Édition du
25 March 2017

L'Algérie des Beggarines

Les clichés des fortunes ostentatoires en Algérie

El Watan, 18 février 2010

De nouveaux quartiers huppés sont sortis du néant pour abriter les boutiques de luxe et les restaurants haut de gamme. Le quartier de Sidi Yahia, près de Hydra, illustre la frénésie affairiste apparue ces dernières années. Le temps où il ne faisait pas bon étaler sa richesse paraît déjà bien loin.

Les voitures peuvent être, aux yeux du profane, l’un des premiers signes extérieurs de richesse. Les amateurs de grosses cylindrées peuvent ainsi admirer les courbes imposantes des 4×4 urbains, aujourd’hui visibles dans toutes les villes algériennes. Les Algériens raffolent des formes distinguées des berlines allemandes. Les chiffres du concessionnaire automobile Sovac montrent l’attrait pour les élégantes voitures allemandes, dont les ventes sont en constante progression. En 2009, le concessionnaire a vendu plus d’une vingtaine de Q7 (d’une valeur de près de 9 000 000 DA) et cinq Audi A8 (près de 14 000 000 Da).

Par ailleurs, le marché de la piscine commence à se frayer une place en Algérie. Les sociétés d’installation de piscines semblent néanmoins regretter cette fâcheuse habitude qu’ont les Algériens de construire sur toute la surface du terrain. Même riches, les vieilles habitudes et les anciens réflexes ont encore la vie dure. Les joailliers ont peut-être plus de chances de se faire une place en Algérie. En un temps record, la société MS Diffusion a mis en place un réseau de plusieurs boutiques de luxe dans les plus grandes villes algériennes. Les amateurs du clinquant et du tape-à-l’œil peuvent désormais s’offrir une belle bague « Chopard » ou une montre « Balmain » pour – seulement – 300 000 DA. Toutes nos tentatives pour joindre les responsables de la société MS Diffusion, pour en savoir plus sur ce business, sont restées vaines.

L’autre secteur qui ne connaît pas la crise est celui des bateaux de plaisance. L’engouement est tel qu’une loi de finances 2010 a institué une redevance sur les yachts d’un montant de 250 000 DA. En l’absence de marinas et de véritables ports de plaisance, le petit port de Sidi Fredj est aujourd’hui saturé et ne peut plus faire face aux incessantes demandes des plaisanciers. Mais là encore, les milliardaires algériens ne ressemblent pas aux autres. Alors que les tarifs d’amarrage sont ridiculement bas, les plaisanciers rejettent toute idée d’une augmentation des prix. Il peut paraître étonnant que ces personnes qui jonglent avec des milliards soient réticentes à payer quelques dinars pour amarrer leurs bateaux à 3 milliards de centimes. Pour le sociologue et chercheur Mohammed Saïb Musette, l’émergence des nouvelles fortunes, que l’on appelle aussi les nouveaux riches ou encore les anciens pauvres, est propre à la dynamique de la société selon les rythmes du fonctionnement de l’échelle sociale.

« En Algérie, on a l’impression que ce rythme a connu une accélération rapide, hors normes. Certes, il est dans la logique de la classe moyenne supérieure de rejoindre, tôt ou tard, celle des riches. Cette ascension peut se faire dans la sphère de la production ou dans celle de la distribution. Les nouvelles fortunes, en Algérie, proviennent plus de la distribution à partir des importations que de la production des richesses », explique-t-il. La rapidité d’accès au sommet de l’échelle sociale est telle, dit M. Musette, que cette classe n’a pas encore acquis la culture nécessaire pour asseoir sa réussite sociale. Et puis, finalement, pourquoi être riche si on ne peut pas le montrer ?

Par Amel Blidi


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3 Commentaires sur cet article

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  • Rédaction
    22 février 2010 at 12 h 35 min - Reply

    L’argent de la corruption, du blanchiment, de l’informel et du terrorisme coule à flots : L’opulence des nouveaux milliardaires
    El Watan, 18 février 2010
    La société est pervertie par l’argent facile, trop souvent mal acquis . Les impôts ont engagé des opérations de vérification des fortunes liées aux signes extérieurs de richesse l Mais la lutte contre l’argent issu de la corruption, du blanchiment, de l’informel et du terrorisme est encore à ses balbutiements.

