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25 July 2017

Larbi Belkheir, général algérien

LE MONDE | 29.01.10 | 16h29  •  Mis à jour le 29.01.10 | 16h37

Le grand chambellan », « le cardinal de Frenda », « le parrain » ou « l’imam caché… ». Il n’a pas manqué de surnoms pour évoquer la toute-puissance du général Larbi Belkheir dans le système algérien. Même « exilé » à partir d’août 2005 à l’ambassade d’Algérie à Rabat, où il s’ennuyait, Larbi Belkheir restait – plutôt à tort qu’à raison – crédité d’une grande influence dans les jeux opaques du pouvoir algérien.

I l avait été un « DAF », un de ces déserteurs de l’armée française qui avaient rejoint l’Armée de libération nationale (ALN, bras armé du FLN) à Tunis entre 1958 et 1961 et qui se retrouveront ultérieurement, par les effets de l’âge et de l’avancement, aux commandes de l’armée algérienne.

En Algérie, il est de tradition d’opposer un pouvoir réel, non visible, à un pouvoir formel incarné par le gouvernement. Larbi Belkheir a longtemps été un homme du pouvoir réel, et même le chef du « cabinet noir », selon la formule en usage chez les opposants en Algérie. Celui qui aimait se présenter comme un « serviteur de l’Etat » aura bien été au coeur du fameux « système » algérien entre 1979 et 2005.

Né en 1938 à Frenda, dans l’Ouest algérien, Larbi Belkheir obtient le grade de sous-lieutenant dans les rangs de l’armée française. Il rejoint l’ALN en 1961. Ce fils de caïd de Tiaret a fait sa carrière politico-militaire dans l’ombre du colonel Chadli Bendjedid, qui sera désigné en 1979 par l’armée algérienne comme successeur de Houari Boumediène à la tête de l’Etat. Le « conclave » de l’armée qui a pris cette décision s’étant tenu à l’Enita (Ecole nationale des ingénieurs et techniciens d’Algérie), dont Larbi Belkheir était alors le commandant, l’épisode lui vaudra la réputation de faire partie du cercle restreint des faiseurs de président.

Quand Chadli Bendjedid arrive au pouvoir, Larbi Belkheir est élevé au grade de colonel et dirige le Haut Conseil de défense. Il devient secrétaire général de la présidence, puis directeur de cabinet du président. Il est l’éminence grise du régime durant toute cette période.

De cette époque naît l’image de l’homme de l’ombre qui tire toutes les ficelles, prend toutes les décisions, procède à toutes les nominations au sein du système. En septembre 1991, à l’approche des élections législatives, il prend le poste de ministre de l’intérieur dans le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali. A ce titre, il lui revient d’annoncer, le teint livide, le raz-de-marée du Front islamique du salut (FIS) au premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991.

Dans les jours qui suivent, Larbi Belkheir fait partie des généraux « janviéristes » qui poussent Chadli Bendjedid à la démission pour créer une situation de vide institutionnel, et justifier ainsi l’interruption du processus électoral.

L’Algérie bascule dans la violence. Larbi Belkheir est encore ministre de l’intérieur quand, le 29 juin 1992, Mohamed Boudiaf, devenu président du Haut Comité d’Etat, est assassiné par un sous-lieutenant du Groupe d’intervention spécial (GIS).

Larbi Belkheir se retire pour se consacrer à ses affaires. Une simple minoterie pour laquelle il a, dit-il, contracté un emprunt auprès de la banque saoudienne Al Baraka. Les Algériens n’en croient rien, pas plus qu’ils ne croient que les généraux à la retraite demeurent oisifs.

En 1999, Larbi Belkheir confirme qu’il est toujours actif. C’est lui qui promeut la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à ses pairs généraux. Et devient directeur de cabinet du nouveau président ; il sert de tampon entre le nouvel élu et l’armée. Mais les choses se passent mal. Larbi Belkheir ne s’entend pas avec Said Bouteflika, le frère du président, et tombe vite en disgrâce.

« Exilé » dans son poste marocain, se sentant inutile, Larbi Belkheir se morfond. Malade des poumons, il finira par rentrer à Alger, mais seulement pour y mourir.

