Édition du
28 March 2017

A quoi servent les partis politiques en Algérie ?

par Lahouari Addi

Le quotidien d’Oran 21 janvier 2010

Outrée par les scandales de corruption au plus haut sommet de l’Etat, l’opinion publique, telle qu’elle s’exprime dans la presse et dans les commentaires privés, est remontée contre les partis politiques perçus comme des organisations inutiles pour le pays, ou plutôt utiles seulement pour ceux qui les utilisent pour avoir des positions lucratives d’élus. Les partis ne jouent pas leur rôle, estiment les citoyens, frustrés de voir la corruption se généraliser dans les institutions de l’Etat à une échelle effrayante. Il faut dire que l’administration, en refusant les contre-pouvoirs institutionnels et les partis représentatifs, est génératrice de corruption. Les partis qui siègent dans les Assemblées ne sont pas représentatifs et c’est ce qui explique leur inefficacité. Mais au fait, qu’est-ce qu’un parti politique et à quoi sert-il?

Selon la définition largement admise de la science politique, un parti est une association de citoyens qui se reconnaissent dans les mêmes valeurs relatives à l’organisation de la société et de l’économie. Ils se réunissent et se structurent au niveau national pour convaincre la majorité de l’électorat de voter pour eux pour former un gouvernement et mener une politique économique et sociale conforme aux valeurs qu’ils défendent. Cela suppose trois éléments constitutifs de la modernité politique. 1. Le peuple est source de pouvoir comme c’est stipulé dans les constitutions des Etats de droit ; 2. La société est traversée de courants idéologiques différents reconnus en tant que tels ; 3. Les représentants élus sont des locataires – et non des propriétaires des lieux du pouvoir – qui se succèdent selon la logique de l’alternance électorale.

Dans les pays du Tiers Monde où la modernité est encore en construction, la problématique des partis ne se pose pas dans ces termes. Les lieux du pouvoir sont occupés définitivement par des élites cooptées qui prétendent détenir le monopole de la souveraineté nationale. L’argument avancé pour justifier ce monopole est la fragilité de l’unité nationale, l’ennemi étranger disposant de relais locaux, et enfin l’immaturité du peuple à choisir ses dirigeants. Ce discours, comique dans son contenu et tragique dans ses conséquences, sert de fondement idéologique à l’autoritarisme et ne laisse aucune place à des partis politiques autonomes. La vocation de ces derniers est de conquérir le pouvoir d’Etat ; or, si celui-ci est en permanence occupé, il n’y a rien à conquérir. Et pourtant, il y a des partis dans de nombreux pays du Tiers Monde en général, et en Algérie en particulier. A quoi servent-ils ? Même s’ils sont inutiles pour les citoyens, ils remplissent toutefois des fonctions qui sont à dévoiler.

Du système à parti unique au multipartisme sans alternance électorale

Le système du parti unique ayant partout échoué, de nombreux régimes autoritaires se sont convertis au multipartisme après l’avoir vidé de son sens, établissant des régimes où se tiennent régulièrement des élections sans alternance électorale. L’expérience algérienne – qui n’est pas unique de ce point de vue – est pleine d’enseignements pour la science politique. Elle présente un modèle de multipartisme où des élections sont organisées pour légitimer le même régime qui se succède à lui-même depuis 1962, malgré ses échecs retentissants en économie et dans tous les secteurs de la vie sociale. Le régime a abandonné le système du parti unique mais a compensé cet abandon par le trucage des élections, s’appropriant ainsi l’électorat dont le vote est réparti selon la logique des quotas à des partis fidèles et dociles. Dans ce schéma de faux multipartisme, il est demandé aux partis de renoncer à leur autonomie et surtout de renoncer à jouer le rôle de contrepouvoir dans les institutions.

