Édition du
25 March 2017

Atteintes aux libertés : Condamné pour avoir signé une pétition

El Watan 02 mars 2010

Désormais, il faut bien mesurer les conséquences de son acte avant de s’engager et signer une pétition, cela peut se retourner contre vous.

Lors de sa session du 28 janvier dernier, le tribunal de Merouana près la cour de Batna a condamné Abdallah Boucetta, ressortissant algérien établi au Canada, à une année de prison ferme pour dénonciation calomnieuse et provocation de regroupement non armé par écrit. Boucetta était poursuivi lui et un autre citoyen pour avoir signé une pétition alors que les 73 signataires restant étaient cités comme témoins. Les faits : quand Abdallah est rentré au pays, l’été dernier, il ne se doutait sans doute pas qu’un tel scénario pouvait lui arriver. Mais voilà, un crime crapuleux est commis dans la ville de Merouana (40 km de Batna) faisant monter la colère des habitants contre le règne de l’insécurité et le peu d’entrain des autorités dans la lutte contre ce fléau.

Boucetta se joint aux pétitionnaires qui, s’adressant au P/APC, lui demandent d’intervenir et « prendre les dispositions adéquates afin de mettre fin à une situation d’insécurité qui n’a pas d’égal ailleurs ». Dans leur requête chargée d’une profonde inquiétude, les signataires n’hésitent pas à écorcher la police locale, jugée nonchalante et peu coopérative. Mais l’acte citoyen s’est retourné contre ses initiateurs. La police, au lieu de tendre l’oreille au cri sincère de la population, a réagi en intentant une action en justice contre eux.

Cela dit, la majorité des signataires est sortie indemne, puisque citée seulement pour témoigner alors que deux citoyens sont poursuivis pour les chefs d’inculpation sus-cités. La justice finit par acquitter l’un alors que l’autre, en l’occurrence Abdallah Boucetta, jugé par défaut, se retrouve seul condamné. Dans le fond, rien ne semble expliquer cette issue du procès ni le procès lui-même d’ailleurs. Sur la forme, plusieurs irrégularités aussi crientes les unes que les autres émaillent l’affaire Boucetta. A commencer par le fait que la police de Merouana s’est autosaisie sur la base d’une plainte alors qu’il s’agit d’une pétition et dont la sûreté de daïra n’a pas été destinataire justement, contrairement à ce qui est porté sur le document du jugement dont nous détenons une copie.

L’autre zone d’ombre de ce jugement réside dans le fait que Boucetta est accusé d’avoir commis des infractions en date du 15 août 2009. Or, l’accusé a quitté le territoire national le 14 août, le cachet de la police des frontières, à l’aéroport Houari Boumediène faisant foi. M. Boucetta, choqué par la conduite des choses, ne baisse pas les bras bien que privé de défense, étant absent du territoire national.Sa première démarche a été de saisir Ali Tounsi, qui, selon lui, a ordonné l’ouverture d’une enquête pour voir comment ses éléments ont conduit cette affaire à Merouana. Des députés se sont également emparés du dossier, ce qui augure d’une politisation du cas Boucetta.

Par Nouri Nesrouche


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