Édition du
22 July 2017

La biographie mangeuse d'hommes

par Kamel Daoud
Le Quotidien d’Oran 22 février 2010

«…Je suis tout le monde et tout le monde me suit. Je suis le président. Le président du Parlement. Celui du Sénat aussi. Je suis le maire de Aïn Nasa et de Oued-A-Sec. Je suis le général des généraux qui n’existent plus finalement et qui n’ont été là que pour assurer l’intérim avant que je n’arrive. Et j’arrive depuis très longtemps. J’étais président de la République en même temps que Boumediene mais personne ne le savait. Sauf moi et l’histoire nationale qui était mon épouse et ma confidente. Nous nous sommes séparés et elle a fini par me revenir. Et donc je suis aujourd’hui tout et tous et même ceux qui ne le veulent plus. A la fois ministre, premier ministre, dernier ministre, directeur central, directeur de l’ENTV, rédacteur en chef de l’Algérie et son seul citoyen capable de la comprendre. A la fin, je suis tout. Unique Algérien car tous les autres veulent me le voler. Ce n’est même pas mon pays mais un pays qui est à moi. J’ai fait le vide et j’ai fait le plein. Je suis vous, mais jamais, jamais, jamais vous ne pourrez être moi.

Un homme m’a dit « qu’adviendra-t-il de ce pays lorsque vous mourrez ? Avec quoi va-t-il se retrouver puisque vous êtes à la fois président et président de club et général et ministre et ministre des affaires étrangères ? ». Je n’ai pas répondu. Je l’ai convoqué et j’ai parlé pendant treize heures. Il en est mort.

Puis il est sorti et n’a plus rien dit. Je m’aime. Et à la fois je n’aime personne. J’aime ce pays quand je suis hors de ce pays. Pas quand je suis dedans. Dedans, il n’y a que quelques ambassadeurs et trop d’Algériens.

Dehors, c’est l’inverse. Parfois aussi je souffre : j’ai besoin des Algériens pour être l’unique Algérien valable à mes propres yeux et en même temps je ne les aime pas car tous veulent être à ma place comme moi je suis à la place de tous. Maintenant je suis fatigué.

Ils m’ont accusé de détournement ? Aujourd’hui, ils sont tous corrompus. Ils m’ont méprisé ? Je les méprise tous aujourd’hui et en direct. Ils ont sali ma réputation, je salis la leur à chaque fois que je rencontre un ambassadeur ou un président étranger. Ils m’ont volé mon histoire ? Je leur prends leur dignité. Je suis les trois quarts de mon destin, ce peuple est le quart de son histoire nationale. C’était le but de l’équation initiale : revenir en 1979, reprendre les mêmes hommes qui m’ont chassé pour les revoir revenir vieux et repentis, écrasés et affables, demander des excuses pour m’avoir enterré vivant. C’était le but, mais maintenant je n’ai plus de buts. Sauf regarder. J’ai tellement attendu ce moment que lorsqu’il est enfin venu, je ne sais pas quoi en faire. Sauf continuer. Et c’est pourquoi après avoir été ministre, ministre du monde, président, immigré, exilé, roi errant, président, rassembleur et séparateur, peuple et destin, histoire et biographie, je m’ennuie. Il ne me reste rien à faire.

Ce pays n’est plus que mon miroir. Un dossier dans mon tiroir. Une femme que je ne veux même plus épouser. Trente-six millions de personnes qui me demandent à manger sans travailler. Des millions qui tournent en rond et je suis le centre qui s’en amuse. Tout est dans mes mains et je m’amuse de garder les mains derrière le dos pendant qu’ils se mordent les doigts. »


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7 Commentaires sur cet article

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  • fadel
    22 février 2010 at 10 h 06 min - Reply

    TEL EST LE CAS D UN PRESIDENT MALADE A LA TETE DE L ALGERIE.




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  • Thirga
    22 février 2010 at 17 h 36 min - Reply

    Erreur Monsieur Daoud, ce n’est pas l’Algérie qui est son miroir, plutôt le désordre. Celui qui l’étouffe. Faut voir le président du RCD, le psychiatre Said Sadi pour atténuer les souffrance de votre malade chronique. Ne vous faites pas de souci, le Peuple observait les zombies du pouvoir de l’autre rive, celle de l’Oued bien sur.




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  • PhD
    22 février 2010 at 18 h 50 min - Reply

    Et j’ai dit, lors de ma premiere campagne présidentiellelle : « Mon pays, il lui faut une psychiatrie de masse »…Véridique, pour ceux qui veulent vérifier. En fait, comme mon pays et moi nous nous confondons, je ne faisais déjà pas la différence.




