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25 March 2017

L’Islam politique ? Une notion à géométrie variable


Publié le 17-01-2010

In Europalestine

L’Islam politique, stigmatisé tant qu’il reflète des opinions critiques des grandes puissances, devient un mode d’expression parfaitement acceptable par l’Occident quand il satisfait ses intérêts. L’intellectuel musulman Tariq Ramadan en a fait la démonstration, dimanche, à Nanterre (Hauts-de-Seine, région parisienne), où il est intervenu devant plus d’un millier d’auditeurs, dans le cadre d’une journée consacrée à la Palestine, organisée par l’association locale Entraide.

Ramadan n’a pas eu à chercher bien loin.

Il a pris l’exemple de la récente « fatwa » (édit, dans la religion musulmane), prononcée par le recteur de la grande université Al-Azhar, au Caire.

Le cheikh en question, un fonctionnaire nommé par le pouvoir égyptien qui lui dicte tous ses faits et gestes, avait reçu l’ordre, de délivrer une opinion dite religieuse (puisque telle est en théorie la fonction officielle de cette personne) sur le mur d’asphyxie du peuple palestinien que l’Egypte construit actuellement le long de sa frontière avec la bande de Gaza.

Il s’agit d’une barrière destinée à parachever l’étranglement de la bande de Gaza mis en œuvre par l’Etat israélien (sur les flancs est, nord, et maritime du minuscule territoire où s’entassent 1,5 million d’hommes, de femmes et d’enfants). Sans surprise, le cheikh, servile obligé de la dictature, a décrété que la barrière génocidaire était « halal », et il a donné sa bénédiction à la poursuite des travaux, au risque de miner le minimum de crédibilité qu’il pouvait encore avoir aux yeux des peuples égyptien, arabes et musulmans.

« A l’évidence, on a eu là une intervention du religieux dans une affaire politique, la question de Palestine et celle de Gaza en particulier. Pour autant, nos bonnes âmes, qui poussent des hurlements dès qu’un musulman ose proclamer, en tant que musulman, sa solidarité avec le martyr du peuple palestinien, sont curieusement restées muettes après la fatwa du recteur d’Al-Azhar. Vous avez vu des commentaires, chez nos champions auto-proclamés de la ‘laïcité’ sur une telle intrusion du religieux dans le politique ? Aucun. En fait, il en va de ‘l’islam politique’ comme d’autres notions malmenées, telle la ‘démocratie’. C’est quand cela les arrange, un point c’est tout », a constaté Tariq Ramadan, vivement applaudi à la fin de son discours.

CAPJPO-EuroPalestine


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30 Commentaires sur cet article

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  • BRAHIM
    18 janvier 2010 at 21 h 54 min - Reply

    D’où l’urgence d’interdire constitutionnellement (dans la prochaine constitution en cas d’une « constituante ») l’utilisation de la religion à des fins politiques (moi je veux même aller plus loin en interdisant même le régionalisme à des fins politiques). Mais je suis convaincu qu’une bonne partie des citoyens et des partis politiques « influents » (FLN, MSP notamment etc… ), vont mettre les bouchées doubles pour maintenir le système algérien dans les mécanismes politiques de nos « frères » du moyen orient. En plus avec le niveau politique dominant et « la crainte de Dieu », je pense que le pays arabo-musulman qui aura le courage révolutionnaire de montrer la voie avec une constitution qui séparerait le politique du religieux n’est pas prévu avant au moins deux siècle et je suis optimiste. Je m’excuse, je reviens sur ce sujet à l’occasion de cet article, mais je n’arrive toujours pas à comprendre comment une constitution de ce type va dé-islamisé notre pays. Moi en tout les cas je suis sûr d’une chose, si jamais ce régime est renversé mais que ceux qui prendront le pouvoir ne change pas la constitution dans ce sens, il ne faut pas s’étonner que le pays ne connaîtra pas de stabilité politique. Je sais qu’une Algérie république islamique va enchanter une bonne partie des algériens mais si c’est le cas je préfère que Ali Belhadj et Abassi Madani reviennent car eux savent très bien faire fonctionner une république de ce type. Dans une république islamique algérienne le seul habilité à gouverner le pays sera le FIS car il en est précurseur dans ce domaine et il a donc la primauté sur tout les autres. Il n’est pas question pour moi d’accepter quelqu’un d’autre à leur place. Si rien ne change constitutionnellement, il est tout à fait normal que ce soit le FIS qui gouverne. C’est la logique,….. pour moi évidemment. Mais ce qui a de sûr aussi, je ferais partie des nouveaux harrags définitifs mais pour d’autre raison. Je sais que je ne serais pas une perte pour mon pays mais je suis ainsi fait. Moi je me bas actuellement pour une Algérie démocratique, nouvelle, moderne, tourner vers l’avenir tout en protégeant et en préservant son identité et sa culture (amazighité, arabité, islamité, je synthétiserais cela pas un mot l’algérianité) mais si c’est pour vivre dans une république des molahs, des monarches, des autocrates ou des charlatans de l’islam politique , non merci.




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  • المضادة للمنافقين
    19 janvier 2010 at 1 h 32 min - Reply

    « Lorsque vous voyez un savant fréquenter les princes, prenez garde à lui, car c’est un voleur. » Saïd Ibn al-Moussayyib.
    Coran 28 : 5-6 et 40 : 25

    En Algérie, l’Association des Ouléma musulmans a dénoncé la construction du mur. Dans un communiqué publié le 12 décembre, par le journal algérien Sawt al-Ahrar, l’Association des Ouléma a condamné la tragédie et les souffrances imposées injustement aux habitants de la Bande de Gaza, en mettant en garde contre la sauvagerie sans précédent de l’occupation israélienne.

    L’association fondée par le cheikh Abdelhamid Ben Badis a affirmé que le « mur d’acier égyptien vient actuellement de renforcer la tragédie et la souffrance des habitants Gazaouis ». L’association des Ouléma a appelé l’université d’al-Azhar à assumer ses responsabilités en exhortant les ouléma égyptiens à prendre les initiatives permettant de lever le blocus discriminatoire et illégal.

    En réponse à ces différentes prises de positions, la Faculté d’Etudes islamiques de l’Université d’al-Azhar a émis une fatwa légitimant la construction du mur d’acier. Le communiqué officiel publié par la faculté, après l’approbation de 25 membres lors de la réunion qui s’est tenue jeudi dernier sous la présidence de Mohammed Sayyed Tantaoui, recteur d’al-Azhar, précise que « chaque Etat a le droit d’ériger sur son territoire des édifices assurant sa sécurité, ses frontières et ses droits ». Le communiqué ajoute qu’« il est du droit de l’Egypte de mettre des barrières qui préviennent les préjudices causés par les tunnels de Rafah utilisés pour la contrebande et le passage de la drogue qui sont une menace pour la stabilité et les intérêts de l’Égypte ». Enfin, al-Azhar a affirmé que ceux qui s’opposaient à la construction du mur violaient la loi islamique.

