Édition du
22 July 2017

Le soldat Khelil en péril

par Abed Charef

Le Quotidien d’Oran 21 janvier 2010

Sonatrach est dans la tourmente. Manipulation ? Peut-être. Mais le scandale, lui, est bien réel.

Tayeb Louh peut avoir raison. La succession de grèves, à Rouiba, à El-Hadjar, et ailleurs, peut parfaitement être le résultat de manipulations politiques et de jeux d’appareils. L’agitation qui secoue d’autres villes et hameaux du pays, y compris à Bouhdoud, lieu dit des contreforts du Zaccar, dans la wilaya de Aïn-Defla, peut elle aussi être le résultat de luttes de clans au sein du pouvoir. Dans la même logique, la grève qui secoue El-Hadjar peut être contre-productive, comme l’affirment de hauts responsables algériens. Car au moment où se joue une bataille décisive pour gérer l’excédent de production d’acier, bataille qui déterminera qui survivra dans le monde de la sidérurgie de demain, il peut être malvenu d’ajouter des difficultés à une entreprise déjà déstabilisée par des accidents de parcours. Quant à M. Chakib Khelil, ministre de l’Energie, il a parfaitement raison : les personnes inculpées dans l’affaire Sonatrach doivent bénéficier de la présomption d’innocence. Pour l’heure, ces dirigeants sont des prévenus, et ils ont la possibilité de prouver leur innocence, d’être blanchis de reprendre honorablement leur activité. De même, le ministre de l’Energie a raison quand il affirme que cette nouvelle affaire de corruption peut nuire à Sonatrach, porter atteinte à son image et à sa crédibilité. La première entreprise du pays, qui a assuré les deux tiers du PIB en 2008 et 98 pour cent exportations, risque d’être déstabilisée à un moment où se dessinent les grands enjeux de demain dans le domaine des hydrocarbures.

Un autre haut responsable, au fait de l’affaire Sonatrach, affirme, de son côté que derrière cette affaire de corruption, c’est en fait M. Chakib Khelil qui est visé. Dans une sombre affaire de lutte d’influence, de clans et de groupes, les uns motivés par l’argent, d’autres par le pouvoir, mais tous agissant dans l’ombre, on se trouverait dans une bataille à multiples facettes, qui se cristalliserait autour de la personne de M. Khelil. C’est sa tête qui serait donc demandée, tout le reste n’étant qu’un décor destiné à organiser la mise à mort d’un homme venu dans le sillage de M. Bouteflika, un homme qui lui doit tout, et dont le départ signifierait une défaite pour le chef de l’état.

Tout ceci a été dit à propos de la montée de la tension perceptible dans le pays depuis quelques semaines. Tout ceci peut être vrai. Les ministres peuvent avoir raison, y compris quand ils disent des choses qui apparaissent totalement farfelues. Comme par exemple M. Khelil, quand il dit ne pas être au courant de ce qui s’est passé à Sonatrach.

Mais même si tout ceci était vrai, cela n’altère en rien cette autre réalité : l’affaire Sonatrach est une catastrophe nationale. Elle a atteint un degré d’extrême gravité, et constitue une menace pour la sécurité du pays. Tout comme elle révèle les dysfonctionnements criminels d’une institution dont dépend la survie économique du pays.

Voilà en effet une entreprise dirigée dans l’opacité la plus totale, et dont quatre principaux dirigeants sur cinq sont impliqués dans des affaires, disons de pots-de-vin, pour simplifier. C’est l’entreprise algérienne la plus connue dans le monde, la plus riche, celle dont l’évolution influe sur le marché du pétrole et sur les bourses du monde entier. Voilà donc que cette entreprise fait l’objet d’une enquête menée par les services spéciaux du pays, enquête qui aboutit à la mise en accusation d’un certain nombre de personnes, dont les principaux dirigeants, mais le ministre de l’Energie affirme qu’il n’est au courant de rien, alors qu’il contrôle le secteur depuis près d’une décennie!

M. Khelil était pris entre deux choix. Il pouvait être accusé d’incompétence, s’il s’avérait qu’il n’avait pas eu vent des malversations présumées dont seraient coupables des responsables de Sonatrach. Il pouvait aussi être accusé de malhonnêteté, s’il était prouvé qu’il savait ce qui se passait, d’autant plus que lui-même avait, d’une manière ou d’une autre, choisi l’encadrement de l’entreprise.

