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26 March 2017

Le sérail n'est plus celui à qui on pense généralement

par Farouk Zahi, Le Quotidien d’Oran, 11 février 2010
Sous l’effet gravitaire d’une ploutocratie dévorante, le sérail n’a plus la connotation de jadis, c’est-à-dire influence et pouvoir politique. Décentralisé, il gîte dans les sphères de l’entregent et de l’argent. Le néo-sérail se compose à quelques nuances près, d’un argentier qui est généralement ordonnateur secondaire des dépenses publiques et détenteur du pouvoir décisionnel, d’un cabinet parallèle que constituent informellement des rabatteurs, un ou deux ténébreux individus du mouvement associatif utilisés comme faire-valoir et des protecteurs. Ces derniers sont généralement puisés dans le vivier du parlement ou de l’administration centrale. Dans une de ses récentes livraisons, un quotidien arabophone de grand tirage, nous livre quelques ragots truculents de vie de nabab que mènent certains élus ou fonctionnaires locaux. Tels ces hauts fonctionnaires baladés par leur maire à Istanbul ou à Sharm El Cheikh, se targuant de s’habiller «Smalto» et portant bracelet-montre «Rolex» d’une valeur de 400.000 DA et roulant carrosse. L’achat d’un rutilant 4×4 à 5.800.000 DA par un chef de l’exécutif local d’une wilaya de l’Est, pour le compte de sa fille, ne fait actuellement plus partie des choses qui suscitent l’indignation ou l’opprobre. Il est même admis par le subconscient collectif que cet homme ne fait qu’assurer ses arrières. Il fait bien d’ailleurs ; l’Administration est tellement oublieuse des bons et loyaux services rendus. C’est ainsi que l’on contextualise toutes les postures perverses et les conséquences qui en découlent. Cette dérive ne date pas d’aujourd’hui, son lit a été préparé depuis bientôt deux décennies. La paternité en revient aux instances de transition inaugurée par les Délégations exécutives communales (DEC) de wilaya (DEW) et le Conseil national de transition (CNT). On parait au plus urgent ; tout, d’ailleurs, était urgent sous l’état de siège. On élevait ou surélevait des clôtures interminables, on déroulait des kilomètres de barbelés, on érigeait des tonnes de fer «cornière» en barraudage branlant. Les projecteurs, les caméras de surveillance et les serrures commandées à distance faisaient une entrée tonitruante dans les nouvelles mœurs liées à la sécurité.

Les quelques fossés qui séparaient encore l’administré de l’administrateur se trouvaient ainsi élargis par ces nouveaux attributs de la fortification. On grillageait le moindre petit trou…et ce n’était, malheureusement pas, gratuit. Il suffisait de délivrer un simple bon de commande, les devis quantitatifs et estimatifs comptaient peu. La facture définitive pouvait constituer la seule pièce comptable exigible pour la liquidation de la dépense et vogue la galère. Cantonnées initialement aux seuls champs pétrolifères du Sud, des sociétés de gardiennage prirent du poil de la bête pour essaimer et devenir de véritables bastions d’un secteur jusque-là inconnu.