    Evidement cette fatwa criminelle n’est qu’une décision de circonstance visant à légitimer la politique collaborationniste d’Hosni Moubarak. Mohammed Tantaoui et al-Azhar ne sont plus que des pantins que le pouvoir égyptien servile agite pour justifier ses errements. Tel Haman [1], le prêtre de Pharaon, Mohammed Tantaoui et al-Azhar ne font que légitimer théologiquement la politique du nouveau petit Pharaon d’Egypte, Hosni Moubrak. Mais en obéissant fidèlement aux ordres de son commanditaire, Mohammed Tantaoui a, une nouvelle fois, sali l’institution multiséculaire d’al-Azhar. Que reste-t-il de ce haut lieu de la culture islamique, si les décisions qui y sont prises ne servent qu’à légitimer la politique d’un gouvernement soumis aux intérêts de l’impérialisme et du sionisme ?

    Youssef Girard
    http://www.mejliss.com/showthread.




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  • batni
    19 janvier 2010 at 4 h 47 min - Reply

    Ce sacré Tarik Ramadan un vrai prestidigitateur, en quelques phrases bien senties, il vous hypnotise et peut vous faire prendre des vessies pour des lanternes. Il a le culot dans le cas qui nous interesse, d’essayer de retourner a son avantage et a celui de sa paroisse,la situation désespérée et perdue d’avance de son clone d’El azhar, en s’attaquant aux personnes qui demandent la séparation de la religion de la politique , il faut le faire!!!!.
    Je comprends qu’il puisse attirer beaucoup de naifs et d’incrédules et être vivement applaudi.




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  • Adel
    19 janvier 2010 at 10 h 49 min - Reply

    Ce qui me semble inadmissible dans cette affaire, c’est que Moubarak sollicite le support d’El-Azhar et non celui du peuple égyptien. Voila encore une preuve que tous les manipulateurs de la religion méprisent le peuple et que ce dernier ne compte pour eux que lorsqu’il leur sert de force de frappe pour conquérir le pouvoir. Une fois arrivés au sommet, ils demandent à ce peuple de marcher droit et d’exécuter LEURS fatwas, sous peine de tomber sous le coup de la loi pour crime d’apostasie. La cacophonie qui règne entre les oulémas d’El-Azhar et ceux d’Algérie nous renseigne sur le crédit qu’il faut accorder à toute institution religieuse qui se met au service du pouvoir. Les oulémas ne peuvent garder cette crédibilité que s’ils restent en dehors du pouvoir et qu’ils constituent un contre-pouvoir tout autant que les médias indépendants, les intellectuels, etc. Ils doivent être du côté du peuple, non du côté du pouvoir, car le pouvoir, par nature, est toujours tenté de devenir oppresseur, alors que les simples individus sont toujours désarmés face à ce pouvoir. Regrouper le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel et les mettre entre les mains d’une seule personne (ou un groupe de personnes tels les Ayatollahs en Iran) revient à priver le peuple de tout moyen de recours contre le pouvoir, car lorsque ce dernier prend une décision même injuste, elle doit être exécutée par tous les citoyens et celui qui ne l’exécute pas se rebelle contre l’autorité religieuse, ce qui est un crime très grave en islam. Dans une démocratie, c’est le peuple qui fait la loi par l’intermédiaire de ses représentants ÉLUS et RÉVOCABLES. On nous dit que dans l’Etat islamique, ce sont les oulémas (NON ÉLUS, rappelons-le) qui la font en se basant sur le Coran. Si les oulémas et le pouvoir ne font qu’un, comment le peuple peut-il faire entendre sa voix ? Le cas de la fetwa du mur en Egypte montre que les chouyoukh peuvent se tromper (le peuple ne peut pas les révoquer). C’est la preuve que l’Etat islamique non démocratique peut devenir un instrument qui sert le pouvoir contre la volonté populaire – un État oppresseur. Si, de plus, les oulémas décident de ce que les médias et les intellectuels sont autorisés à dire sans porter atteinte à l’islam, on voit bien qu’aucun contre-pouvoir n’existe dans un État islamique non démocratique où les oulémas seraient associés au pouvoir.




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  • fess
    19 janvier 2010 at 12 h 17 min - Reply

    @Brahim et Batni
    Reflechissez avant de dire quelque chose,je lis souvent vos commentaires,ma remarque est qu’ils sont toujours hors sujet.
    On ne vous demande pas de changer de pays(je dirais meme de changer le pays )mais changer seulement vos mentalites.
    Cela n’est qu’un conseil car cela vous permettra de mieux voir la vie qui est autour de vous.
    Et sans rancune.




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  • BRAHIM
    19 janvier 2010 at 14 h 03 min - Reply

    @fess, t’inquiète, je ne demande pas de changer le pays. Moi j’exprime mon souhait de voir une Algérie libre et démocratique telle que je le souhaite. Je sais que je ne représente pas la majorité, mais l’Algérie est mon pays, j’ai le droit d’exprimer, grâce à Internet, mes sentiments et ma conception de voir la politique. Je n’aurais jamais l’occasion de le faire à la télévision ou a la radio parce qu’il n’y pas de vie démocratique. Heureusement, qu’il y a INTERNET. Je sais que je suis marginal dans ma façon de voir les choses, mais je le dis hautement car je ne fais de mal à personne, je n’ai pas encore pris le maquis, je n’ai pas de Kalachnikov ni de roquettes et je ne possède ni télévision, ni journal, ni radio. Mais j’entends déjà dire au loin « la parole est pire que la roquette » !!!!. Amen !!!!. Je t’apprends que je n’ai pas les capacités de changer quoi que ce soit à l’Algérie, ni au régime actuel, ni Amar bouzouar. Moi je suis libre, je suis algérien et je m’exprime en fonction de ma conception de la démocratie et de la liberté. Si je suis hors sujet, le PEUPLE algérien aura corrigé de lui-même mes idioties. Chacun voit la vie autour de lui à sa façon. N’est-ce pas ??? Je ne veux pas mourir en mouton de l’aïd ou en mouton de panurge et je n’impose rien à personne. Je ne m’adresse pas à toi évidemment. Amicalement. (NB : je ne suis pas le seul à évoquer des sujets en décalage avec l’article, je suis sûr que tu l’a constaté toi-même puisque tu es un lecteur attentif de notre LQA). Sans rancune.