Amir Akef et Florence Beaugé


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14 Commentaires sur cet article

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  • nomade
    29 janvier 2010 at 21 h 05 min - Reply

    a general, who did not fire a single bullet against the ennemy, it happens only in algeria,.
    but he was quick to assassinate thousends of disarmed algerians.
    today no one is gonna save you from allah’s tpi, neither pasqua , nor balladur ,nor chirac ,nor anyone whom you uses to kiss to him .
    today you are in good hands.you lived your life as traitor and you died as a traitor.




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  • sardina
    29 janvier 2010 at 23 h 06 min - Reply

    ina lilah wa ina ilayhi radj3ioune ,j espere ke ceux ki sont au gouverne se reveillent inchaalah maydoum walou aloes vaut mieux faire du bien




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  • saladin
    30 janvier 2010 at 11 h 44 min - Reply

    Seul juge impartial , dieu le jugera sur ces fats et ses mefaits . Ce n’est pas une perte pour l’Algerie lui qui a été derriére toutes les combines qui lui ont permis de demeurer puissant au détriment des inetrêts de son pays lequel , j’hésite entre la France et l’Algerie .Dans ce bas monde , on n’oublie que rien ne peut lutter contre la mort ni l’argent ni la puissance ce que oublient certains puissants .




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  • said
    30 janvier 2010 at 12 h 13 min - Reply

    Ce qui est bien est que tous ces individus sont enterrés dans un même endroit « el alia » soubhana allah.
    Plus tard il faudrait juste y penser à déterrer les quelques véritables martyrs de la révolution de ce cimetière tel que abane ,amirouche ,etc..pour les enterrer chez eux dans leurs villages respectifs « comme mitterand qui s’est fait enterrer dans son village a jarnac dans le caveau familial de ses parents ».
    Ensuite baptisé el alia cimetière des escrocs.




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  • boreal
    30 janvier 2010 at 12 h 59 min - Reply

    Ah !(…), le rebut du monde, race impure,
    Tout souillés de forfaits, tout remplis d’imposture,
    Comment n’êtes-vous pas au ban de l’univers ?
    (…)

    — « Cette âme, dont là-haut, plus cruelle est la peine,Dit mon maître, celui qui si fort se démène,
    La tête au fond, le corps au dehors, c’est Judas.

    (L’enfer dans la Divine comédie de Dante)




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  • boreal
    30 janvier 2010 at 16 h 25 min - Reply

    Avez-vous lu la presse algérienne (enfin, une certaine presse) ?

    Chacun y va de son portrait panégyrique : Héloge à Belkheir le politique, le stratège, le visionnaire, la conscience morale, la probité au service du peuple, le patriote éclairé…

    Le roi est mort, vive le roi !

    Ont-ils seulement conscience de ce qu’ils écrivent, ces scribouillards aux ordres ?




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  • lyes
    30 janvier 2010 at 21 h 25 min - Reply

    je lui tire chapeau,car il a fait de tout les algeriens des ésclaves et des khorfanes, et il vous a éxilés certains.
    der fikoum tir,vous n’avez que ce que vous meriter.




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  • Si Salah
    30 janvier 2010 at 23 h 18 min - Reply

    @lyes: dar fina ettir, c’est pour ca que vous lui « tirez chapeau »…

    Oui dar fina ettir: Ben Talha, vous meritez, Rais aussi, Ramka aussi, les campistes du Sud aussi, Boudiaf aussi, les 20000 disparus aussi, les 200 000 morts aussi, sans oublier les « fellagas » qu’il a pourchassés durant la revolution, ca fait bcp de monde! oui dar fihoum ettir tous, et gardez votre chapeau « tiré » ya hadha, vous aurez mal au bras…

    C’est l’éloge de la monstruosité, de la traitrise, de la cruauté, on aura tout vu!

    Si Salah




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  • lyes
    31 janvier 2010 at 19 h 00 min - Reply

    loukene kayene redjala ,il n’y aura ni bentalha ni remka.ya si salah.
    quand il s’agit de la palestine c’est tout le monde qui manifestent ,et quand c’est les algeriens qui se font tués c’est tout le monde se cachent sous la table. »takhti dari ».




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  • Si Salah
    31 janvier 2010 at 19 h 55 min - Reply

    Ya Si Lyes: J’ai eu l’occasion de dire ici meme que le peuple algérien porte une trés grosse responsabilité dans l’humliation qu’il subit. C’est clair et net, et je ne suis pas de ceux qui font de la démagogie sur ce point en invoquant a tout va « echa3b al 3adhim… »
    Le premier point est de prendre conscience de l’etat de delabrement de notre peuple…c’est vrai.

