presque 2 ans. Les algériens ont manifesté une totale adhésion avec un courage
exemplaire.
La direction panique, et met en œuvre un scénario contre moi. A 23h, on me convoque pour une entrevue avec le directeur, chose banale pour moi puisqu’on était habitués à ce genre de convocations. Finalement, c’était un conseil de discipline pour me liquider.
Motif : échange sms avec une collègue. En d’autres temps, je croirai a une plaisanterie de mauvais goût mais là, on m’accuse aussi d’avoir provoqué une dispute en état
d’ébriété. Dieu m’en garde. J’ai compris que je n’échapperai pas a la sentence décidée a
l’avance et le verdict fut : licenciement.
C’était blessant pour moi, mais aussi pour mes collègues. Les travailleurs algériens scandalisés par cette décision, ont réagi tout de suite par un arrêt de travail.
Au 2eme jour, le mouvement se gonfle, des algériens ont abandonné des chantiers ; choses qui n’est jamais arrivée auparavant. Le mouvement se développe, les menaces et intimidations aussi. On assiste alors a des comportements bizarres générés par la peur et les menaces.
Au bout de 5 jours, le mouvement s’essouffle, et je quitte weatherford ; c’était le 8 nov2008. Quelques jours après, d’autres licenciements ont eu lieu pour refus de travail et abandon de poste. Aussi paradoxal que cela puisse paraître : le 1er algérien a avoir
abandonné son poste et passé le mot n’a pas été licencié !! une entité affiliée a l’administration et d’habitude insensible a nos problèmes a soutenu notre mouvement. Ces 2 paramètres nous ont amenés a penser qu’on a eté manipulé depuis le début.
Effectivement, beaucoup d’intérêts ont été bousculés. Une lutte de leadership s’est installée a notre insu et pour bien la mener, il fallait provoqué une situation de pourrissement. Les licenciements étaient prévisibles, car le directeur voulait liquider d’abord les délégués.
Ici, je lui dis chapeau, car il a réussi a provoquer, licencier tous les délégués et opérer une compression du personnel sans bourse délier. Je lui dit bravo eu égard au verdict prononcé a mon encontre par la justice de mon pays.
En effet, après toutes les démarches nécessaires a l’inspection de travail, j’ai été en justice pour réclamer mes droits. La lenteur de celle-ci a provoqué des doutes en moi. En effet, comment se fait il que des gens venus après moi, des mois après moi ont eu gain de cause a savoir réintégration au mois de juin. Pour moi, il fallait attendre fin novembre 2009 pour avoir droit a un verdict.(ci-joint copie).
La colère et l’amertume me gagnèrent a la lecture dédit jugement. Etre condamné par weatherford est une chose, d’ailleurs, je m’y attendais le jour ou nous avons crée le syndicat. Les cas de Baker et de Zaid yacine étaient connus de nous, donc les risques aussi. Mais être condamné par la justice algérienne, a cela je ne m’attendais pas sincèrement.

En effet, mon licenciement a été reconnu abusif par le juge. Weatherford doit m’indemniser pour son refus de me réintégrer, pour le licenciement abusif et pour les dégâts occasionnés …avec une somme de 190.000DA !!!!Cela représente quoi monsieur le juge ? Cela représente presque la moitié du salaire mensuel de cet expat sans diplôme ni qualification, sachant juste lire et écrire. cela représente moins de 2 mensualités que je touche moi-même. Voila ce que cela représente monsieur le juge.
Les responsables de weatherford continuent impunément a imposer des mesures draconiennes pour les algériens : suppression du double bonus, des heures supplémentaires et réduction de la prime de zone. Cela fait mal de voir tous nos efforts et nos acquis réduits a néant, sans que personne ne bouge. La peur !!! C’est une arme
absolue, sans parade pour ceux qui savent la pratiquer.
En ce qui me concerne, je ne baisse pas les bras, j’irai la ou il le faut, c’est-à-dire partout pour réclamer mes droits

Ramdane zoughdani

Ex délégué du personnel de weatherford

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Merci, cher frère, de nous avoir adressé votre témoignage. Nous invitons toutes nos sœurs et tous nos frères victimes de l’arbitraire de certaines multinationales de nous adresser leurs témoignages.

La Rédaction


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UN COMMENTAIRE

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  • Le coureur solidaire
    19 janvier 2010 at 22 h 01 min - Reply

    Multinationales et droits de l’homme
    Noir bilan, déjà une longue histoire.

    Les DESC : un nouveau front
    Anne Darwish, Altermondes, n°2, 2005/06, p. 36-37
    La Déclaration universelle des Droits de l’Homme, adoptée en 1948, proclame l’indivisibilité des droits. Pourtant, si les droits civils et politiques ont fait l’objet en 1966 d’un pacte international et du protocole juridique nécessaire à son application, les droits économiques, sociaux et culturels (droit à l’alimentation, à la santé, à l’éducation, au travail…) n’ont fait l’objet d’aucun protocole. A l’initiative du CRID (Centre de Recherche et d’Information pour le Développement), une campagne de promotion du protocole des DESC vient d’être lancée. Elle regroupe des associations de solidarité internationale et de défense des Droits de l’Homme, des syndicats, des juristes. Grâce à des actions qui conjuguent dénonciation et justiciabilité, des procédures civiles ou pénales pourraient être lancées à l’encontre d’entreprises responsables d’infractions dans les pays du Sud.
    http://www.altermondes.org/spip.php?article122
    ———————-
    CONSEILS DE LECTURES :
    1 / « Les multinationales et la nouvelle colonisation de l’Afrique ».

    Par François-Xavier Verschave ; Alternatives non-violentes n°116, 2003/03, p. 20-25
    Les multinationales, leurs investissements, leurs soutiens à des gouvernements pour obtenir des possibilités d’exploitations des richesses naturelles plus  » facilement  » génèrent une nouvelle forme de colonialisme qui rime avec mondialisation, dépendance économique, corruption. Les relations d’Etat à Etat n’en sortent pas indemnes. Cet article nous montre comment les multinationales et le pouvoir étatique sont les deux acteurs d’une nouvelle colonisation qui a débuté juste après l’indépendance des pays africains.

    2 /Sociétés transnationales et droits humains. Etude de cas et responsabilités

    Cetim/AAJ, Cetim, 176 p., 2000.
    Cette brochure donne des exemples divers et concrets de violations des droits de l’homme par les sociétés transnationales, que ce soit des violations des droits économiques, sociaux et culturels ou plus largement du droit au développement. L’étude présentée ici se situe principalement dans le cadre des  » pays en développement « , mais pas uniquement, car il est évident que ces violations sont très présentes dans les pays du Nord. Elles sont néanmoins plus systématiques dans les pays du Sud où les STN et les autorités étatiques ont une plus grande facilité encore à faire bon marché des droits humains fondamentaux.
    Cette brochure regroupe des textes en français, anglais et espagnol.

    3 /Petites mains du Sud pour firme du Nord

    Jean-Christophe Servant, Le Monde Diplomatique, n°622, 2006/01, p. 18
    Fait partie d’un dossier de deux articles « La multinationale du XXIe siècle ». Notes.
    Peu sourcilleuse sur les conditions de travail dans les entreprises auprès desquelles elle se fournit, Wall-Mart (multinationale américaine, devenue la plus grosse entreprise de distribution du monde), sous-traite une grande partie de ses produits en Afrique, en Amérique latine et désormais en Chine, où les salaires sont encore plus bas.

    Source : http://www.ritimo.org/dossiers_thematiques/droits_humains/droits_multinaltionales/dhmulti_intro.html




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  • Congrès du Changement Démocratique