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  • thirga
    19 janvier 2010 at 21 h 11 min - Reply

    Tarik surf allègrement entre son maitre Nietzsche et son grand père Hassan El banna. Le halal de la fetwa sur le mur d’asphyxie du peuple palestinien par l’Egypte ne fait que conforter les sionistes dans leurs œuvres. Les Egyptiens et leur pharaon Moubarak se fondent et se confondent avec leurs pyramides. Ils avaient pourtant fait le choix entre l’egyptianité et l’arabité en 1952 selon Youcef Chahine de passage à Alger dans les années 70. Il faut croire que l’arabité fut un échec pour eux. D’ici là, on attend la venue de Ramadan…




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  • Zineb Azouz
    19 janvier 2010 at 21 h 24 min - Reply

    Ce n’est pas le problème de la séparation du religieux de la vie politique qui peuvent nous protéger de telles déclarations, c’est le problème de l’indépendance des uns et des autres et de la libre pensée de tous les acteurs de la société.
    Qu’il s’agisse d’un imam ou d’un expert de l’OMS, on a bien vu que les conflits d’intérêt sont en réalité les seules « variables » significatives dans le comportement, les déclarations, les glissements et agissements des uns et des autres.
    Il y a plus de quatorze siècles, des juristes musulmans se posaient la question de savoir, si oui ou non, et dans le seul but de garantir l’indépendance de la justice, le « Cadi » pouvait être fonctionnaire et percevoir un salaire(qui est pourtant son du), en sachant que le seul chantage « alimentaire » de la part d’un « hakim » ou d’un prince despote pourrait l’influencer.
    Cessons de nous regarder dans le nombril, et essayons de dépasser un peu nos haines, nos frustrations et nos libertés confisquées par un pouvoir qui n’a eu de cesse de nous sortir, quand bon lui semble, l’ogre islamique.
    La preuve est donnée que ceux qui veulent asservir la planète ne s’encombrent d’aucun scrupule, ils ont pour cela une panoplie de déguisements et d’idéologies et peuvent vous justifier ce qui se passe à Gaza, le plus grand camp de concentration du monde, via des sionistes, des des démocrates, des arabes, des berbéristes et même des imams.
    Cordialement,
    ZA




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  • simozrag
    19 janvier 2010 at 22 h 39 min - Reply

    @Adel
    Ces États qui utilisent les fatwas des « Ulémas » pour justifier leurs exactions n’ont rien d’islamique. De telles fatwas constituent une offense tant à la religion qu’aux principes de la démocratie. En réalité, la religion ne saurait se dresser contre la volonté d’un peuple musulman et celle-ci ne pourrait s’opposer frontalement à la religion. Il s’agit en l’occurrence d’un cas typique d’instrumentalisation de la religion par le pouvoir politique.




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  • Ammisaid
    20 janvier 2010 at 7 h 03 min - Reply

    Assalam, azul, bonjour
    L’islam n’est, nullement, responsable de ceux qui l’utilisent pour assoier et renforcer leur pouvoir illégitime, despotique et les privilèges qui leur rapportent. Et, c’est exactement la même chose pour le christianisme, le judaïsme et toutes les idéologies passées et à venir. Tout ce que dieu a crée est à ta la disposition de l’humain (des humains en général). L’humain peut s’en servir à sa guise: soit pour faire du mal, soit pour faire du bien. La planète est sous surveillance totale de moullaha, rien ne lu échappe et rie, ne lui est caché. Croit ou ne croit pas peu importe! Tue ou ne tue pas peut importe ! Eléve-toi ou creuse la terre pour t’enterrer, peu importe ! Fait des fatwa pour ou contre tel ou tel sujet, peu importe!
    Tout le monde sait pourquoi les palestiniens creusent des tunnels pour passer de l’autre côté. Tout le monde sait que les palestiniens vivent dans la misère noire et la souffrance morale terrible. Tout le monde sait que la situation de ghaza et de la palestine en général est catastrophique. Tout le monde sait qu’ils ont le droit et qu’ils n’ont pas d’autres choix que de survivre. Les résolutions de l’Onu, les fetwas d’el azhar, les résolutions de de l’union des arabes, des multiples sommets, des multiples dons, des milliers de conférences…n’amènent et n’ont rien amené qui peut soulager la population de ghaza et surtout qui peut permettre à la Palestine de vivre librement sur son territoire. Son territoire qui rétrécit au fil du temps et qui se transforme petit à petit en prison et qui subit des invasions punitives terribles et barbares (sous le regard heureux et jouissif du monde arabe, des musulmans, des occidentaux…presque du monde entier)à la moindre petite réaction du peuple Palestinien. C’est l’histoire du lion qui se plaint d’être griffé, malmené, agressé et attaqué par un tendre lapin.
    Les victoires injustes ne sont jamais éternelles.
    Un jour ou l’autre la vérité triomphera du mensonge et de l’hypocrisie.
    Tarik il est ce qu’il est mais il n’a jamais vendu sa conscience à toutes celles et à tous ceux qui cherchent à l’acheter. Il est l’un des intellectuels arabes qui résistent vaillamment à tous les clichés que les grands experts de mensonges et de l’intelligence au service du mal essayent de lui coller à la peau. Il est un guerrier des joutes oratoires.
    Fraternellement à toutes et à tous




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  • Adel
    20 janvier 2010 at 8 h 19 min - Reply

    @Zineb Azzouz

    Dans tout système de gouvernement, il y a des institutions et il y a des individus qui font fonctionner ces institutions.

    Lorsque les institutions sont bonnes, il faut des individus compétents, honnêtes et courageux pour que l’objectif fixé (justice sociale, respect des droits de la personne, etc.) soit atteint.

    Lorsque les institutions sont mauvaises, même s’il y a en leur sein des individus compétents, honnêtes et courageux, ils sont broyés par le système et aucun objectif ne peut être atteint.

    Dans les démocraties occidentales, le système permet aux individus compétents, courageux et honnêtes de dénoncer les atteintes aux droits et libertés et de condamner ceux qui s’en rendent coupables, même s’ils se trouvent aux plus hauts postes. C’est toujours un combat qui doit être mené, mais les chances de le gagner sont grandes.

    Dans le cas de l’Egypte, il y a deux anomalies. La première est que Moubarak demande le support d’El-Azhar, la seconde est que les chouyoukh d’El-Azhar lui donnent ce support. Aucune voix discordante ne s’est élevée dans cette assemblée pour dénoncer cette collusion. Voila le fonctionnement d’une dictature dans toute sa splendeur. Il en va exactement de même dans notre pays en ce qui concerne la Justice. Le pouvoir peut demander la tête de n’importe qui et l’obtenir dans la minute qui suit.

    Dans une Egypte démocratique, les chouyoukh d’El-Azhar n’auraient pas soutenu aveuglément et unanimement le pouvoir et dans une Algérie démocratique aucun juge ne condamnerait un citoyen algérien sur injonction du pouvoir et s’il le faisait des voix s’élèveraient, dans la corporation, pour condamner une pareille dérive.