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  • radjef said
    22 février 2010 at 19 h 15 min - Reply

    Bonsoir tout le monde. Kamel Daoud a bien parlé. Mais il a oublié de mentionner la nouvelle activité preferée de l’Empereur:le syndicalisme. L’Empereur est un grand sportif syndicaliste…Il n’arrete pas de declencher des greves un peu partout a travers le pays…Lorsque une greve atteint son paroxysme, l’Empereur intervient sous les cameras de la tv avec une rare générosité en augmentant les salaires des grevistes…Quand sonatrach est avec vous, personne, alors vraiment personne, même pas le Bon Dieu, ne peut être contre vous. L’Empereur l’ami des travailleurs de l’Education…dit son adoratrice et non moins journaliste vedette de 20 heures,F B. Bientot l’Empereur declenchera d’autres greves dans d’autres secteurs, comme ça insidieusement, sans coloration politique ou ideologique,puis comme superman, l’Empereur volera au secours des travailleurs avec une autre augmentation aux travailleurs qui sera largement commentée par l’autre journaliste, le chevalier de la flagornerie, K B, au journal de 20 heures…




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  • Abdelkader DEHBI
    23 février 2010 at 14 h 29 min - Reply

    Kamal Daoud, « Chevalier de la flagornerie » ! Voilà un jugement cinglant mais poli….et combien juste, décroché telle une flèche au curare, par notre ami radjef saïd, contre ce camelot de la République d’Oran que rien n’arrête dans la bétise et la connerie. Y compris une tragique inculture que ne parvient même plus à escamoter un style qui se voudrait impertinent et gouailleur, mais qui n’est qu’insolence et fadeur. – Le pire, c’est que, ni le fait d’avoir osé brocarder Ibn Khaldoun (qu’il appelle Benkhaldoun) ni sa récente sortie à propos de ce qu’il a appelé « La décolonisation horizontale », ne sont venus atténuer ce sentiment de mépris qu’on a pour cet individu, dès que son nom est pronioncé.

    http://www.hoggar.org/index.php?Itemid=64&id=172&option=com_content&task=view




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  • ali
    19 octobre 2010 at 12 h 19 min - Reply

    Un rêve de fainéant
    Ali Bellakehal

    Cher Kamel David,

    Vous voulez passer pour un chercheur, l’air savant avec vos notions tirées par les cheveux, bercé par le secret désir d’en faire des concepts et d’user et abuser jusqu’à la nausée de « la colonisation horizontale » « la colonisation arabe » « le mythe de l’Islam ». Le procédé relève plus de la propagande que de l’argumentation puisqu’en guise d’arguments, de logique, vous alignez les injures, l’écume dégoulinant de votre plume enragée, avec pour seul outil de persuasion la complicité de thuriféraires – ceux qui décernent complaisamment les prix aux « cireurs de l’occident » et autres sadomasochistes – vous accordant les pages de leur feuille de chou.

    Il est plus aisé d’enfoncer le clou, de faire passer les vessies pour des lanternes, en rabâchant la même litanie à longueur de pages que de déployer une vraie plaidoirie. Certes le bagou, la verve circonstancielle et circonstanciée peut ravir l’âme par sa puissance évocatrice, susciter la passion, mais l’exaltation ainsi créée ne sera qu’éphémère car les discours ampoulés, les déclarations enflammées et autres falbalas ne manqueront pas de sonner creux une fois le « vin » cuvé.

    Vos propos sont creux, aussi vides que votre âme. Cette force en soi qui vous pousse à vouloir le bien, à se dévouer pour les autres, qui vous évite la démesure langagière, qui modère votre ardeur oratoire et vous emplit d’un sentiment de compassion envers vos compatriotes vous incitant à la modération et à l’humilité, il semble que vous en ignorez foncièrement l’existence mon cher David.

    Votre cas semblant, à priori, relever de la pure pathologie et votre délire « tremens » font que votre outrecuidance, travers, et écarts ne suscitent qu’un agacement amusé chez le lecteur assidu de votre chronique. Quant à moi, en tant que lecteur devenu depuis occasionnel, un peu à cause de votre forfanterie, je peux dire que je vois clair dans le jeu trouble auquel vous vous adonnez. Procédé usé jusqu’à la corde :

    Provoquer, susciter une réaction violente, jouer les victimes de l’intolérance, gagner la sympathie des défenseurs des droits de l’homme de la métropole et enfin manger les crottes (pardon) les marrons qu’on a tirés du feu pour vous.

    Elémentaire mon cher David Redecker et bassement commercial.

