Édition du
23 July 2017

Importations algériennes de la zone arabe de libre-échange

El Watan 04 février 2010

Les produits des pays arabes inondent les marchés

Les produits provenant des pays arabes marquent actuellement leur présence sur le marché algérien aux côtés des produits chinois, brésiliens, mexicains, occidentaux, entre autres. Ainsi des fèves cassées et légumes secs aux articles électroménagers électroniques, meubles de luxe, vêtements, détergents, excusez du peu, tout ce qui entre fait ventre et profit.

Ainsi, est-il permis de constater qu’à voir toutes ces marchandises dans les espaces commerciaux d’Alger, dans la famille algérienne, pour se nourrir, la ménagère algérienne prépare une marmite multinationale. Le repas est ensuite servi sur une table importée d’Arabie Saoudite.

La vaisselle expédiée de Dubaï sera lavée une fois les revendications de l’estomac satisfaites avec un détergent de marque française fabriqué au Maroc. Pour être ensuite arrangée dans un placard égyptien. Saïd, 45 ans, gère un magasin d’alimentation générale et de détergents. Le client y trouve des fèves cassées et des légumes secs égyptiens mis dans des sacs ou emballés dans des sachets en plastique aux côtés des pois chiches, des lentilles et des haricots blancs argentins et mexicains. « La marchandise égyptienne est moins chère et de moindre qualité par rapport aux produits argentins et mexicains. Un kilogramme d’haricots blancs d’Egypte est cédé entre 100 et 110 DA, cela dépend de la conjoncture économique du pays. Le prix d’un kilogramme de lentilles argentines varie entre 100 et 110 DA, alors qu’il y a quelques semaines, il avait atteint les 170 DA. Cependant, c’est le prix qui prime sur la qualité chez le client.

C’est la bourse qui détermine les habitudes de consommation d’autant que nous vivons dans un quartier populaire », explique le commerçant. Côté détergents, il compte, outre les produits algériens, des marques d’origine occidentale mais les produits sont fabriqués dans les pays arabes pour ensuite atterrir en Algérie. « Prenons à titre d’exemple ce détergent de marque allemande, il est fabriqué au Maroc et exporté vers l’Algérie. Il coûte 125 DA la livre. Le détergent local revient à 85 DA les 500 g », relève-t-il.

M’hamed, 35 ans, est vendeur d’épices, condiments, miel, figues sèches entre autres. La partie léonine des produits étalés provient de l’étranger. « Les parfums, médicaments fabriqués à base d’herbes et miel proviennent d’Arabie Saoudite. Les épices et condiments proviennent de Tunisie, du Maroc et de Syrie. Ce dernier pourvoit aussi nos marchés en figues sèches que nous vendons à 300 DA le kilo », indique-t-il. Cela dit, poursuit le même interlocuteur, « nous souffrons du problème de la contrefaçon. Un fléau que nous ne pouvons pas détecter. Parfois, des clients se plaignent auprès de nous sur la qualité de certains produits ».

Des robes de Dubaï, de Syrie et du Pakistan

Nacer, 40 ans, est spécialisé dans les cosmétiques et les couches. « Personnellement, je m’approvisionne en marques occidentales concernant les cosmétiques, mais pour les couches, elles sont pour la plupart importées de Tunisie et d’Arabie Saoudite. La production nationale est insuffisante pour couvrir notre marché en la matière », indique ce commerçant. Hamid, la soixantaine, gère une papeterie. Outre les produits chinois, il compte dans sa boutique des articles d’origine syrienne, à savoir « les autocollants, posters, cartes d’invitation, sacs en papier. Durant une période récente, on importait de ce pays des petits tapis ornés de versets coraniques ».

Mouloud se consacre à la vente d’articles vestimentaires pour femmes notamment, les robes importées de Syrie et de Dubaï (Emirats arabes unis). « Les articles syriens sont très demandés. Nous avons des robes qui coûtent entre 5500 et 6500 DA, des modèles de 3800 à 4400 DA ou variant entre 1700 et 2500 DA. Il y en a pour toutes les bourses et nous arrangeons nos clients. » Les robes de Dubaï aussi sont demandées. « Elles coûtent 3800 DA l’unité et sont fabriquées par une main-d’œuvre indienne. Nous proposons aussi des ensembles, pantalon et robe, confectionnés par une main-d’œuvre pakistanaise. Le prix d’un ensemble est de 9500 DA. » Cela dit, fait-il remarquer, « la production nationale est de bonne qualité, mais l’Etat ne fait rien pour l’encourager.

