Édition du
30 March 2017

Corruption, politique, économie et société


par Lahouari Addi,

Le Quotidien d’Oran, 28 janvier 2010

Outre l’épopée de l’équipe nationale de football, l’un des thèmes dominant les titres de la presse ces dernières semaines est relatif aux affaires de corruption et de malversations à grande échelle dans le pays, touchant le ministère des Travaux Publics et celui de l’Energie et des Mines.

Ces deux départements ministériels ne sont pas les seuls secteurs de l’administration à être concernés par les détournements de fonds, et ceci est connu de tout le monde puisque le citoyen est confronté quotidiennement à ce fléau dont il imagine l’ampleur au sommet de l’Etat.

La corruption en Algérie s’est durablement installée et prend une dimension politique incontestable. Ce qui est frappant, c’est l’absence d’informations quand éclatent des affaires, et les journalistes sont réduits à faire des commentaires de commentaires. Les ministres concernés ne donnent pas de conférences de presse et le DRS, qui est à l’origine des enquêtes, n’est pas joignable au téléphone. En privé et sur les nombreux sites web, les discussions font état de règlement de comptes, de luttes de clans, du retour du pouvoir réel, du réveil de Bouteflika après un sommeil profond, etc. Mais ceci n’est qu’écran de fumée et les véritables enjeux de ces révélations sont probablement ailleurs. L’opacité du régime permet en effet toutes les spéculations dans une situation où la gestion des deniers publics n’est soumise à aucun contrôle parlementaire. L’Algérie est le pays où l’administration contrôle l’administration. Il est toutefois curieux que le DRS, un service d’espionnage et de contre-espionnage, sorte de l’ombre et s’occupe d’affaires qui relèvent des attributions de la police et de la gendarmerie. La raison est peut-être que, dans l’Etat, il y a des catégories de cadres sur lesquels l’autorité de la police ou de la gendarmerie ne s’exerce pas. On comprendrait alors pourquoi la corruption a gangrené si facilement les sommets de l’Etat. Ce qui est grave, c’est que la corruption s’est généralisée de haut en bas, touchant tous les secteurs, y compris l’hôpital et l’université, sans parler de la justice, des douanes et des services des impôts. Tout fonctionnaire, ayant un pouvoir si minime soit-il, est happé par ce fléau qui porte gravement atteinte à l’économie nationale et qui menace l’échelle des valeurs dans la société.

Un danger pour l’économie

Du point de vue économique, la corruption est un surcoût qui se répercute sur le prix que paye le consommateur. Lorsqu’un gendarme arrête un transporteur de pommes de terre et qu’il exige une somme d’argent, celle-ci est payée par le consommateur car le marchand l’intègrera comme surcoût ou frais de commercialisation. La corruption augmente les prix des produits et services et, ce faisant, empêche la concurrence de faire ses effets. Elle porte atteinte au pouvoir d’achat mais aussi à la rentabilité des capitaux, et surtout handicape l’exportation des produits de l’économie nationale. Si un fabricant de chaussures à Bouira entretient le commissaire de police, l’inspecteur des impôts et un député du RND, il ne sera jamais compétitif sur le marché espagnol ou français, bien que le salaire algérien soit dix fois moindre qu’en France. Le fonctionnaire corrompu est un agent qui, à partir d’une position de force, prélève des richesses en les faisant soustraire soit au pouvoir d’achat, soit au profit soit au budget de l’Etat. C’est un parasite qui décourage le travail productif et la production. Il empêche les capitaux étrangers de s’investir dans l’économie locale et fait fuir les capitaux nationaux qui préfèrent s’exiler dans des pays où les lois sont respectées et appliquées par la puissance publique. Dans une économie moderne, basée sur la rentabilité des capitaux, sur la productivité du travail et sur la concurrence, la lutte contre la corruption est une nécessité vitale. J. Habermas, philosophe allemand, écrit que les lois du marché et les lois de l’Etat se correspondent. Si l’Etat ne protège pas la sphère des échanges contre les pratiques de prédation des agents liés au pouvoir, la société ne pourra jamais accumuler des richesses. L’idée de Habermas, et aussi de K. Polanyi, c’est que l’Etat protège la société contre l’instinct de puissance que libère le marché, en posant des règles pour l’acquisition des richesses. Si ces règles sont violées, il n’y aura ni société ni civilisation.

Le bouleversement de l’échelle des valeurs

Dans une société où un employé de bureau utilise son autorité pour s’enrichir, la hiérarchie des valeurs qui fondent le lien social sera à terme bouleversée. Il ne servira à rien d’épargner pour investir dans le futur ni d’étudier pour devenir un cadre. On apprend ainsi à la jeunesse que l’effort et la préparation de l’avenir ne paient pas.