    Les Arabes ont vraiment inventé la poudre, vous monsieur le flagorneur la poudre d’escampette. Trop tard, trop de gens sont sur la place : Salman Rushdie, Hirsyn Ali, Sifaoui (Hacha son prénom), Tasleema Nasreen, Wafa Soltan, Sansal, Amin Zaoui, Seddik et j’en passe…

    Vous pouvez toujours battre le pavé de Paris, faire le pied de grue devant le Figaro ou les locaux du présent organe Front National (en prenant soin de vous grimer), vomir votre haine de l’Arabe – pseudo aryen que vous êtes – de l’Islam , brader vos « notions idiotes » , vous ne trouverez pas preneur.

    Car là bas, dans ces contrées où la foi a été bannie, où la religion « verticale » a été supplantée par une autre bien « horizontale » – excusez le plagiat – celle du veau d’or, de la logique des « parts de marché » et du « Scientisme », l’étalon est comme tout un chacun le sait l’aune de « la science », du ratio et non du verbiage.

    Il se pourrait que dans leur mansuétude, ils vous offriraient un encart hebdomadaire mensuel même, histoire de ne pas laisser crever de faim un caudataire si fidèle quoique fadasse ; et là on poussera un soupir de soulagement d’avoir enfin la possibilité de feuilleter le « Quotidien » sans avoir à souffrir l’écœurant spectacle des vomissures du chroniqueur expatrié.

    En toute sincérité « le harraga intellectuel » que vous aspirez d’être serait plus utile là bas pour aboyer avec la meute par les temps qui courent. Franchement vous ferez bonne figure « même halé comme moi » parmi les déchainées « ni pu… ni soumises » manifestant contre « le voile », « l’excision » et le sort fait aux femmes chez nous.

    Quant à vos prétentions linguistiques, elles prêteraient plutôt à sourire si le commanditaire n’était pas aussi puissant que dangereux. Votre hargne s’abat littéralement sur la langue arabe et aucun péjorant n’est assez bon pour dénoncer le danger qui guette l’Algérien et concourt à son aliénation. L’Arabe, voilà l’envahisseur et à défaut de l’évincer, de le « purifier ethniquement », il s’agit d’éliminer sa langue pour la supplanter par « l’algérien moderne », encore un concept idiot à la façon de François Ier substituant «le françois » au bas latin. Notre Ronsard veut sa langue nationale et s’en fait le chantre.

    Pour votre gouverne, l’arabe est la langue de la « Mouqadima » d’Ibn Khaldoun , du « Tafsir » en six tomes de Abderrahmane Thaalibi le Saint Patron d’Alger, d’El Annabi qui a sauvé le patrimoine écrit lors de l’invasion franque, de l’Emir Abdelkader, de toutes le dynasties berbères ainsi que les Ottomans qui ont gouverné notre beau pays. C’était la langue du progrès de la civilisation et de l’universalité.

    La malheureuse dénomination « arabisation » que d’aucuns dénoncent comme une pratique aliénatrice due à la lubie idéologique panarabiste boumedieniste devrait céder place au terme plus exact de « réarabisation » car en réalité l’Algérien a toujours été arabophone même berbérophone et ce n’est pas Ibn Khaldoun qui me contredira.

    « L’algérien moderne » dont vous vous faites très tardivement – voir la thèse du Magribi, « langue millénaire », et autres tentatives sous la colonisation – le farouche défenseur n’est qu’une variété dialectale de l’arabe, tout comme le marocain, le tunisien, l’égyptien, ou un registre de langue comme on en trouve dans toutes les sociétés.

    En réalité, il s’en trouve aujourd’hui des puissances hégémoniques qui misent sur la division ethnique, culturelle et linguistique pour morceler les territoires afin de mieux les soumettre.

    Que nous propose-t-on par le biais de porte-voix tels que monsieur Daoud. Tout simplement de se défaire de la langue arabe « séquelle d’une colonisation séculaire », alors même que d’autres suppôts affublent la langue française du titre de « butin de guerre » qu’il faut conserver coûte que coûte.

    Joignant la parole à l’acte la télé s’y met : les chaines telles Medi 1 Sat, Beur FM, « Nessma » se proclamant la chaîne du Maghreb « non arabe », dont Berlusconi et quelques Tunisiens de confession sont les actionnaires majeurs, veulent hisser la daridja tunisienne, algérienne et marocaine au rang de langue médiatique destinée à capter le public maghrébin.