    C’est l’exercice de la démocratie qui permet de former progressivement des citoyens conscients de leurs droits et devoirs qui, lorsqu’ils sont amenés à occuper des postes de décision, ne se laissent pas manipuler facilement. La présence de gens honnêtes, compétents et courageux à tous les niveaux permet en retour de protéger le simple citoyen contre les dérives et les abus de ceux qui détiennent le pouvoir. Il y a et il y aura toujours des individus sans scrupules et des psychopathes qui, une fois en possession d’un pouvoir de décision, seront tentés d’écraser tous ceux qui se mettent en travers de leur chemin, mais l’histoire nous prouve qu’une véritable démocratie peut lutter efficacement contre ces individus.

    Il y a dans les pays occidentaux, les forces de l’argent qui ne sont mues que par le désir de réaliser le maximum de profit. Le socialisme avait supprimé ces forces mais n’avait pas été en mesure de les remplacer par d’autres mécanismes qui permettent de répondre de manière efficace aux besoins des populations. Il avait aussi supprimé les libertés qui, dans les démocraties occidentales, permettent aux citoyens de s’opposer à ces forces. En supprimant les forces de l’argent et les libertés, le socialisme avait bloqué la société. La domination exercée par l’argent fut remplacée par la domination exercée par ceux qui détiennent le pouvoir de décision, mais cette fois le citoyen n’avait aucun moyen d’exercer un recours contre eux. Aujourd’hui, les forces de l’argent sont plus puissantes que jamais et le seul recours contre elles reste la démocratie.




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  • Adel
    20 janvier 2010 at 9 h 09 min - Reply

    @simozrag

    Bonjour,

    « En réalité, la religion ne saurait se dresser contre la volonté d’un peuple musulman et celle-ci ne pourrait s’opposer frontalement à la religion. »

    Tout à fait d’accord avec vous. L’islam fait partie des fondements de la personnalité du musulman – ceci une évidence – et les fondements de la personnalité participent à l’expression de la volonté.

    Si nous acceptons le fait que la fetwa d’El-Azhar est contraire à l’intérêt des musulmans, alors comment devons-nous trancher la question ? Les chouyoukh d’El-Azhar se sont-ils TOUS trompés ? Il y aurait donc plusieurs réponses possibles des `oulémas à une même question. Comment cette pluralité d’avis peut-elle s’exprimer ? Qui est crédible et qui ne l’est pas ? Pourquoi aucun chaykh d’El-Azhar n’a exprimé son désaccord ? Pourquoi El-Azhar n’est plus une institution indépendante du pouvoir ? Comment fonctionne cette institution et quels sont ses rapports avec le pouvoir tel que consacrés par la Constitution égyptienne ? A partir de quel moment cette institution est devenue un instrument entre les mains du pouvoir oppresseur ? Quelle doit être la relation qui doit exister entre une institution comme El-Azhar et les différentes institutions de l’Etat, afin d’éviter de pareilles dérives? Pourriez-vous, je vous prie nous éclairer sur ces questions.

    Merci




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  • simozrag…
    20 janvier 2010 at 12 h 47 min - Reply

    Bonjour,

    Al-Azhar est censé être indépendant du pouvoir, mais en fait, elle (il)ne l’est pas. Depuis l’époque de Mohammed Ali en 1812 « Méhémet Ali » vice-roi d’Égypte, les autorités interviennent dans la désignation du recteur, ex-imam, de cette institution.

    Je pense que la plupart des chouyouks de cette institution sont induits en erreur. Le problème leur est soumis avec des fausses données ou un exposé de motifs fallacieux, par exemple : les tunnels ne servent qu’à alimenter les trafics de toutes sortes : armes, drogue, spéculation, et que l’Etat entend mettre fin à ces trafics, etc.

    De toutes façons, il ne doit pas y avoir de consensus sur ce point. Et quoi qu’il en soit, la fatwa n’est jamais obligatoire, surtout quand elle est contraire « à l’intérêt des musulmans ». La question doit être tranchée par la justice si elle est indépendante. Sinon par l’avis de la majorité d’une assemblée ou d’un conseil ad hoc ou par un référendum populaire.

    Ce qui compte en Islam, faut-il rappeler, c’est la décision du peuple, de la majorité. C’est pour cela que les appels du Coran s’adressent au peuple, aux communautés et non aux gouvernants.




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  • Adel
    20 janvier 2010 at 14 h 09 min - Reply

    @simozrag

    Merci pour ces précisions.

    Il reste qu’El-Azhar est une institution prestigieuse et écoutée dans le monde musulman. Elle a formé beaucoup de `oulémas respectés. Comment peut-elle céder aussi facilement aux désirs et volontés d’un pouvoir despotique? C’est toute sa crédibilité qui en pâtit. Si nous, simples observateurs, profanes en la matière, arrivons à comprendre que cette fetwa est contraire à l’intérêt des musulmans, comment des chouyoukh autrement plus instruits n’y arrivent pas?
    D’autre part, est-ce que cette question nécessitait une fetwa? Est-elle d’ordre religieux? Dans un pays normal, ce sont les députés qui, en approuvant le programme du gouvernement, auraient tranché.




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  • simozrag…
    20 janvier 2010 at 15 h 31 min - Reply

    Cette question n’a pas besoin de fatwa. Il va de soi qu’un peuple voisin, frère, opprimé doit être aidé. Il suffit de l’un de ces trois qualificatifs pour que l’érection de ce mur soit interdite. On ne doit pas demander ni attendre une fatwa pour soigner un malade ni pour aider ou secourir un pauvre, affamé. Cette fatwa n’est rien d’autre que la poudre aux yeux, pour mettre sur le dos de l’islam une aberration, une infamie, un crime dont il est totalement innocent. C’est même une manière, dirais-je, de ternir l’image de l’Islam.
    Il est très probable que les Etats-Unis ou Israël seraient à l’origine de cette fatwa pour discréditer l’Islam.

    Il n’est même pas question de savoir si cet acte est halal ou haram. On peut même aller loin en décrétant une anti fatwa dans la mesure où le haram devient halal en cas de nécessité, comme c’est le cas pour ce mur. Si le mur était halal, il devient haram par nécessité. La règle dit : la nécessité fait loi. Liddarorati Ahkam. Etant donné que ce mur risque de mettre en danger une population d’un million et demi d’âmes, sans compter les animaux en les privant de ravitaillement et de nourriture.