Au final, il a choisi l’accusation d’incompétence, ce qui constitue, à ses yeux, un moindre mal. Ceci n’est pas anodin.

Le ministre des Affaires Etrangères, Mourad Medelci, avait lui aussi, en d’autres temps, plaidé l’incompétence, en reconnaissant qu’il n’avait pas fait preuve d’intelligence dans l’affaire Khalifa. Une incompétence qui avait coûté à l’Algérie deux à cinq milliards de dollars.

Celle de M. Khelil coûte aujourd’hui à l’Algérie la réputation de la principale entreprise du pays, dont le sérieux et la crédibilité sont gravement mises en cause. De là à dire que peu de gens vont se mobiliser pour sauver le soldat Khelil, il y a un pas que la plupart des analystes franchissent aisément. Même si d’autres cas sont là pour illustrer la capacité du système algérien à gérer ce type de situation : les accusations contre le secrétaire général du ministère des Travaux Publics n’ont pas suffi pour inquiéter son ministre. Tout ceci pose pourtant le problème de manière biaisée. Car aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de se demander s’il faut sacrifier le soldat ou non. Il s’agit de savoir s’il faut sauver ce système qui a généré un scandale dans chaque ministère.


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4 Commentaires sur cet article

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  • adel133
    21 janvier 2010 at 21 h 02 min - Reply

    depuis quand cet énergumène qui a tout fait pour brader en 2005 la seule ressource qui fait vivre le peuple Algérien,peut-il être qualifié de soldat?
    à moins qu’il ne s’agisse du soldat de l’apocalypse.
    Sonatrach est une compagnie nationale proprétè du peuple Algérien et non de voyous qui se sont succédés à sa tête grace à leur soumission aux proxénètes qui ont construit un pouvoir (mafieux) et non pas un état.
    la réputation et la crédibilité de sonatrach ne sont en aucun cas touchés.la seule remise en cause est la destitution de dirigeants corrompus pour les remplacer par d’autres corrompus appartenant à un autre clan du pouvoir et le début d’une guerre atroce entre clans mafieux.ainsi va l’alternace dans ce pays.




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  • baitmini
    22 janvier 2010 at 5 h 02 min - Reply

    bonne analyse, Sonatrach a été de puis sa création une boite noire , opaque, qui échappe à tout contrôle par institutions financières de l’État.

    Elle a financé des opérations occultes, dont les campagnes électorales du candidat du système

    Son personnel a de tout temps bénéficié de statut particulier de salaires et conditions matérielles
    confortables , c’est un Etat du golfe au sein de l’État misérable officiel

    Pourquoi a t’on fait éclater cette affaire maintenant ?, certainement pour des raisons de lutte de clans et d’appétit car il y a une lutte impitoyable menée par les prédateur pour s’accaparer des richesses du pays. et pourquoi pas une autre lutte plus sérieuse et sournoise pour préparer la succession de l’actuel Président.

    Ce n’est pas demain qu’on décidera enfin de mener un gouvernance du pays respectable des normes internationales. Pauvre pays, un million de martyrs pour aboutir une situation kafkaïenne




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  • babelouedcity
    23 janvier 2010 at 11 h 48 min - Reply

    Oú est/va l’argent de cette boite?

    Depuis 1999 á nos jours, plus de 500 milliards de dollars us !!!!!!!!!

    Est-ce les voleurs de l’algerie des années 1970 qui etaient au pouvoir ou aux alentours qui se sont accaparés de cette boite?

    Aucun bilan digne n’a ete presenté au peuple algerien.
    Ni par le president de la republique, ni le senat, ne l’apn, ni les differents 1er ministres de conjoncture et mission, ni les ministres de chauqe secteur.

    Une boite pareille comme sonatrach, devrait faire la belle vie des algerien(ne)s non seulement en algerie mais partout dans le monde. Helas les Bouhef&cie sont au service des multi-nationales et tout ce qui est anti algerie.

    Khelil et cie doivent passer en justice pour leur vol et viol de l’algerie.




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  • kimahouma
    28 janvier 2010 at 12 h 11 min - Reply

    On peut évoquer une autre explication, le changement de gouvernement aux USA
    M Khelil a perdu ses contacts, ses commanditaires ne sont plus dans le gouvernement américain , alors il ne sert plus à rien.




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  • Congrès du Changement Démocratique