    Jamais un train de vie aussi dispendieux n’a été affiché si ouvertement en Algérie. Dans un pays en crise, les signes extérieurs de richesse qu’étale une partie de la population algérienne peuvent être perçus comme une provocation. Le culte que vouent les Algériens aux apparences de la réussite sociale les mène parfois aux pires excès. Derrière les piscines et les bateaux de luxe, apparaissent parfois de sombres histoires de corruption, de blanchiment d’argent, d’import-import et de terrorisme. Dans un pays où tout s’achète, les brigades de la Vérification approfondie de situation fiscale d’ensemble (Vasfe) ont parfois du mal à s’y retrouver.

    Le luxe s’affiche, désormais, sans complexe en Algérie. Une partie de la population algérienne semble vivre dans une bulle, loin des tracas sociaux et des grèves des travailleurs. Les nouvelles fortunes donnent l’impression de se jouer des règles et des lois. Dans une société pervertie par l’argent, les « nouveaux riches » sont souvent mal perçus par les Algériens. Roulant dans de monstrueux Hummer, ils traînent des relents de corruption, de blanchiment d’argent, de l’import-import et du terrorisme. « En fait, dans les fortunes récentes et douteuses, il y a de tout : l’argent du terrorisme, des kidnappings, des rançons, de l’informel. Mais il y a aussi des gens qui s’enrichissent légalement, cela n’est pas interdit », nous dit un responsable proche du ministère des Finances, qui a préféré garder l’anonymat. Le fait est que l’Etat a commencé, depuis plusieurs années déjà, à traquer les signes extérieurs de richesse et les fortunes douteuses.

    Cela concerne, selon la définition de la « charte du contribuable » de la direction des impôts, « les dépenses personnelles ostensibles et notoires et les revenus en nature dépassant le total exonéré qui n’ont pas fait l’objet de déclaration ». Les agents des impôts doivent vérifier si « le revenu déclaré est inférieur au total des mêmes dépenses, revenus non déclarés ou dissimulés et revenus en nature ». En clair, il s’agit surtout des dépenses superflues et non déclarées, comme les bateaux de plaisance, les superbes villas sur les hauteurs d’Alger et les voitures dont les coûts sont extrêmement élevés. « La voiture n’est plus considérée comme un outil de luxe, sauf si c’est un Hummer ou un 4×4 BMW », explique un responsable de la direction des impôts (DGI). Les impôts ont engagé, depuis plusieurs années déjà, des opérations de vérification des fortunes liées aux « signes extérieurs de richesse ». La Vérification approfondie de situation fiscale d’ensemble (Vasfe) peut être mise en œuvre à la suite d’une vérification de comptabilité, à l’encontre de l’exploitant d’une entreprise ou des cadres dirigeants. Elle est également saisie lors de la constatation de disproportions entre le revenu déclaré et les éléments de son train de vie.

    Les brigades de la Vasfe ont ainsi procédé à près de 500 opérations de vérifications de richesses douteuses l’année dernière. Les agents des impôts sont désormais confrontés à un nouvel exercice, et ils ne connaissent pas encore toutes les ruses employées par les fraudeurs. « Ce sont les premières opérations, il y a eu beaucoup de contentieux. Les vérifications n’étaient pas au point », affirme-t-on. Les contrôleurs ne sont pas encore suffisamment aguerris pour traquer les richesses mal acquises. A la cellule de traitement des renseignements financier (CTRF), il a été réalisé, au 31 décembre 2009, plus de 570 déclarations. A ses débuts, cet organisme, destiné notamment à lutter contre le blanchiment d’argent, n’enregistrait qu’une dizaine de déclarations. « Cela reste insuffisant, les Etats-Unis enregistrent chaque année plus de 17 millions de déclarations », nous dit-on. Mais là encore, la cellule n’est pas suffisamment outillée pour pouvoir mener à bien ses opérations.
    « Pour ne pas avoir une balle dans le tête »

    Le fait est que les fraudeurs bénéficient, dans certains cas, de la complicité de leurs banquiers, ce qu’on appelle, dans le jargon des agents des impôts, l’avis du tiers détenteur (ATD). Les banques ont généralement deux jours pour bloquer le compte des fraudeurs. Les banquiers peuvent ainsi profiter de ce délai pour contacter leur client afin qu’il retire son argent. « Il y a une prise de conscience de la part des banques, cela se fait moins souvent », tempèrent les responsables du ministère des Finances. Il existe, également, des cas où les agents, qui sont censés lutter contre la corruption, sont eux-mêmes tentés par l’argent. « Il n’y a pas que les agents des impôts qui sont corrompus. Ça a atteint tous les niveaux », se défendent les responsables proches du ministère. Mais il y a surtout des notaires qui font mal leur travail, en acceptant de faire de fausses déclarations pour de vrais contrats, notamment dans l’immobilier, secteur connu pour être un espace de blanchiment d’argent.

