Édition du
24 July 2017

Une réponse de Fakou à Mesbah: Le vent chasse les nuages

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. »

Salah Eddine, qui a un probleme de connection, m’a demandé de modérer les commentaires à sa place. Et ce faisant, je suis tombé sur le commentaire de Fakou, qui  m’a tellement épaté que j’ai voulu le passer en billet. C’est peut-être que je me suis senti un peu concerné, parce que la tenue morale de son père, qu’il évoque, est exactement similaire à celle du  mien, Allha yarhmou.

Mais au delà de ce ce rappel à son père, et au mien, j’ai apprécié la justesse des mots, leur rigueur, mais surtout leur force. Celle de la vérité mise à nu.

Je vous le livre en l’état:

A monsieur Mesbah:

Dear Sir.
Au fait, nos «Bokassa Ier», nos «Imin dada» et nos «Tonton Duvalier» de « généraux » putschistes , quelles « hautes écoles », eux ?
Cela fait un peu désordre, pour un « think-tanker » à l’anglo-saxonne, de se pavaner avec d’anciens sergents-chefs et autres caporaux de l’armée coloniale, non ?!
Dites-moi, mais dites-moi, « Sir Mesbah » à quoi vous ont servi tous ces diplomes ?! Pourquoi faire ?!

Que laisserez vous donc derrière vous de grandiose, lorsque vous mangerez comme nous tous, les pissenlits par la racine ?!

Quelle œuvre majeure accomplie par votre « royale personne » afin que le peuple algérien reconnaissant et ému, puisse garder de vous et de ceux comme vous, un souvenir impérissable ?! Un « exemple » parfait, quoi ! Vous dites ? Plait-il ?

Exiber de ronflants titres de la Royal Académy, afficher sa longue appartenance au service du « cabinet noir » et d’obscurs intérêts privés, se montrer un incorrigible bavard et manifester des signes ostentatoires de richesses pour services rendus, relèvent de la bravade et d’une mégalomanie qui traduit un désir excessif de reconnaissance publique , de puissance et de gloire.

Mon défunt père, tour à tour, cireur de chaussures dans son enfance, puis portefaix, un «12 métiers – 13 misères» comme l’on disait autrefois, mais homme sage s’il en fût, n’avait de cesse de me marteler de ne pas profiter du bien d’autrui, du malheur des autres, de craindre Dieu et celui qui fait le Bien ! Cette sagesse traditionnelle de nos ainés, ce souci constant du Juste milieu, m’ont plutôt attiré que des « ennuis » dans ce bas-monde.

Mais, mon regretté père, au soir de sa vie, me confessa son bonheur de m’avoir comme fils ! Ce fut ma plus belle récompense et un sujet de fierté de porter son nom et de mériter sa réputation d’homme de Bien.

Fakou


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  • h’mida
    18 février 2010 at 18 h 46 min - Reply

    Superbe chronique de kamel Daoud sur le QO du jour. A publier absolument. Je crois que c’est parfaitement résumé

    ***

    Petite annonce pour grand pays

    par Kamel Daoud
    « Loue beau pays sans héritiers, deux étages, vue sur mer et sur sable. Voisinage calme sauf à l’extrême sud-ouest. Surface totale de plus de 2,5 millions de km². Surface habitable au nord avec balcon de 1200 km. Riches puits au sud, population domestiquée, situation agréable sur le continent. A une heure de vol de l’Europe. Jardins, salles de bain, cuisine, dépendance, pipeline et terrasse à El Mouradia. Possibilité de crédit bancaire et de sous déclaration fiscale avec commission pour les intermédiaires. Chinois et Français s’abstenir. Tél : 05071962». C’est une annonce typique imaginée par l’ancien chroniqueur du «Matin», journal mort alors qu’il était vivant, à la vue de ce que l’Indépendance a fait de la liberté. Car à bien regarder, ce pays, on ne sait pas quoi en faire sauf le mâcher et le recracher après en avoir avalé le suc et le sang. On n’en a pas les moyens. Ou la technique. Ni même la volonté. Nous l’avons arraché à la France et maintenant on ne sait pas en quelle terre le planter. D’ailleurs, la location de ce pays a déjà commencé. Par petits morceaux : à commencer par la chaussure chinoise ou l’autoroute Est-Ouest ou la gestion de l’eau. Il ne nous reste que la bouche, la langue, le drapeau et le complot.

    Une loi des valeurs veut que lorsqu’on loue des populations de main-d’œuvre pour travailler à notre place, il n’y pas plus qu’un pas à faire pour penser louer ce pays pendant une période et en tirer l’usufruit de la décolonisation. Partout dans les villes et villages de ce pays cela est constatable : cette hideur des extensions des relogements et des affreuses architectures urbaines entre l’esthétique du socialisme et la philosophie du parpaing. Car ce pays nous ne savons pas le gérer et il faut donc le louer. Une tierce personne le résumera pour le chroniqueur : nous avons fait tellement de mal à ce pays en seulement cinquante ans d’indépendance, avec nos parpaings, nos routes, nos déboisements, nos murs, nos plans spéciaux et nos sachets et nos démographies, qu’avec cinquante ans d’indépendance de plus, il risque de disparaître simplement et nous laisser nus et sans adresse. Et qu’on n’aille pas ressortir l’argument d’une analyse dite antinationaliste.

    Constater que les routes ont des trous et que les arbres sont déracinés comme des gaufrettes ou que les murs penchent ou que les trottoirs sont mal refaits à chaque éternuement, n’est pas une prise de position en faveur de l’œuvre positive de la colonisation, mais un simple constat optique. Cela n’a rien à voir avec la politique. Seulement avec les règles de base de la maçonnerie. Ce pays est en danger : ses arbres, ses trottoirs, ses monuments, son histoire nationale, ses animaux protégés, sa beauté, ses nappes phréatiques, ses carrières de sable, ses vieux qui se rappellent des origines, ses vieilles places publiques et ses bons écoliers. Tout cela est en danger immédiat et il faut soit louer ce pays pour le sauver, soit accepter son évaporation tricolore.

    D’où la question de fond : pourquoi tout ceux qui ont dirigé ce pays lui en veulent-ils autant en paraissant l’aimer plus ? D’où vient que l’ont détruit ce pays avec autant de constance ? Réponse : de la médiocrité en logique de survie. Toujours selon la même discussion avec ce collègue, un constat fait avec l’âge : ceux qui dirigent ce pays ne lui font pas mal parce qu’ils ne savent pas, mais parce qu’ils le veulent bien. La raison ? S’ils laissent la place à des gens meilleurs, ils disparaîtront affamés et anonymes. Dans un pays sain, avec un drapeau vivant et une démocratie réelle, un bon cheptel de noms connus, entre ministres, président, généraux, cadres ou walis auraient pu à peine mériter quelques chèvres ou un poste de guichetiers nanisés. D’où leurs efforts à rendre ce pays pire pour qu’ils paraissent meilleurs.




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