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  • BRAHIM
    20 janvier 2010 at 15 h 46 min - Reply

    @simozrag, tu dis : « CE QUI COMPTE EN ISLAM, FAUT-IL RAPPELER, C’EST LA DECISION DU PEUPLE, DE LA MAJORITE. C’EST POUR CELA QUE LES APPELS DU CORAN S’ADRESSENT AU PEUPLE, AUX COMMUNAUTES ET NON AUX GOUVERNANTS. » . Donc, cher @simozrag , si un peuple est h’mar , avec tout le respect que je dois évidemment à tous les peuples de la planète et particulièrement le peuple algérien, ( je parle d’un peuple h’mar hypothétique juste pour étayer mon jugement), donc si un peuple est h’mar du fait par exemple que les gouvernements le laissent volontairement dans la misère culturelle et politique, je dois lui faire quand même confiance ???? !!!! . Si ce peuple accepte de se jeter à la mer, je ne devrais pas réagir et JE DEVRAIS accepter ce sort ?????. Cà ce qu’on appelle de l’anarchisme. Votre thèse s’apparente à ce qu’on appelle l’anarchie (pas de gouvernement, pas d’Etat etc…). Cher@simozrag, je suis d’accord avec vous pour dire que la religion c’est très important pour l’être humain, c’est une évidence, mais les LIVRES ( Coran, Torah, évangiles etc….) ne sont pas nécessairement l’UNIQUE REFERENCE ou L’UNIQUE SOURCE dans un Etat de droit. Vous qui êtes un intellectuel (çà se sent) ne doit pas l’ignorer. Beaucoup de personnes pensent malheureusement comme vous. D’ailleurs, souvent, j’entends autour de moi : « Wach bick, khoya, kayène koulèche fel Coran ». Sous entendu on n’a pas besoin de rien d’autre, tous nos problèmes peuvent être régler par le Coran. C’est un peu ce que je comprends à travers votre post et j’estime pour ma part que c’est un grave raccourci et. Mais, je suis peut-être encore hors sujet comme me le reproche certains internautes ………?????!!!!! Mais je dois quand même faire une petite remarque, moi qui suis agnostique mais qui a appris par cœur certains versets du Coran, il me semble quand je fréquentais la zaouia, que l’imam qui nous enseigner le Coran nous disait (je résume) : » Le Coran est important, mais il faut entendre les « ordres » de vos gouvernants ». Je pense que le message du Coran incluait cette prescription si je ne me trompe! Les personnes qui connaissent bien le Coran peuvent peut-être nous infirmer ou nous confirmer ce qui reste de mes souvenirs d’adolescent. Alors comment faire dans tout cela, comment se comporter ??? En mouton de panurge, en mouton de l’aïd, en éclaireur de la société, en despote éclairé, en donneur de leçon, en exégète du coran, en philosophe, en potentat, …. ??? Je n’ai pas de réponse. Je relate cela juste pour dire « il faut savoir raison gardée » et évidemment cela s’applique aussi à moi. De toute façon si quelqu’un dérape, les internautes sont évidemment là pour nous contredire. Ciao et à bientôt sur le net.




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  • simozrag
    20 janvier 2010 at 22 h 15 min - Reply

    Cher Brahim,
    J’entends dire que ceux qui exercent sans légitimité une tutelle sur les peuples ne doivent être ni écoutés ni suivis. A mon avis, il n’y a pas de peuple qui pourrait être qualifié de « h’mar » dans son ensemble. Mais même dans l’hypothèse où cela existe, personne ne vous demande de lui faire confiance. Au contraire, votre rôle en tant qu’intellectuel est de l’éveiller, le sensibiliser à la révolte, le motiver. Il n’est pas question de lui faire confiance mais de le délivrer si vous en êtes capable avec ou sans lui. Vous avez mal interprété mes propos. Loin de faire appel à l’anarchie, je voulais disculper l’Islam et inculper un gouvernement fantoche non représentatif de son peuple. Selon vous, un despote éclairé serait préférable à un peuple « h’mar » ?

    Concernant le Coran comme source de référence, je refuse de m’engager dans cette polémique. Néanmoins, je dois vous faire observer que toutes les caractéristiques et les vertus de l’Etat de droit n’occupent qu’une partie des nobles enseignements du Coran. Les Etats de droit ont donc beaucoup à apprendre de ce sublime message divin pour se perfectionner.




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  • BOUKEZOUHA abdelouahab
    22 janvier 2010 at 15 h 33 min - Reply

    Salam

    El Azhar n’est pas seulement un instrument entre les mains du gouvernement égyptien autocratique mais elle est aussi le pantin de gouvernement laïcs européens comme le gouvernement français qui a demandé à cette université islamique une fatwa sur le voile au moment où il en avait besoin.

    On n’exclut d’ailleurs pas de faire valider, en quelque sorte, la loi en préparation à l’Assemblée nationale française sur la burqa par cette institution qui perd, de plus en plus, son honneur et sa crédibilité.

    El Azhar ne constitue, à aucun titre, une autorité religieuse, en dépit du prestige qui l’entourait dans le monde musulman en tant qu’institut universitaire pour les sciences islamiques.

    Et comme l’a si bien dit Simozrag la fatwa n’engage que celui qui la prononce ; elle n’est en rien opposable aux musulmans.

    Il fut un temps où l’Etat colonial en Algérie nommait des muphtis (d’où le terme que l’on utilisait à leur égard pour les tourner en dérision de Festi (mensonge) de la République pour lui confectionner des avis religieux sur mesure à la commande.

    En vérité, je n’interviens pas sur la fatwa émise sur le mur de Gazza qui est en elle-même un scandale et une hérésie juridique mais sur ce qu’implique celle-ci dans sa forme et dans son fond.

    De mon point de vue, elle postule l’inachèvement du politique, comme disait Emmanuel Levinas. Elle démontre, une fois encore, que le politique ne peut se départir, dans de très nombreux domaines, du religieux pour légitimer ses décisions ou ses lois.




    0
  • BRAHIM
    23 janvier 2010 at 14 h 21 min - Reply

    @BOUKEZOUHA abdelouahab, vous répétez à profusion et sans arrête que l’islam est utiliser par le politique (un jour c’est Sarkozy, un jour c’est Bouteflika, un jour c’est Moubarak, un jour c’est Ali Belhadj etc…., ) mais vous ne voulez pas admettre que la religion doit être séparé du politique. C’est bizarre ??? !!! Encore une fois dans votre dernier post vous vous plaignez et vous nous dîtes :  » El Azhar n’est pas seulement un instrument entre les mains du gouvernement égyptien autocratique mais elle est aussi le pantin de gouvernement laïcs européens comme le gouvernement français qui a demandé à cette université islamique une fatwa sur le voile au moment où il en avait besoin ». Alors il faut savoir ce que vous voulez ????!!! Faut-il protéger l’islam des hommes politiques OUI ou NON !!!!???




    0
  • BOUKEZOUHA abelouahab
    24 janvier 2010 at 20 h 41 min - Reply

    Internaute Brahim, soit je me suis mal exprimé soit vous ne m’avez pas compris.
    Dans mon dernier post, j’ai dit deux choses (je vais essayer d’être clair) :

    1) Que les hommes, fusse le recteur d’El Azhar, peuvent être soumis et corrompus. Pour cette raison, ils se mettent au service du pouvoir. C’est le cas du haut personnel d’El Azhar. Il ne s’agissait pas, dans mon propos, de la religion qui n’admet pas d’ailleurs ce type de transgression (parce que s’en est une sur le mur de Gaza, ici l’obligation est la solidarité avec les victimes palestiniennes) et de contorsion morale et éthique.