Des déplacements de subalternes sur la capitale qui ne pouvaient exiger au maximum que deux jours, s’étalaient parfois jusqu’à une semaine. Les frais supportés par la collectivité, faisaient le bonheur de grands hôtels algérois qui affichaient toujours «complet». Les préparatifs de l’élection présidentielle de 1995 ouvraient le bal à la curée. Tout se faisait sous le seau de l’urgence et probablement sous celui de la raison d’Etat. Il ne fallait surtout pas perturber la grande marche par des velléités de contrôle ou de vérification. On pouvait à tout moment être taxé de pro terroriste. Les sérails locaux se constituaient autour du chef dont les vœux étaient des ordres ; des constellations de prestataires de service prêtes à intervenir en tout lieu et tout temps sont créées pour les besoins de la cause. Le financement des opérations, même s’il n’existait pas encore, ne posait aucun problème, on faisait en toute confiance crédit l’Etat. Les contrôles budgétaires a priori et la conformité des dépenses avec les lignes budgétaires étaient ajournés sine die. Et si un quelconque remords devait animer certaines âmes, on crée des comités ad hoc pour mieux «malmener» l’enceinte réglementaire là où elle pourrait encore faire obstacle. Pour mieux damer le pion à son prédécesseur dont le parti a été dissous, un défunt président de Délégation communale prenait en charge sur le budget communal les frais inhérents à la célébration du mariage de jeunes couples. Il voulait par cette incongrue procédure ramener l’électorat perdu au giron de son parti. Et si des entités étaient tentées de s’élever contre de telles pratiques, la parade des mis en cause ne souffrait d’aucune équivoque, elle faisait valoir leur mérite téméraire quand personne ne voulait de ces fonctions mortelles. Il est vrai que beaucoup d’entre eux y ont laissé leur vie. Quant au Conseil national transitoire (parlement), celui-ci a ouvert l’appétit à bon nombre d’aventuriers et le mot n’est pas fort. Accompagnés de leur famille, des membres de l’auguste assemblée étaient logés, nourris et blanchis dans les palaces de la capitale. Cette débauche dépensière était justifiée et sans vergogne par leur «attachement» à la patrie en péril. Cette longue hibernation politique a quand même duré jusqu’aux élections locales de novembre 1996. L’underground mafieux constitué entre-temps et qui a déjà fait son œuvre, s’installait durablement dans les sphères décisionnelles. Les contours des plans de développement locaux et les contenus des autorisations de programmes y afférents étaient puisés à la source. Nul besoin d’attendre la consultation publique, on proposait ses services bien avant l’heure. Les quelques tentatives de résistance de fonctionnaires ou d’élus soucieux de l’orthodoxie dans la gestion des affaires publiques, ont été vite réduites au silence. Le sérail immédiat aura vite fait de les ramener à la raison par une décision à contresens de leur intime conviction. Intimidés, ils rumineront leur dépit sous le regard snobinard de leurs antagonistes ou compétiteurs.

Chacun pensait que la fin de cette longue transition dont les turbulences sécuritaires constituaient l’alibi, allait sonner le glas des nébuleuses corporatives du BTP, des transports et des services. Le premier plan de relance économique censé réinscrire la machine administrative dans la normalité managériale fut, malheureusement, contrarié par les calamités naturelles que personne ne pouvait prévoir. Il fut émaillé par les inondations de 2001 de Bab El-Oued et le séisme dévastateur de 2003 de Boumerdès, les usages de l’urgence revenaient au-devant de la scène pour, une fois encore, chahuter les règles que l’on tentait de réhabiliter. L’aubaine du moment faisait encore le bonheur des attentistes et opportunistes de tout bord. Les grandes inondations de 2008 de Ghardaïa et de Béchar venaient, par on ne sait quel sort, frapper des populations dans leurs intégrités physique et matérielle pour le plus grand bien de beaucoup de sangsues locales. Ajoutée à la gabegie, la gestion approximative de la chose commune dépasse, par son surréalisme, les péripéties hallucinantes de Si Makhlouf «El Bombardier» de la satire filmique de Mohamed Oukaci «Carnaval Fi Dechra».


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5 Commentaires sur cet article

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  • Abdul
    11 février 2010 at 21 h 00 min - Reply

    En un mot comme en mille,ce n’est pas la faute a Boutef mon bon monsieur,lui il a seulement fait changer l’unité de compte,maintenant c’est en centaines de millions de dollars qu’on pille le pays.




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  • ali
    11 février 2010 at 21 h 58 min - Reply

