Édition du
25 July 2017

L’Algérie en chute libre

Par Saad Lounès

Avec l’affaire Khalifa, on aurait pu croire que l’Algérie avait touché le fond en matière de mauvaise gouvernance et de corruption. Et bien non, il y a pire. On apprend que la mamelle nourricière du pays, Sonatrach, que l’on croyait à tort très surveillée, fait l’objet de la pire des prédations.

Ce n’est même pas les récentes malversations du staff de l’entreprise sanctionnées par un emprisonnement et des mises sous contrôle judiciaire. C’est bien pire que ça. Dans une «Lettre ouverte à Messieurs les enquêteurs du DRS», publiée par la presse, un ex-vice-président de la compagnie, Hocine Malti, y révèle, parmi un flot incroyable de scandales, que «l’essentiel des ventes de pétrole se fait à destination de quatre ou cinq clients… derrière chacun de ces clients se trouve un membre du sérail, que ces «barons» ont leurs hommes de paille à Alger, mais aussi des «correspondants» auprès des bureaux de Londres ou de Houston. Quand on sait que les ventes de pétrole génèrent 60 à 70 milliards de dollars US par an, on ne peut qu’être frappé par le montant que représentent les commissions perçues par certains.»

Malgré cette révélation fracassante, personne n’a bougé en Algérie. L’anesthésie générale imposée par les clans du pouvoir depuis des décennies a totalement stérilisé le citoyen, l’intellectuel, le syndicaliste, le politique, le militaire.

Le trio infernal qui gouverne ce pays continue de le plonger encore plus loin dans un abîme d’où il sera extrêmement difficile de remonter.

Abdelaziz Bouteflika, président depuis 11 ans qui veut mourir sur son fauteuil, est tellement malade et inerte qu’il n’a même pas songé à transmettre un message de condoléances à ses compatriotes suite à l’effondrement d’une mosquée à Meknès.

Ahmed Ouyahia, trois fois premier ministre depuis 1996, poursuit son délire de destruction et de déréglement de l’économie nationale.

Le général Mohamed Mediene dit Toufik, chef du DRS depuis 20 ans, qui a brisé des générations d’officiers et de cadres, veut aussi mourir à son poste.

Le résultat de leurs maléfices saute aux yeux mais personne en fonction dans l’Etat n’a assez de courage et de lucidité pour dire ça suffit ou y mettre un terme.

Sous une impulsion suicidaire et maladive, ce trio enferre de plus en plus le pays dans un isolement ahurissant. D’abord avec ses voisins immédiats, aggravé par la «condamnation ferme du coup d’Etat au Niger» après celui de Mauritanie qui a coupé court à toutes relations. Suivi immédiatement du rappel de l’ambassadeur au Mali avec lequel le pouvoir pousse à la rupture des relations et la fermeture des frontières. Une frontière toujours fermée avec le Maroc depuis 1994. Des relations minimum et froides avec la Tunisie et la Lybie. Une brouille avec l’Egypte à cause d’un match de football.

Un incompréhensible gel des relations avec les voisins méditerranéens France, Espagne, Italie et les grandes puissances USA, Russie, Chine, Inde. Au point qu’Obama a déjà envoyé six ou sept diplomates au chevet du pouvoir algérien. Les français viennent de faire de même avec la venue de trois collaborateurs directs de Sarkozy.

L’affaire Sonatrach commence sérieusement à inquiéter nos partenaires qui dans ce type de scénario envisage le pire en matière de dysfonctionnement, grèves ou sabotage des installations pétrolières. On a déjà vu dans ce marché très sensible des hydrocarbures comment le prix du baril s’affole à cause de l’arrêt d’un pipeline au Nigeria, d’une tornade aux Etats-Unis, la panne d’une raffinerie ou le moindre changement à la tête d’une compagnie pétrolière.

Le pays n’a plus d’institutions garde-fous, protectrices, ni même de sonneurs de tocsin. Les «opposants politiques» donnent une image dégradante de perdition. Les islamistes ont complètement perdu pied entre «l’entriste maison» Soltani et celui qui veut le remplacer, Menasra. Djaballah a perdu sa voix en perdant son parti. Sadi a réduit le siège du RCD à deux secrétaires, trois gardiens et un chauffeur. Aït Ahmed a réduit à distance le FFS à une section de scoutisme qui attend la transmission de son fax. Le FLN s’est rétrécit pour ne ressembler qu’au visage de Belkhadem. Le syndicaliste Sidi Saïd est réduit à un rôle de larbin d’Ouyahia.