    La loi 05-01 fait que le notaire est une « entité déclarante », qui a pour obligation de transmettre les informations aux impôts. « Il y a des notaires véreux et il y a ceux qui ne souhaitent pas se retrouver avec un pistolet sur la tempe », nous dit un connaisseur du secteur. En l’absence d’un impôt sur la fortune – de peur que cela n’encourage les fraudes et les fuites des capitaux–, les agents du fisc s’appuient sur l’impôt sur le patrimoine pour juger de l’aisance financière des particuliers. Mais au royaume du faux et de la contrefaçon, ils ont bien du mal à s’y retrouver. « Les fausses déclarations sont aujourd’hui un sport national. Les impôts ne peuvent rien faire, car il est important d’apporter la preuve de ces fausses déclarations. C’est un régime déclaratif », affirment les responsables des finances.
    De l’inefficience des lois

    Pourtant, les textes devant débusquer les fraudeurs existent, mais il serait très difficile de les appliquer. Il en est ainsi pour le droit de préemption qui permet à la direction des Impôts, avec le département Domaines, de racheter les biens immobiliers dont le coût a été nettement sous-évalué. « Une disposition dans le code des impôts concerne le droit de préemption. Si une personne déclare un montant de la vente d’un logement, bien inférieur, à sa valeur vénale, les impôts pourraient proposer une somme supérieure (de 10%) pour pouvoir acheter le bien. Les impôts doivent néanmoins avoir les fonds nécessaires pour réaliser une telle opération. Ils doivent également mieux s’organiser, car ce n’est pas les Impôts qui revendent les logements acquis, mais les Domaines. Le manque d’organisation et d’accès au fonds est l’une des raisons qui expliquent la frilosité de la direction des Impôts pour appliquer ce texte de loi », nous explique-t-on. Pour mener à bien nos opérations, estiment de hauts responsables des finances, il est nécessaire de confisquer les biens.

    Après quelques années de prison, les fraudeurs peuvent ainsi recouvrer leur liberté, au bout de 2 ou de 3 ans, et profiter d’une belle villa avec piscine. « S’enrichir licitement n’est pas interdit. Ce qui est interdit, c’est de s’enrichir avec des moyens peu moraux. » La société algérienne, qui voue un véritable culte à la réussite sociale, semble se moquer de ce qui est légal et de ce qu’il ne l’est pas. Les « nouveaux riches » qui semblent narguer les classes modestes ont de beaux jours devant eux.

    Par Amel Blidi




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  • bouyilès.
    22 février 2010 at 18 h 01 min - Reply

    Parce que l’enseignant a été augmenté de 3 sous ,on l’étale à longueur de colonnes sur tous les journaux.
    Et dire qu’il ne rattrape même pas le taux d’inflation avec son minable « surplus ».On ferait mieux d’enquêter sur toutes ces fortunes mal acquises.Mais que dis-je?L’ordre ne viens pas d’en haut et on n’est que de simples envieux,c’est un péché,n’est ce pas votre excellence « d’empireur »?,pour paraphraser notre ami Said




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  • el-amel
    24 février 2010 at 9 h 42 min - Reply

    L’algérie des Haggarines, l’algérie des qatalines, c’est malheureusement ce qu’à connu l’Algérie des Harragas, ceux qui prennent le large sur des embarcations d’infortune pour fuir des monstres maintenus par le qai d’orsay. ouyaya le serviteur de fafa s’est déplacé en libye avec une « commission d’expert » pour élargir le partenariat avec un pays « frère » et Bamako libère les « guerriers » d’al qaeda un échange diplomatique, l’algérie des serviteurs se solidarise avec la libye dans le différend qui l’oppose à la suisse pour ne pas dire aux banques suisses, Guéant le rédacteur du discours de Dakar est reçu par ouyaya le négociateur, « poulain » des décideurs et les relations se normalisent entre la libye et la suisse. la Suisse, doit rendre son argent à l’Algérie du Peuple.




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  • Congrès du Changement Démocratique