    OK! Mr FAROUK ! La corruption a toujours existé en ALGERIE.Des cohortes de DEC , et de Senateurs du CNT se sont servis et goinfrés durant les années de sang.
    C’est de la corruption c’est immorale d’autant plus que le pays traversait une cris qui menaçait l’existence même de la nation.Ces corrompus , ploucs et un peu gauches etaient la risée de l’immense majorité du peuple qui n’etait pas dupe. Ils sont traités de BEGGARINES,arrivisites , houkoumistes.
    Cette periode correspondait à la prehistoire de la corruption. un petit lot de terrain par là, un logement par ci,un marché pour pavoiser la ville lors d’une visite etc….C’est la corruption des années 90 ou la mode pour blanchir son argent et s’afficher consistait à essaimer BAR ET CABARETS memes dans les patelins les plus reculés.Jamais l’ALgerie n’avait autant bu ,dansé et fourniqué que durant cette periode de guerre civile somme toute propice à toutes les derives et passe droits.
    Mais la vraie corruprion est l’apanage d’une autre race de corrompus apparue durant les années 2000.
    les neocorrompus sont cultivés universitaires diplomés des grandes universités occidentales , mariés avec des etrangeres ils ont pour la plupart la double nationalité.
    Ils ne font pas dans la corruption artisanale des petits elus et autre fonctionnaires et officiers vereux.
    Chez ces gens là on ne detourne pas un logement , un lot de terrain . on octroie pas à son proche un marché pour une cloture d’une APC .
    Les neocorrompus vous detourne carrement un morceau d’autouroute , un champs de petrole des usines et votre avenir.
    Je suis au regret de vous contrarier mr . LE SERAIL d’aujourd’hui est entre les mains des neocorrompus.




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  • batni
    12 février 2010 at 1 h 34 min - Reply

    Merci pour cet article Mr le journaliste, mais on a « elu » sa Fakhamatouhou pour régler ce genre de problème, pas pour placer des « Américains » originaires de sa région aux postes sensibles.
    On exige un Benali Algérien pour déclarer Bouteflika sénile et mettre de l’ordre dans la maison Algérie.




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  • alibag
    12 février 2010 at 15 h 51 min - Reply

    Trop tard mon cher batni, pour le convaincre d’être sénile, il te reste une chose à faire. Prendre ton courage d’une main et de l’autre un Bazooka pour le descendre en flamme. Mais si tu es pressé ne compte surtout pas sur un Benali hypothétique.
    Bien cordialement




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  • Koulou
    13 février 2010 at 3 h 24 min - Reply

    De nos jours, on peut aisément comparer l’Algérie à une jungle.D’un côté,il y a les prédateurs(Gouvernement; Ministres et Généraux) et les charognards ou rapaces, parasites sociaux, une catégories moins dangeureuses que les prédateurs et toujours à l’affut de leurs proies parceque leurs vies en dépend, mais à la merci des prédateurs),de l’autre, il y a les proies(Les Victimes;une partie de la population qu’on pourrait appeler GHACHI,Badeaus). Si on fait une rétrospective de la situation,On peut facilement élaborer un scénario de vie dans cette jungle sauvage et dans tous les états de figures les proies seront et resterons toujours les victimes(parceque faibles et divisés). Donc les prédateurs, avec leurs instincts de tueurs,se ruent sur leurs proies jusqu’à les dépecer et les manger tout cru,une fois rassasier, ils laissent les Os et les entrailles pour les charognards(Qui eux se nourrissent des restes avariés DJIFA; mets de prédilestion pour ses derniers). Alors en tant que bon citoyen j’essaie de me situer dans cette chaine sauvage de la vie sans balancer dans le camps des victimes. Avec tout mon optimisme et mon espoir qu’un jour je pourrais vivre sans avoir peur ni des prédateurs qui nous gouvernent,ni des vautours qui nichent parmi nous, je me suis posé la question suivante à savoir: Pourquoi est-ce-que je me suis rendu à développer un instinct de victimes et de résignés? Est-ce par faiblesse physique ou mentale ou est-ce par manque d’intéret à la vie auquel cas je ne suis pas apte à avoir une vie décente à la hauteur de mes aspirations. Autant de questions qu’il faudrait qu’on se pose aujourd’hui. Dans une jungle sauvage, le maillon faible de la chaine reste toujours celui qui ignore les conditions sine qua non quant à l’éxistance même de sa présence sur cette planète.
    DIEU nous a crée libres et égaux, mais l’HOMME ENDIABLÉ a fait de nous ce qu’on est aujourd’hui.
    Abdelbaki Soltani ALLAH yerahmou nous avait dit un jour: Un Essaim d’Abeilles vaut mieux qu’une horde de Mouches. « KOUMCHA ENHALL KHEIR MIN CHOUARI DEBBAN ».




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