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23 July 2017

Les Algériens n’ont plus peur des multinationales

Lettre d’Alger

Les Blogs du Diplo

mardi 26 janvier 2010, par Ali Chibani

Ce qui était impensable il y a encore quelques jours en Algérie vient de se produire : une multinationale a cédé devant le combat d’une femme. Mme Meryem Mehdi a mené une grève de la faim de 41 jours, entamée le 9 décembre 2009, pour dénoncer son « licenciement abusif ». British Gas vient de lui proposer une rencontre en vue de sa réintégration. Un succès qui revigore les « travailleurs du grand Sahara », de plus en plus nombreux à refuser le diktat de ces entreprises.

M. Yacine Zaïd est le premier à rendre public l’« esclavage moderne » qui se déroule dans le sud algérien. Responsable de sécurité à Eurest Algérie, une branche du groupe de restauration collective britannique Compass, il faisait partie des rares (54) salariés à disposer d’un CDI sur 2 300 contractuels. Les comportements des responsables expatriés le heurtaient : « Ils traitent les Algériens de “barbares”, de “sauvages” et de “cannibales”. » Il décrit l’enfer des ouvriers algériens qui « viennent à la zone pétrolière de Hassi Messaoud pour des tests médicaux. Plus d’une centaine d’hommes sont massés dans une zone qui ne peut contenir que trente lits étroits. Des travailleurs se plaignent de n’avoir qu’un sandwich, quatre portions de fromage et une petite boîte de thon pour traverser 800 km de désert et rejoindre leurs bases d’affectation. Certaines entreprises logent ces travailleurs dans des tentes, sans aucun lien de communication avec l’extérieur, pour un salaire de 18 000 DA (180 euros) mensuels. En face, les expatriés, mieux payés, vivent dans des chambres en dur et climatisées. » Heurté par tant de mépris, Yacine décide de former un syndicat. Son initiative n’est pas sans conséquences.

Suspendu de son poste, il subit une violente campagne de harcèlement. En moins de deux ans, il a été entendu vingt-six fois par le juge pour sept plaintes déposées contre lui par son ex-employeur. Rien qu’en novembre 2008, il s’est présenté à cinq procès. Ce qui ne plaît guère au groupe Compass, c’est la résistance de cet homme, qui a créé un blog, contacté les médias et gagné le soutien de la Confédération syndicale internationale. Initiatives dont le prix est lourd : « Le divorce a été la première conséquence de l’acharnement que je subis, dit Yacine. J’ai vendu ma maison pour affronter les coûts des procès. J’ai été condamné pour diffamation, bien qu’en Algérie aucune loi ne prévoie de sanctionner les articles parus sur le web. Mais je ne regrette rien, car j’ai sensibilisé mes collègues et dénoncé l’injustice. »

Notre interlocuteur a déclenché un mouvement de rébellion sans précédent dans l’histoire du syndicalisme algérien. Parmi les premiers à le contacter, M. Ali Nouar était comptable à M-I Swaco, une multinationale spécialisée dans la gestion des fluides de forage. Il est indigné par l’absence d’évolution professionnelle pour les employés nationaux. Alors que le salaire d’un Algérien diplômé représente parfois à peine un cinquième de la paie d’un expatrié sans qualification, « c’est ce dernier qui rafle toutes les promotions ». Après onze ans de bons services, sans aucune promotion, M. Nouar est marginalisé par sa direction pour avoir voulu, lui aussi, former une cellule syndicale. Finalement, il est licencié sous prétexte qu’il aurait « divulgué des informations confidentielles sur l’entreprise ».