Dans la société où dominent les corrompus, ce qui est valorisé, c’est les relations, les formules verbales, la recherche du poste dans l’administration des guichets, le sens des opportunités et l’intérêt immédiat. L’accumulation du capital social ouvre l’accès aux richesses mieux que l’investissement ou l’effort. Dans une telle société, la source des richesses n’est ni le travail ni le capital, mais la position stratégique du poste administratif. Le fonctionnaire corrompu qui habite une villa jouit de plus de respect que le travailleur qui vit de son salaire. Il suffit pour cet employé d’accomplir quelques voyages à La Mecque, de montrer qu’il fréquente la mosquée du quartier pour qu’il soit considéré comme un personnage respectable. Certains vont jusqu’à rendre licite la corruption sous prétexte que l’Etat serait impie. Il y a parfois des manières d’obéir à l’islam qui sont une désobéissance à l’esprit du Coran. Le corrompu devient ainsi un modèle social que les jeunes vont intégrer pour choisir leur avenir. De ce point de vue, la corruption sape le fondement du lien social, et est une affaire éminemment politique. Elle ne sera éradiquée que par l’institutionnalisation des rapports d’autorité, par la mise en place de contrepouvoirs institutionnels et par la représentativité des Assemblées élues.

Or ces concepts n’appartiennent pas à la culture politique des dirigeants qui ne perçoivent pas que la corruption est inhérente à l’être humain et que seul un Etat de droit peut en limiter l’ampleur. Il leur semble que la corruption est une simple déviance répréhensible et une entorse à la morale publique. Il suffirait de faire une circulaire de moralisation pour qu’elle disparaisse. A y réfléchir, c’est une pratique ancrée dans l’anthropologie humaine que ni la conviction nationaliste, ni la foi religieuse ni la crainte des services de sécurité ne feront reculer.

Elle est un danger pour l’économie et une menace pour les valeurs qui fondent le lien social.

Aucun organe du pouvoir exécutif, fût-il le DRS, n’est capable de lutter efficacement contre la corruption. La solution est une Assemblée nationale souveraine et représentative, une justice indépendante, une presse libre et des partis et des syndicats autonomes.

C’est-à-dire une transition vers l’Etat de droit et la démocratie. Autrement, les préposés aux affaires publiques se comporteront toujours comme des renards dans le poulailler.

L’Etat de droit fait de l’animal social qu’est l’homme un être humain sociable et respectueux de la loi et des efforts des autres. Toute la question est de savoir si les dirigeants algériens veulent un Etat de droit. Le succès de la lutte contre la corruption dépend de la réponse à cette question.


Nombre de lectures : 1726
7 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • thirga
    28 janvier 2010 at 19 h 27 min - Reply

    M. ADDI, si le DRS comme vous le définissez, un service d’espionnage et de contre-espionnage, donne autant d’importance à ce phénomène c’est que le bateau Algerie prend eau de toute part. Son intervention se justifie de par les missions que vous lui assignez. Comprendre par là que ce phénomène a fini par porter à la sécurité du pays.




    0
  • Ammisaid
    28 janvier 2010 at 20 h 38 min - Reply

    Assalam, azul, bonsoir
    Fakhamatouhou a dépensé des milliards de dinars pour habiller, maquiller et illuminer la constitution et ensuite la violer. A la nouvelle mariée, sous des youyous nourris et stridents, des applaudissements harmonieux et forts et le regard des invités habillés de costumes rutilants et très beaux et devant le monde entier, il lui avait promis fidélité, amour et prospérité.
    Le 10 avril 2009 et après avoir quitté la chambre nuptiale, le sang du viole encore frais, elle a laissé la nouvelle mariée seule, sans protection et à la merci de prédateurs féroces, de pervers sauvages, d’hypocrites sans âme et de courtisans affamés et intéressés.
    Depuis, il n’est presque plus apparu.
    La maison de la nouvelle mariée est envahie par des voleurs sans pitié qui la dépouillent de tout ses biens, qui gaspillent ses richesses dans des futilités et qui la prostituent avec le premier venu. Elle se plaint, elle hurle, elle crie à la trahison et elle se sent violer par ceux qui ont sensé la protéger, la rassurer et la défendre de ceux qui ne lui vouent aucun respect.
    Sa fakhamatouhou le sait, ses ministres le savent, la police et la gendarmerie le savent et même l’armée à qui, normalement, rien ne peut échapper le sait, mais, aucun d’eux ne fait rien pour faire arrêter, emprisonner, juger et condamner les vrais voleurs et violeurs de cette nouvelle et belle mariée dont le foyer est devenu, rapidement, comme un bordel dans lequel toutes les perversités sont acceptées, autorisées et légalisées.
    Le DRS ce général que le monde entier craint. Ce général qui a un oeil qui dit-on est quasi inffaillible et qui possède une oreille qui entend les intentions d’un coeur même si sa langue n’a pas encore parlé, au lieu, de s’attaquer à ceux qui ont accès à la source d’où coule la richesse qui aurait permis à la nouvelle mariée de vivre digne et respectée, s’attaquent à ceux qui ramassent les miettes que les premiers lâchent afin qu’ils ne soient pas dérangés.
    Boum ! Boum ! Boum ! Nous avons entendu l’explosion mais rien n’est vu des dégâts qu’elle aurait du provoquer. Ils sont tous dans la chambre nuptiale à b….la nouvelle mariée. Ils sont tous dans le salon à trinquer, à attendre leurs tours ceux qui ne l’ont pas goûté, à sniffer de la cocaïne pour se détendre, à avaler du viagra pour b….., à fumer des joints pour rigoler et à manger des mets exquis pour se viriliser.
    Que d’hommes ! Que d’hommes ! Que d’hommes ! Que d’hommes vieux et jeunes tous prêts pour violer une si jeune mariée à qu’ils avaient promis tendresses, douceurs et respects.
    Pour ma par, encore une fois, je ne crois pas à tout ce tapage, à ce bendir lâche et lugubre et ces plûmes nègres qui louent les vrais voleurs. Je ne crois pas à ces hommes qui ont tous les pouvoirs et qui ne sont capables que de détruire, de voler, de violer, de torturer, d’assassiner et de massacrer les plus sincères et les plus fragiles de nous. Et, je ne crois pas à ceux qui sont comme eux, toutes tendances confondues et qui attendent leurs tours, pour faire comme eux. C’est à dire éliminer ceux qui vont s’opposer à eux et ceux qui n’accepteront pas de les suivre comme des moutons, tout en méprisant, en ignorant et humiliant le peuple.
    Fraternellement