    Cependant, je ne pense pas qu’il faille pour autant « tirer chapeau » à un immense bourreau…c’est ce que vous avez fait, j’espere seulement que c’est un abus de langage, sinon ce serait grave de dire « bravo l’artiste » à celui qui a tué nos meres, freres, soeurs…faisons attention à ne pas glofier nos bourreaux. Makanch redjalah? ce n’est pas vrai, kayyen redjalla, ou kayyin ensa qui valent des tonnes de « males » du systeme Boutoufika…regardez Meriem Mehdi… Effectivement, il n’a y en pas assez, je vous l’accorde, mais de grace ne disons pas bravo aux criminels, ne serait-ce que par respect pour les rijal et nisa qui affrontent dans la solitude et en ce moment meme le pouvoir assassin…

    Si Salah




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  • jnsplu
    31 janvier 2010 at 22 h 08 min - Reply

    Que veut tu faire Liès ? Nous chasser du forum ? Ton « argumentation  » ci dessus ne peut aboutir qu’a cela. Je crois pour ma part que je vais te laisser la place.




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  • sphynx
    5 février 2010 at 17 h 18 min - Reply

    je viens d’apprendre que le colonel metidji,celui qui a lu l’oraison funebre de belkhir est décédé.
    fattani attention ,elle tourne dans les parages,mdr




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  • Adel
    6 février 2010 at 11 h 19 min - Reply

    Le mépris

    L’ex-capitaine du DRS Hocine Ouguenoune a, dans l’entretien accordé à la chaine de TV Rashad (voir vidéo sur LQA), mis le doigt sur ce qui caractérisait la personnalité de Larbi Belkheir (de grâce ne dites jamais plus général Belkheir, c’est lui faire trop d’honneur).

    Fils de caïd, il a passé son enfance à voir son père, ami et serviteur zélé du pouvoir colonial, traiter les indigènes avec mépris. C’est à cette source empoisonnée qu’il s’est abreuvé. Dans son esprit malléable d’enfant s’est gravée pour toujours l’image du maître – l’Européen – celle de son supplétif – le caïd, son père – et celle de la masse des gueux – les Algériens indigènes. Celui qui se trouve au milieu de la chaîne est le seul être indigne et veule, mais il ignore ou feint d’ignorer cela. Il se voit comme le protecteur de la tribu, l’intercesseur auprès du roumi, celui qui sait lui parler, apaiser sa colère ou lui soutirer des faveurs. Les gueux devraient pour cela lui devoir une éternelle reconnaissance.

    Le caïd se recrutait généralement dans l’ancienne aristocratie tribale, mais pas celle qui prenait exemple sur l’Emir Abdelkader et qui avait, à l’instar d’El-Mokrani, repris le flambeau du combat, de génération en génération. C’était plutôt parmi les dégénérés, ceux qui avaient troqué la fierté et l’honneur de la tribu contre le burnous de la honte et de la servilité, que l’administration coloniale recrutait ses supplétifs. Quelles valeurs avait donc reçues de son père le jeune Larbi, si ce n’est celles de l’obéissance servile au maître du moment et l’arrogance et le mépris à l’égard de ses coreligionnaires ?

    Ayant une revanche à prendre, il avait patiemment attendu son heure, tapi dans l’ombre, tel un chacal à l’affût. Cette heure arriva enfin lorsque la Présidence échut à un homme faible et inculte, une proie facile pour notre homme et ses amis qui, comme lui, furent toujours tenus en suspicion par Boumédiène. Son coup de maître a été de se placer à la Présidence, où il s’installa comme dans un bunker, résolu à prendre le contrôle de tout le pays. Son génie machiavélique se déploya alors, tissant la toile qui allait nous emprisonner pour longtemps.




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  • lehbib
    24 février 2010 at 22 h 53 min - Reply

    vous croyez vraiment que le cardinal est mort . apres tous ce que j’ai vecu je pense que cette histoire de mort de generaux n’est fabriquee que pour les oublier et les laisser vivre tranquillement. bientot en annoncera la fin de toufik.




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  • Congrès du Changement Démocratique