Édition du
23 March 2017

L'Algérie en marche!

Il est des évènements qui ne deviennent perceptibles que lorsqu’ils éclatent au grand jour. Peu de gens les voient arriver. Pourtant, en tendant bien sa pensée, si l’on sait déchiffrer  les  grimoires ésotériques qui racontent les jours de joie et de mort, les combats épiques des purs, nous pourrions entendre un bruit qui se lève, de loin en loin, comme le grondement lointain d’un orage qui s’annonce.

Et si nous savons lire les ruisseaux, et écouter le bruit des gouttes de pluie qui se font plus rapprochées, plus insistantes, nous portons alors nos yeux sur l’horizon, lorsque les aurores se teintent de feu, puis…..

Je veux chanter ces ruisseaux insignifiants, qui murmurent doucement leur rêve obstiné de rejoindre l’immensité, qui sinuent  timidement dans la rocaille, et qui sacrifient de leur propre essence à la terre aride qu’ils caressent de leur prompt passage, et qui les aspire goulûment vers les graines de vie qui végètent en son sein.

Puis, subitement, au milieu de la désespérance des jours,  sans que rien ne le prédise, si ce n’est la sagesse du sage qui connait l’âme des rus, le vieil oued renaît miraculeusement.

Monstrueusement gonflé par une force dévastatrice, il déborde de  son propre lit, il franchit la colline pelée où s’amoncelaient les immondices des hommes, les éparpillant au ciel, comme autant d’oiseaux effarouchés, et déferle sur  la plaine aride, où ne pousse plus que le chardon cruel. Et c’est alors que les hommes, qui avaient oublié le bruit de la colère, dont les méandres de la pensée s’étaient perdus dans d’indignes cloaques, où rien ne vit si ce n’est la puanteur de leurs propres  miasmes, ces hommes se figent dans la stupeur. Une immensité de fureur, surplombée de tonnerre, charriant devant elle jusqu’à la terre qui étreignait le chardon, dévale la colline pelée, l’engloutissant toute entière, et déferle sur la plaine qui s’offrait, frémissante de désir. L’oued était revenu de sa longue absence. Il fond sur les digues qui l’avaient détourné de son cours millénaire, les faisant voler en éclats, fracassant tout sur son passage, sans discernement. Car ce tumulte et cette force ne sont guidés que par sa colère, trop longtemps retenue. C’est la justice en marche, une force irraisonnée dont l’aboutissement sont la dévastation et la mort. Tous les ouvrages des âmes viles s’effondrèrent, les uns après les autres. Pour que renaisse la dignité de vivre.

Et soudain, aussi soudainement qu’il était venu, le fleuve se retire, dans une lente aspiration, comme un fouet monstrueux qui s’en retourne après avoir sévi. Il retrouve son lit, et des vaguelettes attardées viennent clapoter doucement sur les rives trop longtemps esseulées. Le fleuve, apaisé, que l’orage et les ruisseaux avaient rendu à sa nature vraie, vogue désormais vers son rêve d »immensité. La seule qui soit digne de lui.

La vie est revenue ! Et les voix égayées des enfants, qui seuls connaissent  l »allégresse profonde, résonnent de loin en loin, comme une annonce heureuse. Et la pensée des hommes refleurit sur les alluvions nouveaux, en autant de coquelicots écarlates, et qui faisaient songer au sang des purs.

D.Benchenouf


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7 Commentaires sur cet article

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  • h’mida
    4 février 2010 at 16 h 37 min - Reply

    Ben dis donc!…sympa tout ça! faut nous donner la recette parce-que c’est de la bonne ce que vous prenez.




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  • Rédaction
    4 février 2010 at 17 h 07 min - Reply

    @h’mida
    Je vais vous raconter une petite histoire:
    Un jour un vieil homme, désespéré par le comportement de son fils, alla s’asseoir avec lui sous un figuier, et il se mit à lui parler des valeurs de leurs ancêtres, de ce qu’était la vraie vie, et de la spiritualité qui est naturellement latente en chacun de nous. Et pendant que le vieil homme parlait, son fils gardait la tête penchée, en la hochant de temps en temps. Ravi, le vieil homme, qui n’avait jamais réussi à capter autant l’attention de son fils, lui demanda:  » Que pense-tu de ce que je viens de te dire? »
    Alors, le jeune homme, hilare, lui répondit : « D’après toi le vieux, combien y a-t-il de fourmis sur cette figue qui est par terre?  »
    Ceci dit, et pour répondre à votre question, je fume du sable et je brasse de l’air.
    DB




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  • shalgVotre nom…
    4 février 2010 at 18 h 35 min - Reply

    enfin de l’optimisme venant de votre part, ça manquait en ce moment, poursuivez très cher Djamaleddine dans cette voie, on est avec vous, on vous lâchera pas !!

    fraternellement




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  • h’mida
    5 février 2010 at 8 h 44 min - Reply

    @DB
    Je connais l’histoire de la nemla…je suis issu des hauts plateaux au fin fond de l’Algérie profonde. Il y a deux lectures à cette fable. L’inattention du gamin qui désespère la sagesse du grand-père (votre vision je présume)la seconde étant celle du gamin qui en a marre d’entendre ce grand-père qui radote et lui raconte des balivernes. Tout ça pour dire que mon précédent post était plutôt un clin d’oeil humoristique…il en faut de temps en temps non? sinon ça devient triste. Allez la prochaine fois on parlera du fil de sid essoultane…c’est tellement d’actualité.