    0
  • adel133
    29 janvier 2010 at 2 h 44 min - Reply

    cher frère ammisaid
    la famille de la mariée(nous peuple) a encouragé le viol malgré un cri de détresse inentendu depuis
    50 ans.
    notre mariée est devenue une catin que le viol ne répugne plus.elle s’y adonne avec un plaisir masochiste,car il(le viol)se fait au vu et au su de toute la famille consentante.
    nous sommes à l’ère de l’hymen jetable.ça ne prends que 20 euros pour restaurer une virginité.si Boutef est vivant nous assisterons à un autre viol en 2014.




    0
  • Djawad Anis
    29 janvier 2010 at 11 h 30 min - Reply

    S’il est vrai que la corruption gangrène le pays, il n’est pas moins vrai que nous sommes tous complices, y compris le petit peuple et bien entendu l’Etat. La plus grande arnaque fut celle qui a permis à Bouteflika de tordre le cou à la constitution sans que le peuple et ses soi-disants représentants ne réagissent et à partir de là tout est permis et sera permis dorénavant. Personnellement je ne crois pâs au réveil de Bouteflika qui est lui -même corrompu jusqu’à l’os.
    Comment un corrompu notoirement reconnu peut-il s’attaquer à la corruption.Chose impossible, on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis.
    Et comme tous les hommes politiques de notre pays ne rêvent que de faire ce que Bouteflika est en train de faire, vous pouvez imaginer l’étendue des dégâts dans encore bon nombre d’années.




    0
  • radjef said
    29 janvier 2010 at 12 h 17 min - Reply

    Bonjour tout le monde.Nous connaissons ce que c’est la corruption, comme nous connaissons egalement les dangers qu’elle fait planer sur l’economie nationale. De meme, les citoyens anonymes savent que les corrupteurs nichent au plus haut sommet de l’Etat, dans l’institution militaire… Or la lutte contre la corruption, n’est menée que contre des fonctionnaires civils plus ou moins proches de Bouteflika. Des commis d’Etat sans veritable pouvoir à la merci des militaires. Comment peut on interpreter cette lutte contre la corruption,alors que les vrais corrupteurs sont à l’abri de toutes accusations? Si ce n’est pas une lutte de clans, Mr Addi Lahouari, alors comment peut-on qualifier cette operation qui encombre de plus en plus Bouteflika et seulement Bouteflika? Il s’agit bien d’un reglement de compte au plus haut sommet de l’Etat, entre clans qui se disputent la conquête du pouvoir…Une autre question: quelle est la relation discernable entre la mort de Belkheir et cette operation de lutte contre la corruption?




    0
  • elmoubarek
    30 janvier 2010 at 23 h 24 min - Reply

    salam
    la corruption cessera avec la dernière goutte de pétrole en Algerie malheureusement ce n’est pas pour demain…..




    0
  • Said Salombi
    31 janvier 2010 at 0 h 06 min - Reply

    Said Radjef souleve la vraie question. Ni la SM ni le DRS n’ont jamais combattu la corruption, bien au contraire. Pourquoi donc ce sursaut de la police politique?

    Toute cette histoire est due au fait qu’avec la disparition de Belkheir, il n’y a plus de parrain incontestable qui assure la « grande distribution » de la rente, et qui peut taper sur la table on invoquant une legitimité historique ainsi que, chose trés importante, une protection toute menacante du Grand Frere de Paris…Sans Belkheir, on est donc en plein « vide institutionel » pour heriter du poste de parrain…donc cette passe d’arme ne peut que s’explquer par des manoeuvres de chaque sous-clan pour placer des favoris au titre supreme…le reste, comme la supposée enquete pour « l’interet du pays » est du plus pur cynisme DRS…

    Said




    0
  • Congrès du Changement Démocratique