Les responsables concernés trouvent peut-être plus de profits dans l’importation que dans la production nationale. Nos artisans et industriels sont capables de concurrencer la production étrangère, mais on ne les laisse pas travailler. Ils souffrent de beaucoup de problèmes, notamment le chancre d’impôts. Les motifs des robes syriennes sont des imitations des motifs d’articles algériens et les clients continuent à s’approvisionner en marchandises de la Syrie et de Dubaï ». Farouk active dans le commerce des meubles et de la lustrerie. Il se déplace souvent dans les pays du Golfe, notamment en Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis en quête de marchandises.

Le créneau qu’il a choisi est florissant, à son avis. Il constate que ce genre de produits importés par l’Algérie proviennent pour la plupart d’Arabie Saoudite, d’Egypte et de Dubaï. Le même interlocuteur précise : « Ce sont les Saoudiens qui dominent notre marché en la matière. Nous nous approvisionnons en ces produits même en deuxième main. Ils ont investi beaucoup d’argent dans de nombreux pays à l’exemple de l’Indonésie, la Malaisie et la Chine dans l’industrie du bois. Ils pourvoient nos marchés aussi en articles de lustrerie et ustensiles de cuisine. Ils importent même ces produits pour les exporter vers l’Algérie. De Dubaï, nous importons même en troisième main ces produits. Comme l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis exportent vers l’Algérie des meubles qu’ils ont eux-mêmes importés. »

Côté qualité, il constate que la marchandise « comporte des produits de luxe faits en bois massif comme le hêtre, des produits de mauvaise qualité ou contrefaits. Il y a toutes sortes de qualité et pour toutes les bourses ». A titre d’exemple, selon le même commerçant : « Nous avons des chambres à coucher importées dont les prix varient entre 8 et 60 millions de centimes. »

Une économie de bazar

Les prix des chambres fabriquées localement vont de 8 à 35 millions de centimes. Cela dépend de la qualité du bois et du travail. « Nous importons pour la fabrication locale du bois massif du Canada. Il n’y a pas de limites pour les prix. Ce qui est certain, c’est que les produits importés sont plus chers et plus demandés que les produits locaux sur notre marché. Les clients sont dans la majorité de jeunes couples. La génération d’aujourd’hui a ses propres habitudes de consommation. Elle s’intéresse au design, à la décoration et à la sculpture sur bois. » Rencontré, à son tour, Sid Ahmed la cinquantaine, transitaire, indique que l’Algérie importe énormément de produits des pays arabes. Il cite les articles électroménagers et électroniques, les confiseries, les fleurs, les cosmétiques, les pièces détachées pour véhicules, les médicaments, les textiles et les produits alimentaires en conserve et la liste est loin d’être exhaustive.

De nombreux produits, relate-il, « sont fabriqués sous licence dans ces pays pour être ensuite exportés vers l’Algérie. Comme certains de ces pays importent des marchandises qu’ils écoulent dans notre pays. Exemple, ces pièces pour véhicules de marque françaises fabriquées en Chine et importées de Dubaï. Les importateurs détiennent des certificats de conformité et d’origine. Ainsi, sur le plan administratif et par rapport à la loi, ils sont en règle ». Du Maroc, « nous importons des médicaments fabriqués sous licence, des fleurs. De la Tunisie, nous proviennent aussi des fleurs, de la sardine en conserve et des confiserie, entre autres. De la Jordanie, on peut citer parmi ces marchandises importées, des médicaments et des produits électriques. On trouve aussi des meubles égyptiens et des articles électriques syriens. » Ainsi, pour tous, les chemins mènent en Algérie qui devient une terre d’accueil et élue pour les produits étrangers. Situation qui illustre du moins une partie infinitésimale de l’état de l’économie du pays.