Ces «caïds» ont détruit ou fait fuir des générations de militants et vidé la scène politique et syndicale.

La guerre de succession de Bouteflika était prévisible. Elle a déjà fait disparaître son frère Saïd et ses ambitions monarchistes. Mais de là à décapiter le management de Sonatrach pour obliger le clan d’Oujda à partir, c’est un jeu de coulisses qui met en danger non seulement le pays, mais toute la région.

Le candidat du DRS, Ouyahia, n’a plus de concurrent sur la route d’El Mouradia. Mais de la manière dont il détruit le potentiel économique du pays, il ne subsistera plus rien de l’Algérie en moins d’un mandat.

Saâd Lounès




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7 Commentaires sur cet article

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  • adel
    24 février 2010 at 22 h 03 min - Reply

    le général toufik a fait une grosse erreur stratégique,il aurait du pas rallier les DAF,aujourd’hui il a tellement les mains ensenglanté qu’il ne peut ni démissioné, ni reculé,ni assumer ouvertement la « paternité »du pays, vivant bien vivant caché, c’est la fuite en avant.
    Il devrait se poser la question 20ans et ensuite jusqu’a quand?? la seul et probable solution qu’il lui reste est de trouver un dauphin « de préférence de la meme région que lui, puisque c’est comme ça que sa marche », et que surtout ayant bien servi la maison benaknoun,qu’il es lui aussi les mains mouillés dans le pipi jusqu’au coude « style djebar », et lui refilé le BB avant de partir,et ainsi couvrir tout le monde sergent garcia et Cie.




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  • el mareg
    24 février 2010 at 23 h 57 min - Reply

    scenario à la Bourguiba , pour bientot ?
    dans le role de benali, on retrouve : ??




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  • Koulou
    25 février 2010 at 4 h 03 min - Reply

    Je ne sais pas quand est-ce qu’on va s’arrêter de nous rabacher les oreilles avec des infos que tous les Algériens connaissent déjà depuis des décénies. Tout le monde connait l’Empereur FAKHAMATAHOU Boutef depuis sa fuite du pays en 1979 emportant avec lui plus de 1 milliard dans ses poches,il y eu un mandat d’arret de la cour des comptes à son sujet.Lui même l’avait avoué durant son premier mandat. il n’était pas revenu au pays pour gouverner,mais pour se venger des personnes qui l’ont écarté du pouvoir et obligé à quitter la pays et se sucrer le bec avec ce qui reste du gateau qu’on avait commencé à se partager durant le reigne de l’autre abruti de Chadli ben…….
    Tout le monde connait le bouffon du roi et marionnette Ouyahia qu’on surnomme « BOUFERTETTOU » à cause de sa moustache en forme de papillion nocturne qui avait exproprié de force les terrains du marché communal(gagne pain des habitants de la région) à Ouled-Fayet pour les transformer en park à bus Universitaires lesquels étaient payé avec de l’argent du MAKHZEN Algérien.
    Tout le monde connait les dictateurs militaires, valets des SIONISTES, et de leurs maîtres colonisateurs, qui ont les mains tâchées de sang d’innocentes personnes et qui affichent leurs fiérté à leurs seigneurs d’outre mer d’avoir maté les terroristes qu’eux-même avait crées, soutenu et armé pour entretenir la psychose et la peur au sein de la population depuis les années 1990.
    Tout le monde connait nos miniministres qui délapitent nos richesses pour le compte des sociètés et compagnies étrangères au détriment de l’Algérie sans que personnes ne lèvent le petit doigt pour protester sauf quelques raillements ça et là qui font l’effet d’un pétard mouillé ou quelques écrits qui ne feraient pas rire un clown.Un gigolo reste toujours un gigolo,on pourra rien y changer.
    Enfin,tout le monde connait tout le monde mais personne ne connait personne.Ces gens là sont équipés pour aller loin et personne ne pourra se mettre en travers de leurs chemins.Ils ont apprit le proverbe qui dit: »Qui veut aller loin, ménage sa monture ». Ces gens-là ont très bien appris les leçons de leurs maîtres.Ils se sont forgé des carapaces en acier anox,que ni le temps ,ni le peuple ne les transpercerons.Vous allez me dire que je suis trop pessimiste ou négatif,mais la réalité est telle que ça prend plus que des priéres ou des railleries pour arriver à bout de cette vermine qui a dèjà gangréner et pourri tout le paysage de l’Algérie.Quand un feu est consumé,il faut allumer un autre brasier au lieu de remuer les cendres pour se réchauffer.Ainsi va la vie.Dahman El-Harrachi avait dit dans UNE de ses chansonnette « QALOU ESSABER INAL OUA NAYA QELBI MA SBER 3ALA M’HAÎNI ».




