Édition du
30 March 2017

Un troisième journaliste, Fahem Boukadous, sous les verrous en Tunisie

Mobilisation internationale contre le régime de Ben Ali

Un autre journaliste tunisien, Fahem Boukadous, a été condamné, le 13 janvier, à quatre ans de prison ferme par le tribunal de Gafsa.

Selon Reporters Sans Frontières, cette sentence vient en représailles à la couverture que le journaliste avait effectuée des manifestations populaires qui avaient ébranlé la région minière de Gafsa, au début de l’année 2008. Il est ainsi le troisième journaliste à être incarcéré par le régime de Ben Ali, puisque Taoufik Ben Brik et Zouhair Makhlouf sont toujours en détention. L’état de santé du premier se dégrade même dangereusement, et ce, sans qu’une réaction officielle ne vienne mettre un terme à son calvaire. Afin de faire, un tant soit peu, pression sur l’Etat tunisien, l’Association des droits de la personne au Maghreb (ADPM) a adressé, vendredi dernier, une lettre au président Zine El Abidine Ben Ali, l’appelant à intervenir dans les plus brefs délais « pour corriger les excès des institutions en place et rendre à leurs victimes leur liberté ». Le document est paraphé par une trentaine de présidents d’organismes de défense des droits de l’homme, de diverses latitudes.

Dans sa missive, l’ADPM rappelle au président Ben Ali son discours de prestation de serment, durant lequel il avait exprimé son « attachement à consacrer la liberté d’opinion et d’expression en Tunisie », ainsi que son « intention d’améliorer la condition des journalistes ». Pourtant, et comme le déplore l’ADPM – ironiquement, serait-on tenté de commenter – « des institutions tunisiennes, notamment la police et le judiciaire, continuent impunément de vider de leur sens vos déclarations et vos intentions ». « Nous vous demandons instamment de veiller à ce que l’appareil gouvernemental traduise concrètement, sur le terrain, dans la rue et devant les tribunaux, votre volonté d’assurer la pleine liberté d’opinion et d’expression », et de garantir aux journalistes des conditions de travail sereines, ainsi qu’une protection contre « l’agression d’institutions hostiles et rétrogrades, qui ne supportent pas les opinions divergentes et les voix discordantes », interpelle l’ADPM. Institutions qui, d’ailleurs, étendent leurs intimidations au-delà des frontières tunisiennes, puisque même l’exil ne protège plus les opposants au régime de Ben Ali. Pour preuve, les menaces de mort répétées proférées à l’égard de Slim Bagga, ancien rédacteur en chef de l’Audace, défunt mensuel de l’opposition, établi actuellement en France. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui se dit « très préoccupé » par ces menaces, appelle les autorités françaises à enquêter de façon approfondie sur ces faits. Slim Bagga avait contribué à l’écriture du livre La régente de Carthage, provoquant par la même l’ire du clan Ben Ali.

Par Ghania Lassal


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