Une économie de bazar qui se sustente de la rente pétrolière. Le discours officiel parle de la relance économique, du programme de développement de l’agriculture et de la promotion de l’industrie. Les responsables concernés oublient ou font semblant de le faire que l’industrie est une demande sociale, elle ne peut être décrétée ou parachutée d’en haut. L’histoire l’a prouvé. Comme l’usine ne fait que reproduire la société. Mais cela est un autre débat.

Par Amnay Idir


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7 Commentaires sur cet article

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  • sardina
    4 février 2010 at 16 h 12 min - Reply

    mais mon dieu apres 50 ans d indepandance , ke produit l algerie ke des apareils dijestif, et des prets a pense pauvre algerie




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  • h’mida
    4 février 2010 at 17 h 01 min - Reply

    c’est ainsi parce-que nos compatriotes préfèrent ce type de business propice à la « culbute » que l’investissement « source » de tracasserie, de t’chipa et surtout pas de retour immédiat de flouze. On pense ainsi chez nous. On préfère importer, frauder le fisc, vendre au noir, se mettre plein les fouilles en soudoyant tout le monde…et c’est pour cela qu’on nous vend toute la camelote de la planète. Le patron des patrons lui même est l’importateur de Red Bull…c’est vous dire.
    L’algérien – à de rares exceptions – n’est pas entrepreneur et encore moins investisseur. Il se fout de créer des richesses. Ce qui l’intéresse c’est prendre du fric et tant pis pour le reste. Il suffit de voir que personne ne se soucie des immondices qui s’amoncèlent au pas de sa porte…on se soucie de l’intérieur. Les gens qui nous vendent de la verroterie l’ont très bien compris et nous on beugle et on s’agite mais on fait rien. Si tout ça et ainsi, c’est nous qui sommes à blâmer, pas ceux qui nous fourguent leur came. Eux font leur boulot et tant qu’il y a des blaireaux pour acheter, pourquoi s’en priveraient-ils?
    Si nous avions ne serait-ce qu’un tissu artisanal digne de ce nom nous n’en serions pas là. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est de la faute de la bureaucratie et autres fadaises. Les chinois, turques, tunisiens, syriens, pakistanais etc, s’accommodent bien de cette administration et ça marche pour eux. Nous, on est bon qu’a se plaindre. Nous n’avons aucun respect pour nous mêmes. Et si nous cultivions des haricots pour rebondir l’article d’El-Watan, ben ils ne seraient pas à 170DA.




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  • BRAHIM
    4 février 2010 at 20 h 12 min - Reply

    Pourquoi pas acheter à partir des pays arabes !? Mais si c’est pour importer des produits qu’on savait faire bien avant eux, et en mieux , c’est triste ! Ourak Ya Dzaeir, wash daroulek ya hbibti !!




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  • moura
    5 février 2010 at 10 h 29 min - Reply

    @ H »MIDA
    j’ai une plantation de 50 cerisiers,ces derniers temps le cerisier résiste peu à certaines attaques,car peu résistant,pour augmenter sa résistance il fallait un apport en engrais.suit bien
    on m’a exigé:l’acte de propriété,un dossier de 6 pièces,je dois laisser ma carte d’identité,un ordre de route, un prix exorbitant de 150 da le kilo et le pire,une livraison en deux étapes (novembre et mars) pour une histoire de 30 kg d’engrais enrichi d’azote;alors sincèrement je tire chapeau à nos paysans qui continuent encore à labourer leur terre.




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  • l.leila
    5 février 2010 at 12 h 01 min - Reply

    Bonjour

    @moura, C’est l’une des raisons pour les quelle des fermes sont complètement abandonnées, cher compatriote.

    Mes salutations




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  • Yacine
    5 février 2010 at 13 h 20 min - Reply

    Autrefois, on n’était, comme tous les pays arabes, dépassé par l’Europe et l’Occident. On était jaloux, mais on se consolait du fait que le reste du monde était comme nous. Ensuite ce fut le décollage de l’Asie de sud, du Japon, de la Corée du Sud, de l’Inde, de la Chine, du Brésil. Après la chute du mur de Berlin, tous les peuples de l’ex-union soviétiques se sont débarrassés des dictatures. Ils ont suivi le chemin de la liberté et sont entrés de plain-pied dans la modernité sans honte ni regrets sur le passé. Des régions entières prenaient leur essors économiques seuls ou avec l’aide de l’Europe et des Etats-Unis. Nous assistions en spectateurs hébétés et chagrinés à ces bouleversements tectoniques qui nous rendent chaque fois plus petits et plus minables que jamais.