La typologie des partis en Algérie est très particulière. Il y a deux partis du pouvoir, FLN et RND, ce qui est en soi une bizarrerie politique. Rien ne les distingue sur le plan politique. Jumeaux idéologiques et rivaux dans la course aux postes, il est à se demander si leurs finances ne proviennent que des cotisations de leurs adhérents. Il y a ensuite deux autres partis, Hamas et PT, qui ont un pied dans l’opposition et un pied dans le gouvernement ou l’alliance présidentielle. Leur fidélité à l’administration est largement récompensée par la distribution des quotas à l’Assemblée Nationale. Hamas a toujours eu plus de quarante sièges et le PT est le seul parti trotskyste au monde à avoir 21 députés dans un parlement. Il y a enfin des partis qui ne veulent pas se soumettre comme le FFS, stigmatisé et accusé de porter atteinte à l’unité nationale, alors qu’il est empêché de s’implanter en dehors de la région centre comme l’attestent les arrestations de ses militants à Ghardaïa. Pour les autorités, il est quasiment interdit de militer au FFS sans être de la Kabylie.

Une administration hostile à la représentativité des partis

Cette typologie des partis ne reflète pas les réalités politiques du pays et ne véhicule pas les demandes sociales des différents groupes sociaux. Elle érige au contraire entre l’Etat et la population des partis artificiels qui sont nuisibles à la culture politique. Au lieu de construire des relais institutionnels entre elle et les citoyens, l’administration préfère organiser des réseaux de clientèle intéressés uniquement par la prédation des richesses de l’Etat. N’ayant pas de représentants dans les institutions de l’Etat, la population a recours à l’émeute et, entre deux émeutes, elle se réfugie dans l’apathie. En un mot, il y a une demande d’Etat, mais il n’y a pas d’offre qui lui corresponde. L’administration ne veut pas tirer sa légitimité des citoyens ; elle préfère la puiser de la force des services de sécurité. Les rapports d’autorité se fondent sur la violence et la crainte de la police et non sur le consensus et la légitimité politique.

La dynamique de privatisation du pouvoir trouve sa source dans l’anthropologie humaine, contrariée en démocratie par une autre dynamique provenant des mouvements sociaux donnant naissance à des partis et des syndicats autonomes. Avant d’être une culture, la démocratie est un rapport de force qui permet – ou ne permet pas – l’émergence de partis réellement représentatifs. Si l’élite dirigeante avait le sens des perspectives historiques, elle accompagnerait les changements dans le sens d’une participation politique de la population au champ de l’Etat, et accepterait des partis et des syndicats autonomes. C’est la seule solution pour mettre fin à la puissance de l’administration discréditée par le fléau de la corruption. L’existence de partis représentatifs est la condition essentielle de construction de l’Etat de droit. Il y aura bien sûr des troubles, des crises gouvernementales et des insultes dans les Assemblées du fait même que l’Algérie est une jeune nation à la recherche d’institutions stables. Mais ce n’est pas parce qu’il risque de tomber qu’il ne faut pas laisser l’enfant apprendre à marcher.


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7 Commentaires sur cet article

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  • Tweets that mention Le Quotidien d’Algérie » A quoi servent les partis politiques en Algérie ? — Topsy.com
    21 janvier 2010 at 18 h 54 min - Reply

    […] This post was mentioned on Twitter by Appel 19 Mars 2009, Appel 19 Mars 2009. Appel 19 Mars 2009 said: A quoi servent les partis politiques en Algérie ? http://bit.ly/8yZJOq […]




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  • Résigné
    21 janvier 2010 at 19 h 26 min - Reply

    À une ou deux exceptions près, les partis politiques en Algérie servent de lieux de pointage de la clientèle du pouvoir, à défaut de pointer au travail, et de redistribution des miettes restantes de la rente.