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  • san peire
    25 février 2010 at 10 h 14 min - Reply

    C’est la triste vérité….




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  • IDIR
    25 février 2010 at 13 h 49 min - Reply

    TURQUIE : TSUNAMI AU SEIN DE L’ARMEE

    Ces derniers jours, sept militaires de haut rang, dont deux en service actif, ont été inculpés dans la nuit de mardi à mercredi par un tribunal d’Istanbul en raison de conspiration contre le gouvernement turc, c’est ce qu’a rapporté l’agence de presse Anatolie.

    Des arrestations qui s’inscrivent dans le cadre de l’enquête pour déjouer un plan dénommé Balyoz (marteau de forge), révélé en janvier par un journal libéral, qui aurait eu pour objectif d’organiser une série d’attentats à la bombe contre des mosquées et des musées, afin d’inciter les Turcs à descendre dans les rues pour manifester violemment.

    Cette complexité du monde, cessons d’en avoir peur, apprenons-là, comprenons-là, c’est la base même de la fraternité. En Algérie, nous devons avoir toujours présents à l’esprit la sauvegarde de l’unité nationale – le politique, la société civile, le militaire – et l’héritage de novembre 1954, à léguer aux générations futures.

    La corruption, le chômage des jeunes, le système éducatif, le système de santé, – le rôle principal dans l’administration du système de santé revient à l’Etat, garant de l’intérêt public et de l’amélioration de l’état sanitaire de la population -, l’abandon des zones rurales par les populations, représentent, aujourd’hui, des nœuds de « problèmes majeurs » dans notre pays.

    A titre d’exemple, la réforme du système éducatif est une priorité fondamentale et stratégique. Nous avons du mal à apprendre de nos échecs répétitifs et que nous sommes dans un circuit vicieux. Les responsables ont du mal à saisir l’essentiel du problème et de ce qui doit être fait. Il faut dire que dans ce domaine comme dans d’autres, une révision du système de gouvernance, l’implication des acteurs et la définition des responsabilités sont des préalables pour un changement.

    Car sans ces préalables les plans successifs (urgents ou non) n’y pourront rien. A noter par ailleurs, les charognards des Institutions à l’exemple, de l’OMC, du fonds monétaire international et de la banque mondiale essayeront chacun de se réserver la plus belle part du cadavre …. Mais l’Algérie, son nom ne mourra jamais. Notre objectif est de susciter des changements extraordinaires au sein de notre société. Celle-ci est entravée par des initiatives et des décisions politiques qui corrompent l’esprit et engendrent des maux.
    Fraternellement

    TURQUIE : Force supplétive de l’Occident ou membre de plein droit de la famille européenne ?

    René Naba

    Extrait : Jusqu’en 1999, la Turquie, en effet, a été le troisième pays bénéficiaire de laide militaire américaine après Israël et l’Egypte. Rien qu’en 1997 l’aide américaine à la Turquie en guerre contre les autonomistes kurdes a dépassé celle que ce pays a obtenue pendant la totalité de la période de la guerre froide (1950-1989).
    Véritable «porte-avions» américains en Méditerranée orientale, la Turquie, en retour, a loyalement servi l’Occident, y compris la France, allant même jusqu’à se prononcer contre l’indépendance de l’Algérie, déniant, contre toute évidence, au combat des nationalistes algériens, le caractère de guerre de libération, allant même jusqu’à mettre à disposition de l’aviation israélienne ses bases militaires et son espace aérien pour l’entraînement de ses chasseurs-bombardiers en opération contre le monde arabe.
    L’histoire récente l’enseigne : hors de l’unité, point de salut, et faute d’unité, plus dure sera la chute.

    Source : http://www.renenaba.com/?p=621




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  • bouyilès.
    25 février 2010 at 15 h 16 min - Reply

    On ne lit plus les commentaires avisés de notre Adel (le pédagogue).J’espère qu’il va bien et il doit se manifester pour nous donner de ses nouvelles.On est tellement habitué à lui.




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  • hakim
    3 mars 2010 at 1 h 22 min - Reply

    La mafia s’est positionnee, les partis politiques tenus en echec et maths par les manipulateurs Boutef-Ouyahia-DRS.
    Mais surtout, le peuple algerien est complice, par sa lachete, son opportunisme.
    KAMA TAKOUNOUN YOUWALA AALAIKOUM…




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  • Congrès du Changement Démocratique