    Le même procédé pavlovien basé sur la répétition et la banalisation veut jeter les fondements d’une langue maghrébine et accréditer la croyance que ce parler décousu, ce sabir bariolé à la sauce francophile de « Nass Nessma » et leur animateur tout droit sorti d’une BD d’Hugo Pratt est la langue future digne d’être enseignée au Maghreb francophone. Le concept de « Code Switching » largement popularisé par les thèses de doctorat et les revues linguistiques procède de la même stratégie. Mâtiner, bâtardiser les langues des pays jadis colonisés pour les maintenir dans la sujétion culturelle.

    Vous n’êtes qu’un zouave de plus, un conscrit de la gamelle, un type très ordinaire rêvassant de gloire même au prix de toutes les compromissions. Tenez, vous me rappelez ces nouveaux convertis, ces renégats troquant la foi de leurs ancêtres contre des broutilles à l’image des négriers africains cédant l’ébène contre les babioles apportées par marins nantais. Il est vrai que la nouvelle religion a de quoi séduire : en renonçant à l’Islam, on a le droit de manger pendant le Ramadhan, de boire jusqu’à l’ivresse, de manger du jambon, de ne prier qu’une fois par semaine sans être obligé de s’asperger d’eau en hiver, de se contenter de papier hygiénique, de forniquer en toute quiétude, d’accrocher aux murs de son salon les copies des nus célèbres, de tuer les infidèles puisqu’ils ils n’ont pas d’âme, de commettre tous les crimes et turpitudes et de confesser tout cela au prêtre et à l’aumônier pour accéder au Ciel.

    En somme, un rêve de fainéant.

    Bon vent cher David et savoure bien ta nouvelle existence de « harraga intellectuel », ta place n’est pas parmi nous, tu es trop subtil pour nous.

    Ali Bellakehal
    16 octobre 2010




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  • ali
    19 octobre 2010 at 12 h 24 min - Reply

    La sérénité d’un musulman face à son glorieux passé
    Ali Bellakehal

    En réponse à l’article intitulé « l’angoisse de l’Arabie face à son passé immangeable » de Kamel Daoud intitulé, auteur de la chronique « Raïna Raïkoum » du « Quotidien d’Oran » (voir copie annexée)

    Votre article intitulé « l’angoisse de l’Arabie face à son passé immangeable » n’a pas manqué de susciter mon attention d’abord piquée, puis interloquée et enfin franchement indignée. Certes, en vous estimant arabe, il vous est permis d’évoquer un patrimoine civilisationnel incarné par la Sublime Porte, les fastes de Bagdad et l’épopée abrahamique. Un passé aussi glorieux a enthousiasmé tant de monde qu’il serait superflu d’en rebattre outre mesure les oreilles du lecteur. L’Occident si ingrat vis-à-vis de ceux qui lui ont appris à compter (il le faisait avec les doigts comme en témoignent les chiffres romains), à se laver avec du savon, à sucrer l’arabica, à déguster des bananes en se prélassant sur les sofas des alcôves, devrait surmonter sa haine, son mépris de ce nomade venu de nulle part, de ce barbare lui ayant transmis le flambeau qui lui permit de retrouver le chemin le sauvant ainsi de la perdition. Ô qu’il est ardu pour le fat d’être redevable pour son sauveur. Un véritable matamore (massacreur de maures) arborant de grands airs de seigneur, indécrottable raciste, européocentriste, digne fils d’Olympie, tout droit sorti de la cuisse de Jupiter. Ses qualifiants vils et avilissants pleuvent ; il en distribue à tours de bras, à tout bouts de champ : ratons, bicot, négro, bougnoule, noiraud, maure, moricaud, barbare, plutôt berbère (euphémisme qui ne trompe personne)… Bref l’ennemi, on le connaît, il ne peut leurrer que ceux qui se bercent de douces illusions.

    Mais ce qui est vraiment navrant, c’est de constater que notre élite intellectuelle se prenne au jeu de l’ennemi implacable et se livre à une auto flagellation en règle. Faire son mea culpa peut constituer une preuve de courage et valoir des circonstances atténuantes. Mais courir vers le banc des accusés, et s’autoproclamer coupable d’un crime imaginaire, sournoisement suggéré par une presse, une intelligentsia furieusement tendancieuse, voila une conduite aussi incompréhensible que peu glorieuse, une attitude foncièrement masochiste.

    Monsieur le chroniqueur, pensez vous que l’on puisse être plus royaliste que le roi ? Votre avis peut-il être le nôtre ?

    Les Arabes « chameliers fiers et exclus… pour séduire les cohortes de Dieux (sic) » ont-ils plagié la tradition juive pour sortir de l’anonymat, pour émerger du « Quart vide » ? Mohammad le Messager a-t-il, comme vous le dites, tenté de « réparer une histoire » qui a ignoré son peuple en prenant « les livres des autres, les pages volantes, les petites ratures de leurs manuscrits, leurs chants liturgiques tronqués et transformer le tout en une épopée qui n’attend plus que le bon peuple pour se déclencher comme un effet de dominos » ?