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  • said
    22 janvier 2010 at 5 h 59 min - Reply

    c’est l’ésprit du mekhzen qui domine,le souverain a tout les droits ,tout lui appartiens.
    Aujourd’hui la principale préocupation du souverain c’est la bléssure du gardien de but algerien GAOUAOUI. »pauvre de nous « 




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  • BOUKEZOUHA abdelouahab
    22 janvier 2010 at 9 h 52 min - Reply

    Salam,

    C’est faux, Monsieur le professeur, le Parti des travailleurs algérien (trotskiste) n’est pas le seul à avoir des députés dans un parlement dans le monde, il y a, au moins, son homologue brésilien qui dispose d’un grand nombre de députés à la chambre. Au Brésil, même le président fédéral, Lula, appartient à cette mouvance trotskiste. La différence entre l’Algérie et le Brésil c’est que dans ce dernier pays le président et les députés sont élus démocratiquement alors que dans notre pays les services de sécurité décident qui doit entrer à l’APN selon un système de quotas. De ce fait, Louisa Hanoune a perdu toute crédibilité que son opposition au pouvoir, naguère, lui conférait. Avec d’autres, elle donne du système en place une image démocratique à l’extérieur par sa figuration dans les institutions. L’argent pourrit les âmes…




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  • thirga
    22 janvier 2010 at 13 h 26 min - Reply

    Ne mettez pas tout les partis dans le même sac. Pour ne pas induire vos lecteurs dans l’erreur (et je ne pense pas que ce soit votre intention), je vous invite à lire ce communiqué publié par le RCD sur ses sites puisque la censure lui est appliquée.

    Résolutions du Conseil national du 16 janvier 2009 du RCD:
    Le RCD a tenu son conseil national ordinaire le 16 janvier à ALGER. La première cession de l’année 2010 a eu à étudier :

    •le bilan de l’année 2009 ; •la situation politique nationale et internationale ; •la situation organique ; •le programme pour l’année 2010.

    En matière de bilan, le conseil national a retenu que l’année 2009 a été celle de la massification des abus et des régressions éthiques et politiques. L’élection présidentielle qui a vu un candidat violer la constitution pour imposer une présidence à vie annonçait l’aggravation de l’opacité et de la gabegie qui ont mené à la ruine actuelle. Tout en s’occupant à animer la scène nationale grâce, entre autres à l’organisation de son université d’été et les journées nationales de la jeunesse, le RCD a fait face à cette situation dans l’adversité et la censure aussi bien lors de la révision de la constitution que pendant la campagne électorale.

    Si la corruption a atteint de telles proportions, c’est par ce que le premier vol et le plus grave de tous- celui qui dépossède le citoyen de son droit sacré- est commis dans une indifférence et une complicité dont s’accommodent de nombreux acteurs politiques et sociaux. Le RCD est plus que jamais persuadé que nul ne peut feindre d’être surpris et encore moins de se désoler du marasme actuel s’il assiste passivement au détournement de la volonté populaire.

    A ce propos, si le RCD considère comme bienvenues les interpellations en chaîne qui marquent la scène économique ; il demeure résolu à approfondir le débat car ces dernières ne manquent pas de soulever de sérieuses questions.

    Pourquoi des scandales aux conséquences économiques désastreuses ont-ils été tus jusque là alors qu’ils étaient connus de tous ? Le RCD dénonce depuis plusieurs années, dans l’enceinte parlementaire ou ailleurs, la particularité du statut de SONATRACH qui empêche toute instance d’accéder au contrôle de sa gestion sans que cela n’ait trouvé le moindre écho. Le moment choisi et les éventuels objectifs que vise cette opération posent de légitimes interrogations qui doivent trouver leurs réponses si l’on veut enfin soustraire la gestion du pays aux luttes d’influence dans le sérail qui prennent en otage le développement national.

    Lors de la dernière cession parlementaire, les députés du RCD, attaquant frontalement une loi des finances destinée à cautionner une politique de prédation, ont provoqué des incidents qui ont abouti à une suspension de séance. Dans d’autres pays cet évènement aurait été à la une de tous les média. Tout se passe comme si un compromis mou avait réduit la légitimité de l’activité politique au seul périmètre fixé par le système en place. Le conseil national du RCD considère que l’opacité actuelle et son traitement occasionnel pose à la fois le problème de transparence dans la gestion des affaires publiques et celui de l’indépendance de la communication.