En Algérie, seule l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), un syndicat officiel très éloigné des préoccupations des salariés, est tolérée dans le secteur privé. Néanmoins, les multinationales refusent catégoriquement la formation d’une cellule syndicale, même affiliée à l’UGTA, et licencient tout salarié qui cherche à se syndiquer. Outre WesternGeco, filiale de Shlumberger Limited, qui a mis à la porte sept cents personnes, l’américain Weatherford a viré une vingtaine de ses opérateurs. Leur tort : avoir soutenu leur délégué licencié pour… échange de SMS avec une collègue. En réalité, M. Ramdane Zoughdani est à l’origine de la création d’une cellule syndicale pour définir le statut de l’employé algérien au sein de son entreprise.

Ce mouvement de rébellion gagne le nord du pays. A Alger, des dockers s’organisent pour créer leur syndicat. L’un d’eux, anonymement et pour la première fois, décrit les mêmes méthodes de dissuasion, quand « l’encadrement de DPWorld ne cesse de répéter qu’il ne craint personne car il a le soutien [du président]Bouteflika…. ». En effet, interpellés par les salariés, le pouvoir algérien et les autorités publiques préfèrent se taire.

Pour ces travailleurs algériens, leur combat est avant tout le refus d’une nouvelle forme de colonialisme. Lorsqu’ils manifestent, ils scandent : « Nous avons libéré l’Algérie [du colonialisme] pour l’offrir aux multinationales. »


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4 Commentaires sur cet article

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  • karima
    26 janvier 2010 at 21 h 56 min - Reply

    Il nous faut une autre révolution.Le pouvoir a offert nos richesses aux rapaces.Des nullards qui viennent frimer chez nous et nous refoulons nos meilleurs aux pays avances. J’en veux a nos cerveaux d’avoir abandonné si facilement.Dans tout les pays il y a la masse et l’élite.La masse algérienne est loin d’être médiocre c’est plutôt l’élite qui n’a pas le courage et le sens du sacrifice.




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  • Algerino
    27 janvier 2010 at 12 h 24 min - Reply

    faut qu’on m’explique un peu la… depuis quand les algeriens ont peur des multinationales?? Faut arreter de faire une fixation sur ces compagnies etrangeres et penser que tous les problemes viennent de la!! Mais c’est du grand n’importe quoi je vous jure…
    Faut se reveiller les amis! On est plus au temps de Germinal et des ouvriers dans les mines a charbon! le 21eme siecle ca vous dis quelque chose? Productivite, rendement, performance, non? ca n’interresse personne? On prefere continuer a pomper le petrole, et donc a utiliser ces multinationales, au lieu de se retrousser les manches et de creer de la richesse (au lieu de l’importer!). il faut que les mentalites changent les amis!
    Produisons, creeons, inventons, exportons, TRAVAILLONS! Comment pensez vous que la Chine la Coree le Bresil en sont arrive ou ils sont? uniquement par le travail! Alors cessons de nous morfondre sur notre sort et prenons notre destin en main! Vous en avez marre de ces multinationales?? Prouvez le en redoublant d’effort, en acquerrant un maximum de connaissance et dans 10, 20, 30 ans, ca sera des multinationales Algeriennes qui s’installeront dans d’autres pays avec des Algeriens comme expats!




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  • jnsplu
    27 janvier 2010 at 13 h 25 min - Reply

    @Algériano

    « Produisons, creeons, inventons, exportons, TRAVAILLONS! Comment pensez vous que la Chine la Coree le Bresil en sont arrive ou ils sont? uniquement par le travail! Alors cessons de nous morfondre sur notre sort et prenons notre destin en main! »

    Quelque chose cloche dans ton raisonnement. Il manque la liberté de faire ce que tu préconises. Si « on » n’accepte pas « les règles », « on » ne peut rien faire de tout cela en effet. Et « les règles » et les ficelles qui les mettent en place ainsi que ceux qui tirent ces ficelles et leurs sbires sont connus de tous même de ceux qu’on croit dupes.




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  • el amel
    27 janvier 2010 at 14 h 03 min - Reply

    la peur d’une multinationale, qu’est ce qu’une miltinationale? que veut dire une ONG au service d’une multinationale? multinationale=argent par tous les moyens.




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  • Congrès du Changement Démocratique