    Ces derniers temps, on assiste à l’émergence économique d’autres pays, comme la Turquie, Israël, et les pays arabes. La semaine dernière, Hosni Moubarak, vient de proposer aux pays africains l’expérience technologique de son pays, une assistance dont l’Algérie bénéficie déjà avec Orascom Telecom Holding et d’autres PME. Bouteflika ne peut en dire autant. Quelle gifle ! Sur ce plan, ce n’est pas avec un simple score de 4 à 0 qu’on va perdre contre eux. On ne peut même plus se mesurer avec eux. Dans deux ou trois décennies, ce pays deviendra un géant africain et nous, nous vautrons toujours dans notre torpeur.

    Le retard dans le développement économique et technologique s’accentue à chaque mandat présidentiel. Avec Bouteflika-Tewfik (il faut bien parler d’un pouvoir bipolaire maintenant) la situation s’est aggravée au point que le pays ne peut même pas offrir de la main-d’œuvre qualifiée pour les grands chantiers au moment où le chômage bat son plein. Les compagnies, pour avancer dans leur travail, importent leur propre main-d’œuvre, soulageant un tant soit peu les problèmes sociaux de leur pays au détriment des nôtres. Ainsi, comme nouveau phénomène, nous assistons bouche bée, à l’invasion des Chinois, des Turques, des Égyptiens, etc. au moment ou notre jeunesse ne fout plus rien.

    Quand je vois toute cette main-d’œuvre étrangère chez nous, j’ai honte de moi et j’ai envie de pleurer.
    Quand je vois des produits arabes inonder notre marché, j’ai envie de cracher sur les militaires qui se croient sortis des cuisses de Jupiter.
    Quand je vois des compagnies arabes opérer dans notre pays, j’ai envie de pleurer.

    Quand j’entends le pouvoir se gargariser d’avoir attirer les « capitaux arabes », j’ai envie de m’enterrer mille pieds sous terre.

    En Tunisie et dans d’autres pays arabes, que l’on prenait naguère de haut, il n y a pas le problème des ordures qui dégradent la vie et l’esprit des Algériens, qui montre et démontre le coté sauvage et du régime et de la société.
    Quelle honte ! Tous ces aspects rappellent que notre pays est nul, walou.

    Ce n’est pas la réussite économique de ses pays que certains continuent à caricaturer par « «islamo-baathistes » qui me rend triste. C’est la torpeur effrayante de l’Algérie qui me rend déprimé et me suffoque. Nous lambinons comme un escargot aveugle quand le monde avance à pas de charge pour survivre.

    Je sens mon pays humilié, ligoté à un mur alors que les autres pays, même sous des dictatures, bougent et prennent de l’avance sur nous.

    De quelle race morbide est faite notre dictature ? N’y a-t-il pas un général puissant et patriote pour se remettre en cause ? Mais où allons-nous comme ca ?

    La gent militaire et leur tutorat de malheur condamnent l’Algérie à être le cancre de la région, des Arabes et du monde entier dans tous les secteurs. Je suis certain qu’avec tous ces retards, l’Algérie n’est pas au bout de ses peines. Les générations futures seront plus malheureuses que nous.




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  • h’mida
    5 février 2010 at 20 h 03 min - Reply

    @moura
    Je suis attristé de lire ce que tu dis. Tu fais manifestement partie des personnes qui tentent d’entreprendre dans ce pays et c’est à ton honneur. J’ai eu la chance de sillonner pas mal de pays et crois moi, l’administration algérienne sclérosée n’a rien à envier à plein d’autres sur la surface de la terre…Il ne faut pas baisser les bras et si tu dois remettre même un extrait « drôle » alors fais-le! Si tu crois en ton projet, tu arriveras! Et si nous avons quelques agriculteurs comme toi, alors nous nous en sortirons. Bats toi! et tiens bon!




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