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  • Adel
    5 février 2010 at 10 h 38 min - Reply

    Merci, cher Djamal-Eddine, pour cette poussée lyrique qui nous requinque le moral.

    Trop d’immondices se sont accumulés sur le corps meurtri de notre pauvre Algérie et seul un torrent en furie pourra balayer tout cela.

    Je vais entamer le dernier tiers de ma vie et je n’ai toujours pas compris pourquoi notre peuple qui a réussi à renverser le cours de l’histoire en se libérant d’un colonialisme triomphant au prix de tant de sacrifices s’est par la suite planté aussi lamentablement jusqu’à connaitre la tragédie des années 90. Il y a probablement une raison à tout ce qui nous arrive car « ce qui ne [me] détruit pas [me] rend plus fort » (Nietzsche).




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  • h’mida
    5 février 2010 at 20 h 26 min - Reply

    J’ai une idée qui me trotte dans la tête depuis un long moment. Je ne sais pas si elle est faisable mais je pense qu’elle vaille la peine d’être explorée. Il semble que les divers forums drainent des gens de pensées différentes, variées et toutes aussi intéressantes. Il est clair qu’il y a des cerveaux féconds derrière ces pseudonymes. Alors voila! au commencement d’un pays, d’une nation, il y a une constitution. Celle qui nous régit est bancal. Pourquoi ce site ne créerait-il pas un espace « constitution ». On pourrait partir de l’existante et l’amender, corriger, nettoyer. Cela donnera certainement une idée plus claire de ce que pensent la majorité des anonymes. Et à chaque fois qu’un article est quasi fini, nous votons. Peut être que cette initiative qui peu paraitre loufoque au départ drainera de plus en plus de penseurs. Les incapables seront triés automatiquement. Sans exclure personne, les contributions devront être correctement rédigées et pensée sous peine de ne pas être sélectionnées. Dans ce forum il semble que le niveau soit un peu plus élevé que dans pas mal d’autres ou l’invective et l’insulte sont de mise et demeurent monnaie courante. Il doit y a voir ici des intellectuels, des gens proches du pouvoirs, des représentants de notre diaspora et même le DRS. La génération montante dans les rangs de l’armée vit et pense comme le reste du peuple et il faut qu’elle se sente soutenue pour qu’elle puisse agir et pousser la génération ALN qui nous a libéré et en vers laquelle nous sommes reconnaissant…mais qu’elle parte! qu’elle parte maintenant, avant que les dégâts ne soient pour le coup, irréversibles.
    Alors nouvelle constitution, nouvelles bases, nouvelles réflexions? Et puis ça nous changera du bla, bla et ça c’est une action.
    Lorsque cette tâche (elle pourra prendre des années) sera accomplie, tous ces anonymes devront alors s’engager à se rencontrer. Enfin des visages sur des pseudonymes et comme nous serons déjà animés et soudés par un idéal commun le reste suivra!




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  • Lies
    6 février 2010 at 7 h 30 min - Reply

    Cher @ djamal eddine, de brillant journaliste, l’exil va te transformer en un excellent poète.
    Comme quoi la souffrance n’a pas que des mauvais côtés.

    Je voulais participer avec ce post que j’ai ecrit il y a bien longtemps, je voulais le partager avec nos amis internautes et afin qu’il ne sonne pas tout à fait faux, je me suis dis qu’il n’y a pas meileur endroit où l’inserer, qu’ici même dans ce blog et ça sera aussi l’occasion pour moi de te saluer respectueusement.

    Les pires ennemis.

    L’argent est le pire ennemi de l’humanité,
    L’argent pollue, l’argent corrompe, l’argent tue,
    L’argent est le meilleur chemin pour mener à la géhenne.

    On dit que l’argent ne fait pas le bonheur,
    Au contraire il pourrait faire le bonheur de bien des gens,
    Il faut seulement en faire le bon usage.

    L’argent vous permet tout, mais tout n’est pas utile.

    Deux choses me paraissent redoutables par leur nuisance,
    Si on n’arrive pas à les maitriser, les contrôler, les tenir en bride.

    C’est l’argent, je l’avais dit,
    Et la langue, ce petit organe qui agit dans la bouche de chacun de nous.

    Car par la langue on bénit Dieu,
    Et par elle on maudit l’homme que Dieu a crée à son image.

    La langue médit, blasphème, ment, fait de faux témoignages,
    Divise les peuples et provoque des guerres.

    Avec une langue fourbe et menteuse,
    On éduque mal les générations,
    Semant dans leur cœur la haine,
    On les prépare à la destruction.

    L’argent mal utilisé et la haine,
    Voila les ingrédients les mieux indiqués
    Pour une véritable apocalypse.

    L’homme doit bien tenir en bride sa langue,
    Et faire un bon usage de l’argent.

    Son bonheur et son salut sont à ce prix.

    Fraternellement.




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