    Et j’ai dit aussi qu’El Azhar ne constitue pas une autorité religieuse, d’autres pensent le contraire, c’est leur affaire.
    Pour moi, il n’y a aucune autorité en islam, le lien entre le créateur et la créature est direct. Pas besoin d’intermédiaire. Il n’y a pas en effet d’autorité qui puisse contraire, au sens wébérien, les musulmans d’appliquer telle ou telle autre fetwa.

    En revanche, l’église a les moyens de la contrainte : l’excommunication par exemple qu’aucun musulman ne peut prononcer à l’égard d’un autre.

    2) Que le politique est inachevée à tel point qu’il sollicite le religieux sur un certain nombre de questions comme par exemple la question de la manipulation génétique.
    Que séparation entre « la religion et la politique » est organique, elle concerne, en terre chrétienne, les églises et l’Etat. Tous les Etats occidentaux n’ont pas séparé, loin s’en faut. Par exemple, l’Angleterre, la mère de la démocratie moderne, ne connaît pas la séparation. L’anglicanisme est la religion offocielle de l’Etat qui a pour corpus juridique la commonlaw (la coutume).

    Je suis presque sûr internaute Brahim que vous êtes parmi ceux qui croient que l’Etat d’Israël est démocratique alors que la Thora est son fondement. C’est le seul pays au monde qui exhibe la Bible (ou un texte sacré) comme titre de propriété.

    Et depuis sa création par des « laïcs » comme Bengourion, les gouvernements de cet Etat ont toujours été formés avec des partis religieux qui souvent font la majorité avec le Likoud ou le parti travailliste.

    Il est curieux que même en Occident laïc on tolère ici les partis religieux au pouvoir alors qu’on dénonce les autres partis qui prennent comme référence des textes sacrés.

    Vérité en deçà, erreur au delà.

    ——————————————————————————–




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  • BRAHIM
    24 janvier 2010 at 23 h 26 min - Reply

    Ok! Alors crions ensemble : « Républiques religieuses de tous les pays unissons nous »




    0
  • BRAHIM
    24 janvier 2010 at 23 h 31 min - Reply

    Et pour finir, au nom de quoi et de qui vous annoncez que « El Azhar ne constitue pas une autorité religieuse ». C’est la première fois que j’entends cela de la bouche d’un musulman. Bizarre !




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  • jnsplu
    25 janvier 2010 at 12 h 07 min - Reply

    1-Les règles ne valent que par les hommes qui les appliquent.

    2-Toutes les règles qui existent dans une société peuvent être dévoyées de leur fonction et donner des effets inverses ou pervers.

    3-Toute idéologie ou religion est un ensemble de règles visant à modeler le comportement et l’action des Hommes dans le dessein d’améliorer leurs .

    4-Toutes les règles se valent lorsqu’elles sont bien appliquées qu’on prenne l’islam, la démocratie, le marxisme ou je ne sais quoi.

    5- L’application des règles doit tenir compte du contexte social sous peine de distorsion et c’est pourquoi greffer une idéologie sur le substrat Algérien n’a pu donner depuis l’indépendance que des fiascos.




    0
  • BOUKEZOUHA abdelouahab
    25 janvier 2010 at 14 h 54 min - Reply

    Salam,

    Internaute Brahim, votre cri est révolutionnaire. Lénine ressuscite. Plus sérieusement, El Azhar n’est pas le Vatican. C’est une université islamique au même titre que l’université catholique de Paris. Ce n’est même pas un Petit ou un Grand séminaire qui forme des prêtres. Parce que, en Islam, il n’y a pas de religieux. Cette fonction n’existe pas. Il n’y a donc pas de pouvoir religieux à séparer du pouvoir politique.

    C’est à mon nom propre, et c’est mon droit le plus absolu, de ne pas reconnaître El Azhar comme une autorité religieuse. Et je ne reconnais aucune autorité religieuse qui puisse me contraindre à croire en telle ou telle autre fetwa. El Azhar peut faire toutes les fetwas qu’elle veut que je m’en tape.

    Un seul exemple pour vous démontrer que El Azhar kif kif oualou : la fixation du début et de la fin du ramadan. Il est très fréquemment que les musulmans ne jeûnent pas le même jour et ne fêtent pas l’Aïd el fitr le même jour en dépit des décisions d’El Azhar qui n’est plus suivi en rien. Vous semblez sacralisé El Azhar qui ne l’est pas et ne l’a jamais été aux yeux de tous les musulmans qui respectaient les savants qui en sortaient. C’est tout.

    Il n’y a rien de bizarre à cela.




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  • Adel
    25 janvier 2010 at 15 h 22 min - Reply

    @BOUKEZOUHA abdelouahab et BRAHIM

    Bonjour,

    Je pense que ce sujet (relation entre le politique et le religieux) est très important et que nous devrions y consacrer un peu de temps.

    Jusqu’à la chute de l’empire ottoman, notre pays a plus ou moins dépendu du Sultan d’Istanbul. Ce Sultan détenait le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Personne ne pouvait excommunier un musulman, mais le Sultan pouvait avec la bénédiction des instances religieuses « orthodoxes » faire couper la tête de tout opposant musulman qui le gênait. Pour cela, il le faisait taxer d’hérétique. Il y a toujours eu en islam une « orthodoxie » soutenant le pouvoir et des courants « hérétiques » s’opposant à lui. Les kharijites et les révolutions qu’ils ont menées en Orient et au Maghreb en sont l’exemple le plus frappant. Aujourd’hui, dans les pays à majorité sunnite, les ibadites ne sont tolérés que s’ils ne font pas de prosélytisme en dehors de leur communauté. Les chiites de même. Donc la relation qui existe entre le pouvoir et les hommes de religion (et non pas la religion) dans les pays musulmans a toujours été ce qu’elle est aujourd’hui. Est un bon musulman pour le pouvoir despotique celui qui lui fait allégeance.