    L’urgence n’est plus à l’exploitation des dérapages, hélas graves et nombreux, de responsables ou d’appareils pour opérer des reclassements claniques mais de donner sa chance à un pays qui sombre chaque jour un peu plus dans la gabegie, le discrédit et l‘instabilité.

    Les protestations qui explosent partout dans le pays et qui n’épargnent aucune catégorie sociale sont le signe d’un malaise qui soulève les problématiques de la redistribution de la richesse nationale et de la libre représentation des travailleurs. Les manipulations qui caractérisent certaines de ces actions ne sauraient en évacuer la légitimité ou la profondeur.

    Au plan international, le RCD observe que la voix et l’image de l’Algérie se perdent dans le néant. Quand des voix officielles s’élèvent, c’est pour s’abîmer dans une cacophonie révélant l’absence de vision et de concertation. Cela s’est encore vérifié à l’occasion du sommet de Copenhague où des membres du gouvernement ont délivré des analyses différentes voire contradictoires sur le même sujet.

    L’inscription de l’Algérie sur la liste des pays susceptibles d’être à l’origine des grands risques terroristes signe la fin de la politique des manipulations d’un dossier aussi sensible que celui de l’extrémisme religieux et de la légitimité du pouvoir politique.

    Les scandales financiers chroniques et l’impunité dont jouissent les premiers responsables des secteurs concernés, la crise sociale qui saigne la nation en poussant à l’exil les jeunes et les cadres, l’affaissement de notre système de formation, l’insécurité qui s’étale à travers la délinquance, la censure et le tribalisme qui mine les institutions sont autant de signaux qui dévoilent l’extrême fragilité de l’Etat et les divisions potentielles qui pèsent sur l’unité nationale.

    La solution à un tel désastre ne saurait être trouvée dans les manœuvres visant à rééquilibrer les castes composant un système qui est à l’origine de la faillite actuelle. Pour l’instant, c’est malheureusement sur cette éventualité que spéculent de nombreux segments politiques et sociaux du pays.

    Pour continuer son combat en faveur d’une alternative démocratique, le RCD se fixe comme objectifs prioritaires pour 2010, l’élargissement de sa base organique par une campagne méthodique de recrutement et de formation dans le pays et l’émigration pour mieux armer son collectif militant et le développement de la communication de proximité, notamment en direction des jeunes et des femmes dans une période qui ne manquera pas de voir se précipiter les pressions, les censures et autres manœuvres de désinformations. Sur un plan plus politique, le RCD déclinera sa proposition de Refondation nationale en affinant sa réflexion dans les domaines économiques, administratifs et institutionnels.

    Mais pour le RCD, la première des urgences dans le pays est de mettre un terme aux fraudes électorales qui empêchent depuis l’indépendance le peuple algérien de se donner des représentants et des institutions légitimes librement choisis. C’est sur le sujet de la surveillance internationale massive et qualifiée des élections que le Rassemblement déterminera ses alliances et qu’il se redéploiera sur la scène internationale




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  • sardina
    23 janvier 2010 at 14 h 38 min - Reply

    mr addi , il est de votre devoir ainsi ke tt les intel honnete de s organise pour sauve l algerie , avec tt mes respects les constats sur le malheurs de l algerie n est pas un secrets il est connu de tous ca demande pas de passe par harvard ou la sorbonne pour connaitre ke l algerie n a pas les structures d un etat ,depuis 62 a ce jour la situation sa se degrade dans tt les domaines alors avant ke le tsunami ou la somalisation de l algerie n auras lieu je pense ke c a l elite et aux personnalites honete de s organise sur un minimum sauve l algerie




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  • MESSAOUDENE
    30 janvier 2012 at 19 h 31 min - Reply

    RIEN DE NORMAL SUR LES PARTIES EN ALGERIE EXEMPLE RND FLN
    HAMAS GROUPE DE CORRUPTION




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  • Congrès du Changement Démocratique