    Ainsi, si j’ai bien lu votre texte mon cher « coreligionnaire », « les Arabes ont rejoué en deux siècles (seulement !) les épopées (les sagas) vagues et millénaristes (vous vouliez dire Zarathoustra, Hammourabi, Bouddha, les védas…) des autres peuples. » Plus mortifiant, on ne peut pas en faire.

    Votre titre évocateur lève le voile sur un trouble profond, presque pathologique, telle une nausée saisissant un « réveillonneur » ayant ingurgité des huîtres polluées, oui il vous donne des haut le cœur ce passé, immangeable (c’est votre titre), vous n’arrivez pas à le gober, la ficelle est trop grosse, nos historiens nous ont tellement abreuvés de légendes, de mythes, de contes des mille et une nuits bricolés à partir de Gilgamesh, d’épopées hébraïques, de récits grecs arabisés. Et c’est maintenant que vous en prenez conscience ; après avoir tété au sein de Marianne, absorbé goulûment le fiel de cette culture si splendidement laïque, débarrassée de la gangue catholique qui la tenait enracinée au Ciel. Séculier, l’esprit affranchi, humaniste, jusqu’au bouts des « orteils », vous volez dans les cimes de la lucidité et de proclamer haut et fort votre mépris de la chose sacrée. On ne peut s’empêcher songer à Taha Hussein revenant dans son Saïd Natal tout ébloui par les « Lumières » de Paris déclamant à tue tête « c’est le pays des djinns et des anges », à Ali Abderrazek cet sommité « az’harienne » proposant prescrivant une bonne dose de laïcité française au monde musulman terrassée par une décadence carabinée, à Youssef Seddik ce bon « philosophe tunisien » faisant le parallèle entre la sourate de « Joseph » avec les aventures incestueuses d’Oedipe le parricide, à Benzine, Arkoun, Meddeb, à l’auteur du « Dictionnaire amoureux de l’Islam », à « nos » anthropologues de France 2, de la Cinquième et d’Arte, à toute cette cohorte d’intellectuels autoproclamés « nouveaux réformateurs » se proposant d’apporter un regard neuf sur l’Islam, un Islam désacralisé, l’Islam de « France » tel qu’en rêvent les Bayrou, Sarkozy et autres chroniqueurs du Nouvel Obs. ; « un islam sans le Ciel », vraiment terre à terre, aseptisé, facile à « digérer », sans contraintes, une religion rendue « tolérante » s’accommodant de Bacchus, de la fornication, assortie d’un jeûne modéré proscrivant uniquement la viande à la table diurne d’un Ramadhan devenu Carême.

    L’analogie établie en guise de flagrant délit de plagiat prouve que Youssef Seddik et Abdennour Bidar ont fait des émules et cela ne m’étonne guère car il est maintenant prouvé que la langue habite, aliène et finit par tordre l’esprit de ceux qui s’y jettent à corps perdu. La théorie du relativisme de Sapir et Whorf trouve là sa validité et ceux qui ont semé le doute à ce propos trouveront dans ces « cas » de quoi les détromper.

    Ces comparaisons bancales, tirées par les cheveux, arrangées à la Procuste, prêtent vraiment à sourire tant elles respirent la candeur (forcément calculée) de celui qui a appris sa leçon sur les bouts des doigts et éprouve une jouissance indicible, presque onanique, à étaler son immense talent de fort en thème devant les yeux ravis de son maître. Sinon que devrait-on penser en découvrant les rapprochements sidérants que vous faites entre les épreuves subies par le Messager et les Prophètes Israélites ? Ne suggérez-vous pas que Mohammed a tout copié ?

    – l’Exode vers Médine étant la copie de l’Exode d’Egypte ;
    – le fossé sauvant Médine étant la pâle imitation du passage à sec de la mer rouge vers la Terre Promise ;
    – le triomphe de la petite armée de Badr étant le pendant de la poignée de croyants menés par David affrontant l’armada des Philistins (les Palestiniens !) de Goliath.

    Sans doute a-t-on a le droit de se livrer à tous les exercices de style que la langue peut permettre pour gagner sa croûte ou épater la galerie, mais fouler au pied ce qu’il y a de plus sacré chez autrui (et surtout les siens), voilà des limites allègrement franchies car, voyez-vous, Dieu dit « Voilà les limites d’Allah, ne les franchissez pas. Ceux qui les outrepasseront seront des injustes. »

    Ali Bellakehal
    23 avril 2009




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