    Dans chaque pays musulman, il y a des institutions religieuses officielles orthodoxes dont le personnel sert l’Etat et il y a des courants qui s’opposent à ce dernier (considérés par lui comme des fondamentalistes, des intégristes, des terroristes, etc.) Il peut arriver que le personnel religieux du courant « orthodoxe » bascule en totalité ou en partie dans l’opposition (ce qui est arrivé en Iran). L’Etat et les instances religieuses détiennent tous deux un pouvoir : le premier est basé sur les forces de coercition, le second sur une forme de « capital symbolique » lié à la Tradition (de la même manière, en Occident, les médias, les gens fortunés, les technocrates, etc., détiennent aussi un pouvoir). Dans les temps passés, quand la démocratie n’existait pas dans les pays musulmans, cela ne posait aucun problème. Aujourd’hui que des partis se disputent le pouvoir, de quel côté se rangeront les institutions comme El Azhar ? Comment le peuple pourra-t-il suivre un parti ou un autre sans remettre en question ses convictions religieuses ? Prenons un exemple simple. Supposons qu’un parti décide de supprimer le système bancaire basé sur l’intérêt, parce que non conforme aux principes coraniques, et qu’un autre s’oppose à cette mesure (Il n’y a pas aujourd’hui consensus sur cette question). Que doit faire El Azhar ? Que doit faire le peuple ? N’est-ce pas là une source de fitna ? N’est-il pas plus prudent que les partis politiques s’abstiennent d’intervenir dans le champ religieux et qu’ils laissent des instances religieuses neutres, au-dessus des partis (type El-Azhar), étudier la question et trancher. Bien sûr, cela demande une vraie démocratie et une vraie indépendance des différentes instances.

    Il me semble qu’il est illusoire de croire que l’islam puisse fonctionner sans les oulémas et les fouqaha. Il n’y a certes pas dans l’islam sunnite une hiérarchie comme celle de l’Eglise catholique avec des curés, des évêques, des archevêques et un Pape, mais il y a des hommes de religion. Est-ce que l’homme de la rue est capable de trancher une question de droit sans des connaissances approfondies ? Qui peut décider si le prêt à intérêt est licite ou illicite ? Je connais des musulmans salafistes vivant aux Etats-Unis qui, sur la base d’une fetwa, ont acheté des maisons avec hypothèque bancaire sur laquelle la banque prend un intérêt. Il y a de plus en plus de questions que la Tradition (malékite en ce qui nous concerne) n’a pas étudiées et pour lesquelles il faut des lois. Qui fera ces lois ?




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  • BRAHIM
    25 janvier 2010 at 15 h 50 min - Reply

    Ok , çà marche. Je ne savais pas tout çà. Moi, je sais que j’ai plusieurs fois entendu que El Azhar était la plus haute autorité islamique en matière d’exégèse du coran et de droit islamique. Mais, j’admets que tu es beaucoup plus averti que moi en la matière.




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  • BOUKEZOUHA abdelouahab
    26 janvier 2010 at 9 h 34 min - Reply

    Salam,

    Adel, un débat sérieux sur cette question du politique et du religieux doit sortir de l’anecdotique et des idées reçues.

    Il faut une véritable réflexion qui part, nécessairement, des normes qui sont les nôtres pour traiter d’un tel sujet souvent parasité par la conception chrétienne du « Rendez à césar ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » Alors que César lui-même appartient à Dieu. Ce qui donc appartient à César appartient forcément à Dieu.

    Avant d’engager une discussion sur ce thème, je voudrais connaître d’abord ce que vous entendez par homme de religion ? Quel est son statut dans la « société » musulmane ? Qui le lui attribue ? En quoi se distingue-t-il des autres hommes ? Entre-t-il en sacerdoce comme le prêtre, par exemple ?

    D’autre part, quel contenu donnez-vous aux « instances religieuses » dont vous parlez ? Et quelles sont ces fameuses « institutions religieuses » (de type organique j’entends) que vous citez ?

    Et l’orthodoxie dont il s’agit, qui la définit ? Par rapport à quelle hétérodoxie religieuse ?

    Pourquoi les chiites et les kharidjites qui ont contesté un pouvoir politique, celui de Mouaouiya, seraient-ils moins orthodoxes que les sunnites ? Je ne parle pas des tendances schismatiques comme les azraqites par exemple dans le kharidjisme.

    A mon avis, la question qui vaille le coup d’être posé dans un débat comme celui-là est « comment l’autorité est organisée en islam ? », question qui induit, bien sûr, celle de la dévolution du pouvoir dans un Etat sociologiquement musulman.

    Il y a un travail épistémologique préalable à faire pour mener correctement ce débat si nous voulons qu’il soit utile.




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  • BRAHIM
    26 janvier 2010 at 14 h 36 min - Reply

    « Ce qui donc appartient à César appartient forcément à Dieu. » On est en plein dans la conclusion d’un syllogisme. On est dans la pure logique aristotélicienne. Comme quoi, avec toi au moins cher internaute @BOUKEZOUHA abdelouahab, on sait que la philosophie grecque a aussi son importance.




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  • Adel
    26 janvier 2010 at 14 h 46 min - Reply

    @BOUKEZOUHA abdelouahab

    Bonjour,

    Je voudrais d’abord rappeler que je ne suis ni anthropologue, ni sociologue, ni historien, ni spécialiste de l’islam.

    Concernant la définition des termes :

    – les institutions religieuses sont, en Algérie, d’abord celles de l’Etat, représenté par le Ministre des Affaires Religieuses et tous les personnels et services qui dépendent de lui. Toute mosquée dont la construction est terminée doit entrer sous l’autorité de ce ministère. Les Universités des Sciences Islamiques peuvent aussi être considérées comme faisant partie intégrante de ces institutions car formant le personnel spécialisé. Comment sont considérées les zaouïas, confréries maraboutiques, etc. ? J’avoue ne pas avoir beaucoup d’information à ce sujet.

    – les hommes de religion : dans le passé, il y avait des cadis, des muphtis, des imams, etc., tous plus ou moins formés à la doctrine et à la jurisprudence islamique, chacun dans son domaine. Ils représentaient l’Etat dans les domaines de la Justice et du culte. La prière du vendredi se faisait au nom du khalife – il fut une époque où il y en avait trois, abbaside, omeyyade et fatimide. Aujourd’hui, en Algérie, il y a un Ministère de la Justice et des juges qui n’ont rien à voir avec les cadis d’antan. Ils sont formés dans les facultés de droit, pas dans les facultés des sciences islamiques. Ces dernières forment ce que j’appellerai aujourd’hui les hommes de religion. C’est ce que fait aussi El-Azhar.

    – l’orthodoxie : De tous temps c’est le pouvoir qui a décidé de ce qu’était l’orthodoxie, avec le support de ses hommes de religion. De tous temps, il y a eu des hommes de religion qui se sont opposés au pouvoir. L’orthodoxie n’est donc pas quelque chose de fixe ; elle varie selon les lieux et les époques. Ce qui est orthodoxe en Iran ne l’est pas en Arabie Saoudite. Ce qui était orthodoxe au Caire sous les Fatimides ne l’est plus aujourd’hui. Je pense que les oulémas sunnites ont fini par privilégier le consensus autour du pouvoir et ont fortement découragé toute forme d’innovation ou d’interprétation des textes contraire à ce qui est perçu comme orthodoxie.

    Il me semble que la question que vous posez (comment l’autorité est organisée en islam ?) ne peut être abordée que sous l’aspect historique, car il y a eu plusieurs formes d’organisation. Qu’y a-t-il de commun entre le premier khalife (Abu Bakr) et le dernier Sultan ottoman ?

    Une autre question qui revient souvent dans les débats, c’est pourquoi dans les pays occidentaux de tradition chrétienne, le pouvoir n’est plus conquis ou contesté au nom de la religion, alors que dans le monde musulman la religion continue de servir aussi bien pour conserver le pouvoir que pour le conquérir ? Pourquoi, dans les pays de tradition chrétienne, les partis politiques n’éprouvent plus le besoin de faire référence à la religion ? Est-ce parce que tous les Européens et Américains sont devenus athées ?




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  • BOUKEZOUHA abdelouahab
    28 janvier 2010 at 9 h 47 min - Reply

    Salam,

    Adel, j’avoue que je suis un peu déçu. J’ai retenu que vous n’étiez ni anthropologue, ni sociologue ni historien de l’islam mais quand même vous avez pris le risque, méritoire cependant, de soulever des questions fondamentales dans la construction d’un projet de société sans penser, au préalable, à leur implication sur le plan théorique.

    Tout le monde peut avoir des positions politiques, même les plus tranchées, sans les fonder théoriquement, mais l’intellectuel, ce que vous êtes, a, avant tout, des convictions théoriques pour prendre un engagement politique.

    Et nous sommes, cher Adel, dans le domaine des idées qui exige de nous tous de la rigueur intellectuelle.

    Je suis déçu parce que je pensais que vous alliez parler de la question de l’autorité dans la pensée musulmane. Vous me parlez de pouvoir califal et d’autorité sultanienne sans autre forme de développement théorique et conceptuel.

    Il me semblait que le fondement de l’autorité en islam se situait autour de l’Ijmâ (le consensus dont on parle tout le temps en ce moment pour réaliser le rassemblement de l’opposition) que vous avez pourtant évoqué, en passant, sur la question de l’orthodoxie.

    Bref, il eut été utile pour nous tous d’engager une discussion sérieuse sur la conception de l’Ijmâ classique, de nous interroger sur la formation d’un Ijmâ moderne et de tenter de repenser, dans une modernité auto produite, la panoplie des vieux concepts de l’islam, selon le mot de Mohamed Abduh qui affirme avec d’autres savants qu’il « n’y a en aucune façon ce que certains appellent l’autorité religieuse. » (Moh Abduh, Al islam wan-Nasrâniyya…, le Caire 1931, p 63).

    Ni le calife ni le qadi ni le muftî ni le « sheikh al islam », fonctions instituées par le pouvoir politique, ne détiennent l’autorité.

    Moh Abduh ajoute (p. 67) « il n’est permis à aucun d’eux de prétendre à un droit de domination sur la foi, le culte ou les idées de l’individu. »

    Conclusion : s’il n’y a pas d’autorité religieuse en islam, il ne peut donc y avoir d’hommes de religion, l’imam lui-même ne relève pas de cette catégorie.

    Je me permettrai de ne pas relever ce que vous avez dit sur les « institutions religieuses » en Algérie qui pour moi sont une caricature.

    J’ai eu l’ambition de croire que le débat allait être placé à un certain niveau de la discussion et que nous allions aborder le sujet sous l’angle de la philosophie politique islamique, par exemple.

    Les approximations et les généralisations font des dégâts désastreux dans nos sociétés dont les valeurs fondamentales viennent de l’islam. Raison pour laquelle il est plus qu’utile de préciser le discours et de définir le sujet dont on parle.

    Il conviendrait d’ailleurs de lever la confusion qui découle du mot Religion lui-même que l’on traduit généralement par le mot arabe Dîn alors que celui-ci recouvre différentes acceptions dans le texte coranique selon le contexte de son emploi. Je vous incite à faire ce travail pour le plaisir.

    La religion, aujourd’hui, n’est plus seulement ce lien entre l’ici bas et l’au-delà ou la relation au divin. Certaines idéologies qui, comme le marxisme, ont décrété la mort de Dieu, représentent ce qu’il y a de plus absolu. Nietzsche et Marx mangeraient leurs chapeaux en voyant ce retour au religieux partout dans le monde.

    Nous revenons toujours à ce qui est notre référence, domination intellectuelle oblige : l’Occident qui a fait ceci ou n’a pas fait cela. Et nous devons, quant à nous, copier, adapter, faire ou nous abstenir de faire. Nous sommes dans la théorie de l’homme et du singe. Quelle différence y a-t-il entre l’un et l’autre ? L’homme produit des objets, le singe joue avec.

    Cela me rappelle d’ailleurs la légende sous une photo de Ferhat Abbas auquel un journal colonial avait consacré un article : « Voici, disait-elle, un indigène habillé comme un homme ». Le leader de l’UDMA était vêtu d’un costume européen et d’une cravate style IIIème République.

    Vos références, cher Adel, sont incomplètes concernant la conquête du pouvoir ou sa contestation selon des critères religieux : l’Irlande du Nord notamment fonctionne sur la base du critère religieux, voire de la discrimination religieuse. Vous connaissez, sans doute, l’histoire ancienne et récente de ce pays.

    Je vous l’apprends, peut-être : en tête de la Constitution de la Confédération helvétique figure depuis 1291, date de sa fondation, cette invocation de Dieu : « Au nom de Dieu Tout-Puissant. » Il n’ y a pas si longtemps, il a été proposé par la faculté de théologie de l’Université de Genève de changer cette invocation en : « Au nom de Dieu, source et limite de tout pouvoir, amen. »

    Ceci pour dire que le religieux est toujours présent et toujours prégnant dans les sociétés considérées comme laïcisées et sécularisées ; c’est le cas de la Suisse.

    D’autre part, dans bon nombre de pays européens sécularisés la référence à la religion est fréquente. Des partis politiques et des syndicats militent sur la base de l’éthique religieuse : des Démocrates-chrétiens et autres Chrétiens-sociaux gouvernent de grands pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et d’autres.

    En France, les partis centristes comme le Nouveau centre, par exemple, sont des Démocrates-chrétiens qui participent au gouvernement de Nicolas Sarkozy, la CFTC est un syndicat catholique (Confédération française des travailleurs catholiques) etc…

    Je suis sûr que vous connaissez la France, un pays qui affirme haut et fort sa laïcité. Pourtant, il n’y a pas dans l’Hexagone un seul village qui n’affiche pas à l’entrée les horaires des messes et qui ne fasse pas sonner les cloches de son église. Et pas seulement le dimanche… Les grandes métropoles comme Paris, Lyon et Marseille ne sont pas représentatives de cette France profonde de Giscard d’Estaing.

    Néanmoins, vous persistez à considérer que la réalité est formée d’un principe unique. C’est ce que l’on appelle le monisme, je crois.




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  • Congrès du Changement Démocratique